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LES LANGUES SLAVES ET LEURS ALPHABETS

— LITTÉRATURE ET ARTS. — La Slavie païenne n’avait pas d’écriture. Le christianisme lui en a apporté deux : l’écriture latine, en Occident, et l’écriture glagolitique, imaginée par Cyrille et Méthode pour noter leurs traductions de textes sacrés et liturgiques. Après leur mort, leurs disciples substituèrent à cet alphabet l’alphabet dit cyrillique.

L’idiome dans lequel Cyrille et Méthode ont traduit les livres sacrés, et qui était un parler bulgare de la région de Salonique, s’appelle le paléoslave, ou vieux-slave, ou slavon. Le slavon a joué chez les Slaves orthodoxes le même rôle que chez nous le latin au Moyen âge. Il a été par excellence, pour les Russes, les Serbes, les Bulgares, la langue liturgique, la langue sacrée. Dans les pays roumains eux-mêmes, très influencés par la culture slave, il a constitué jusqu’au XVI® siècle le seul organe de la vie intellectuelle.

Les idiomes slaves occidentaux, suivant la fortune des peuples qui les parlaient, ont été ou éliminés, ou fortement contaminés d’éléments étrangers, ou relégués aux classes populaires, en marge de la culture. C’est seulement au commencement des temps modernes qu’ils s’émanciperont pour servir d’instruments à des littératures vraiment nationales.

Les conditions politiques générales, très instables, n’ont pas permis aux peuples slaves, pendant bien des siècles, de développer normalement leurs facultés littéraires. Dominés par le prestige des civilisations étrangères et par les influences religieuses, ils n’ont guère pu, au Moyen âge, affirmer leur originalité, et se sont généralement bornés à imiter, à traduire et à adapter.

Les Slaves de l’Elbe et de la Baltique n’ont laissé aucun texte littéraire ou historique. Les Tchèques se placent de bonne heure au premier rang, et leur langue est, de toutes les langues slaves, celle dont les témoignages écrits permettent de suivre l’évolution depuis la date la plus ancienne. Mais la culture latine et la culture allemande laissent chez eux peu de place à la culture slave, et leur langue nationale n’est guère employée qu’à la rédaction de légendes rimées. La pittoresque chronique de Kosmas (xil® siècle) est écrite en latin. En Pologne, les premiers textes sont postérieurs d’un siècle environ à ceux de Bohême, et leur intérêt littéraire est nul. L’idiome national n’est représenté que par quelques cantiques et légendes. C’est en latin que sont rédigées, au XII® et au XIII® siècle, des chroniques comme celle de Callus et de Kadluhek.

Chez les Slaves de l’Est, la littérature, dont le centre est à Kiev, ne se borne pas aux textes purement religieux, d’ailleurs le plus souvent traduits du grec ou du bulgare. La Chronique de Nestor (xi®-XII® siècles) fournit de précieux renseignements sur l’histoire des Russes et de leur civilisation. Un morceau de prose poétique, le Récit de l’expédition d’Igor, n’apparaît pas à tous d’une authenticité absolument démontrée. L’imagination populaire crée, en outre, toute une riche littérature populaire, contes, légendes, hylines ou chansons de geste, dont la plupart célèbrent Vladimir, le convertisseur de la Russie.

Les Serbes n’ont pas de littérature laïque, en dehors de belles épopées populaires et anonymes transmises par la tradition orale. Chez eux, comme chez les Croates, quelques textes écrits, vies de saints, chroniques, sont dépourvus de valeur littéraire. En Bulgarie, le tsar Siméon a une riche bibliothèque, mais uniquement constituée de livres traduits du grec. On traduit des chroniques grecques, on compile de vastes recueils, dont la plupart ont été conservés chez les

Ch^TF.AL' I)F. PraGUK (Hradcanyi, vulgairement Hradschin. et le « pont Charles », construit sur la Vltava (Moldau) entre 1357 et 1503.

MONGOLS ET TURCS

Serbes et chez les Russes. Pas un poème, pas un récit historique, ni même un texte juridique.

L’art des Slaves, dans sa période ancienne, présente les mêmes caractéristiques générales que la littérature. Avant tout — sinon uniquement — religieux, il est emprunté et composite, et se borne à peu près partout à refléter les influences diverses exercées par les civilisations voisines. Les Tchèques, dont la capitale, Prague, est l’une des plus brillantes de l’Europe, ornent ou font orner leurs principales villes d’églises romanes ou gothiques. Les Polonais font de même; les sculptures qu’on rencontre dans leurs églises sont dues à des étrangers; leur peinture religieuse s’inspire d’abord des types byzantins, puis des oeuvres de l’école bohémienne. L’influence italienne prévaut chez les Croates, et l’influence byzantine chez les Serbes. En Bulgarie, architectes, peintres, miniaturistes sont élevés à l’école de Constantinople. La Russie, plus originale et plus inventive, modifie les types architecturaux byzantins selon son goût propre et selon les exigences de son climat. Après la magnifique période kiévienne, où elle rivalise avec Constantinople, elle combine les influences asiatiques, byzantines et occidentales pour élaborer en pleine Moscovie un art qui prendra conscience de lui-même et deviendra « l’art souzdahen ».

BIBLIOGRAPHIE

Pour chacun des peuples dont il est traité ci-après, on trouvera dans la Grande Enct/clopédie, à la fin de l’article qui leur est consacré, des indications bibliographiques un peu anciennes, mais toujours utiles en ce qui concerne les sources.

L’ouvrage fondamental, où toutes les questions principales touchant les origines sont mises au point, est celui de M. Lubor NiÉDERLÉ, le grand savant tchèque : Les Anliquités slaves (la partie historique comprend jusqu ici trois tomes ; 1 [1902-1904] ; II [1906-1910]; III ]19I9], Prague, en tchèque). Les lecteurs français en retrouveront l’essentiel dans un Manuel de l' anliquilé slave, du même auteur, avec une bibliographie sommaire (p. 236-238) des principaux ouvrages et périodiques intéressant l’histoire des premiers siècles slaves (publications de l’Institut d’études slaves, 1923). — V. aussi NiÉDERLÉ (L.I, La Race slave (traduit du tchèque par Louis Leger, P' éd., 191 I ). — Peisker (J.), L’Expansion des Slaves (Cambridge, 1914, en anglais). ■ — PiTTARD (E.), Les Races et l'histoire (La Renaissance du Livre, 1924) nie la parenté des Slaves du Sud avec les Russes, les Polonais et les Tchèques. — La Revue des études slaves, fondée à Paris en 1921, est devenue un instrument indispensable aux Français soucieux de connaître les travaux effectués dans ce domaine.

Sur la civilisation primitive des Slaves, consulter : NiÉDERLÉ (L.), Les Antiquités slaves (2® partie : « La Vie des anciens Slaves », 4 vol. publiés en 1911, 1913, 1917, 1921, Prague, en tchèque). — MaNSIKKA (V.-J.), La Religion des Slaves de l'Est, I (Helsingfors, 1922, en allemand). — LegER (Louis), Les Anciennes civilisations slaves (1921); — La Mythologie slave (1901).

Sur la Bohême :

BretholZ (B.), Histoire de la Bohême et de la Moravie jusqu'à la fin des Prémqslides (Munich-Leipzig, 1912, en allemand). — Matiegka, L'Origine et les débuts de la nation tchécoslovaque (Prague, 1917, en tchèque). — Goll (Jaroslav), La Bohême et la Prusse au Moyen âge (Prague, 1897, en tchèque). — SusTA (Joseph), Les Débuts de la dynastie des Luxembourg (Prague, 1919,

en tchèque). — EisenmanN (Louis), La Tchéco-Slovaquie (1921). — LecER (Louis), Histoire de i Autriche-Hongrie (6® éd., avec bibliographie).

Sur la Hongrie :

Sayous (E.), Histoire des Hongrois (2® éd., 1900, avec bibliographie). — Voir aussi les ouvrages concernant ïa Bohême et l’Autriche.

Sur les Slovènes :

Kaemmel (O.), L'Occupation du Sud-Est allemand depuis le commencement du X® siècle jusque Vers la fin du XP siècle (Leipzig, 1909, en allemand).

Sur les Slaves d’Allemagne :

Majewski, Les Anciens Slaves dans les territoires de la Germanie actuelle (Varsovie, 1899, en polonais!. — VachOWSKI (K.), La Slavie occidentale (Varsovie, 1900, en polonais). — Schmeidler (B.), Hambourg-Brême et l'Europe du nord-est du /X® au XL siècle (Leipzig, 1918, en allemand). — Leger (Louis), Les Anciennes civilisations slaves (1921).

Sur la Pologne :

Monumenta Polonia historica (publiés par A. Bielow'ski et W. Kentrzynski, Léopold-Cracovie, 1864-1893); — Encyclopédie polonaise (Histoire politique de la P ologne, t. V, I ®® partie ; Cracovie, 1 920, en polonais, avec très riches bibliographies). — Grappin (H.), Histoire de la Pologne des origines à 1922 (1923).

Sur la Russie :

Rambaud (A.), Histoire de Russie (6® éd., 1914, avec large bibliographie). — La Chronique dite « de Nestor » a été étudiée en 1868 par Louis Leger dans une thèse latine {De Nestore rerum russicarum scriptore) et traduite par lui, avec commentaires, en 1884. — Leib (B.), Rome, Kiev et Byzance à la fin du XL' siècle (1924).

Sur les Slaves du Sud :

Leger (Louis), La Save, le Danube et le Balkan (1884). — CviJIC (J.), La Péninsule balkanique (1918). — Diehl (Ch.), Histoire de l’Empire byzantin (1919). — SlSlC (F.), Histoire des Croates, 1 (Zagreb, 1917, en allemand). — Klaic (V.), Histoire de Croatie (Des origines à 1608, 5 vol. publiés de 1899 à 1911, le premier fascicule du 6® vol. a paru en 1922 à Zagreb, en serbe). — JiRECEK (K.), Histoire des Serbes (I, Gotha, 1911, en allemand). — Coquelle (P.), Histoire du Monténégro et de la Bosnie depuis les origines (1895). • — Leger (Louis), La Bulgarie (1885). — JiRECEK ((2. -J.), Histoire des Bulgares (Prague, 1876, en allemand, complétée dans l’édition russe, Odessa, 1879). — Zlatarski (V.-N.), Histoire de l’État bulgare au Moyen âge (Sofia, I, 1918, en bulgare). — • Xenopol (AI.-D.), Histoire des Roumains (2 vol., 1896). — JoRGA (N.l, Histoire des Roumains et de leur civilisation (1920). — Zeiller (Z.), Les Origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'Empire romain

Sur la civilisation slave :

Leger (Louis), Cyrille et Méthode, étude historique sur la conversion des Slaves au christianisme (1868). — PastRNEK (Fr.), Histoire des Apôtres slaves Cyrille et Méthode (Prague, 1902, en tchèque). ■ — Meillet (A.), Les Langues dans l’Europe nouvelle (1918). — Jagic (V.), Histoire des origines de la langue slavonne (Berlin, 1913, 2® éd., en allemand). — Pypine et SPASOWICZ, Histoire des littératures slaves (premier vol. traduit du russe par E. Denis, 1881). — Nowak (Jan-V.) et Nowak (A.), Histoire générale de la littérature tchèque depuis les temps les plus anciens (Olmütz, 1922, 3® édit., en tchèque). — Chrza- NOWSKI (J.), Histoire de la littérature de la Pologne indépendante (Varsovie, 4" éd., 1920, en polonais). — JiRECEK (C.), La Civilisation serbe au Moyen âge (1920, traduit de l’allemand). — Skerlic (J.), Histoire de la littérature serbe (Belgrade, 2® éd., 1921 , en serbe). — MiLLET (G.), L'Ancien Art serbe, les églises (1919). — F. FilOW (B.), L’Ancien Art bulgare (1922). — Waliszewski (K.), Histoire de la littérature russe. — FaNNINA (D®), L’Art de la vieille Russie (1923). — RÉAU (Louis), L'Art russe, des origines à Pierre le Grand (1921).

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