III. ATHÈNES AVANT LES GUERRES MÉDIQUES
LES TEMPS LÉGENDAIRES. — L’Attique (àx-r-.x/j, de xxTç. promontoire) est une presqu’île qui s’avance en triangle dans l’Égée : coupée de la Grèce centrale par des plissements capricieux (Cithéron, Parnès, Pentéhque, Hymette) , elle n’a que la mer pour frontière naturelle, ferritoire minuscule, très montagneux pour moitié, rocailleux dans la plaine et très sec, elle ne se prête guère qu’à la culture de la vigne, de l’olivier et du figuier; le maquis de broussailles y prospère mieux que le blé; jamais ses récoltes en céréales ne lui ont suffi; mais la mer lui montrait la voie pour se procurer le surplus, d’autant mieux que la côte, très dentelée offre nombre de baies et de mouillages : Éleusis, le Pirée, Zéa, Mounichie, le Phalère, le Laurion. Une richesse encore lui venait de ses mines, des carrières où l’architecte et le sculpteur trouvaient d’mépuisables matériaux (tuf, calcaire et marbre blanc) .
Les premiers siècles de son histoire, jusqu’au VII*^ siècle inclus, échappent à peu près à notre connaissance. Les habitants, naturellement, se disaient autochtones; mais la pénétration est certaine, parmi eux, d’un élément ionien; 1’ « Égyptien » Cécrops rappelle peut-être l’influence des Pharaons qui a dû rayonner un moment jusqu’aux rivages de Grèce. Aux temps « mycéniens », un château fort sur l’Acropole, avec le sanctuaire d’Athéna Pohas, était le centre d’un État qui devint une cité, Athènes. Il y avait alors en Attique d’autres groupes de populations : l’État sacerdotal d’Éleusis, la tétrapole de Marathon. En dépit de la tradition qui attribuait à un héros, Thésée, le synœcisme ou groupement au XIII® siècle, il est probable que la région passa graduellement du morcellement à l’unité; il ne dut y avoir qu’une confédération : les habitants, pauvres agriculteurs, assez isolés, gardaient leur domicile à la campagne.
Le régime politique nouveau fut la royauté, par imitation du régime familial. La période royale paraît avoir été extrêmement troublée; il y eut sans doute conflit entre l’esprit particulariste, patriarcal, et l’esprit unitaire qui animait forcément la royauté. Héréditaires d’abord, puis électifs, les rois virent bientôt leur pouvoir réduit à la présidence des sacrifices publics, annihilé par des magistrats tirés d’une aristocratie de propriétaires ruraux, les Eupatrides, qui prétendaient descendre du fondateur de la cité. Comment on en vint à avoir un collège de neuf archontes, y compris le hasileus, qui conservait son titre, par égard pour les dieux, nous l’ignorons. Il est possible qu’une transition insensible ait conduit de la royauté à l’oligarchie.
La caste aristocratique tendit à s’isoler de plus en plus de la classe inférieure pour la mieux dominer; détenant le monopole de la richesse terrienne, elle s’efforça de demeurer la classe militaire par excellence. Elle avait seule loisir de gouverner ; ses terres étaient cultivées par des sxrcio.ôpo'. qui ne gardaient qu’un sixième de la récolte et versaient les cinq autres à titre de redevance; n’ayant pas de quoi vivre ainsi, ils s’endettaient. Comme la personne du débiteur réjrondait de sa dette, nombre de roturiers devinrent esclaves.
Les archontes ne se recrutèrent que parmi les Eupatrides; or, ils étaient les maîtres de la cité. Sortis de charge, ils entraient à vie à l’Aréopage réuni près de l’Acropole sur la cclhne consacrée à Arès, dieu du meurtre (’'.\p£io; irivo;), et aux Euménides, dont le sanctuaire, à l’origine, servait d’asile aux meurtriers. Les transactions nécessitées par le rachat du sang avaient provoqué l’installation du premier tribunal criminel sur ce rocher. Le meurtre était affaire exclusivement religieuse; on pensait que les dieux s’éloi-
LA PÉRIODE archaïque — 59
gnaient avec horreur du lieu matériellement souillé par le sang ; la cité, ne pouvant vivre sans eux, devait les réconcilier; d’où l’intervention de l’État. L’Aréopage, en outre, exerçait une sorte de censure souveraine sur les citoyens et désignait en ce temps tous les magistrats, même les archontes. A côté de ceux-ci, Hérodote mentionne les prytanes des naucranes, sortes de « dépensiers », qui découpaient les morceaux des victimes dans les sacrifices. Les douze naucraries fournissaient chacune à l’État un navire de cinquante rames, deux chars de guerre et des hoplites. C’est tout ce qui apparaît des institutions militaires de l’Athènes d’alors; elle a dû être principalement soucieuse de se défendre contre les pirates du golfe.
Bref, une oligarchie très fermée, très autoritaire et très dure ; mais le progrès économique tira du néant la classe inférieure. Il y eut des luttes civiles, et, pour finir, des accommodements. L’oligarchie menacée cherc h a au dehors un appui, auprès des tyrans de Mégare, Corinthe, Sicyone, mais faillit faire naître à Athènes même la tyrannie. Le peuple réclamait une législation écrite qui le garantît contre l’arbitraire; alors, en 62 1, Dracon aurait codifié les usages des tribunaux. A l’usage, ce code se révéla trop rigoureux; l’apaisement allait-il naître des réformes de Solon?