CLISTHÈNE
— Après une période extrêmement obscure, le parti démocratique réussit à dominer et prit pour chef Clisthène. L’histoire du dernier siècle avait montré le défaut des anciens moules, de cet échafaudage de familles, phratries, tribus personnelles, cadre d’une véritable armée, sous laquelle étouffaient les classes inférieures. Clisthène créa de nouvelles divisions, les unes personnelles, les autres topiques, dont l’entre-croisemeni fut un obstacle aux coalitions. Il accrut le nombre des citoyens, y ajouta des fils d’étrangers ou d’affranchis. Puis il répartit tout le territoire de l’Attiquc, en même temps que tous les citoyens, entre les dèmes, division mixte très originale, qui représente à la fois un district - — invariable sauf modification du nombre des dèmes — et une partie de la population, classée lors de la réforme d’après le domicile, mais dont chaque unité put ensuite changer de domicile sans changer de dème; l’habitude fut d’ajouter à son nom celui du père et celui du dème, et l’on faisait partie du dème sur lequel avait résidé l’ancêtre contemporain de Clisthène. Chacune de ces circonscriptions, sorte de commune organisée politiquement comme l’État athénien, fut l’image réduite de la cité entière.
Il y eut 30 trittyes, 1 0 englobant le territoire urbain, 1 0 les campagnes, 1 0 le littoral. Une fut tirée au sort dans chaque dizaine et les trois ainsi groupées formèrent une tribu ; tribu locale, donc, mais assemblage d’éléments épars sans lien historique ni politique : la dizaine, seule un peu homogène, était dépourvue d’organisation spéciale et, en fait, morcelée. La tribu, elle, avait sa vie propre, mais comprenait des citoyens différents d’origine, de ressources, de résidence; ce fut une unité cultuelle et surtout militaire : elle fournissait une unité tactique, avec le chef (stratège) élu dans son sein. Les dix stratèges et le polémarque commandaient, chacun pour un jour, toute l’armée.
La boulé fut jiortée à 500 membres (50 par tribu). Leur recrutement initial fait doute; au milieu du V siècle, on les tirait au sort parmi des candidats désignés par les dèmes. On ne sait non jrlus exactement si c’est à Clisthène que remonte le système des jirytanies, chacune comprenant les 50 bouleutes de la même tribu, qui, jrendant un dixième de l’année, expédiaient les affaires courantes, préparaient les délibérations de la boulé et les dirigeaient, ainsi que celles de l’ckklésia.
Les mesures de Clisthène semblaient faites pour refréner les ambitions individuelles; pourtant nombre de parents des Pisistratides demeuraient en Attique et l’on craignait encore la tyrannie. Contre ce péril, le réformateur institua l’ostracisme. Une fois l’an, SI le jieuple [prononçait : il y a heu à ostracophorie, une assemblée extraordinaire était tenue; chaque citoyen déjposait dans une urne un tesson d’argile {ostracon) [portant le nom du personnage dangereux. Lorsejue 6 000 voix s’étaient [Prononcées contre lui, il devait, dans les dix jours, quitter le [pays pour dix ans. Éloignement sans déshonneur, jugé nécessaire à l’égard des « hommes [Puissants . Mais, [plus tard, on s’en servit [pour exclure les chefs de l’o[P[iosition. Aussi l’ostracisme tomba en discrédit au bout d’un siècle.
Clisthène avait à ce point fortifié la cité que la jalousie Spartiate s’éveilla à nouveau; alors il chercha une alliance contre elle du côté de la Perse. Mais il fut désavoué et banni par ses concitoyens.