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I. ÉVOLUTION ET CARACTÈRE GÉNÉRAL DES VIIT-VL SIÈCLES

Nous abordons maintenant l’histoire positive des Hellènes.

La population devenue plus dense, la naissance des centres urbains, les progrès du commerce et de la colonisation, l’invention de la monnaie, ont fait surgir un nouveau régime social ayant pour principe la cité. Malheureusement, une sorte de brume couvre encore la première période, appelée communément le rno\'en âge hellénique, expression qu’il faut préciser. L’invasion dorienne n’a pas ruiné un régime d’une extrême simplicité ; elle a hâté une transformation inévitable, et, dans les arts, produit surtout un déplacement.

L’Ionie, les côtes d’Asie Mineure héritent presque seules de la civilisation égéenne; comment traiter la leur de médiévale? Elle est riche, brillante, a conservé beaucoup de la précédente, mais s’est transformée sous l’influence du monde oriental, plus forte que jamais grâce au voisinage. L’histoire générale souffre de la prodigieuse médiocrité des sources. La chronologie des Grecs est, pour ce temps, dénuée de valeur. Les grandes familles avaient des listes d’ancêtres, qui commençaient par un dieu, et comptaient par générations, de longueur très variable. Les premiers logographes, des Ioniens, ont fait de ces généalogies une analyse pseudo-scientifique. Plus précieuses sont les listes de vainqueurs aux jeux Olympiques et celles de magistrats.

Mais presque tout n’est que tradition orale, tardivement écrite. Le scepticisme s’impose sur le détail des événements ; toutefois, les faits inventés, grossis ou dénaturés, semblent rendre assez exactement l’aspect d’ensemble des états de civilisation. La cité se constitua par la réunion des tribus d’une même région en un seul corps politique qui eut des assemblées, des magistrats et des cultes communs. T antôt les habitants se groupèrent dans une seule enceinte; tantôt les bourgades demeurèrent autour de la capitale, où l’on se rendait périodiquement pour traiter des intérêts collectifs; ou bien une ville basse de commerçants et artisans (Ï'itu) s’étendit au pied de l’acropole (-oÀi?), sanctuaire et citadelle. Tous les pays grecs ont mené alors une vie turbulente mettant en jeu les puissantes individualités. D’abord les familles nobles minèrent le pouvoir royal; et l’ancien génos se désagrégea; les clients s’affranchirent; les non-citoyens, ne pouvant posséder le sol, se dédommagèrent par les biens mobiliers. L’État dut bientôt compter avec ce.s intrus, leur faire des concessions ainsi qu’au menu peuple. Pour accorder les ambitions rivales, souvent les partis, épuisés par la lutte, choisirent un arbitre : tels Lycurgue à Sparte, Dracon et Solon à Athènes. Chaque législation nouvelle consacra quelque comjuête des classes inférieures; l’évolution fut plus ou moins rapide, mais presque partout l’on vit se succéder : royauté, oligarchie, tyrannie, démocratie.

L’invasion des Doriens avait amoindri le prestige de la royauté ; les grandes familles la divisèrent, comme à Sparte, ou la rendirent élective, ou en firent une fonction temporaire, comme à Athènes. A la fin, il n’y eut plus vraiment de rois qu’à Sparte; ailleurs, le nom était conservé, vain titre accompagné de fonctions religi-'uses.

L’aristocratie hérita de ce pouvoir; formée de gens récompensés

par un domaine de leurs exploits militaires, elle ne se maintint que par la richesse territoriale; parfois les droits politiques s’étendirent aux citoyens assez riches pour entretenir un cheval de guerre, ou même à ceux qui servaient dans la grosse infanterie des hoplites. Tantôt les magistrats se recrutaient par cooptation parmi les hommes possédant le cens légal, tantôt les chefs de quelques familles étaient à vie, de père en fils, à la tête du gouvernement. Ces oligarchies étroites, ayant abusé de leur puissance, tombèrent victimes de nouvelles révolutions.

Ce fut au bénéfice des tyrans. Ainsi nommait-on quiconque exerçait l’autorité monarchique sans droit héréditaire. Ces personnages ont

été presque toujours élevés ou affermis au pouvoir par la faveur de la foule, du démos enrichi par le négoce et rendu plus redoutable par son incorporation dans l’armée. Ils sont d’origine variée, mais se ressemblent tous. Établis sur l’acropole, entourés de gardes étrangers, ils déciment la noblesse et ménagent le peuple; souvent ils aiment et protègent les arts, entreprennent de grands travaux pour s’enrichir; ils pratiquent une politique de conquêtes, fondent des colonies et des comptoirs.

C’est eux qui ont secoué les timidités routinières. Il y eut, en petit nombre, de longues tyrannies : les Pisistratides se maintinrent cinquante ans à Athènes. Leurs excès furent suivis en Péloponnèse, sous l’action de Sparte, d’un retour au régime oligarchique, partout ailleurs, de l’établissement de la démocratie qui s’implante au siècle.

En effet, dès cette période, la Grèce se partage entre deux grandes races : les Doriens, lents, traditionalistes, soldats et laboureurs, fidèles l’aristocratie; les Ioniens, curieux, mobiles, novateurs, émancipés par la mer et le commerce, portés vers le gouvernement populaire. A l’aube du V'' siècle, on s’observait déjà avec une quand l’invasion perse fit sentir sa menace aux

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