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LES NÉMANIDES DE SERBIE. — ÉTIENNE DOU

CHAN. — Les Serbes, dont le noyau primitif était sans doute la région montagneuse comprise entre la Phva, la Tara, le Lim et l’Ibar, au nord-est de l’ancien Monténégro, ne jouèrent que tardivement un rôle dans l’histoire. C’est seulement au IX® siècle qu’ils se rallièrent définitivement au christianisme. Divisés en petites principautés rivales, ils eurent beaucoup de peine, au IX® et au X® siècle, à se défendre contre les envahissements de la Bulgarie, avec l’appui de Byzance. Au XI® siècle, à l’époque où l’étoile de l’Empire commençait à jjâlir, un premier État serbe fut constitué par Michel, qui obtint du pape, vers 1077, le titre de roi, et par son fils, Constantin Bodine (1081-1101). Le nouvel État, qui comprenait le pays de Dioclée, la Bosnie, la Rascie, et dont l’empereur Alexis Comnène (1091-1094) ne put venir à bout, se disloqua de lui-même par l’anarchie, et retomba en grande partie sous la suzeraineté grecque.

De nouvelles circonstances favorables s offrirent, au XII® siècle, avec l’antagonisme croissant de la Hongrie et de Byzance dans les Balkans. En vue d’arrêter les empiétements des Arpads, Manuel Comnène (1143-1180) donna pour prince aux Serbes Étienne Nemania (1159-1196). L’anarchie qui suivit, dans l’Empire, la mort de Manuel permit à Nemania de former un grand État en étendant son autorité sur l’Herzégovine, le Monténégro et la Serbie danubienne. Son fils trouva le moyen de se faire donner par le pape une couronne royale et en même temps de constituer dans son royaume une Église orthodoxe qui fut et qui est demeurée autocéphale.

Les Némanides profitèrent de la création de l’Empire latin (1204), puis de la faiblesse des Paléologues, pour faire de la Serbie, aux dépens des Grecs et aussi des Bulgares, l’État le plus important de la péninsule balkanique. Quand Étienne Douchan (1331-1355) monta sur le trône, la Serbie s’étendait de la Save et du Danube au nord jusqu’à la Stroumitza et à Prilep au sud, de la Bosna à l’ouest jusqu’à la Strouma à l’est. Douchan voulut faire mieux : devenir le maître unique de la péninsule et placer sur sa tête la couronne impériale. Il se fit couronner en I 346, dans la cathédrale d’Uskub, « empereur et autocrate des Serbes et des Romains ». Il ne lui restait plus, pour réaliser son rêve, qu’à faire son entrée à Constantinople. Il le tenta en 1 355. Ayant conquis Andrinople et la Thrace, il était en vue de la capitale, quand il mourut subitement.

La « Grande Serbie », aussitôt, s’évanouit, comme la Grande Moravie, comme la Russie kiévienne, comme la Pologne de Boleslas. Elle s’émiette en principautés, où les seigneurs turbulents constituent une féodalité. Un an après la mort de Douchan, les Turcs passent en Europe et s’établissent à Gallipoli. Mourad I®'' conquiert la Thrace et transporte sa capitale à Andrinople. Alors, quelques princes serbes du Sud, coalisés avec les Bulgares, essaient de conjurer le péril. Ils sont battus sur les bords de la Maritza (1371). Un chef de Bosnie, Étienne Türatko, prend le titre de roi en 1377, mais tente vainement de grouper autour de lui toute la nation serbe. Le 1 5 juin 1 389, à KossoOo, la Serbie est écrasée par les Turcs, et les territoires qui formaient l’Empire de Douchan tombent, pour des siècles, sous la domination ottomane.

LA BULGARIE. — Protobulgares et Vlaques. — Au temps de l’Empire romain, les régions orientale et centrale de la péninsule balkanique formaient deux provinces : la province de Thrace, entre le Balkan et la mer; la province de Mésie, entre le Balkan et le Danube. Ces régions furent de bonne heure inondées d’éléments barbares, parmi lesquels se trouvaient, dès le IV® et le \'® siècle, de fortes tribus venues de l’habitat slave primitif par les vallées du Seret et du Prut. Ces tribus, apparentées aux tribus slovènes, croates et serbes, se fixèrent au nord et au sud du Danube inférieur, où elles renouvelèrent peu à peu le fond de la population.

Au nord du Danube s’étendait l’ancienne Dacie, dans les régions ajijielées jilus tard Valachie, Transylvanie, Moldavie. Là, s’étalent superposés à la iiojiulation jirimitive géto-thrace de nombreux éléments romains établis en vue de Ir colonisation. Même après l’abandon de la Dacie par l’Empire (275), les « Romans » fixés dans la péninsule balkanique, et que les Slaves apjrelaient Vlaques (Vlakhs, Vlasi, d’où le nom des Valaques), continuèrent longtemps à y

ÉTIENNE Douchan et la tsarine Hélène (1331). — Lesnovo (Serbie).

LE TSAR SIMÉON. — LA BULGARIE ANNEXÉE A L’EMPIRE. — Sous Presiam et Boris, la Bulgarie soumit une partie des Serbes, absorbant la Macédoine du Nord jusqu’à Ochrida et jusqu’à l’Ibar. Boris accepta de Byzance le christianisme en 864. Le ralliement de la Bulgarie à l’Église grecque fortifiait singulièrement ses positions dans la lutte où elle s’engageait pour disputer à Byzance l’hégémonie des Balkans.

Siméon (893-927) incarna glorieusement les ambitions de son pays. Très épris de la civilisation byzantine, lettré raffiné, il rêva, lui aussi, de porter la couronne des successeurs de Constantin. Pendant plus d’un siècle, le péril bulgare fut le plus redoutable qui menaçât l’Empire. L’Empire de Siméon s’étendit de l’Adriatique à la mer Noire, de la Thessahe à la Valachie et au Prut. En 914, il enlève Andrinople. En 917, il écrase à Archialos les impériaux. Il installe à Preslav un patriarchat bulgare indépendant. Il marie son fils à une princesse byzantine. Il prend le titre de « tsar des Bulgares et empereur des Romains ». Il tente enfin, en 924, d enlever Constantinople. Ayant échoué, faute d’une marine, il renonce à son rêve et meurt bientôt.

L’énergie rendue à Byzance par la dynastie de Macédoine, l’entrée en scène des Magyars, installés récemment au delà du Danube, enfin l’éternelle turbulence des Slaves, déterminèrent

Fresque de l’église de BoïANA, près Sofia. — Un tsar bulgare et sa femme

(XIII'^ siècle).

affluer. Le pays fut traversé par de nombreux peuples germains et turco-tatars, et les Slaves eux-mêmes, dans leurs migrations vers le Sud, y laissèrent des groupes importants (on les appelle les « Slaves de Dacie ») . Ce sent tous ces éléments complexes qui ont contribué à former, par la suite, le peuple roumain, dont la première principauté nationale apparaît, au IX® siècle, dans la région nommée Olténie, sur la rive occidentale de l’Aluta.

Les Romans ou Vlaques contenaient une proportion impprtante de « Slaves de Dacie », lesquels, aux points de vue ethnographique et linguistique, avaient une grande affinité avec les Slaves fixés au sud du Danube. Il était extrêmement difficile d’asseoir un État solide dans un grand couloir d’invasions, sous la menace constante des Barbares, surtout quand les Magyars finnois eurent pris définitivement pied sur le Danube moyen. D’autre part, la tendance naturelle de l’État bulgare, quand il se fut constitué dans l’ancienne Mésie, devait être de se couvrir au nord et de tenir fortement les régions transdanubiennes. De là vient que, pendant plusieurs siècles, l’histoire des Bulgares et celle des Vlaques ont été étroitement associées.

Portail de l’église de

Cl. Mission G.

LES BULGARES DE LA VOLGA. — C’est l’étranger barbare

qui a donné leur nom collectif et une forme d’État aux tribus slaves établies au sud du Danube. Au V® siècle étaient arrivés aux abords du Danube inférieur des Turco-Tatars, proches parents des Huns, les Bulgares de la Volga. Sous la poussée des Khazars, autres barbares d’Orient, les Bulgares se transportèrent, en 679, conduits par le khan Asparuch, de la Bessarabie inférieure à la péninsule balkanique, en profitant des terribles embarras que Byzance avait alors avec les Arabes. Les Slaves établis dans la vieille Mésie, voyant en eux des auxiliaires contre Byzance, acceptèrent leur domination et se laissèrent grouper en une seule masse.

Le jeune État organisé par les Turco-Tatars se développa rapidement et devint un des ennemis les plus redoutables de l’Empire de Constantinople. Dès les premières années du VI I® siècle, après le renversement de la dynastie d’Héraclius, le khan Terbel rétablissait Justinien II sur le trône et paraissait devant Constantinople (712). Constantin V (740-775) dut faire neuf campagnes terribles pour tenir en respect les Bulgares, sans réussir à détruire leur État, dont le développement se trouva favorisé, à la fin du VIII® siècle, par la destruction de l’Empire des Avars. Pendant que les Byzantins étaient absorbés par la Querelle des Images et les troubles de la réaction iconoclaste, Kroum (803-814) avançait jusqu’aux portes de Constantinople (813), annexait le pays transdanubien et étendait son autorité de l’Hémus aux Karpates.

promptement, après la mort de Siméon, un renversement complet des choses. Sous le règne de Pierre (927-968), la nationalité bulgare se désagrège, la féodalité s’émancipe, l’unité religieuse est gravej ment compromise par l’hérésie des Bogu- |. miles. Les Magyars s’établissent en Transylvanie et en Valachie. A l’appel de Byzance, le grand-prince de Kiev, Sviatoslav, envahit la Bulgarie (967) , que l’Empire a d’ailleurs beaucoup de peine à lui faire évacuer. Après des luttes acharnées, la Bulgarie est enfin écrasée, le 29 juillet 1014, au défilé de Cimbalongou. En 1018, le pays est définitivement annexé à l’Empire.

L’EMPIRE VLAQUO-BUL- GARE DES ASENS. — LA CON¬ QUÊTE OTTOMANE. — Après une vassalité de plus d’un siècle et demi, les perturbations qui suivirent le règne de l’empereur Manuel Comnène permirent aux Bulgares et aux Vlaques de secouer le joug. Sous la conduite de Pierre et jean Asen, avec l’appui de Nemania et des Koumanes, ils se révoltèrent en 1185 et fondèrent un Empire vlaquo-bulgare dans lequel furent englobées la Valachie et l’Olténie, et dont la grandeur fut assurée par le tsar johannista ou Kalojean ( 1 1 92- 1207). Byzance fut contrainte, en 1201, de reconnaître la constitution de cet État, qui touchait les trois mers. La capitale, Trnovo, était, au dire des Grecs, « une seconde Constantinople ». Kalojean obtint d’innocent III le titre de roi, ainsi que la constitution d’une Église nationale (1204).

Ap rès la fondation de l’Empire latin, les Asens eurent l’ambition de jouer à Constantinople un rôle prépondérant. Rebutés par les croisés, ils devinrent leurs adversaires irréconciliables, mais s’usèrent contre eux en efforts stériles. Le déclin de l’Empire vlaquo-bulgare s’accéléra avec l’extinction des Asénides (1257). Attaqué au nord par la Hongrie, qui visait à soumettre les éléments roumains, il eut à subir, à l’ouest, les assauts de la « Grande Serbie » jusqu’au jour où les Turcs parurent. Le pays se divisa en deux royaumes, ayant pour capitale 1 un Trnovo, l’autre Viddm, bien plus à l’ouest, sur le Danube. Après avoir détruit l’État serbe en 1 389, les Ottomans

StUDENICA (Serbie).

Millet.

CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS

s'emparèrent de Trnovo (I 393), puis de V’iddin (1396). La Bulgarie, dont le nom même disparut, devint un pachalik turc.

LA CIX'ILISATION SLAVE. — LA SL.AVIE CHRE¬ TIENNE. — LATINISME ET BYZANTINISME. —

Dans l’histoire des premiers siècles de la culture slave, le fait dominant a été l’introduction du christianisme.

Le christianisme est entré dans les pays slaves par deux voies : celle de Rome et celle de Byzance. Tandis que les Slaves d’Occident, surtout par l’intermédiaire du clergé allemand, adoptaient à des dates diverses le catholicisme romain, la masse des autres Slaves était soumise à l’apostolat direct ou indirect de deux missionnaires du sud, Cyrille et Méthode. Ceux-ci, originaires du pays de Salonique, organisèrent chez eux une Église de rite grecque avec la langue slave, pour laquelle ils créèrent un alphabet. Le prince Ratislav de Grande Moravie ayant demandé des missionnaires à l’empereur byzantin Michel III, les deux frères lui furent envoyés (863) et obtinrent un succès dont s’émut le clergé allemand, qui les accusa d’hérésie. Ils allèrent se défendre à Rome, où Cyrille mourut. Méthode, reprenant sa mission, convertit les Moraves, les Slovaques, les Tchèques, même une partie de la Galicie. A sa mort, son oeuvre s’écroula, et ses disciples durent se réfugier en Bulgarie. L’Église allemande, refoulant le culte slave, se substitua à lui. Mais, de son nouveau centre bulgare, il rayonna sur la Russie kiévienne, sur la Serbie, jusque chez les Croates. Quand le schisme se produisit, la Slavie, orientale et méridionale, y fut entraînée avec toute l’Église grecque.

La dualité religieuse, qui a déterminé elle-même la dualité de civilisation, a été funeste aux destinées du slavisme. Elle a donné prise à l’action de ses ennemis, c’est-à-dire avant tout du germanisme qui, en expulsant le rite slave des pays mêmes pour lesquels il avait été créé, a grandement affaibli la Slavie d’Europe centrale et réalisé, sous le couvert de l’orthodcxie romaine, une œuvre d’accaparement politique. Sur un autre terrain, en Europe méridionale, les conflits du byzantinisme et du latinisme ont fortement gêné le développement des jeunes États slaves. Ce qui restait à la Slavie de son unité primitive a été définitivement ruiné, sans espoir pour elle, désormais, de la reconstituer. Dès le Moyen âge apparaissent dans son domaine les germes de graves antagonismes politiques. La Pologne, ralliée complètement à l’Église latine, allait se heurter, au cours de son expansion vers l’est, à des problèmes religieux dont le rôle devait être considérable dan^ la genèse de son fatal antagonisme avec la Russie orthodoxe.

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