A RACE. — L’ORGANISATION SOCIALE
A l’extrémité orientale du désert pierreux du Gobi se trouvent deux chaînes de montagnes séparées par un désert de sable et comprenant un grand nombre de vallées propres a la culture. C’est dans cette région qu’habite le peuple mongol, et c’est de là qu’il est parti au XIII® siècle pour conquérir l’Asie et la moitié de l’Europe. Ce peuple parle une langue classée dans le groupe turco-tatar des langues agglutinatives finno-ougriennes. Les Mongols, de taille moyenne, ont la peau d’une couleur jaune qui tire sur le brun, la barbe rare, les cheveux raides et noirs, les pommettes saillantes, les yeux bridés et tirés vers les tempes, le nez écrasé et comme enfoui dans le visage. Ce sont des nomades : ils habitent des tentes rondes de 4 à 5 mètres de diamètre et d autant de hauteur, avec un trou à la partie supérieure pour 1 évacuation de la fumée. A l’époque des grandes migrations, ces tentes de feutre, supportées par un bâti en clayonnage, étaient transportées sur des chariots traînés par des boeufs ou des chameaux.
Pour régler les affaires de la nation, les Mongols s assemblaient en plein champ; ces réunions, appelées Kounltaî, élisaient les empereurs (Khagan) , dont l’intronisation s opérait de la façon suivante : après avoir fait asseoir sur un feutre noir celui qui avait été désigne.
ils installaient un siège richement orné, puis les nobles venaient prendre le prince et le conduisaient sur le siège, où il s’asseyait; ensuite, tous les assistants lui rendaient hommage en s’agenouillant devant lui.
C’est par l’organisation de leur armée, œuvre de Djengiz-Khan, que les Mongols ont réussi à vaincre les armées musulmanes, chinoises et chrétiennes qu’ils trouvaient devant eux. Le corps d’armée appelé lough (étendard formé d’une queue de cheval) était constitué en dix divisions, chacune de celles-ci en dix bataillons, le bataillon en dix compagnies et la compagnie en dix pelotons^ de dix hommes, de sorte que la distribution des forces était entièrement décimale. L’armée était partagée en deux ailes et un centre. L’arme principale était l’arc de grande dimension, lançant des flèches de près d’un mètre de long. L’habileté des soldats dans le tir leur donnait un grand avantage sur leurs ennemis. Quand ils arrivaient sous les murs d’une ville forte, ils sommaient les habitants de se rendre; si ceux-ci se soumettaient, ils avaient la vie sauve, mais le pillage était général, et on levait de force des hommes que l’on employait au siège des autres forteresses. Si la ville était prise d’assaut, tout le monde était massacré sans aucune exception. Les Mongols ont été de grands destructeurs ; mais, après la période des conquêtes, ils se sont assimilés aux peuples vaincus; les descendants de Houlagou qui ont régné en Perse ont été des souverains iraniens, et ceux de Koubilaï, en Chine, ont été des empereurs chinois.
CONSTITUTION DES ETATS El’ROPEENS
DjENGIZ-KhaN assis sur son trône. — Manuscrit de la Bibliothèque
Nationale.
ToULOUï, quatrième fils de Djengiz-Khan, entouré de ses épouses et de ses enfants. — Manuscrit de la Bibliothèque Nationale.
On ne traitera ici que de l’histoire des premiers, celle des seconds appartenant à une autre partie de cet ouvrage.
LES CONQUÊTES MONGOLES. — Au commencement du XIII*^ siècle, de grands changements se produisent en Orient. Les Mongols, sortis de l’Asie orientale, se répandent dans la direction de l’ouest, et, après avoir envahi la Chine, écrasent les royaumes musulmans de Bactriane et de Sogdiane, taillent en pièces les Géorgiens et escaladent le Caucase, battent les Russes sur la Kalka, soumettent la Perse tout entière, les Bulgares de la Volga, brûlent Moscou et Kiev, envahissent la Pologne, la Hongrie, pour ne s’arrêter qu’en 1285; la Syrie, dévastée, ne fut sauvée que par la bravoure des Mamlouks d’Égypte. Cette série extraordinaire de randonnées provient de l’impulsion donnée par le fondateur de cet immense Empire.
Un grand conquérant, Témoutchm, réunit les clans mongols dans l’assemblée générale {Kouriliài) de I 209 et y reçut ou prit le titre de Djengiz-Khan, sous lequel il devint célèbre. Né à la date probable de 1 162, il n’avait que treize ans à la mort de son père, Issougaï; sa mère prit la régence des quelques clans restés fidèles et épousa un personnage religieux très influent qui contribua à consolider son pouvoir. Les premières années de son règne se passèrent à soumettre successivement les peuplades mongoles, puis les turques; il finit par être reconnu comme souverain absolu. Après la conquête de la Chine du Nord, il se lance à l’attaque du royaume musulman qui avait succédé à l’Empire seldjouqide disparu, celui de la dynastie des Chahs du Khârezm, qui, parti de la région de Khiva, avait soumis la Perse entière. Malgré la valeur déployée par Mohammed-Châh et son fils Djelâl-ed-dîn Mangobirti, malgré la belle défense des habitants des villes et des gouverneurs des forteresses, la conquête marcha à grands pas; en cinq mois, le 1 urkestan était soumis; sa cajiitale Boukhara avait été enlevée par urprise, à la suite d’une marche à travers le désert. Cette guerre fut éiiouvantable ; les villes devaient se soumettre à la première sommation : smon elles étaient assiégées, iirises d’assaut et la population entière était égorgée de sang froid; une destruction totale des monument.s s’ensuivait. Arrivée dans rAzerbaidjan, son armée fait le tour de la mer Caspienne, franchit le Caucase, s’en va défaire sur la Kalka la grande armée russe et soumet les fUlgares de la Kama et les Turcs Kankah. fm 1225, l’empereur meurt dans un village du coude de 1 loang-ho, où son cercueil est encore
aujourd’hui gardé sous la tente par les descendants de ses lieutenants.
Il avait eu quatre fils : Djoudji, l’aîné, était mort avant son père, en 1223, à Sérai sur la Volga; Djagataï, le second, avait été chargé du Turkestan occidental et continuait la lutte contre la Perse; Ogotaï, le troisième, fut reconnu comme empereur par l’assemblée de 1229; Touloui, le plus jeune, conserva, conformément à la loi mongole, le patrimoine héréditaire, la région de l’Orkhon. Sous le règne d’Ogotaï, on reconstruisit la capitale Karakorum et l’on acheva la conquête de la Chine.
Houlagou, fils de Toulouï, avait été chargé par son frère Mangou de continuer l’occupation de la Perse; Djelâl-ed-dîn Mangobirti, revenu de l’Inde, tenta de résister, mais il fut surpris à deux reprises par l’ennemi et obligé de fuir; il fut assassiné dans les montagnes du Kurdistan. L’Arménie, la Géorgie (1237), les montagnes où sourd l’Euphrate (1242) ayant été conquises, les Mongols attaquèrent l’Asie Mineure, où régnaient les Seldjouqides de Roum, sultans d’Iconium ; ceux-ci, après une défaite, consentirent à payer tribut. Houlagou, sur les instructions de son frère, détruisit la secte des Ismaéliens ou Assassins, en prenant leurs forteresses, notamment Alamout, leur chef-lieu, dans les montagnes, entre Kazwîn et la Caspienne; les châteaux furent démantelés et les livres de la secte brûlés. Le khalife abbasside ayant refusé de se rendre au quartier général, Houlagou quitta Hamadân en novembre 125 7, battit à Anbar les troupes du khalife et investit Bagdad, qui fut prise le 4 février 1258; la ville fut pillée de la manière la plus épouvantable et le khalife mis à mort le 2 I du même mois; enfermé dans un sac, il fut foulé aux pieds des chevaux. Le sultan eyyoubite de Syrie, el-Méhk en-Nâcir, refusa de se soumettre et perdit Alep et Damas; les Mongols arrivèrent à Gaza. A la nouvelle de la mort de Mangou, Houlagou partit pour la Mongolie, mais il apprit à I ébrîz que Koubilai, son autre frère, avait été Iiroclamé empereur. Son général, Ketbogha, fut défait complètement à Aïn-Djalout, en Palestine, [lar le sultan mamlouk Koutouz (1260) ; ce fut la fin des entreprises des Mongols en Syrie; cette province resta rattachée à l’Etat militaire fondé en Egypte par les Mamlouks.
Des guerres intestines empêchèrent les Mongols de reprendre la lutte, et Ploulagou se contenta de régner sur la Perse et les contrées adjacentes, jusqu’en 1265, où il mourut; il fut enterré dans une île du lac d’Ourmia. Son fils aîné, Abaqa, entrejirit de nouvelles
MONGOLS ET TURCS
expéditions en Syrie, qui se terminèrent par le désastre d'Abo'ostéïn, au nord de cette province, et la défaite de son frère Mangou-Timour à Homs (1280) : Abaqa eri mourut de chagrin (1282), Son frère, Takoudar, avait embrassé l’islamisme sous le nom d’Abmed ; il fit la paix avec le sultan d’Egypte, Qalaoun. So n neveu Arghoun,
\ fils d Abaqa, intrigua contre lui et se mit même en révolte ouverte, sans succès ; mais il réussit à persuader aux chefs mongols que son oncle voulait les remplacer par des Musulmans et à les liguer contre Takoudar, qui fut déposé et mis à mort (1284).
Le règne d’Arghoun fut troublé par la révolte de son beaufrère Naurouz et par une incursion, aisément repoussée, des Mongols de la grande steppe; il eut pour ministre son médecin juif, Sa’d-ed-daula, qui fut assassiné, et Arghoun le suivit de près dans la tombe (1290). Son frère, Kaï-Khatou, était adonné aux plaisirs et manquait d’argent; on lui suggéra de faire imprimer du papiermonnaie {ichao) à l’imitation de la Chine, et de lui donner cours forcé; mais il fallut bientôt renoncer à ce beau projet, une émeute ayant éclaté à Tébriz (1294). Cette même année, les mécontents se soulevèrent; Kaï-Khatou, abandonné par ses troupes, fut étranglé. Gazan, après s’être débarrassé de Baïdou, qui ne régna que peu de temps, se convertit à l’islamisme et prit le nom de Mahmoud; il recommença la campagne de Syrie, et défit complètement devant Homs les troupes égyptiennes commandées par le sultan Mohammed, fils de Qalaoun; il entra à Damas (1300), mais tous les pays conquis furent réoccupés par les Mamlouks au bout de trois mois. Une seconde expédition et une troisième n’eurent pas plus de succès; celle-ci se termina par la bataille de Merdj-Çoffar où son général, Koutlouk-Châh, fut battu (1303). Gazan mourut l'année suivante : il fut enterré à Tébriz, dans un faubourg de la ville qu’il avait contribué à embellir. Il laissa une codification des lois mongoles destinée à être appliquée dans les contrées soumises à sa juridiction.
Euldjaïtou, son frère, s’appelait en mongol Khorbanda, « troisième », étant le troisième fils d’Arghoun, et ce mot, n’étant pas compris des Persans, devint pour eux Kharbanda («muletier»), changé par politesse en Khodâ-banda («serviteur de Dieu»). Il bâtit la ville de Sultaniyé, entre Kazwîn et Zendjan, dont les ruines splendides ont fait l’admiration des voyageurs. Il réduisit le Guilan resté indépendant, conquit Hérat après un long siège (1306) et embrassa le chi’isme; une tentative malheureuse sur les confins de la Syrie lui fit renoncer à poursuivre un projet qu’il avait hérité de ses prédécesseurs. Il mourut en 1316, laissant le trône à son fils Abou-Sa’ïd, qu’il avait nommé gouverneur du Khorassan trois ans auparavant, et qui n’avait que douze ans quand il fut intronisé. La décadence du pouvoir mongol fut rapide; l’émir Tchoban devint à peu près l’unique maître de l’Empire. L’historien Rachid-ed-dîn, qui avait été le ministre de Gazan et d’Euldjaïtou, abandonné par lui, fut exécuté (1318). Des émirs se révoltèrent; Abou-Sa’ïd marcha contre eux et les battit. Timour-Tach, fils de Tchoban et gouverneur de l’Asie Mineure, se déclara indépendant et battit monnaie à son nom (1322) ; il fut réduit par son propre père, qui obtint sa grâce du sultan. En 1327, Tchoban, menacé d’être assassiné, entra en campagne, mais fut abandonné de ses troupes et tué pendant sa fuite. Timour-Tach passa en Égypte et y fut assassiné par l’ordre
OcoTAI, second fils de Djengiz-Khan, reçoit ses parents; miniature persane. Manuscrit de la Bibliothèque Nationale.
HISTOIRE cÉnÉR.ALE
Intronisation d OcOTAI. miniature persane. — Manuscrit de la Bibliothèque
Nationale.
du sultan mamlouk. Abou-Sa’ïd mourut dans le Karabagah en 1 334. II n’avait pas d’enfants et eut pour successeur Arpa-Gaoun, descendant de Toulouï, vaincu par des révoltés et tué en I 336. Des luttes incessantes entre divers prétendants amenèrent, en I 340, la déposition de Châh-Djihân Timour par l’émir Chéïk-Hasan, qui fonda à Bagdad la dynastie des Ilékaniens ou Djélaïrides. Le rôle des Mongols en Perse était fini.