LE CONCILE DE BALE (1431- 1449). — LES PRAGMATIQUES
Martin V mourut avant l’ouverture du concile. Son successeur, Eugène IV, promit d’entreprendre, en accord avec les Pères, la réforme de la cour de Rome « dans son chef et dans ses membres » et celle de l’Église a quant à la foi, la vie et les mœurs » ; mais, après divers incidents et ayant constaté que le concile allait au delà des décrets de Constance, il le transféra à Ferrare (1437), puis à Florence (1), et il excommunia a la synagogue de Satan », à savoir les Pères demeurés à Bâle : ceux-ci le déclarèrent suspendu de ses offices et dignités.
C’est alors que Charles VII promulgua l’ordonnance connue sous le nom de Pragmatique sanction et qui, adoptée par 1 assemblée de Bourges, déclarait applicables dans le royaume de France vingt-trois canons du concile de Bâle. L empereur Albert II rendit une ordonnance analogue, soumise au préalable à la diète de Mayence (mars 1439). De même que les conciles avaient voulu limiter l’autorité générale du pape, ainsi les princes entendaient limiter dans leurs États les droits du Saint-Siège et acquérir vis-à-vis de lui une certaine indépendance, sinon certaines prérogatives. La Pragniatique de Bourges, expression des doctrines gallicanes, plaçait l’Église de France sous le patronage du pouvoir royal ; sa mise en vigueur créa entre le pape et le roi de graves dissentiments.
Cependant, les dissidents de Bâle, dont les actes avaient été déclarés nuis par le concile régulier à partir du jour où celui-ci s était réuni à Ferrare, affirmèrent derechef la supériorité des conciles généraux et le droit de ces assemblées de ne se séparer que de leur plein consentement. En conséquence, Eugène IV fut déposé comme hérétique
Martin V. — Dalle funéraire en bronze, exécutée par Donatello, à la basilique de Saint-Jean de Latran (Rome). Cl. Alinari.
(26 juin 1439) par les « Bâlois », qui firent choix du vieux duc Amédée VIII de Savoie.
La Savoie, l’Aragon, la Hongrie, la Bavière, leTyrol, l’Autriche, la Suisse, avec la plupart des Universités, reconnurent Félix V ; l’Allemagne resta neutre. Charles VII prit l’avis d’une nouvelle assemblée du clergé, réunie comme la première à Bourges, et, de même que l’Angleterre et l’Italie, resta fidèle à Eugène IV, mais sans rapporter l’ordonnance de 1438, et il exprima le vœu formel qu’un concile général travaillât à restaurer enfin l’ordre dans l’Église. Il y aida pour sa part, car il ne fut pas étranger à la décision que prit Félix V d abdiquer (1449). Quant à la Pragmatique, alternativement abolie et remise en vigueur par Louis XI selon les besoins de sa politique, elle ne disparut définitivement qu’après la conclusion du concordat de Bologne, en 1516.
Lorsque le concile de Bâle se sépara, le 25 avril 1449, après avoir siégé pendant dix-huit ans, l’Occident avait recouvré son unité religieuse ; mais les abus signalés n’avaient pas disparu, aucune amélioration ne s’était produite dans la discipline et dans les mœurs. Jusqu’au concile de Trente, les papes donneront trop de place aux satisfactions temporelles et seront trop absorbés par les ambitions politiques. Désormais, il leur arrive sans doute d’intervenir dans des questions d’intérêt général, mais (( le prince italien domine en eux le souverain pontife, quand ce n’est pas l’humaniste qui domine le prêtre. Avec de pareils papes, il ne pouvait être question de réforme, et cependant, de jour en jour, elle devenait plus urgente. Pour n’avoir pas su la faire à temps au XV® siècle, on allait avoir au siècle suivant une véritable révolution, dont les esprits clairvoyants pouvaient déjà apercevoir les symptômes. Lorsque Sixte IV mourut, Luther était né » (')• .
L esprit de la croisade avait conduit, en 1396, l’élite de la noblesse française à Nicopolis (2), où elle périt tragiquement. Lorsque le pape Pie II voudra, au siècle suivant, organiser une nouvelle guerre contre les Turcs (1458), il ne sera plus compris des princes de l’Europe, et il se mettra en personne à la tête de l’expédition pour 1 animer de sa fol. 11 mourut de maladie, à Ancône, au moment de s’embarquer, mais « la honte de voir la chrétienté rester indifférente faisait sa plus grande souffrance » (3).