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LES RUSSES SCANDINAVES ET LA RUSSIE KIÉ

VIENNE. — La partie méridionale et la partie orientale de la Russie étant occupées, le centre lui-même étant asservi, c’est du nord et de l’étranger que le salut est venu à la Slavie de l’Est.

Des Germains, arrivant de Scandinavie, avaient jiris pied au moins dès le \ lll siècle dans la région du lac Ladoga et de l’Ilmen,

et vers les sources de la Volga et du Dniepr. La célèbre Chronique de Nestor les appelle Russes, nom dont l’origine n’est pas connue, et elle y joint celui de Varègues, dérivé d’un mot Scandinave qui désignait des mercenaires. Les « Varègues d’outre-mer », selon Nestor, se firent payer tribut en 859 par les Finnois et par les Slaves du Nord. Ceux-ci, après avoir chassé les Varègues, et ne pouvant s’entendre ni se gouverner eux-mêmes, les rappelèrent. Sous la conduite de trois frères : Rurik, Sineous et Troiüor, les Varègues vinrent en nombre et fondèrent des villes. Rurik gouverna à Novgorod. 0/eg, son frère, s’établit comme prince à Kiev, et dit : « Cette ville sera la mère des villes russes. »

Les Russes Scandinaves, d’ailleurs rapidement assimilés, eurent la hardiesse, l’esprit d’aventure, les instincts de conquête et de pillage qui caractérisaient les Normands. Les princes, pendant longtemps, gardèrent la physionomie de chefs de bande, guerroyant contre les tribus slaves, contre les Finnois, jusqu’à la Volga, au

Caucase et à la Caspienne. Surtout, ils subirent, comme tous les Barbares, la fascination de Byzance, de sa civilisation, de ses fabuleuses richesses. Dès 865, Askold et Dir, avec 200 barques, descendent le Dniepr pour aller assiéger Constantinople. Oleg (879-912) organise une nouvelle expédition et conclut avec Byzance un avantageux traité de commerce. Igor (912-945) s’associe aux Petchénègues pour attaquer la capitale. Sviatoslav (945-972) profite des luttes de Byzance et de la Bulgarie pour pénétrer jusqu’aux régions danubiennes et songe même à transférer sa capitale dans les Balkans. Un de ses fils, Vladimir (980-1015), épouse une princesse byzantine, et il est converti, avec son peuple, par des missionnaires byzantins. Malgré toutes les convulsions ultérieures, la Russie naissante est désormais marquée d’un signe indélébile :

elle est rattachée à l’Église grecque, et c’est sous l’influence de Byzance, non de Rome, que sa civilisation va s’élaborer. Sous Vladimir, sous Jaroslav le Grand (1016-1054), la Russie du Dniepr brille d’un vif éclat, et Kiev, devenue une des plus riches cités d’Europe orientale, ambitionne aussi la gloire d’être une réplique de Constantinople.

Le Sauveur couronnant le prince Iaropolk et la princesse Irène. — Psautier peint par ordre de 1 archevêque Egbert (977-993), aujourd’hui à Cividale (Vénétie).

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