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LA HORDE D’OR

« En ce temps-là, disent les chroniques, pour nos péchés, arrivèrent des nations inconnues; personne ne savait ni leur origine, ni leur religion. »

Ces inconnus étaient les Tatars, nouvelle et terrible vague d’envahisseurs venant d’Asie, des abords même de la Chine. Réunis par Djengiz- Khan, ils s’étalent avancés jusqu’à la mer Noire. Là, en

1224, ils écrasaient les princes russes. En 1238, ils réapparaissaient sur la Volga, anéantissaient Moscou, Souzdal, Riazan, toute la Grande-Russie. L’année suivante, ils faisaient subir le même sort à Kiev, à Tchernigov, à la Volhynie, puis, un peu plus tard, à la Gahcie, poussaient jusqu’à la Silésie et dévastaient la Hongrie à leur retour.

Par cette épouvantable catastrophe, les Slaves furent pour ainsi dire rejetés hors de l’histoire pour plus de deux cents ans, jusqu’à la seconde moitié du XV'’ siècle. Nul prince ne put prendre le pouvoir sans l’investiture du Khan. Sans essayer d’assimiler les Russes, les Tatars firent peser sur eux une lourde domination dont l’influence devait rester profonde. Au milieu d’interminables querelles, auxquelles l’oppresseur était convié à prendre part, la principauté de Moscou allait se fortifier peu à peu, jusqu’au jour où Ivan III réaliserait l’émancipation définitive.

La conquête tatare n’eut pas pour seul effet d’arrêter l’évolution normale de la Russie et de sa civilisation.

Une autre conséquence, qui devait contribuer encore à rejeter la Russie vers l’Asie, ' ^ -

fut que les immenses territoires occupés primitivement, en tout ou en partie, par les Slaves de l’Est, se trouvèrent abandonnés et exposés aux entreprises des voisins. Après l’émiettement de la Russie kiévienne, et surtout après l’invasion tatare, aucune construction politique un peu solide n’apparut dans les bassins du Dniestr et du Dniepr occidental, SI ce n’est une principauté de Halicz, en Russie Rouge, principauté qui, édifiée vers I I 34, tomba sous le joug tatare dans la seconde moitié du XIII'’ siècle. Ces conjonctures favorisèrent les intérêts de deux États voisins, la Pologne et la Lithuanie.

On a vu comment la Pologne, abandonnant au XIV siècle la lutte contre le germanisme, s’était retournée vers l’Est pour se rendre maîtresse de la Galicie et de la Volhynie.

Quant à la Lithuanie, jeune État encore païen, son développement fut très rapide.

Alors qu’au XIlT siècle elle se bornait encore à défendre péniblement son indépendance contre les Teutoniques, on la voit, au XIV'*' siècle, avec Gedymm ( I 3 I 5- 1 34 1 ) , conquérir Polotsk, Tchernigov, toute la Volhynie. Kiev; puis, sous Olgierd (1345- 1377), s’emjiarer de Vitebsk, de Mohilev,

Cathédrale Démétrius, à Vladimir (vers 1 194).

Le grand-duc Jaroslav (1199). — Fresque de l'église du Sauveur de Néréditsa, près de Novgorod (communiqué par M. Millet).

et atteindre le littoral de la mer Noire. Quand le fils d’Olgierd, J agellon, épousera en 1386 Hedwige, reine de Pologne, l’unification de 1 ancien domaine des Slaves de l’Est se trouvera réalisée, pour plusieurs siècles, en dehors de la Russie, et contre elle. De longs efforts seront nécessaires aux tsars de Moscovie pour détruire ensuite cette œuvre et pour « rassembler les terres russes ».

LES SLAVES DU SUD. — Les Slaves et l’Empire BYZANTIN. — Quoique la présence des Slaves dans la péninsule balkanique ne soit pas constatée historiquement avant le VF siècle, il est certain que, à une date bien antérieure, ils avaient suivi les migrations des peuples septentrionaux vers le Danube et s’étalent infiltrés parmi les anciennes résidences des Illyriens et des Thraces, puis entre les Germains et les Huns. En tout cas, dès le IV et le siècle, la partie septentrionale du pays danubien, point faible de l’Empire romain, apparaît pleine de Slaves.

L’objectif de ces Slaves était la mer, l’Adriatique, l’Égée, Salonique, surtout Constantinople, « le Paris du Moyen âge », qui fut, jiendant plusieurs siècles, le vrai centre de la civilisation européenne, et qui exerça de bonne heure une extraordinaire fascination sur tous les peuples orientaux. Ils se ruèrent contre Byzance en même temps que les Barbares qui l’assaillaient du côté des Balkans et du côté de l’Asie. L’histoire de leur établissement et des États qu’ils constituèrent a été ainsi liée très étroitement aux vicissitudes par lesquelles a passé l’Empire de Constantinople jusqu’à la veille de son effondrement. Ils progressent et s’affermissent quand cet Empire fléchit ; ils s’arrêtent ou reculent quand des jirinces énergiques en rétablissent la fortune.

Les Slaves furent plusieurs fois sur le point de mettre la main sur l’Empire et d’accaparer la couronne byzantine. Ils créèrent des États brillants et redoutables. Ils s étendirent très loin, en Thessalie, dans la Grèce centrale, dans le Péloponnèse, dans l’Archipel, en Crète, et, si leur vague a reflué, leur recul a été beaucoup moins jirononcé qu’en Europe centrale et en Allemagne.

Le succès relatif des Slaves du Sud s’explique par des causes diverses. La péninsule

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balkanique, où ils venaient s’installer, avait été ravagée et très fortement dépeuplée par les invasions, ce qui permettait un renouvellement ethnique presque complet.

L’Empire byzantin, beaucoup moins vigoureux que l’Empire romain-germanique, affaibli par ses querelles religieuses et sa vieille civilisation, embrassait un domaine hétéroclite et devait dépenser ses énergies dans les directions les plus variées. Alors que leurs congénères du centre et du nord de l’Europe étaient livrés à leurs propres forces, les Slaves du Sud trouvaient des auxiliaires naturels dans tous les barbares adversaires de l’Empire. Enfin, les luttes entre la latinité et le byzantisme, dont ils étaient un des enjeux, leur offraient des avantages qu’ils pouvaient et surent parfois utiliser.

Et pourtant, malgré ces conditions favorables, ils devaient être précipités dans une catastrophe générale. Tout comme ailleurs, ils n’eurent pas, devant l’étranger, la conscience de la solidarité de leurs intérêts, si ce n’est par intermittence. Il était difficile que plusieurs États slaves suffisamment solides pussent coexister dans l’espace relativement étroit qui s’étendait entre l’Empire de Byzance, encore fort, et la jeune Elongrie, très entreprenante, qui rêvait d’étendre sur eux sa tutelle. L’instabilité morale créée dans toute la péninsule par la rivalité entre Rome et Byzance ne fit que renforcer chez les Slaves la tendance naturelle au particularisme. La moins équilibrée des races eut le malheur, au heu d’être éduquée par un maître unique, d’être soumise à deux disciplines contradictoires et d’avoir pour héritage le champ clos de deux civilisations. En se disputant l’hégémonie, les Slaves ne firent que se neutraliser les uns les autres. En affaiblissant Byzance sans parvenir à la remplacer, ils ne firent que ruiner le front qui couvrait l’Europe et forger euxmêmes leurs chaînes.

LES CROATES ET LES SERBES. — Les Croates et les Serbes constituent, au point de vue ethnique comme au point de vue linguistique, une seule nationalité. Ils ne se distinguent que par les conditions géographiques qui ont entraîné une différence des religions et les alphabets.

Les sources arabes des IX® et X® siècles parlent d’un grand pays slave, situé au nord des Karpates, et appelé Chordab, Chraüal. Ce fut probablement le berceau des Croates et de leurs voisins serbes. Quand ils descendirent vers la péninsule balkanique, l’empereur Herachus (610-641) leur permit de s’établir, à la condition qu’ils se convertissent et qu’ils devinssent les vassaux de Byzance.

LA CROATIE; — SON RATTACHEMENT A LA HONGRIE. — L’histoire des Croates, comme celle des Serbes, a commencé assez tard, mais elle a été d’abord plus glorieuse. Mieux protégés que leurs voisins slovènes contre les entreprises des Francs, ils arrivent à constituer, au X® siècle, un État qui s’étend entre l’istrie, la Kulpa et la Save au nord, la mer à l’ouest, la rivière Cetinia au sud. Tomislao (904-928), Pierre Kresiniir (1059-1073) sont des jirinces puissants. La Croatie profite de l’affaiblissement de Byzance dans les dernières années de la dynastie de Macédoine pour se constituer en État indépendant, et Zoouomir est couronné en 1076 par un légat pontifical.

Mais les succès du jeune État étaient dus, pour une bonne part, <à l’appui des Arjiads de I longrie, moins soucieux de favoriser les intérêts du slavisme que de faire concurrence à l’Emjiire byzantin dans les Balkans et de se frayer un chemin vers l’Adriatique.

Ladislas le Saint, roi de Hongrie, avait donné sa sœur en mariage à Zvonomir. Celui-ci étant mort sans enfants, Koloman profita des troubles qui suivirent pour prendre la couronne croate à Zara Vecchia (1097). Le pacte d union personnelle qui unit désormais la Croatie et la Hongrie, et qui eut pour conséquence l’effacement de la civilisation slave, devait subsister jusqu’au XX® siècle.

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