LA COUR ET LA NOBLESSE
— TRANSFORMATION DE L’ART MILITAIRE. — Avec la fin des Croisades, l’esprit de l’ancienne noblesse commence à déchoir et 1 institution des ordres royaux (4) tend à faire de la chevalerie une institution fermée. En même temps, il se produit de profonds changements dans la formation meme de cette classe sociale : d’une part, les rois créent, par la constitution d apanages aux membres de leur famille, une féodalité dont la puissance deviendra un danger pour l’autorité monarchique: d’autre part, la noblesse se renouvelle par en bas au moyen des anoblissements.
Le goût du faste, des plaisirs et des réjouissances solennelles se répand de plus en plus dans la haute société, et 1 on voit apparaître une noblesse de cour. Tout est 1 occasion de fetes somptueuses et
(I) Le concile de Florence, après celui de Ferrare, s’occupa de la suppression du schisme grec, et le futur cardinal Bessarion, alors métropolitain de Nicée, travailla activement à la réconciliation des deux Églises. Un décret d’union fut signé par tous les membres du concile, excepte par Marc d É^hèse ; mais l^empereur, malgré son désir d’être secouru par l’Europe contre les Turcs, renonça a un pacte que ses sujets réprouvaient.
(1) Émile Chénon, Histoire des rapports de t Église et de l État P
(2) Sigismond, roi de Hongrie, ayant imploré le secours de 1 Uccident 12 000 Français part rent pour la Hongrie, ayant à leur tête le comte de Nevers, le comte de la Marche, le maréchal de Boucicaut, L-ouis de Bréze, 1 amiral Jean de Vienne, etc. Ils se joignirent aux 100 000 Hongrois qui les attendaient, passerent le Danube et investirent Nicopolis: mais Bajazet avait une armée de 200 000 hommes. Sigismond jugea la bataille perdue et s enfuit, abandonnant les
Français, qui pér. rent presque tous, les armes Qa main
(3) Mourret (S.) et J. Carreyre, Précis de t histoire de t E gtise t lU p . 115».
(4) Ordres des Séraphins (1285) en Suède, de la Jarretiere (1349) et du Bain (1399) en Angleterre, de l’Étoile (1351) et de Saint-Michel (1469) en France. Et, à côté des ordres royaux, se multiplient ceux qu’institue la haute féodalité princière.
CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
CHATEAU DE MeHUN-SUR-YÈVRE. — Construit à partir de 1383, par Guy de Dammartin. pour le duc de Berry. — D’après une miniature des Grandes Heures du duc de Berry. Muski-: CnNDt:. a ('ham ili.v.
ruineuses : réceptions de souverains, chevalerie des princes, mariages. La magnificence est considérée comme une qualité royale et les princes s’efforcent de s’égaler, par leur faste et par l’éclat de leurs cours, aux plus riches souverains. Le luxe s’étale partout, dans les tournois et les parties de chasse, dans les armes et les armures, dans le vêtement et l’habitation; les châteaux deviennent plus confortables et les villes mêmes s’ornent de palais. Ces goûts nouveaux favorisent le développement de l’art, de l’élégance, de la vie de société, mais ils entraînent un abaissement parallèle de la moralité générale.
En ces temps de guerres étrangères et de guerres civiles, de grandes compagnies et de routiers, de condottieri et de chefs de bandes, la violence est à l’ordre du jour, les crimes passionnels se multiplient; on se bat pour se disputer des héritages; on veut de 1 argent. Les chevaliers pillards, les Raubritter, sont une des calamités de l’Allemagne; mais, que d’imitateurs ils trouvent trop souvent ailleurs, même en France, où, si les guerres privées ont été interdites, les coupables obtiennent souvent des lettres de rémission. On recourt aussi, pour satisfaire ses passions, aux arts occultes, aux pratiques de la sorcellerie et de la magie, et Gilles de Rais, le Barbe-Bleue des conteurs, a laissé, dans cet ordre d’idées, une lugubre réputation. Au XV^ siècle commencent à se multiplier les procès contre sorciers et sorcières qui, tenus pour hérétiques, relèvent des tribunaux de l’Inquisition ; deux dominicains allemands, Henri Institor et Jacques Sprenger, rédigent leur fameux Maliens maleficarum.
Toute la noblesse n’est pas atteinte par ces hontes et ces scandales, et sa vaillance trouve encore à s’employer dans la guerre; mais elle ne sait pas s adapter aux conditions nouvelles de l’art militaire, et c’est encore là pour elle une cause de décadence.
L emploi de la poudre pour lancer des projectiles est signalé dès 1323 au siège de Baeza par les Arabes; en 1325-1326, mention est faite de la fabrication, à Florence, de boulets de 1er et de canons pour la défense des places; en 1338, l’amiral de France Hue Quiéret embarque sur sa flotte des armes à feu pour attaquer Southampton ; en 1339, Cambrai possède des canons; en 1346, ce sont les Anglais qui font jouer à Crécy une artillerie à feu, d’ailleurs plus bruyante que malfaisante.
Au XV siècle, à côté des bombardes et des pierriers, les arquebuses deviennent l’une des armes habituelles du fantassin. La transformation est telle que le grand maître des arbalétriers disparaît en France, à la fin du XV"' siècle, devant le grand maître de l’artillerie. La cavalerie
décline, l’infanterie prend chaque jour une place plus considérable, et, dédaignée par la vaillance des chevaliers, elle joue dans les batailles un rôle déterminant. Chez nous, c est Charles \ II qui tente la première organisation de 1 infanterie par l’institution des francs-archers, comme il fonde l’armée permanente par la constitution des compagnies d’ordonnances. La solide infanterie des Suisses, puis les lansquenets allemands, créés par Maximilien, fournissent des troupes à 1 étranger et sont ainsi mêlés aux grandes guerres européennes.
Le développement de l’artillerie entraîne la transformation totale de l’architecture militaire; les murailles deviennent plus basses et plus épaisses; les tours prennent le caractère de bastions; des modifications sont introduites dans la maçonnerie pour permettre les tirs rasants. 11 se produit parallèlement une transformation du vaisseau de guerre. Le château et les superstructures de défense, au heu d être adventices, font corps avec le bâtiment. Les navires légers, du type de la galère, sont bas sur l’eau, de manière à pouvoir, par leur artillerie, atteindre les grands navires au niveau de la flottaison. Les gros bâtiments, du type de la nef, ont plusieurs rangées de batteries superposées et deux châteaux, l’un à 1 avant, 1 autre à 1 arrière et plus élevé.
Tandis que la noblesse perd de plus en plus son influence sociale, le sort des paysans s’améliore, parce que le lien de droit qui 1 unit au seigneur se modifie, et la bourgeoisie prend une importance croissante, économique et politique.
LES PAYSANS. — La condition juridique et matérielle des paysans s’est améliorée à mesure que le pouvoir royal affermi a fait échec à l’exploitation seigneuriale et que les droits du propriétaire se sont exercés sur le domaine rural plutôt que sur la personne du tenancier, de plus en plus indépendant. Mais, au début du XIV^' siècle, les progrès des classes rurales sont brusquement arrêtés par l’état de guerre, dont le plat pays souffre beaucoup plus que les villes, et par ces horribles fléaux : la peste noire et la famine.
Les souffrances des paysans les portent à se grouper sous la direction de chefs comme Guillaume l AIoue et le Grand Ferré; elles les excitent contre les seigneurs, dont le luxe insolent, s’ajoutant à une indifférence coupable, insulte à leur misère. De là, en France, la révolte des Jacques, et, en Angleterre, le soulèvement des travailleurs (1381).
Décimées par la guerre, par les exécutions, par la famine, les campagnes se dépeuplent, les terres tombent en friche. Quand Charles Vil a ramené en France quelque tranquillité, il faut, pour reconstituer la vie rurale, multiplier les affranchissements et employer la main-d’œuvre étrangère. Si l’état des terres, le manque ou l’insuffisance des instruments aratoires rendent lente et difficile la renaissance agricole, elle n’en est pas moins réelle, non seulement en France, mais aussi en Angleterre, où les maisons de briques sont substituées aux cabanes en bois ou en torchis ; en Allemagne, où la prospérité
Une chasse PR1NCIÈ.RE au XlV siècle. — Bonne de Bourhon, duchesse de Savoie, chasse avec la reine de France. — Miniature du Recueil de Gaignières.
Bibliothèque Nationale