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CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS

choisis dans les principales familles grecques du Phanar (quartier de Constantinople autour du patriarcat œcuménique) ; cette situation dura jusqu’au milieu du XIX® siècle où ces deux provinces, d’abord réunies sous un prince de la famille des Hohenzollern, finirent par constituer le royaume de Roumanie. Les guerres maritimes avec V^enise amenèrent l’occupation des îles de l’Archipel (siège de Rhodes) et de la Méditerranée (Chypre, Crète) ; les campagnes menées contre l’Empire d’Allemagne eurent pour résultat l’occupation de la Hongrie et conduisirent les armées ottomanes jusque sous les murs de Vienne, délivrée par l’intervention des Polonais sous Sobieski (1683). L’Asie Mineure servit de base à de vastes entreprises, telles que la conquête de la Syrie (1516), qui fut suivie l’année d’après par l’occupation de l’Egypte et la chute définitive de l’État des Mamlouks, et la guerre avec la Perse qui mena les Ottomans jusqu’aux montagnes du Kurdistan et leur valut la possession de la Mésopotamie et de la Babylonie. La création d’une marine de guerre, conduite par de hardis corsaires, leur donna les trois régences barbaresques (Alger, Tunis, Tripoli). Dominant l’Asie antérieure, installé solidement à l’orient de l’Europe, l’État musulman fondé par les principicules de Seuyud fut le seul contrepoids que François I®’’ trouva pour contre-balancer les entreprises de l’Empire germanique accru de l’Espagne sous Charles-Quint.

^ CARACTÈRES DE L’ÉTAT OTTOMAN. — La loi de l’Empire était le droit canonique musulman; celui-ci permet aux populations chrétiennes conquises de conserver leur religion moyennant le paiement d’une taxe de capitation, d’un impôt foncier en général double de celui qu’acquittent les Musulmans (la dîme) , et de certaines restrictions à l’exercice public du culte (défense de réparer les églises et d’en construire de nouvelles, etc.) . L’expression de raya, qui à l’origine désignait les sujets du souverain (pluriel de ra’îyet, « ouailles ») , prit un sens péjoratif pour désigner les populations soumises. Mais, si dur que fût le joug de ces étrangers d’une autre race et d’une autre croyance, l’application de ce principe du droit permit aux diverses nationalités de se maintenir dans une situation méprisée, il est vrai, jusqu’à nos jours, où elles purent relever la tête et parvenir à reconstituer leur indépendance.

Nous avons vu plus haut la création du corps des janissaires, infanterie soldée, composée d’esclaves chrétiens enlevés en bas âge à leur famille et convertis à l’islamisme; mais le gros de l’armée était composé par la cavalerie feudataire. Le sol de l’Empire était divisé en un grand nombre de fiefs viagers concédés par firman à des Turcs et appelés, selon la grandeur du territoire occupé, grands fiefs {zi'âmei) et petits {limâr) ; les concessionnaires étaient tenus de mettre au service de l’État un certain nombre de cavaliers appelés en temps de guerre et ayant pour solde le produit du pillage. Les généraux, portant le titre de pacha, étaient signalés aux troupes par une queue de cheval {lough) portée au bout d’une hampe surmontée elle-même d’un croissant; d’où l’expression de pacha à une, deux ou trois queues, pour marquer les divers grades de la hiérarchie.

La distribution de la justice était confiée au corps de Vuléma (mot arabe signifiant « les savants ») , formijnt une hiérarchie depuis

Costumes des troupes turques au début du xvu' siècle

Le SULTAS Mahomet 11, conquérant de Constantinople. — Médailles par Jean Tricaudet et Gentile Bellini.

définitive, par le général Hamza. La capitulation de Janina (1431) n’entraîna pas celle de Belgrade, et Jean Hunyade, par ses succès, contre-balança la fortune jusque-là favorable aux Ottomans; la paix de Szegedin fut signée le 12 juillet 1444. Alors, Mourad abdiqua en faveur de son fils, Mohamed, qui n’avait que quatorze ans, et se retira à Magnésie.

Aussitôt, les Hongrois et les Valaques envahissent la Bulgarie et campent près de Varna. Mourad, rappelé par les ministres, reprend le commandement de l’armée et remporte la victoire sur les alliés; Wladislas, roi de Hongrie, périt dans la lutte. Une révolte des janissaires est calmée par sa seule présence; il envahit la Morée et rencontre en Albanie Georges Castriota, plus connu sous le nom de Scander-beg, qui souleva l’Épire et défendit vigoureusement Croïa, dont il venait de s’emparer. Aux environs d’Andrinople, le sultan aperçut un derviche qui lui prédit une mort prochaine; cette prédiction fit sur son esprit une telle impression qu’il trépassa en trois jours (1451).

Mohammed (Mahomet) II avait, entre temps, atteint sa majorité. II résolut tout d’abord de faire la conquête définitive de Constantinople, prédite par le Prophète, tentée par les Arabes, rêvée par les Seldjouqides de Roum, essayée par ses prédécesseurs. Pour fermer le Bosphore, il fit construire, sur la côte d’Europe, le château fort de Roumilf-Hiçâr, en face de celui d’Anadolou-Hiçâr, et fit fondre, par un fondeur hongrois, des canons d’un calibre extraordinaire. En avril 1453, il vint bloquer la ville à la tête d’une armée considérable, dont le courage était exalté par les prédications fanatiques du derviche Ak-Chems-ed-dîn ; un miracle fit retrouver le tombeau du compagnon du Prophète, Abou-Eyyoûb, qui donna son nom d’Eyyoûb à un faubourg construit plus tard. L’accès de la Corne d’Or était défendu par une chaîne tendue entre la pointe actuelle du Sérail et Galata; pour tourner cet obstacle, le sultan transporta dans le fond du port, en les faisant passer par-dessus les hautes collines du Péra, une flotte de soixante-dix bâtiments, qu’on déplaçait à force de bras sur des planches enduites de graisse de bœuf. La brèche étant ouverte à la porte de Saint-Romain (Top-qapou) au bout de cinquante jours de siège, un assaut général fut ordonné; les murailles du côté de la terre étaient défendues par des Génois, des Vénitiens et autres étrangers, et par des contingents grecs; mais la ville fut prise parce que cinquante soldats ottomans se glissèrent par la porte dite Cercoporta, qu’on avait, dit-on, oublié de fermer.

L’empereur Constantin XIII Paléologue périt les armes à la main et ne fut reconnu qu’aux bottines de pourpre qui marquaient sa dignité. Ce fut la fin de l’Empire romain d’Orient, qui avait duré environ mille ans et n’avait fait que décliner depuis les dernières années du XIII® siècle.

Les Ottomans avaient enfin trouvé la capitale qui leur convenait et dont la prise avait été prédite, comme une récompense due aux défenseurs de la foi, par un hadilh (tradition) du Prophète.

Leurs conquêtes ne devaient pas s’arrêter là; le Danube, qu ils avaient atteint, ne pouvait être un obstacle. Les règnes des premiers successeurs de .Mohammed II sont remplis par la conquête de la Val achie et de la Moldavie, qui, pourtant, ne furent [las annexées, mais régies, sous une forme qui rappelle le protectorat, par des hospodars

FIN DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT

Le couvent de SainT-P AUL au mont AtHOS. — La Sainte Montagne de I Athos a été, depuis le X*‘ siècle, un des plus importants centres monastic^ues de 1 Orient. Ses couvents, dont le plus grand nombre datent du temps des Comnènes et des Paléologues, sont, avec leurs murailles de forteresses, leurs cours plantées d arbres, leurs églises décorées de fresques, un des endroits où revit le plus pleinement le souvenir de Byzance. Cl. Mussiox G. .Milllt.

le Simple cadi (juge de paix) jusqu’aux deux cazasker {qâdî-’asker, « juge d’armée ») de Roumélie et d’Anatolie et au Chéïkh ul-Islam ou grand-mufti, autorité suprême en matière de jurisprudence canonique.

Comme cela s’est toujours passé en Orient, le pouvoir du sultan était absolu ; tous ses sujets sans exception étant considérés comme ses esclaves, il avait le droit de vie et de mort sur chacun d’eux. Ce droit exorbitant maintenait l’obéissance à tous les degrés de la société, mais entretenait en revanche, dans l’esprit de ceux qui craignaient à chaque instant de perdre la vie par un caprice injustifié, un état de démoralisation qui, au contact des âmes vigoureuses des Européens, amena la dislocation progressive de l’État fondé au XIV‘’ siècle pour disparaître presque en entier à l’aube du XX® siècle.

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