LA PROSE
Elle s’est éveillée dans les temples, où les prêtres tenaient le journal du sanctuaire. A leur exemple, les cités créèrent la prose épigraphique; la prose littéraire fut favorisée par l’introduction en Grèce du papyrus égyptien. A part l’apologue, elle débute gravement par la philosophie.
Vers la fin du VII® siècle s’ouvre la série des penseurs, tous ioniens, qui, sans s’évader des anciennes cosmogonies, conçoivent une substance unique, principe de toutes choses : c’est l’eau, l’air, le feu, etc., suivant le philosophe (Thalès, Anaximène, Héraclite) ; preuve nouvelle du besoin de simplification de l’esprit grec. Pythagore de Samos transporte en Italie méridionale ces recherches subtiles; mathématicien, il voit dans les nombres des représentations symboliques et cherche à exprimer par des rapports arithmétiques l’harmonie des choses. Empédocle, Xénophane, Démocrite, Parménide sont des métaphysiciens aussi, pratiquant les sciences exactes.
Quelques nouveautés ont leurs débuts au \'I® siècle : l’orphisme, tentative pour rajeunir les religions par une théologie et une morale, révélées aux initiés sous forme de rites mystérieux; l’histoire, née de l’épopée et représentée alors par des logographes, dont nous n’avons que de rares fragments; la sophistique, où se révèle le penchant des Hellènes à discuter sur la vie courante; quant à l’éloquence, ancienne comme la race, I hlstoire littéraire ne peut la suivre que plus tard.
Dans le monde dorien, l’ode prend un intérêt public, célèbre la patrie, les ancêtres, les dieux; des chœurs d’enfants, d’hommes faits, de vieillards évoluent en chantant et se répondent.
A Corinthe, Arion de Méthymne disciiïline le dithyrambe dionysiaque, ronde folle des buveurs en délire, qu’accompagnaient des refrains improvisés coupés de hurlements. Les poètes de ce groupe sont en général de haute naissance, suspects au populaire ; ils voyagent beaucoup, sont appelés auprès des tyrans et des rois : tels Simonide de Céos, et le Thébain Pindare, le chantre des Épinicies, des vainqueurs aux grands jeux, un classique par la date et la facture, archaïque encore par le fond des idées.
Métopes D un temple de SÉLINONTE. — Héraclès tuant la reine des Amazones, Héra se dévoilant devant î^eus, Actéon dévoré par les chiens d Artémis qui lui a
jeté une peau de cerf, Athéna tuant le géant Encelade. Gl. Sommer.
Chefs-d œuvre grecs de la première moitié du V siècle. Sur leur objet et leur sens, les controverses foisonnent, surtout depuis la découverte de trois autres, semblables de forme et de style (musée de Boston). On y a vu les dossiers et appu s-bras de deux trônes de statue, ou les parapets terminaux d un autel rectangulaire. Nous aurions ici Aphrodite levant la tête vers les Heures, par ui elle est reçue au sortir de la mer: sa « naissance » serait célébrée au nom e 1 amour sacré (femme drapée offrant de 1 encens) et profane (hétaire nue
jouant de Yaulos'. Une doctrine plus récente fait de ces deux panneaux tripar tites les accotoirs (tête et pied) du lit monumental et rituel sculpté par 'Polyclète pour l'Héraion d Argos. Alors voici Héra, protectrice des mariages, sortant, assistée de deux nymphes, de la source où elle prenait chaq^ue année un bain de virginité ; au-dessous, deux types d’épouses célèbres : Pénélope, sacrifiant pour son mari; Eurydice, dryade et musicienne. La jeunesse s’étendait sur la couche sacrée pour obtenir d'Héra un conjoint.