VIL SUPRÉMATIE DE THÈBES
Cependant les Spartiates assouvissaient leurs rancunes; Mantinée, trop indépendante à leur gré, fut leur première victime; elle vit ses maisons détruites, ses habitants dispersés dans les villages. Un mur¬
mure de révolte courut dans toute la Grèce. D’autre part, ces policiers de la Perse qu’étaient les Lacédémoniens continuaient de pourchasser les ligues et la démocratie. A Thèbes, une lâche complicité leur ouvrit la citadelle, la Cadmée; les fuyards s’évadèrent vers .Athènes et résolurent de tenter un coup de force. La conjuration eut deux chefs, de naissance noble, mais généreux : Pélopidas et Épaminondas ; ce dernier représente peut-être la plus admirable figure de la race grecque, dont il avait toutes les qualités sans les défauts. LUe nuit, sous un déguisement, ils réussirent à pénétrer dans Thèbes avec quelques fidèles, enflammèrent la population qui courut aux armes et fit capituler la garnison (379).
Thèbes avait besoin de l’alliance d’Athènes, qu’une absurde agression Spartiate contre le Pirée décida à reconstituer une ligue à lïarticipation volontaire, f’endant ce temps, Thèbes étendait son influence sur la Grèce centrale; Athènes en fut alarmée et revint à la politique d’équilibre avec Sparte (371). Celle-ci continua la guerre, mais, contre toute attente, subit à Leuctres une écrasante défaite. C’était le « bataillon sacré » qui avait vaincu, troupe d’élite formée par Pélopidas de trois cents jeunes gens des meilleures familles. L’effet en Grèce fut immense et Thèbes parvint à constituer dans la Grèce centrale une troisième confédération. Épaminondas entra en Péloponnèse ; pour la première fois, il y eut au \oisinage de Sparte un camp ennemi. On édifia Messène, à laquelle se rallièrent tous les alentours, et Lacédémone perdit à jamais la moitié de son territoire; des villes arcadiennes s’éveillèrent à l’indépendance. Dans cette anarchie, on regardait vers la Perse, qui se prononça pour Thèbes, voulant l’user comme les autres. En effet, son élévation entraîna un rapprochement de Sparte et d’Athènes ; le Péloponnèse se divisa et Épaminondas y rentra pour renforcer le parti thébain. La bataille de Mantinée lui donna encore la victoire, mais le héros y perdit la vie (362) . C’était pour sa ville la fin de la suprématie; déchéance d’une cité médiocre dont la fortune inattendue, édifiée tout entière par deux grands hommes, avait duré dix ans. C’était aussi l’affaiblissement de Sparte; mais Athènes n’y gagnait rien. Le Grand Roi avait tenu les fils de toutes ces intrigues ; la Grèce ne créait plus rien de durable, et même, sur un autre terrain, l’hellénisme reculait devant une autre puissance, asiatique aussi par ses origines, les Carthaginois.