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LES HITTITES

Le pays. — Dans la Syrie septentrionale, dans le Taurus et sur le plateau d’AnatoIie, régions fort dissemblables, on a découvert un grand nombre de monuments qui se rattachent à une même civilisation, celle des Hittites.

Sous le nom de Hittites, on désigne un groupe ethnique d’origine encore inconnue, dont la langue n’est pas encore classée, dont le type diffère suivant qu’on le considère dans les représentations figurées égyptiennes, assyriennes ou locales. Ce groupe paraît s’être infiltré pacifiquement au milieu de populations aborigènes.

La plaine septentrionale de Syrie, entre l’Amanus et la courbe de l’Euphrate, est, en réalité, un prolongement du désert syrien, arrosé par des torrents et dénudé. Le plus important établissement hittite de la région, Carchémish, s’élevait aux bords de l’Euphrate, sur la route d’Assyrie et de Babylonie vers le Liban et la Méditerranée; le plus méridional, Qadsh, était baigné par l’Oronte.

Dans la barrière que forme le Taurus, entre l’Euphrate et l’Anatolie, les quatre routes principales sont jalonnées par des sites hittites : passe de Beilan près Alexandrette, passe de Bogché, vallée du Pyrame, vallée du Tochma Sou,

Le plateau d’Anatolie, dont l’altitude varie de 1 000 à 1 300 mètres, est coupé de petites chaînes de collines et entouré de rangées de montagnes qui constituent un obstacle sérieux aux relations avec les habitants des côtes. Il se divise en cinq régions très distinctes. Au pied du mont Argée, Gasnih est un grand centre commercial au XXIV siècle avant notre ère. A l’intérieur de la boucle de l’Halys sont

Cylindre-cachet du fils d'un roi-de-la-ville DE ToUBA. — Les personnages hittites gravés sur cette intaille sont accompagnés dlune divinité égyptienne, du disque ailé et du signe de vie. L'inscription est en caractères babyloniens. Ce syncrétisme est en usage du XVIII' au XV'' siècle avant l'ère chrétienne (Haut. : 0“,380.) — Collection privée.

L’ORii \T classique:

des Achéens, se retourne vers 1 Égypte et fait avec Ramsès II un traité d’alliance (12 79). Deux générations plus tard, une nouvelle migration de peuples ruine la puissance de Hatti.

Carchémisli devient la cité principale des Hittites. Les rois d’Assyrie la prennent plusieurs fois et lui imposent le tribut. En 717. Saigon lui donne un gouverneur assyrien : les Hittites disparaissent définitivement de l’histoire comme [ruissance politique.

Chasse au lion. — Au musée du Louvre, un bas-relief, de dimensions un peu plus faibles, représente une chasse au cerf. Il provient, comme celui ci, de Malatia, près de la courbe de l’Euphrate, et porte également une inscription en caractères hiéroglyphiques hittites, (Haut, : 0''',66,) — Musée de Constantinople,

Eyuk et Hatti, la ca|)itale des Hittites fédérés, au XV”’ siècle. Des monuments hittites se rencontrent sur tout le plateau et même au mont Sipilus entre Sardes et Smyrne, au Karabel sur la route d’Éphèse.

Les Suméro-akkadiens, obligés de chercher en dehors de leur pays le bois, la pierre et les métaux, remontent l’Euphrate et pénètrent de bonne heure jusqu’à l’Amanus et au Taurus. Les rois d Agadé y assoient leur domination ; ils y exploitent des mines d argent. A 1 époque des rois d’Our, on trouve sur place des documents écrits : une colonie de marchands sémites, apparentés aux Assyriens, s’est installée à Ganish.

APERÇU^ HISTORIQU^E. — Les Hittites paraissent subitement dans 1 histoire et débutent par un raid contre Babylone.

Depuis longtemps cependant ils étaient établis dans ces régions, notamment à Carchémish, où ils semblent s’être installés pacifiquement au milieu d une population plus ancienne, déjà en possession d instruments en bronze. Ils avaient des comptoirs en Canaan et faisaient le commerce avec l’Égypte.

Les rois de Hatti conquièrent peu à peu la suprématie sur les princes voisins; à la fin du XV"' siècle, ils forment une confédération de tous les chefs hittites et se donnent le titre de « grand roi ».

Shoubbilouliouma, contemporain d’Aménophis IV, soutient secrètement les princes syriens contre le pharaon leur suzerain, impose

sa domination au Mitanni, pays situé entre l’Assyrie et la boucle de l’Euphrate, négocie avec Babylone et finalement fait de sa cour le centre politique de l’Orient : la veuve du pharaon Toutankhamon, pour consolider sa propre situation en Ésrypte, lui demandera de lui choisir un époux parmi ses fils.

Un siècle durant, les Hittites conservent l’hégémonie dans la Syrie du nord, malgré les efforts des i)haraons S é t i I "■ et Ramsès II.

Mais une nouvelle jouissance s’élève à l’orient et devient menaçante :

I Assyrie, jadis tributaire de Babylone et du Mitanni. Le roi hittite Hattousil, déjà aux jorises avec des difficultés du fait des pojoulations de la Troade émigrant en masse sous la oression

LA RELIGION. — La religion des Hittites est une religion naturiste. Ils ont adoré d’abord directement les sources, les fleuves, les montagnes ; puis, les esprits des sources, des fleuves, des montagnes. Enfin, trois divinités ont pris un rang préjoondérant.

Un dieu des éléments, Téshoub, armé de la foudre, coiffé d’une tiare conique, vêtu d une courte tunique, les pieds dans des sandales à bouts recourbés, est représenté debout sur un taureau, sur deux sommets de montagne ou sur deux hommes debout. Il est adoré en Syrie sous le nom d’Adad et il a été introduit en Babylonie par l’immigration amorrhéenne. Une déesse long vêtue, la tête couverte d’un voile et d’une tiare cylindrique, debout sur une lionne ou sur une panthère, est peut-être la personnalité la plus éminente du panthéon hittite. C’est la déesse-mère, pnncijje de fécondité, dont le culte se retrouve dans toute l’Asie antérieure et dans la religion gréco-romaine.

Le dernier membre de la triade est un jeune dieu imberbe et court vêtu, fils des deux autres ou dédoublement du dieu primitif; armé de la hache, il se tient debout sur un lion ; il s’identifie avec Tammouz, avec l’Adonis des Grecs.

Dans un bas-relief sculpté, à lasih-kaïa, près de Boghaz-keuï, sur les parois des rochers, dans un étroit vallon, les principales divinités hittites sont réunies en grouj^e et reçoivent les hommages d’une double théorie de personnages.

LA LÉGISLATION. — Dans les ruines de Hatti, on a découvert des fragments de code, probablement antérieurs à la conquête de la Syrie par les Hittites, et contenant des allusions à une législation locale jdIus ancienne, modifiée et adoucie. On y relève des lois sur les coups et blessures, le mariage, la morale sexuelle, l’esclavage, l’état militaire, les impôts et privilèges, le vol, l’incendie, le louage, le prix des animaux, des étoffes, des peaux. Ces lois se rangent sous deux titres princijjaux : protection de l’agriculture et répression des délits de nature à troubler l’ordre public.

Comme en Babylonie, le roi met des biens mobiliers ou immobiliers à la disposition de ses hommes d’armes, leur accorde des franchises, exerce le droit de vie et de mort.

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CllADELLE HITTII'E. — Essai de restauration de la citadelle qui s’élevait à peu près au milieu de la capitale du royaume hittite de Sam’al. Cette petite ville était entourée dune enceinte parfaitement circulaire, mesurant 720 mètres de diamè're. La citadelle avait environ 300 mètres de longueur et 200 mètres sur sa plus grande largeur. Elle a été explorée de 1888 à 1891. (D après la reconstitution de von Luschan. .-lusgrahungen m SenJschirli.)

LES ISRAELITES. LES PHÈ.MCIENS

La législation pénale comporte surtout des amendes et des dédommagements en argent, variables suivant la qualité du délinquant ou de la personne qui a subi le préjudice. S’il s’agit d’animaux, le dommage se répare souvent en nature.

LA FAMILLE. — Le mariage, en pays hittite, a pour base la monogamie ; le mari peut cependant avoir légitimement une seconde femme, pourvu qu’elle réside dans un pays différent, et posséder des esclaves concubines. La loi du lévirat est en vigueur et, si une femme, demeurée veuve sans enfants, n’a pas de beau-frère, il lui est possible, après la mort de son propre père, de devenir légitimement l’épouse de l’un de ses oncles déjà marié.

L’ÉCRITURE. — LA LITTÉRA¬ TURE. — Quand des explorateurs et des voyageurs eurent signalé, vers le milieu du XIX® siècle, de nombreux monuments hittites, quand la trouvaille d’El-Amarna eut confirmé l’importance de cette civilisation, des fouilles furent entreprises. Les plus fructueuses, au point de vue archéologique, sont celles des Allemands à Sindjirli, site de Sam’al, et des Anglais à Djérablous, site de Carchémish; au point de vue historique, celles de Winckler à Boghazkeuï, site de ITatti, en 1906; ces fouilles mirent au jour des milliers de fragments de tablettes cunéiformes, alors que partout ailleurs, et notamment en Syrie, on avait seulement trouvé des inscriptions en hiéroglyphes spéciaux, particuliers à la région hittite.

Les textes cunéiformes contiennent des éléments appartenant à huit langues ou dialectes.

D’aucuns sont rédigés en babylonien; d’autres, en langue hittite, renferment de nombreux idéogrammes qui s’interprètent sans que l’on sache comment les Hittites prononçaient les noms des objets représentés par ces signes. On ne sait encore si l’on est en présence d’une langue indo-européenne, peut-être caucasique, mais cette langue, quelle qu’elle soit, paraît contaminée par des éléments étrangers. Les textes hiéroglyphiques hittites résistent encore au déchiffrement. L’étude du sceau bilingue de Tarkoudimmé et la comparaison entre eux de longs textes découverts en un même site ont permis, semble-t-il, de reconnaître certains signes de fonctions, d’isoler des noms propres.

L’ART. — La ville hittite est bâtie sur plan circulaire, autant que le permet la configuration du sol. La muraille d’enceinte n’est pas uniforme de construction, car on emploie en chaque endroit les matériaux les plus économiques. Les portes, peu nombreuses, forment un étroit passage qui traverse une cour intérieure ; souvent elles sont ornées de sculptures où domine le lion, tantôt figuré de profil, et tantôt de face, l’avant-corps se dégageant en ronde bosse, disposition adoptée plus tard par les Assyriens.

Les palais et les temples se développent en largeur, comme les anciens palais crétois; ils se composent de plusieurs cours entourées de salles; 1 entrée principale est souvent précédée d'une façade où se dresse un auvent soutenu par des colonnes; ces colonnes sont en bois et n’ont pas de chapiteau; elles reposent sur une base de pierre sculptée que soutiennent fréquemment deux lions ou deux sphinx accouplés. Cette disposition architecturale plut aux Assyriens, qui empruntèrent aux Hittites l’ornementation des palais au moyen de bas-reliefs sculptés, disposés en plinthes. Mais, tandis que les œuvres assyriennes sont consacrées à la gloire du prince, en pays hittite les sujets sont presque exclusivement religieux. Les reliefs des palais et les sculptures rupestres du plateau anatolien appartiennent à la seconde moitié du deuxième millénaire; ils s’apparentent à l’art antique suméroakkarien et ont inspiré l’art assyrien. Ceux de Syrie septentrionale sont pour la plupart du premier millénaire; les plus récents, alors que le pays hittite est déjà sous le joug, reçoivent leur inspiration de l’art ninivite à son apogée. L’étude de la glyptique confirme ces conclusions.

CARACTÈRES DE LA CIVILISA¬ TION HITTITE. — Pendant des siècles, les Hittites ont servi de barrière à l’extension des Sémites, dont l’effort de pénétration vers l’Anatolie s’est trouvé brisé; les colonies sémitiques établies sur le plateau de Cappadoce au troisième millénaire ont disparu pendant le second, et la conquête assyrienne au XII® siècle n’a pas eu le temps de s’affermir avant la disparition de l’empire nimvite. A la civilisation suméro-akkadienne les Hittites doivent leur système d’écriture et des idées religieuses, des rites, des formules de prières et de magie, et ils sont restés en contact avec l’art babylonien. Mais ils ont adapté cet art à leur génie propre, y ajoutant des éléments égyptiens ou égéens, et ils ont ensuite répandu leurs propres formules jusqu’au pied du Zagros, dès avant le XV® siècle; ils ont substitué en Assyrie leur influence artistique à celle de Babylone et introduit dans cette région les éléments caractéristiques du développement architectural et décoratif qui aura son plein épanouissement au temps des Sargonides. Par eux se sont transmis à la civilisation grecque, indirectement aux civilisations byzantine et arabe, des éléments dont l’importance et la qualité se distinguent de plus en plus nettement, à mesure que les résultats des fouilles permettent de nouveaux termes de comparaison. Le rôle des Hittites était absolument ignoré il y a cinquante ans; demain, quand leurs inscriptions hiéroglyphiques seront déchiffrées, que des fouilles nouvelles auront multiplié les documents, il se montrera peut-être encore plus essentiel comme intermédiaire entre le monde sémitique et la civilisation grecque.

Dieu hittite debout sur un piédestal.

— Statue archaïsante découverte à Sindjirli et représentant un dieu, probablement Adad. Sur le piédestal, un génie tient de chaque main, par la crinière, un énorme lion. — Musée de Constantinople. (Fouilles de Sindjirli.)

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