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IV. LA LANGUE ET L’ÉCRITURE GRECQUES

Les fouilles récentes ont entièrement renouvelé, sans l’éclairer vraiment, le double problème de leur origine. On avait déjà relevé quelques indices d’écriture, à Troie, sur des pesons de fuseaux; à Mycènes, sur des vases; en Crète, c’est par milliers qu’on a déterré des tablettes d’argile portant des caractères gravés, et même des cachets, contemporains de la Vl‘‘ dynastie pharaonique, qui montrent que l’écriture fut usitée dans cette île vingt-cinq siècles avant notre ère. Elle fut d’abord hiéroglyphiq ue comme en Égypte (voir le disque de Phaestos) . Une autre

Amphore du musée de Candie, où s affirme la prédilection des Crétois pour la faune et la flore marines. Le poulpe est un thème souvent adopté.

VASE TROUVÉ PAR A. FRANÇOIS PRES DE CH I USE Mi s, nKi.-y. k i.k m.or, n, amnaki

Brisé en 1900 et reconstitué à l’aide des 638 morceaux. Grand cratère (h. ; 0“,66) signé du potier Ergotimos et du peintre Clitias, certainement Athéniens (date : 480 à 470). L es souvenirs des céramiques ionienne et corinthienne sont nombreux, notamment à la base (frise de sujets passant) et aux deux zones inférieures (griffons devant un décor qui rappelle l'arbre sacré des Orientaux). Le reste est comme une Bible grecque illustrée, de près de 250 figures, avec 128 inscriptions pour les dénommer. P'' registre, en haut : chasse du sanglier de Calydon ; 2^ registre :

course de chars aux jeux funèbres en l'honneur de Patrocle; 3' registre : cortège des dieux venant assister aux noces de Pélée et Thétis ; à droite, Pélée, devant son palais, accueille ses hôtes : les personnages secondaires d abord, puis les sept quadriges des Olympiens; 4® registre ; Achille surprenant Troïlos'et Polyxène à la fontaine. — Décor en noir sut fond blanc, à retouches violettes et blanches. Travail très minutieux ; il y a de véritables scènes peintes sur les vêtements de quelques figures.

sorte d’écriture, de type linéaire, semble bien syllabique; on a supposé que les Phéniciens avaient pratiqué sur cette écriture un travail d’élimination qui a donné l’alphabet. Mais, de tous ces textes, on n’a encore presque rien pu déchiffrer, et d’autres, en étéocrétois, quoique en caractères grecs, demeurent à peu près illisibles. Les alphabets grecs archaïques paraissent aussi anciens que le phénicien lui -même.

Dès r epoque homérique, 1 idiome grec se révèle comme un des plus parfaits instruments de la pensée par la juste proportion des voyelles et des consonnes, la souplesse et la précision des formes. La prononciation nous est mal connue; elle a d’ailleurs varié dans le temps et dans l’espace; celle qu’on met sous le nom d’Érasme est un compromis acceptable, bien plus, assurément, que la prononciation actuelle des Grecs. On ne sait à quand remonte l’accent; il fait de la langue de la conversation une véritable musique. Instinctivement d’ailleurs, le populaire groupait les mots de façon à produire un rythme, et cette modulation devint même aux derniers siècles le principe unique de la versification.

Tous les dialectes grecs ont en commun beaucoup de caractères essentiels, attestant l’unité primitive; la dissociation commence déjà dans les poèmes homériques; au VII® siècle, on observe une distinction nette : dorien éolien, ionien; elle se marque aussi par l’alphabet dans les inscriptions archaïques; Athènes n’adopte l’alphabet ionien qu’en 403. Chacune de ces trois langues avait son domaine distinct, déterminé moins encore par la race que par le genre de l’ouvrage : une épopée, une chronique s’écrivaient en ionien, une ode en dorien, une poésie légère en éolien ; dans les tragédies du même auteur, l’attique sert pour le dialogue, le dorien pour les chœurs. Les Athéniens enfin firent adopter partout une langue littéraire commune (la hoirie) ; tous les auteurs en usent depuis Alexandre. C’est une merveille : richesse du vocabulaire, abondance des flexions, souplesse de la syntaxe, réunissant les avantages des idiomes synthétiques et analytiques: ni excès de rigueur, ni flottement; la variété des désinences et le jeu des particules rendent toutes les nuances du sentiment ou de la pensée.

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