LE CHATEAU DE POITIERS AU XIV® SIÈCLE
Miniature des Grandes Heures du duc de Berr]), représentant, avec le château, des scènes de la vie rurale.
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Les travaux des champs. Les vendanges.
Miniatures tirées des Heures de Jean Pucelle. Collection de M. le baron de Rothschild.
paysanne s affirme par de meilleures conditions d’existence et par un meilleur aménagement des constructions. Les paysans de la Bohême garnissent de vitres leurs fenêtres, ce qui est un véritable luxe pour l’époque.
LA BOURGEOISIE, LE COMMERCE ET L’INDUSTRIE. — L’importance des classes moyennes et le progrès des centres urbains, parallèlement à la décadence politique de la noblesse, sont le trait le plus saillant de l’histoire sociale à la fin du Moyen âge.
Au XIV^-' et au XV^ siècle, le gros du commerce maritime est, pour le Midi, entre les mains des Italiens; pour le Nord, entre celles de la Hanse.
Venise, Gênes et Pise, reines de l’Adriatique et de la Méditerranée, drainent le commerce avec l’Orient. Quand Pise s’efface, Florence est en pleine prospérité ; ses marchands vont partout chercher la laine que tissent ses métiers, les pièces de drap qu’elle retravaille et qu elle teint : rien que pour la teinturerie, elle compte deux cents ateliers produisant de 70 000 à 80000 pièces par an. Les marchands d’Asti, de Milan, de Corne, de Lucques, de Sienne, se répandent aussi à travers le monde, notamment en France, où ils fréquentent nos foires et, au commerce proprement dit, ils joignent les opérations de banque et de change, faisant, sur ce terrain, concurrence aux juifs. Nos rois du XIV° siècle accordent volontiers aux étrangers, surtout aux Italiens, des lettres de naturalité, et cet apport extérieur contribue à notre prospérité économique. iVlême pendant la guerre de Cent ans, le mouvement économique n’est pas arrêté, ainsi qu’en fait foi le livre de comptes des frères Bonis, de Montauban. Les foires de Beaucaire sont aussi fréquentées que celles de Champagne. Les villes de Boulogne, Rouen, Nantes, Bordeaux, Bayonne ont un commerce maritime actif, et Marseille fait concurrence aux cités italiennes, comme d’ailleurs les corsaires majorquins et catalans.
La formation de compagnies commerciales facilite les entreprises de grande envergure. En Allemagne, où les foires de Francfort-sur-le- Mein et de Leipzig attirent une clientèle européenne, la Ligue hanséatique, fondée en 1241, sous les auspices de Lubeck et de Hambourg, englobe avec des cités maritimes (Brême, Rostock, Wismar, etc.), des villes de l’intérieur (Francfort-sur-l’Oder, Cologne, Munster, Halle, Breslau), et elle a ses principaux marchés en Russie, en Norvège, aux Pays-Bas, en Angleterre. Elle exerça une influence utile en réprimant la piraterie, en améliorant les conditions du commerce international, en contribuant aux progrès du droit maritime et en soutenant le principe de la liberté des mers; mais elle ne considéra jamais que son intérêt exclusif, imposant par la force son monopole, se bornant au rôle d’intermédiaire et se montrant incapable.
Maison de Jacques Cœur a Bourges. — Type d’une maison de grand marchand au XV' siècle {construite de 1442 à 1453). Cl. Neirdein.
au XVP siècle, d’adapter aux conditions nouvelles son mécanisme commercial. La domination maritime passa aux Pays-Bas et à 1 Angleterre.
Bruges, l’un des principaux comptoirs de la Hanse, Bruxelles, Ypres, Gand, assurent aux Flandres, point de contact entre le trafic méditerranéen et le trafic de la mer du Nord, une richesse extraordinaire. Ce n’est pas seulement avec l’Angleterre et 1 Europe septentrionale, c’est aussi avec la France, l’Espagne, 1 Italie que les cités flamandes entretiennent d’actives relations. Les Pays-Bas sont vraiment, alors, le centre commercial de l’Europe occidentale.
L’expansion économique de l’Angleterre est favorisée, non seulement par l’activité des marchands de ï Ëtaple, qui vont à 1 étranger échanger les laines contre les draps, mais aussi par les u marchands à l’aventure », et des manufactures comme celles de Worstead s efforcent de faire concurrence à l’extérieur. Les progrès de la marine suivent ceux du commerce et de l’industrie nationale. L Angleterre des derniers Plantagenêts se libère de la tutelle des étrangers. (Voir pages 282 et 288.)
Dans la péninsule Ibérique, le centre du commerce intérieur est à Burgos et celui du commerce maritime à Barcelone, dont la Taula de cambis égale en importance, au début du XV° siècle, les grands établissements decréditde Florence, de Venise, de Gênes. Les Portugais sont parmi les plus hardis navigateurs ; ils construisent les meilleurs navires et ils vont se lancer à la conquête de mondes nouveaux.
Les corporations se développent parallèlement à l’industrie ; elles deviennent puissantes, et il arrive que les « métiers », dans les Flandres comme à Paris, jouent un rôle politique décisif. Mais 1 institution change de caractère ; elle tend à former une oligarchie, un patriciat, et l’on voit apparaître le travail libre. En apparence, 1 édifice présente toujours le même aspect et la même ordonnance ; en fait, si l’artisan obéit encore à son maître, « il n a plus pour lui la même confiance et la même vénération qu’autrefois, de même qu à son tour le maître n’a plus pour son ouvrier le même bon vouloir amical et protecteur. Les sociétés de compagnons se fondent comme une rnenace future pour l’unité de la corporation ; 1 obligation du chef-d œuvre et les frais qu’il entraîne tendent à rendre plus difficile à 1 artisan l’accès de la maîtrise (I) ». L’abus des réglementations minutieuses, dressées comme autant de barrières, rendra impopulaire une institution dont le caractère d’association familiale est déjà gravement atteint.
Le développement de la vie économique a pour conséquence, avec le développement de la vie urbaine, le progrès de la bourgeoisie. Fière de sa puissance, elle entend jouer et elle joue un rôle dans la vie politique et sociale ; les Artevelde et les Étienne Marcel font des révolutions. Au point de vue de la richesse, les Jacques Cœur, les
(I) Martin Saint-Léon, Histoire des corporations de métiers (3® édit., 1922,
CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
André Fugger. les Médicis n'ont rien à envier aux grands seigneurs dont ils imitent le luxe, et c’est sur leur fortune commerciale que les Médicis, à Florence, fondent leur extraordinaire fortune politique.
En France, les rois font de plus en plus appel à la collaboration de la bourgeoisie: ces gens, si habiles à édifier leur maison, leur paraissent à bon droit capables de bien gérer les affaires de la monarchie. .Mais les villes, dont l'affranchissement avait fait des organismes féodaux, suivent, quant à leur indépendance, le sort même de la féodalité : les libertés urbaines disparaissent en même temps que les droits régaliens sont repris aux possesseurs de fiefs. Depuis saint Louis et Philippe le Bel, les administrations municipales sont devenues progressivement des institutions royales aux mains d’une sorte de patriciat qui tend à se rapprocher de l’aristocratie de naissance.
C est, au contraire, au siècle que les cités des Pays-Bas,
parvenant à leur apogée, eurent le plus d’influence politique, de richesse et d’éclat ; mais bientôt les dissensions, le despotisme des ducs de Bourgogne, une mauvaise gestion financière en amenèrent la décadence.
Les communes anglaises restèrent presque complètement en dehors du mouvement qui se produisit sur le continent ; elles n’eurent pas, comme en France, à secouer la domination seigneuriale et elles furent étroitement associées à la fondation, puis au progrès des libertés publiques.
Les villes libres d’Allemagne réussirent à conserver plus longtemps leur autonomie que les autres villes du continent, parce qu elles formèrent des ligues soit entre elles ou avec les seigneurs féodaux, soit encore avec les paysans, et qu’il arriva même aux empereurs de chercher en elles un point d’appui. Elles survécurent à la perte de leur influence politique et les grandes villes de la F^anse gardèrent jusqu’à nos jours leur prospérité. Elles furent à un moment des foyers de civilisation.
En Italie, l'histoire des villes se confond avec l’histoire même de la Péninsule. Après avoir lutté contre l’Empire, elles furent déchirées par les factions et, transformées successivement en républiques et en principautés, elles perdirent entièrement leur autonomie ; mais elles vécurent d’une forte vie politique, artistique et économique.
En Espagne, la formation des communes eut pour cause la nécessité où se trouvèrent les rois catholiques de fonder dans les terriroires reconquis sur les Arabes des centres dévoués à leur cause, mais indépendants : concejos en Castille et en Leon, uniûersidades en Aragon, municipios en Catalogne. Les chartes accordées à ces collectivités (cartas de poblacion) semblent, avec des modalités diverses, dériver de l’ancienne curia hispano-romaine et du conventus publicus üicinorum des Wisigoths. Les alcaldes et jmados, nommés à l’élection, lurent investis des droits de police, de justice et de finance.
jusque-là réservés aux agents royaux {condes, jueces), et les villes profitèrent, d’ailleurs, des circonstances pour s’arroger de nouvelles franchises. Sur la côte méditerranéenne, Barcelone exerça, dès le XIII'-' siècle, une véritable hégémonie sur les autres villes du comté ; son Conseil de cent entretint des consuls à l’étranger, ses troupes (sometent) mirent en échec les barons catalans, ses notables bourgeois (homes honrats) jouirent, au point de vue civil, des mêmes prérogatives que les nobles. Pour accroître leur puissance, pour donner à leur commerce plus de sécurité et d extension, les communes se constituèrent en confréries (hermandades) ayant leurs fonctionnaires, leurs milices, leur flotte; la Hermandad de las marismas, créée à Castro Urdiales, à la fin du XIlE' siècle, entre les villes de la côte atlantique, prêta ses navires à nos rois, entretint des consuls sur les côtes de France et des Pays-Bas et noua des relations commerciales avec la Hanse. Les communes espagnoles parvinrent à leur apogée au XIlP et au XIV® siècle : leur puissance fut égale, smon supérieure, à celle de la noblesse et les rois catholiques surent la faire contribuer à l’œuvre d’unification.