II. LES PHÉNICIENS
LE PAYS ET L’HISTOIRE. — La zone maritime du
nord de la Syrie est montagneuse, coupée de hauts promontoires rocheux et d’étroits ravins qui rendent difficile la circulation terrestre. C’est donc par mer que, dans les temps anciens, se font les voyages et les échanges sur la côte. Du nord au sud, sur une soixantaine de kilomètres, de Laodicée à Jaffa, s’élèvent vingt-cinq cités : elles restent toujours à peu près indépendantes l’une de l’autre; mais, à certaines époques, Byblos, Sidon ou Tyr jouent un rôle prépondérant.
Les habitants ne se donnent pas un nom commun; les auteurs classiques les appellent Phéniciens et les considèrent comme originaires du littoral du golfe Persique et de l’Arabie du sud. Plus récemment, on a prétendu que les vrais Phéniciens seraient des autochtones antérieurs aux sémites, mais l’opinion généralement admise ne les distingue pas des sémites établis dans le reste de la Syrie. Les conditions géographiques seules ont fait des Phéniciens de hardis navigateurs qui, avec la Grèce, ont exercé la domination en Méditerranée après la disparition de la thalassocratie crétoise.
Byblos apparaît tôt dans l’histoire. Des fouilles récentes ont prouvé que cette ville était en relations avec l’Égypte dès l’époque des premiers pharaons. Ses vaisseaux eurent de bonne heure un grand renom dans la vallée du Nil, où ils apportaient des bois du Liban.
Sidon, dont la rade est protégée par des îles et des pointes rocheuses, avait deux ports; dès le XV® siècle, elle établissait des entrepôts privilégiés dans les villes du Delta et jusqu’à Memphis. Quand eut été ruinée la thalassocratie crétoise, Sidon commença la conquête du monde méditerranéen : l’île de Cypre, riche en minerai de cuivre; les côtes de Cilicie et de Carie, l’île de Rhodes, Paros renommé pour son marbre. Mélos, Thasos, Cythère, la Crète, Lemnos, Samothrace. Les Sidoniens pénètrent même dans la mer Noire, créant partout des comptoirs où ils apportent les étoffes, les bijoux, les statuettes de l’Orient et d’où ils emportent des métaux, des pierres précieuses et le produit de leurs rapines.
Attaqués par les Grecs, les Sidoniens perdent leur puissance. Une ville voisine, Tyr, à l’abri dans une île inexpugnable (que son roi Hiram unit à la terre ferme) , devient le marché du monde. Ses marins dirigent leurs expéditions à l’ouest vers l’Afrique et vers l’Espagne, à l’est sur la côte d’Arabie, au delà de la mer Rouge. Utique, Hadrumète et, plus tard (fin du VIII® siècle) , Carthage, sont fondées sur le territoire actuel de la 1 unisie ; le détroit de Gibraltar
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de la civilisation phénicienne. Ciimm. i'sr
M. Monte! vient de découvrir d importants monuments
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LES ISRAELITES. LES PHENICIENS — 39
est atteint ; au pays de Tharsis (Andalousie) est fondée Gadès (Cadix) , centre des possessions phéniciennes en Espagne. Au delà du détroit, les marins phéniciens s’aventurent au sud vers le Sénégal, à l’ouest jusqu’aux îles Fortunées (Canaries), Madère et les Açores ; au nord , jusqu’en Gaule, en Bretagne, aux Cassitérides (Sorlingues) et même dans la Baltique. Ils s’établissent en Sicile, exploitent la Sardaigne et les Baléares. Parfois, en Méditerranée, ils devancent les Grecs, mais ils n’arrivent souvent que les seconds et, en Italie, par exemple, ne peuvent trouver où s’établir. Suivant les circonstances, ils fondent de simples comptoirs fortifiés ou de véritables colonies.
Tyr fournit aux Perses une manne pour attaquer l’Égypte et combattre la Grèce, dont elle redoute l’essor. Ruinée par les
défaites navales des Perses, elle est cruellement traitée par Alexandre et la puissance maritime appartient ensuite à Carthage, qui constitue l’empire punique en groupant sous sa domination les colonies phéniciennes de la Méditerranée occidentale.
LA RELIGION. — La religion des Phéniciens est celle des autres sémites de Syrie. Ils honorent le dieu suprême El, les Baals, Moloch, Rimmon, le Baal des Cieux. Moloch exige des sacrifices humains et, récemment, on a trouvé de nouvelles traces de son culte dans la colonie phénicienne de Carthage. Melkart, le dieu de Tyr, manifeste sa présence par deux colonnes, l’une d’émeraude, l’autre d’or, prototype des « colonnes d’Hercule ». Astarté, la déesse-lune, grand principe féminin, est appelée la reine des Cieux, Astarté-nomde-Baal. A Byblos, elle est invoquée sous le nom de Baalat-Gebal, Dame-de-Byblos, dont les Grecs ont fait « Beltis » ; à Carthage, elle s’appelle Tanit, Grande Mère, maîtresse du Sanctuaire. Les matelots ont pour protecteurs les sept dieux Kabires, dont le chef est Eshmoun, le dieu guérisseur; ce sont des patèques à tête énorme et grotesque, sur un corps de nam aux membres difformes et contournés. Les lieux de culte sont des hauts lieux, des grottes, des temples. Des listes de personnel et des tarifs de sacrifices sont parvenus jusqu’à nous.
L’EXPANSION COMMERCIALE. — Ce qui caractérise l’histoire de la Phénicie, c’est l’organisation et l’expansion du commerce. Les Phéniciens sont des commis voyageurs, âpres au gain, sans idéal, habiles à dissimuler. Toute marchandise leur est bonne ; verreries, étoffes brodées, cuirs travaillés, statuettes de terre cuite ou de pâte de verre, coupes de métal, le tout souvent grossier, de peu de valeur, à enluminures violentes, fabriqué en séries par des procédés sommaires, à 1 imitation de types assyriens ou égyjîtiens. Ils ont d ailleurs aussi des produits de luxe; la pourpre, qu ils tirent du murex irunculus et dont ils teignent les belles lames importées d’Espagne, jouit d une grande renommée jusqu’aux derniers jours de 1 empire romain.
Mais ces marchands sont de hardis navigateurs. Ils s’aventurent au nord jusqu’aux Cassitérides, et le Carthaginois Hannon, au VI® siècle, aborde sur la côte occidentale d’Afrique, sans doute à la hauteur du Sénégal.
Habilement, ils échangent leurs marchandises contre les produits des autres régions. Leur commerce ne s’étend pas seulement sur mer; des caravanes relient Tyr à l’Arménie et au Caucase, à 1 Assyrie, à la Babylonie, aux Indes. Dans cette ville, devenue un centre mondial, affluent les parfums de 1 Arabie, les pierres précieuses, les épices, les ivoires de 1 Inde, le fin lin d’Égypte, l’or, l’ébène, les plumes d’autruche de l’Afrique, le blé et les laines d’Espagne, le cuivre, l’étain, le marbre des îles grecques, les étoffes précieuses et les tapis de 1 Assyrie, les métaux
Navires phéniciens. — Les vaisseaux phéniciens remontaient le Nil jusqu'à Thèbes et y débarquaient leurs marchandises. Cette scène, prise sur le vif, montre l’extraordinaire variété des objets dont ils pratiquaient le commerce. EJle est peinte dans la première salle d un tombeau anonyme thébain, découvert en 1894. — D’après Revue archéologique.
et les esclaves blancs du Caucase, les esclaves nègres d’Éthiopie.
Les Phéniciens se mettent au service des princes puissants. Salomon leur confie la construction du temple de Jérusalem et fonde avec leur concours des ports sur la mer Rouge. Sennachérib leur fait construire une flotte pour son expédition contre l’Élam, et le roi des Perses a recours à eux pour transporter ses troupes en Grèce.