‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 5 sur 344 · I. PREUVES DE ^EXISTENCE DE L’HOMME DÈS LE DÉBUT DE L’ÉPOQUE ACTUELLE · texte numérisé non relu

I. PREUVES DE ^EXISTENCE DE L’HOMME DÈS LE DÉBUT DE L’ÉPOQUE ACTUELLE

Des pierres curieuses, en forme de haches, souvent polies avec soin, ou de pointes de flèches, ou bien encore de marteaux percés d’un trou vers le centre, avalent attiré l’attention des Anciens. On les recueillait précieusement, car on leur attribuait toutes sortes de propriétés merveilleuses. Suivant la croyance qui régnait alors — et qui règne encore dans certaines de nos campagnes — ces étranges pierres se formaient dans les nuages pendant les temps d’orage; on les appelait des pierres de foudre ou de tonnerre. Les savants leur appliquaient un nom tiré du grec et qui a la même signification : ils les nommaient céraunies. Ce qui est singulier, c’est que la même croyance se rencontre en Asie, en Afrique, en Amérique, comme chez nous. Il a fallu longtemps pour qu’on en reconnût la véritable nature. Au Moyen âge, quelques audacieux essayèrent bien de convaincre leurs contemporains qu’il s’agissait d’instruments fabriqués par nos vieux ancêtres; ils ne furent pas écoutés. En 1723, Antoine de Jussieu découvrit toute la vérité. Il avait vu des instruments semblables dont se servaient encore des peuplades américaines, et il n’hésita pas à déclarer, dans un mémoire lu à l’Académie des Sciences, que les prétendues pierres de foudre n’étaient que les outils employés par les habitants de la France et de l’Allemagne à une époque où ils ne connaissaient pas le fer.

Les arguments de Jussieu ne convainquirent pas l’Académie, et, sept ans plus tard, Mahudel n’eut pas plus de succès. On lui objecta qu’il n’avait pas exposé « les raisons qui prouvent l’impossibilité que ces pierres se forment dans les nues ». Goguet ne se découragea pas et, en 1758, il publia un remarquable ouvrage dans lequel il déclarait formellement que les pierres de foudre avaient sûrement « été travaillées de main d’homme ».

Les vues de Goguet allaient être confirmées par les recherches d’un antiquaire danois, Thomson. Ce savant fouilla des tombeaux fermés, dont les uns renfermaient uniquement des instruments en pierre, d’autres des instruments en bronze, et, les plus récents, des instruments en fer.

En 1833, il distingua nettement trois périodes dans les temps préhistoriques : l’âge de la pierre, 1 âge du bronze et 1 âge du fer.^ Les innombrables découvertes qui ont été faites depuis ont démontré la réalité de ces trois âges. On a pu y ajouter un quatrième âge, celui du cuivre, qui ne paraît pas avoir été de longue durée et qui a précédé l’âge du bronze.

La Société des Antiquaires du Nord chargea, en 1847, For-

chammer, Steenstrup et Worsaae de poursuivre les études de Thomson. Ils entreprirent de fouiller de grands monticules situés sur les bords de la mer et qui sont formés par des accumulations de coquilles comestibles. Les Danois les désignent sous le nom de kjokkcnmoddings, c’est-à-dire de débris de cuisine. Plus tard, ils firent porter leurs investigations sur les marais tourbeux, très abondants dans le pays. Les kjokkenmbddings leur livrèrent non seulement des cendres, du charbon, des instruments en silex et des tessons d’une poterie extrêmement grossière, mais aussi des ossements d’oiseaux, comme le pingouin et le coq de bruyère, qui ont émigré depuis longtemps dans des régions plus septentrionales. Ils en conclurent que les conditions climatériques du Danemark étaient alors fort différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui.

Les marais tourbeux allaient leur permettre de faire des observations encore plus intéressantes. Dans ceux qu’on nomme skoümoses (marais à forêts) , la tourbe s’est accumulée dans de vastes cavités en forme d’entonnoir et les couches en ont été maintenues en place par les arbres qui croissaient sur les bords et qui, en mourant, sont tombés à la surface des assises en formation, en entre-croisant leurs branches. L’Homme fréquentait ces parages dès le début de la formation des tourbières et les outils qu’il y perdait furent recouverts par les couches qui se formèrent ultérieurement. Or, aux différents niveaux, l’industrie et les végétaux diffèrent. A la superficie, se trouvent des végétaux qui vivent actuellement en Danemark et des objets en fer. A l’étage situé au-dessous, le fer fait place au bronze et les chênes remplacent le hêtre, l’arbre pour ainsi dire national des forêts danoises actuelles. Déjà nous arrivons à une époque préhistorique, car ni l’histoire ni les traditions ne mentionnent le chêne dans le passé. Plus bas, les pins prennent la place des chênes; la couche qu’ils caractérisent contient, dans sa partie supérieure, des instruments en bronze et, au-dessous, des instruments uniquement en pierre, dont certains sont admirablement polis. Enfin, au niveau inférieur, les grands arbres disparaissent; la tourbe ne contient plus que de petits végétaux, parmi lesquels diverses espèces de mousses aujourd’hui reléguées dans les régions polaires. L’industrie y est représentée par des outils de silex grossièrement taillés qui gisent à côté de débris de Renne. L’Homme, dont les restes industriels se trouvent associés à des mousses polaires et au Renne, vivait donc en Danemark à une époque où le climat de ce pays était à peu près celui de la Laponie actuelle. Ces conditions se sont

Habitations SUR pilotis de la lacune d'Aavansouri (Daho.mey). — , habitations de l’époque néolithique étaient du même type. - Collection du laboratoire d'Ànthropologie du Muséum.

Il — L HOMML PRÉHISTORIQUE

réalisées au début de la période que nous traversons, lorsque les glaciers de la période [irécédente venaient de disparaître de la région danoise.

Une simple énumération des trouvailles qui démontrent l’existence de l’Homme préhistorique nous entraînerait loin. Il en est une, cependant, qui mérite d’être mentionnée. Depuis longtemps, les pêcheurs qui exercent leur industrie sur le lac du Bourget et les lacs de la Suisse avaient fréquemment leurs filets déchirés par des restes de pieux. Ces pieux occupent parfois des surfaces considérables; en divers endroits, on estime que leur nombre atteint 100 000. Pendant l’hiver particulièrement sec de 1853-1854, les habitants de .\leilen, sur le lac de Zurich, profitèrent de l’abaissement des eaux pour draguer une certaine surface. Ils découvrirent une grande quantité de pilotis et, entre ces pilotis, beaucoup de marteaux, de haches et d’autres instruments en'pierre, ainsi que de la poterie grossièrement façonnée à la main et des morceaux de bois carbonisés. Un bracelet en fil de laiton et une petite hachette de bronze sont les seuls objets en métal qu’ils y aient rencontrés. Le docteur KelPr se rendit sur les lieux et déclara qu’on était en présence des restes de vieilles habitations construites sur pilotis, analogues à celles qui sont encore en usage chez quelques populations modernes. Cette opinion a été pleinement confirmée par les découvertes ultérieures.

Les cités lacustres préhistoriques ont livré, indépendamment de débris d’alimentation, des restes d’étoffes, de filets, des fruits, des graines de céréales, etc., qui se sont conservés grâce à la quantité de tourbe qui existe en certains points. Toutes ces cités ne datent pas de la même époque : les unes, comme celle de Meilen, renferment quelques instruments en bronze; les autres ne contiennent que des instruments en pierre, ou des objets en os et en terre fort mal travaillés. Elles ont évidemment été toutes construites au-dessus des eaux et pourtant leurs ruines se trouvent parfois à une assez grande distance des rives actuelles des lacs; au pont de la Thièle, il en existe à plus de 3 kilomètres du lac de Bienne. Par suite de l’apport de matériaux solides par les torrents qui se déversent dans les lacs, ceux-ci se comblent peu à peu et leurs rivages reculent : ce phénomène, connu sous le nom d’ allerrissemenl, se produit lentement, et il s’est sûrement écoulé un bon nombre d’années depuis l’époque où le lac de Bienne s’avançait jusqu’au pont de la Thièle.

Les découvertes dont il vient d’être question permettent de suivre les traces de l’Homme jusqu’au début de la période actuelle. Est-il possible d’évaluer le temps qui s’est écoulé depuis lors? Beaucoup d’auteurs ont tenté de répondre à cette question, mais leurs estimations sont loin d’être concordantes : il semble que le chiffre de 10 000 ans soit le plus près de la vérité.

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