III. LA LITTÉRATURE
LITTERATURE FRANÇAISE. — La littérature française de la fin du Moyen âge subit une transformation profonde et tend à perdre son influence à l’extérieur. Elle agit encore par ses œuvres anciennes, qui trouvent des traducteurs et des imitateurs en Allemagne, en Espagne, en Italie ; mais les littératures étrangères affirment de plus en plus leur originalité. A vrai dire, la société chrétienne et féodale est toute en décadence après le règne de saint Louis, et il en est de même des œuvres littéraires correspondantes, comme on s’en rend compte en comparant dans le Roman de la Rose la rude satire de Jean de Meung et l’œuvre courtoise de Guillaume de Lorris. Si le réalisme fait son apparition dans les œuvres de cette époque troublée, les vieux thèmes sont bouleversés, les chansons de geste ont quelque chose de caricatural, les romans d’aventures sont de froides compilations. Les allégories compliquées et les exercices de rhétorique remplacent l’expression simple ou émue des sentiments.
Et il ne faut pas davantage chercher l esprit des romans courtois chez les conteurs du XV® siècle ; le Petit Jehan de Saintré, d’Antoine de La Sale, les Quinze Jopes de mariage, les Cent Nouvelles nouvelles ont un tout autre caractère. Ce dernier recueil surtout, longtemps attribué à tort au roi Louis XI, est fortement empreint de cet esprit gaulois dont la bonne humeur, la malice et le tour badin font passer les détails les plus lestes.
La poésie de la fin du .Moyen âge est généralement banale et trop
Déclaration et essai du vin au port de Pans
Scènes de la vie urbaine.
Les moulins du Grand Pont à Pans.
Oublaieur, orfèvre, bateau chargé de bois.
Miniatures ornant un manuscrit de la Légende de saint Denis (XIV siècle'. — Bibliothèque .Nationale. Ms. français 2091.
souvent prosaïque ; elle présente plus d’intérêt pour 1 histoire générale que pour l’histoire littéraire. Auteur d’un Art de dicter et faire ballades et d’un Miroir de mariage, le poète Eustache Deschamps (1345-1406 ?), disciple de ce Guillaume de Machaut qui fut l’initiateur d un nouvel art poétique, prend violemment à partie les Anglais, les femmes et les coquins. Plus haute est la heure d’Alain Chartier (1385-1435 ?), âme vigoureusement trempée, qui s efforça de relever les courages abattus par les revers et les misères : son Quadriloge invectij, supérieur à ses poésies, fait ressortir, avec les causes des malheurs de la France, les conditions de son relèvement; son oeuvre, sans grands mérites littéraires, est, comme sa vie, celle d’un homme qui aime ardemment son pays et vraiment représentatif de son temps.
Christine de Pisan (1364-1430) n’est pas non plus très originale, mais elle aborde tous les genres poétiques alors connus, même legenre didactique ; elle défend son sexe contre les calomnies de Jean de Meung dans ses Lettres sur le « Roman de la Rose », et elle élève à la gloire du roi qui avait protégé son père le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V .
Dans ses chansons, rondeaux et ballades, Charles d’Orléans (1391- 1465) fait rarement allusion aux malheurs de son pays, ni aux luttes civiles qui lui ont coûté la perte de son père. Retiré à Blois après vingt-cinq ans de captivité, entouré d’artistes et de poètes, il semble prendre à tâche d’oublier, en chantant les joies et les peines de l’amour, et, s’il manque d’originalité et de passion, il donne à l’expression de ses sentiments une forme gracieuse, élégante et de rythme délicat.
François Villon (1431-1468?) est, au contraire, un grand lyrique, qui, parlant le langage du peuple et même l’argot, met dans ses vers, avec sincérité, les désordres de son âme pécheresse, ses joies et ses souffrances, et pourtant, il « rit en pleurs ».
Il est profondément humain. 11 a, chose exceptionnelle à cette époque, un certain sens critique. Il est incontestablement notre premier poète moderne.
Cette poésie vécue fait un singulier contraste avec celle des « rhétoriqueurs ». Comment y aurait-il place pour le sentiment, l’émotion, le naturel dans des vers qui — tels ceux de Jean Meschinot, l’auteur des Lunettes des princes — peuvent se lire de trente-deux manières différentes? Jean Molinet, Georges Chastellain, Olivier de la Marche ne sont capables que de banalités subtiles d’où le sens commun est banni comme à plaisir ; mais ils sont à la mesure de ceux qui les fêtent et les applaudissent ; ils sont hers de leur art ; ils forment école ; ils écrivent des traités didactiques. C’est peut-être dans leurs pièces satiriques — satires politiques ou satires sociales — que leur
htmtUtr ni(1tnnnon en Ot£ntr.
Le carme Jean GoLEIN. — Un des grands traducteurs de la fin du XlV^siècle, présentant à Charles V sa traduction du Rational des diüins offices Derrière Charles V, ses deux fils; en face, la reine Jeanne de Bourbon et ses deux filles.
Le Livre du Cœur d amour épris, par le roi René d'Anjou ; une page du manuscrit avec une miniature. — Ms. 2597 de la Bibl. impériale de Vienne.
talent ne se dépense pas tout à fait en pure perte ; car en ces temps de rivalités ardentes, ils se mettent au service des partis, et on se bat à coup de pamphlets comme à coup de dague.
Les (( miracles » et les « mystères » restent le genre dramatique le plus répandu. Les scènes tragiques de la vie du Sauveur y prennent une place si large que leur représentation occupe presque exclusivement l’activité des Confrères de la Passion. Affligés par les calamités publiques, les gens de toute condition cherchent un réconfort dans des spectacles propres à exalter leur foi. La a Passion » d Arnoul Gréban, organiste de Notre-Dame, est le plus célèbre de ces drames liturgiques.
Mais il est remarquable et caractéristique que cette même époque vit naître le théâtre comique. De ces farces, moralités ou soties, joués par les a Clercs de la Basoche » ou par les « Enfants sans-souci », la « Farce de Pathelin » et le « Franc archer de Bagnolet » sont les plus curieux, tant au point de vue du théâtre qu’au point de vue des mœurs.
La chevalerie décadente a rencontré en Froissart (1337-1410) un chroniqueur et un peintre. Froissart voyage beaucoup pour recueillir lui-même a de tous côtés nouvelles » ; il décrit la somptuosité des cours princières, les combats et les aventures, les fêtes et les tournois, et il le fait avec une admiration qui n a d égale que sa crédulité ; car, s’il ne parle que de ce qu il a vu ou entendu, il n aperçoit que la surface des choses, et il n a rien d un politique ou d un penseur. Mais son style est pur, imagé, vivant, et le tableau qu il nous a laissé de la haute société du XIV^^ siècle est pittoresque et consciencieux.
Philippe de Commynes ( 1 446-1 511) est, au contraire, réfléchi, profond, et il pousse même si loin le souci d être clair qu il lui arrive d’embarrasser sa phrase à force de vouloir expliquer sa pensée. On lui a reproché son habileté astucieuse, sa partialité, 1 insuffisance de sa morale, et il est vrai qu à ses yeux la fin justifie les moyens ; mais il faut dire à sa décharge qu il ne fut ni plus ni moins scrupuleux que les hommes au milieu desquels il vécut. Passé du service de Charles le Téméraire à celui de Louis XI, mêlé à de très grandes affaires, capable d’observer, de juger et de conclure, il rédige des Mémoires moins pour raconter que pour prouver, et il entend nous faire profiter de son expérience. Il a écrit qu à tout prendre Louis XI fut un roi : on peut dire qu’à tout prendre il fut un historien, le premier de nos historiens politiques.
Un mot doit être dit des Pierre Bersuire, des Denis Foulechat, des Jean Golein, des Raoul de Presles, des Nicolas Oresme, etc., qui, sous l’impulsion de Jean le Bon et de Charles V, en traduisant des œuvres tant de l’antiquité classique et chrétienne que des plus récents écrivains, d’Aristote et saint Augustin à Jean de Salisbury et Pétrarque, assouplirent la langue, l’enrichirent de mots nouveaux et grossirent
CONSTITUTION DUS ETATS EUROPEENS
le trésor commun d idées philosophiques et morales, économiques et scientifiques.
EITTERATURE ITAEIENNE.—
Si, à la fin du Moyen âge, la maîtrise littéraire n’appartient plus à la France, c’est du moins un pays de langue romane qui tient la première place dans un domaine où nous avions e.xcellé.
Ea Renaissance italienne date de ce irccento, de cette période vraiment créatrice à laquelle appartiennent les précurseurs de l’humanisme et qui compte troisgénies aussi divers, aussi extraordinaires que Dante, Pétrarque et Boccace.
Il suffira de citer ici ces noms illustres, dont 1 œuvre sera appréciée dans notre tableau général de la Renaissance en Europe.
EITTERATURES IBERIQUES.—
Ee XlV^' siècle compte, dans la péninsule Ibérique, quelques écrivains de valeur. Juan Ruiz, dit !’(( archiprêtre de Hita », écrit son Livre de bon amour, où le conte, l’apologue, la satire se mêlent au récit de ses propres aventures, et le noble Pero Lopez de Ayala donne des chroniques qui rappellent Froissart. Ea langue devient plus pure, la métrique se perfectionne, les poètes imitent les Italiens et les Provençaux. E’âge d’or de la littérature espagnole, le XVI® siècle, est fortement préparé par le marquis Enrique de Villena (1384-1434), qui s’inspire de Pétrarque et des troubadours, et surtout par son disciple le marquis de Santillane (1398-1458), qui abuse de l’érudition et de la recherche dans ses vers harmonieux et brillants. Juan de Mena veut imiter Dante; il le fait avec une lourde pédanterie, et les copias de Jorge Manrique rappellent sans les égaler les ballades de Villon.
Tandis que les poètes contribuent a 1 éclat des cours royales et princières, la prose castillane fait des progrès considérables grâce aux chroniqueurs, aux traducteurs, aux auteurs de traites techniques, et l’on signale les premiers drames religieux, les premiers essais scéniques. ^ . LU
Au temps de Ferdinand et d Isabelle, on assiste au triomphe d un genre littéraire sur l’origine duquel on n est pas d accord, le romance; à l’introduction du langage populaire dans les compositions savantes, à la diffusion des romans de chevalerie; Garci Rodriguez de Montalva publia, en 1508, une version castillane d'Amadis de Gaule, remaniant la rédaction primitive (peut-être portugaise) et y ajoutant un nouveau livre pour célébrer les exploits du vertueux cavalier Esplandian, si goûté des conquistadores.
En Portugal, le style « à la provençale » tombe en décadence au XIV® siècle ; le lyrisme portugais se réfugie à la cour de Castille; mais en retour, au XV® siècle, c’est le castillan qui s installe au Portugal.
LnTERATUREAELEMANDE.
— Ce qui caractérise la culture intellectuelle de l’Allemagne dans les deux derniers siècles du iVloyen âge, c est la diffusion des connai.ssances parmi les laïques, due surtout à 1 essor de la bourgeoisie, et la décadence de l’ancienne poésie lyrique, qui était essentiellement une poésie de cour. Cette poésie tombe même dans le ridicule avec Ulrich de Lichtenstein, l’auteur du Service des Dames.
.'\u ' minnesang « succède le » meistersang . aux " chantres de 1 amour »
I les maîtres chanteurs ü, recrutés parmi les l)ourgeois et les artisans et qui forment des sociétés analogues à celles de nos rhétorujueurs. De la même source d inspira¬
tion découle le lied, la chanson populaire si précieuse pour la connaissance de 1 état social. Ce genre jouit d une vogue immense au XIV® et au XV® siècle, mais les origines en sont beaucoup plus anciennes.
L’épopée cède le pas à la poésie didactique. Sébastien Brandt (1457-1521), dont la Nef des fous obtint une vogue mondiale, est l’un des principaux précurseurs de l’humanisme en Alsace.
En .Allemagne comme en France, se développe un théâtre populaire. A côté du spiel (mystère), on représente les « jeux du carnaval , scènes burlesques dont le principal initiateur est Jean Rosenblüt, un maître chanteur de Nuremberg, et qui annoncent la comédie
La prose se forme et se perfectionne sous la plume des traducteurs, des théologiens, des moralistes, des chroniqueurs, mais c est Luther qui donnera vraiment à sa patrie sa langue nationale.
Pendant la plus grande partie du Moyen âge, le mouvement intellectuel aux Pays-Bas se rattache au mouvement intellectuel allemand en ce qui concerne les provinces du Nord, et 1 influence des formes françaises fait, dans une certaine mesure, échec à l’influence germanique (à partir du XII® siècle); on imite notre langue sans s en assimiler la clarté ni l’élégance.
Les écrivains en langue flamande appart’ennent presque tous aux provinces méridionales, et c’est aussi dans ces provinces que se formèrent, principalement pendant la période bourguignonne, les « chambres de rhétorique », dont le développement fut favorisé par les progrès de la bourgeoisie communale.
LITTERATURE ANGLAISE. — C’est au milieu du XIV® siècle que la langue anglaise acquiert ses formes définitives et que le sentiment national {insularité) trouve son expression dans de nombreux ouvrages en langue vulgaire.
En 1362, paraît un livre de William Langland ou Langley : la Vision de William touchant Pierre le Laboureur; cette première création originale, si caractéristique de l’esprit anglais, devient rapidement populaire et suscite de nombreuses imitations.
La seule influence étrangère qu’ait subie l’auteur de ce livre d un réel intérêt psychologique et social est celle du Roman de la Rose; tout le reste est d inspiration purement anglo-saxonne. Chaucer (vers 1340-1400) connaît les Latins, les Italiens, les Français ; c’est un lettré, et, par là, il représente déjà la Renaissance ; mais, malgré les emprunts et les imitations, il demeure foncièrement anglais ; il est, par la date, le premier classique de son pays et l’un des plus grands par la perfection de son art. Poète, il traduit le Roman de la Rose, s’inspire de nos troubadours, d’Eustache Deschamps, de Boccace, d’Ovide ; il se peint lui-même dans le Songe de Chaucer, et célèbre, dans le Livre de la Duchesse, Blanche de Lancastre, qui vient de mourir. Mais c’est aux Contes de Cantorbéry (Canterbury Taies) qu’il doit sa renommée. Les sujets en sont empruntés avec un art accompli à l’antiquité, aux légendes populaires, aux lais bretons, aux fabliaux, à Boccace. Les uns sont sérieux ou même tragiques, les
autres joyeux et plaisants, parfois licencieux ; ils se succèdent, comme dans le Décaméron, mais sont plus variés, plus habilement enchaînés; les caractères, surtout, y sont peints avec cette vérité, cette verve, ce relief, cette couleur qui seront désormais la marque des conteurs anglais, de Walter Scott et de Dickens ; c’est un tableau précieux des diverses classes sociales au temps d’Edouard 111.
Après Chaucer, on n’a guère à citer que Gower son ami, qui écrivit en latin, en français et dans sa langue nationale; le moine John Lydgate, le satirique David Lindsay, et la poésie, plutôt négligée en Angleterre, se développe surtout en Ecosse.
Jacques 1®*', que Chateaubriand définit (( le roi le plus accompli et le plus infortuné des princes malheureux qui régnèrent sur l’Ecosse », surpassa, comme poète, tous ses contemporains. Prisonnier en Angleterre, comme Charles d’Orléans, et à la même époque, il adoucit la tristesse d une longue captivité par des chants aussi gracieux, mais plus émus que ceux du prince français.
La Danse des sept péchés capitaux, de Will ïam Dunbar ( 1 460-1 520), allégorie réaliste et pittoresque, faisait l’admiration deVFalt er Scott: (( Dunbar. disait-il.
Chaucer. — Le poète, debout, tient son chapelet.
— Portrait se trouvant dans un manuscrit du premier quart du XV® siècle, le Gouvernement des Princes de T Hocleve. — British Muséum.
Ms. 18 D V, 93 verso.
Jacques I' ', roi d Écosse (1394 1437). — Portrait emprunté aux I nscriptiones historicce rcijum Scotorum (1602).
n’a pas encore trouvé de rival. » Mais c’est surtout dans le border, limite de l’Ecosse et de l’Angleterre, que se développe la poésie, anonyme et populaire ; elle célèbre tantôt le héros historique William Wallace, tantôt les combats qui se livrèrent entre les deux peuples (Chasse dans les Cheoiots), surtout le grand outlaw légendaire Robin Hood, symbole national de la résistance des Anglo-Saxons contre les conquérants normands.
Toute cette poésie du border, dont s’inspirera souvent Walter Scott, est, pour l’Ecosse, ce que le Romancero fut pour l Espagne.
En Angleterre, Alexander Barclay traduit en vers la Nef des fous, de Sébastien Brant, et John Skelton (1460-1529) lance de violentes attaques contre les abus des grands et des clercs ; il ne craint même pas d’accabler de ses sarcasmes le tout-puissant cardinal Wolsey. Quant à la prose, elle est représentée presque uniquement par John Fortescue, qui composa en anglais : Diÿérence entre la monarchie tempérée et la monarchie absolue, éloge approfondi de la constitution de son pays.
Nous arrivons à la fin du XV^' siècle et au commencement du XVI'', et, parmi les humanistes qui préparent la Renaissance anglaise, Thomas More (1478-1535), le célèbre auteur de VUtopie, est au premier rang.
Favori de Henry VII 1, membre du conseil privé, chancelier de l Echiquier, président de la Chambre des communes, successeur de Wolsey disgracié, il refuse d’approuver le divorce du roi, de prêter serment à Anne de Boleyn et de reconnaître la suprématie du souverain en matière de religion. Catholique inébranlable, il écrit en anglais ses Dialogues contre I hérésie, supporte sans fléchir un an de cruelle captivité à la Tour de Londres et meurt sur l’échafaud. On lui doit aussi une Histoire d' Édouard V et de Richard III, premier ouvrage anglais écrit en une prose classique sans pédantisme.
Entre 1525 et 1540, Tyndale et Coverdale donnent une traduction de la Bible qui fait oublier celle de Wychfîe, et le livre des prières (Common Praper Book.) se publie à la même époque : ces deux ouvrages, que tout Anglais tient à posséder, contribuent, plus que tout autre, à fixer la langue de la prose.
Enfin, les poètes annoncent la Renaissance par leur connaissance de la littérature antique.
Et voici le début de cette période de merveilleuse production littéraire, qu’on appelle le siècle d’ Élisabeth, au début de laquelle se placent les noms de Thomas Wyatt, de Henry Howard, comte de Surrey, de Georges Gascoigne et de Thomas Sackville.
LITTERATURES SCANDINAVES. — La littérature islandaise (1) est d’une extrême richesse jusqu au XIV® siècle, avec les Eddas et les Sagas ; puis, l’auteur de rimur tire, des anciennes légendes ou des littératures étrangères, des récits plus ou moins romanesques; il n’a pas, au même degré que le skalde, le souci de la forme.
Les histoires de la littérature suédoise débutent généralement par l’étude des Eddas et des Sagas, ces compositions de forme islandaise appartenant en commun au fonds Scandinave; mais les premières œuvres proprement suédoises ne remontent pas au delà des XIII® et XIV® siècles, et elles sont de peu d’importance.
Parmi les Suédois venus pour étudier dans les universités françaises, Brinolphus,
Nicolaus Hermanni, Philippe Ragvaldi, de retour dans leur pays, écrivent, les deux premiers en latin, des œuvres de piété ; le dernier, en suédois, un traité de pédagogie pour le jeune roi Magnus Erikson. Petrus de Dacia entretient avec Christine de Stommeln une correspondance mystique : il avait suivi, à Paris, l’enseignement de samtThomas d’Aquin.
En 1302, Euphémia, reine de Norvège, fait traduire en vers suédois Yüain, le roman de Chrestien de Troyes. Deux autres œuvres, l’une française, l’autre allemande.
Flore et Blanchefleur et le Duc Frédéric de Normandie (dont le texte original est perdu) sont translatées de même, l’une en 1308, l’autre en 1312. De 1320 date V Erih.sk.ronilx a, poème où sont ra¬
contées les luttes intestines de la famille royale suédoise.
Dans le même temps, l’on trouve aussi des ballades inspirées par la France. A cette influence de notre pays, succède celle de l’Allemagne, où ont été fondées les universités de Prague (1348) et d’Heidelberg ( 1 386) ; mais elle est vivement combattue par un puissant mouvement national.
La plus grande figure de cette époque, sainte Brigitte, génieaussi actif que mystique, dicta ses Révélations à son confesseur Pierre, prieur d Alvastra, qui les traduisit en latin ; elles furent imprimées dès 1492 et se répandirent dans toute l’Europe.
La traduction française parut à Lyon en 1516, sous ce titre: Prophétie merveilleuse de sainte Brigitte. Brigitte fonda le monastère de Vadstena, maison de science non moins que de piété, où 1 on copiait de nombreux manuscrits et d’où sortit toute une littérature religieuse.
LITTERATURE LATINE. — Le latin continue d’être le langage préféré des gens instruits ; sans doute, les traductions qui se multiplient partout dès le XIV® siècle assouplissent les langues vulgaires ; sans doute, Dante revendique pour son parler national le droit de traiter les plus hautes matières, mais, pour répandre son plaidoyer, il le rédige en latin (De Vulgari eloquio), et, quant à Pétrarque, à Boccace, ce sont leurs œuvres latines dont ils se montrent le plus fiers et qui trouvent la plus grande diffusion. En Angleterre, Thomas More compose en langue latine son Utopie, où il définit, sous une forme fantaisiste souvent imitée dans la suite, son idéal du gouvernement : une république où la propriété n’existe pas, où il n’y a plus de castes, où le travail manuel est le principal titre d’honneur, beau rêve qui ne se réalise nulle part. C est en latin qu’Eric Olaf,
mort en 1486, composa sa Chronica Gothorum, comme plus tard Olaus Magnus (1490-1557) son Historia de omnibus Gothorum Sueonumque regibus. D ailleurs, la connaissance de 1 antiquité grecque, répandue par Manuel Chrysoloras, Georges Gémiste Pléthon, Théodore Gaza, Constantin Lascaris, le cardinal Bessarion (1395-1472), contribue à la formation d un nouvel esprit dont l’Italie devient le foyer. Le Pogge (1380-
1459) , l’Arétin (1492-1557), Francesco Filelfo(l398-l48l),PieII (1405-1464), Politien( 1454-1 494), Pomponius Lætus (1425-1497), Guarino de Vérone (1370-
1460) , Valla (1405-1457) sont des artisans actifs de ce mouvement qui développe l’étude de la langue, la discussion des questions d éducation, le sens critique.
Au XV® siècle, le grec et l’hébreu conquièrent droit de cité en France :
Jean Lascaris, entre autres, vient enseigner à Paris, et, au siècle suivant, 1 humanisme prendra définitivement son essor.