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III. LA FIN DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT

L’EMPIRE GREC SOUS LES PALÉOLOGUES (1261- 1453). — La période qui va de 1261 à 1453 marque la décadence de l’Empire grec. Mais jamais peut-être, plus qu’à cette époque, le monde byzantin ne se trouva mêlé à l’histoire générale de l’Europe. Pendant ces deux siècles, la monarchie fut en rapports constants avec l’Occident : relations politiques résultant des ambitions angevines en Orient et de l’existence des États latins, qui subsistaient sur le territoire de l’Empire; relations économiques, que créaient les possessions et les convoitises des républiques maritimes d’Italie dans les mers levantines; relations religieuses, enfin, qui naissaient de la question sans cesse agitée du rétablissement de 1 union entre les deux Églises grecque et romaine. D’autre part, durant cette période, l’Empire byzantin a ses destinées étroitement liées à celles des États qui grandissent dans la péninsule balkanique : Bulgares, Serbes, Turcs, qui, tous, aspirent semblablement à le détruire et à le remplacer. Par tout cela, l’histoire de Byzance sous les Paléologues apparaît singulièrement complexe, et, malgré

la ruine certaine où s’achemine la monarchie, intéressante encore et vivante. Enfin, l’époque des Paléologues a vu éclore, de façon assez inattendue, une serte de renaissance intellectuelle et artistique, dont les oeuvres ne sont point sans mérite, ni les monuments sans valeur. Comme si, à la veille de mourir, Byzance avait voulu rassembler toutes ses énergies pour jeter un éclat suprême, l’Empire décadent du XIV® et du XV' siècle a connu, une fois encore, une civilisation brillante et raffinée, dont l’influence fut incontestable sur la renaissance italienne. Et, par là aussi, cette période d’histoire trop négligée vaut d’être regardée avec quelque attention.

LE RÈGNE DE MICHEL VIII PALÉOLOGUE (1261- 1282). — L’Empire byzantin restauré était, en fait, très faible. Autour de lui existait en Orient une foule d’États indépendants, les uns grecs : despotat d’Épire, Grande Valachie, Empire de Trébizonde; les autres latins : duché d’Athènes, principauté d’Achaïe, royaume de Chypre, possessions vénitiennes et génoises, qui, tous, par la force des choses, étaient des adversaires pour la monarchie des Paléologues. D’autres ennemis encore la menaçaient : la Bulgarie, les Turcs, sans parler de l’hostilité de tout l’Occident. Au milieu de ces difficultés, Michel VIII Paléologue fit un suprême effort pour reconstituer l’Empire, et bien qu’il n’y ait pas pleinement réussi, il apparaît par là comme le dernier des grands souverains de Byzance.

Dès le lendemain de son avènement, il obligeait le prince d’Achaïe à lui céder trois de ses forteresses, et ainsi les Grecs reprenaient pied en Morée (fin de 1261). Il conquérait une portion de la Macédoine sur les Bulgares (1264), Janina sur l’Épire (1265), une partie des îles de l’archipel sur les Vénitiens. Mais l’hostilité de l’Occident semblait devoir briser sa fortune. La papauté, comme Venise, rêvait la restauration de l’Empire latin de Constantinople. Et, surtout, le nouveau roi des Deux-Siciles, Charles d’Anjou, héritier par le traité de Viterbe (1267) des droits de Baudouin II et suzerain de l’Achaïe, avait, du côté de l’Orient, de vastes ambi-

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MisTRA. — Bâtie au-dessus de Sparte sur les derniers escarpements du Taygète, Mistra a été nommée justement une et Pompéi franco-byzantine ». Au-dessous du château bâti en 1249 par Guillaume de Villehardoum, une ville se développa, qui fut. aux XIV et XV' siècles, la capitale des despotes grecs de Morée. Elle subsiste avec ses rues, ses maisons, ses palais, surtout ses églises décorées de fresques remarquables. Cl. Mis^io.n u. Millkt.

lions. Ce fut l’habileté de Michel VIII, dans cette crise redoutable, d’empêcher la coalition générale de l’Occident. Pour se concilier les bonnes grâces de la papauté, Michel VIII n’hésita pas à promettre le rétablissement de l’union des Églises. Le concile de Lyon (1274) enregistra la soumission de l’Église byzantine à l’autorité romaine; en échange, Michel obtenait l’assurance qu’on le laisserait libre en Orient, libre même d’attaquer les Latins. Malheureusement, les rancunes du clergé et du peuple byzantins contre Rome traversèrent ces combinaisons : Michel VIII voulut imposer l’union par la force; il ne réussit qu’à produire un schisme dans l’intérieur de l’Église orthodoxe.

Charles d’Anjou, d’autre part, ne désarmait pas. En 1281, il regagnait la papauté à ses vues, et une ligue se formait entre lui, le souverain pontife et Venise, pour restaurer l’Empire latin. Michel fit front partout : et, pour briser l’ambition angevine, la diplomatie byzantine suscita les Vêpres siciliennes (mars 1282).

Ce fut le dernier succès de Michel Paléologue : il mourut à la fin de 1282. On peut se demander si, du grand effort qu’il tenta, les conséquences furent heureuses pour l’Empire. Outre l’agitation intérieure qu’il y déchaîna, et qui l’affaiblit, la hantise de sa politique occidentale lui fit trop négliger en Asie le péril turc, en Europe le péril serbe. La fin du XIII® siècle marque les progrès formidables des Ottomans en Anatolie, l’agrandissement de la Serbie dans les Balkans. Ainsi, le règne de Michel VIII, qui semblait annoncer un commencement de renaissance pour l’Empire, ne fut, en fait, que le prélude d’une décadence irrémédiable.

L’E.MPIRE sous LES DERNIERS PALÉOLOGUES.

— On le vit bien durant le siècle et demi qui suivit, sous les successeurs de .Michel VIll. Ce furent Andronic 11 (1282-1328), Andronic III (1328-1341) et, à côté de Jean V (1341-1391), l’intelligent et remarquable souverain que fut l’usurpateur Jean \ I Cantacuzène (1341-1355); ce furent .Manuel II, prince éminent, dont les hautes qualités auraient sauvé l’Empire, si l’Empire avait encore pu être sauvé (1391-1 425) , Jean VIII (1 425-1 448) , et le dernier enfin, Constantin Dragazès (1448-1453), qui, du moins, sut mourir héroïquement sur les remparts de sa capitale prise d’assaut.

Mais, sous tous également, la décadence byzantine ne s arrêta plus.

LA DI.MINUTION TERRITORLALE. — Depuis la mort de Jean Asen (1241), l’Empire vlaquo-bulgare était devenu moins redoutable. En revanche, la Serbie grandissait, et Étienne Douchan (1331-1355) allait en faire, aux dépens de Byzance, l’État le plus important des Balkans. En six ans (1340-1346), il conquérait presque toute la Macédoine et l’Épire : en 1 346, il se faisait couronner solennellement à Uskub comme « tsar des Serbes et des Grecs, des Bulgares et des Albanais ». L’Empire serbe s’étendait du Danube à la mer Égée et à l’Adriatique. Il ne restait plus à Douchan qu’à conquérir Constantinople. Il mourut, malheureusement pour la chrétienté, en 1355; et, après lui, le puissant État qui seul aurait été capableM’arrêter les Turcs se disloqua vite. Mais, de cette lutte de vingt-cinq ans, Byzance sortait un peu plus faible encore. j

Les Turcs, d’autre part, avançaient en .Asie, sous leurs sultanë Osman (1288-1326) et Ourkhan (1326-1360). En 1340, les Byzantins ne possédaient plus en Anatolie que Philadelphie, qui bientôt capitula. En 1354, les Turcs passaient en Europe et occupaient Gallipoli. La péninsule des Balkans leur était ouverte. .Mourad P'" (1360-1389) en profita. Dès son avènement, il s’emparait d’Andrinople, où il transportait sa capitale (1365). Contre la poussée ottomane, les États chrétiens des Balkans ne parvenaient pas à s’unir. Les Bulgares furent écrasés sur la Maritza (1371), les Serbes dans la plaine de Kossovo (1389) ; Jean V était obligé de se reconnaître le vassal du sultan. Bajazet (1389-1402) agit plus vigoureusement encore contre Byzance, qu’il bloquait étroitement (1392-1399), et l’effort que l’Occident tenta pour la sauver n’aboutit qu’au désastre de Nicopolis (1396). Heureusement pour l’Empire, l’invasion mongole et la défaite du sultan à Angora (1402) écartèrent momentanément le péril turc. Mais, en 1421, Mourad II (1421-1451) reprenait l’offensive. Il s’emparait de Thessalonique (1430); un de ses généraux envahissait la Morée (1423); lui-même portait ses armes en Bosnie, en Albanie, et imposait tribut au prince de Valachie. Malgré les efforts de Jean Hunyade, malgré la résistance de Scanderbeg en Albanie, les Ottomans poursuivaient leurs avantages. En I 444, à la bataille de Varna, le dernier grand effort qu’ait tenté la chrétienté en Orient était brisé, et, en 1451, Mahomet II montait sur le trône des sultans.

Enfin, les Latins établis dans l’Empire, Génois et Vénitiens, s’y comportaient comme en pays conquis. Sans doute, dans le Péloponnèse, les Grecs avaient réussi à repousser les Francs et le despotat de Mistra avait englobé la péninsule presque entière. Il n’en demeurait pas moins que, lambeau par lambeau, l’Empire se désagrégeait.

LA FAIBLESSE INTÉRIEURE. — La situation intérieure aggravait sa faiblesse.

L’église de la Pa.stanassa, a .Mistra. — Cet édifice date san- doute de la tin du XIV siècle. 11 est fort élégant avec son abside richement décorée et sa jolie loggia. Le clocher qui le domine, avec la triple arcature de ses fenêtres et ses pignons pénétrant la fièche octogone, est une construction presque française, nspirée de 1 école de Champagne, et montre les influences étrangères qui pénètrent alors 1 architecture byzantine. CT . 'li- : n MaLtr.

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