‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 331 sur 344 · II. CAMBODGE ET ANNAM · texte numérisé non relu

II. CAMBODGE ET ANNAM

L’Indochine, péninsule découpée en vallées longitudinales et dépourvue d’un centre géographique, qui, par ses frontières terrestres, confine à la fois à l’Inde et à la Chine, présente un grand intérêt, tant par la variété des populations qui l’habitent que par

la rencontre et la pénétration sur son territoire des deux grandes civilisations de l’Asie orientale, l’indienne et la chinoise.

A l’aube des temps historiques, nous trouvons installées sur son sol trois populations principales: les Chams (pion. Tchames) , apparentés aux Malais, sur la côte orientale de la péninsule et dans la Cochinchine actuelle; les Cambodgiens ou Khmers, sur le cours inférieur du Mékhong; et les Môns ou Pégouans, proches parents des Khmers, dans la vallée de l’Iraouaddy. Plus tard, des peuples venus de la Chine méridionale refoulèrent les populations primitives : à l’est, les Annamites, débouchant de la région de Canton, s’installèrent dans le Tonkin actuel avant de conquérir peu à peu sur les Chams l’Annam et la Cochinchine; au centre, les Thai, venus du Yun-nan, s’établirent le long du Mékhong supérieur et de la Ménam, fondant les États shans, laotiens et siamois; à l’ouest, les Birmans, venus des confins du Tibet, chassèrent devant eux les Môns, dont le territoire fut partagé à la fin entre les Birmans et les Siamois.

De ces différents pays, ceux qui, pour la période ancienne, méritent le plus de retenir l’attention sont le Cambodge et l’Annam.

CAMBODGE. — Les Cambodgiens ou Khmèrs, dont l’origine est inconnue, étaient établis au début de l’ère chrétienne sur le territoire qu’ils occupent encore en partie, autour du Tonlé-sap et le long du cours inférieur du Mékhong. A partir du I'^’' et du II® siècle de notre ère, ils furent civilisés par des brahmanes et des lettrés venus de l’Inde, qui les convertirent au brahmanisme, et formèrent pendant des siècles une aristocratie dirigeante, fréquemment renouvelée. C’est au IV® et au V® siècle que le Cambodge commence à sortir des brumes de la légende et à entrer dans la lumière de l’histoire. A ce moment, il se divise en deux royaumes rivaux, l’un au nord et l’autre au sud, et cette division se perpétue, sous des formes diverses, jusqu’à l’avènement, en 802, de Jayavarman II, qui refait l’unité du Cambodge. Avec lui commence la lignée des grands rois constructeurs qui firent de leur capitale, Angkor-Thom (Angkor la Grande), située au nord du Tonlé-sap et dont la construction fut commencée à la fin du IX® siècle par Yaçovarman, l’une des cités les plus splendides de l’Asie. De la fin du XI® siècle jusqu’au XIII®, les Cambodgiens soutinrent des luttes sanglantes, aux alternatives les plus diverses, avec leurs voisins de l’est, les Chams, hindouisés comme eux. C’est au cours de ces luttes que le grand souverain Sûryavarman II (I I 12-1 152) fit construire, à 1 500 mètres au sud de la capitale, le fameux temple d’Angkor-Vat, le plus beau monument de l’Asie orientale. A partir du Xlll® siècle, le Cambodge fut aux prises avec les Siamois, qui le dépouillèrent peu

à peu d’une partie de son territoire et le réduisirent souvent à un état de vassalité : dès cette époque, il perd toute civilisation propre et cesse de jouer un rôle important dans l’histoire de l’Indochine. Plus tard, il ne fut plus qu’un champ clos où Annamites et Siamois se disputèrent la prépondérance, et il est bien probable que sans l’établissement du protectorat français, en 1 864, les derniers vestiges de- son indépendance auraient disparu.

Le brahmanisme, notamment sous sa forme çivaïte, était la religion dominante de l’ancien Cambodge.

Cependant le bouddhisme du nord s’y est introduit de très bonne heure, et, à l’époque d’Angkor, les monuments bouddhiques voisinent avec les monuments çivaïtes. Plus tard, sous l’influence siamoise, les Cambodgiens ont adopté le bouddhisme du sud, dont la langue sacrée est le pâli, et qui est depuis plusieurs siècles leur unique religion.

L’Empire khmèr doit sa gloire à ses nombreux et merveilleux monuments de latérite et de grès, presque tous des temples, dont les plus célèbres sont : dans l’enceinte d’Angkor-Thom, le Bayôn (lX®-X° siècles), qui en occupe le centre; autour de cette enceinte, le Prah Khan (iX® siècle), le Ta Prohm

La Chine a l’époque mongole (xiie' siècle).

Angkor-Vat (Temple de la capitale). — Ce temple, construit au XII° siècle, est considéré comme le chef-d'œuvre de l’art khmèr.

(x® siècle?) et surtout Angkor-Vat (xil® siècle) ; dans d’autres parties du pays, Banteai Chmar, Beng Mealea, Koh Ker, etc. La disposition de ces temples est assez uniforme : au centre, le sanctuaire, dont la porte unique ouvre presque toujours à l’est; tout autour, une série d’enceintes quadrilatérales avec portes monumentales; entre les enceintes, des bâtiments annexes et des bassins à ablutions. Les murailles et les galeries sont ornées d’une profusion de statues, de bas-reliefs représentant des scènes religieuses, légenda 1res ou parfois même historiques, et de superbes motifs décoratifs. Bien qu’inspiré de l’art hindou, l’art khmèr en est parfaitement distinct, et, par ses qualités d’ordre, de logique, de composition harmonieuse, lui est très supérieur.

ANNAM. — Les Annamites faisaient sans doute partie des peuplades aborigènes qui habitaient la partie de la Chine au sud du Yang-tseu-kiang avant sa conquête par les Chinois proprement dits. Ce territoire fut conquis une première fois par les armées du fameux Tsin Che Houang-ti, à la fin du III® siècle avant notre ère; mais, quelques années plus tard, il se constitua au sudouest un royaume indépendant, qui comprenait la région de Canton et le Tonkin actuel, sous une dynastie d’origine chinoise, celle des Triêu (208-111 av. J.-C.) . En l’an 111 avant notre ère, les armées des Han conquirent le territoire annamite et le partagèrent en plusieurs commanderies. Malgré quelques révoltes et quelques mouvements d’indépendance vite réprimés, la domination chinoise dura jusqu’en l’an 968 de notre ère : au cours de cette période de plus de mille ans, elle a imprimé sur la civilisation annamite une empreinte ineffaçable. C’est seulement en 968 que l’Annam (Tonkin actuel) conquit son indépendance et eut sa première dynastie nationale, celle des Dinh (968-979), auxquels succédèrent les Lê antérieurs (980-1009), les Li (1009-1225) et les Trân (1225-1414). L’histoire de ces dynasties fut marquée par des guerres continuelles avec les Chams, dont les capitales successives furent pillées plusieurs fois par les Annamites et qui, euxmêmes, pillèrent plus d’une fois la leur (la moderne Hanoi) : bien que ces expéditions fussent plus souvent des razzias que des guerres de conquête, elles permirent aux Annamites d’étendre peu à peu leur domination au sud jusque dans la région de Huê : mais c est seulement au milieu du X\’® siècle qu ils devaient avoir définitivement raison des Chams. Sous les Trân, ils eurent aussi à subir, à plusieurs reprises, les invasions des armées mongoles (12:>7- 1287), et leur résistèrent victorieusement. En 1400, les Trân sont renversés par l’usurpateur Hô; quelques années plus tard (1407), les armées chinoises des iVling envahissent le pays et font prisonnier

1 usurpateur ; de 1407 à 1414, les derniers Trân luttent avec courage pour chasser les Chinois du pays : mais, à la fin, ils sont vaincus et leur dernier souverain est emmené en captivité. Alors commence une nouvelle période de domination chinoise, qui ne durera du reste que quelques années.

La langue annamite appartient à la même famille que la langue chinoise : elle est, comme elle, monosyllabique et pourvue de tons, mais sa syntaxe est assez différente.

Jusqu à la fin des Trân, la civilisation annamite était purement chinoise. L administration, 1 organisation du mandarinat, le système des examens étaient calqués sur les modèles chinois; les codes judiciaiies étaient ceux de la Chine. Le confucianisme était la religion des lettrés; c est de la Chine que 1 Annam avait reçu le bouddhisme, avec les formes particulières qu’il y avait prises; il n’est pas jusqu aux croyances et aux pratiques du taoïsme qui n’aient ete mtioduites en Annam, où elles se mêlèrent aux légendes et aux superstitions indigènes. Les Annamites n avaient d’autre langue écrite que la langue chinoise : la langue nationale, méprisée, n’était même pas pourvue d’une écriture appropriée; annales (les premières fuient composées sous les Trân), textes législatifs et administratifs, poèmes, tout était rédigé en chinois. Le peu qu’on sait de l’art annarnite ancien perrnet d’y voir un simple prolongement de l’art chinois. Il y a peu d’exemples, dans l’histoire, d’un peuple qui ait été aussi complètement façonné par la civilisation d’un autre peuple.

Page 1