VIII. DÉCADENCE DE LA GRANDE GRÈCE
Là aussi s’était manifestée dès l’origine la tendance hellénique au morcellement, à la jalousie et à la méfiance de ville à ville; elle n’empêcha point, mais ce fut tout, un brillant essor économique, protégé par des mercenaires. L’histoire de cette contrée, aux V‘'-IV® siècles, serait très nébuleuse sans la longue prospérité de Syracuse. Celle-là s’agrandit jusqu’à compter 500 000 habitants; d’abord en république, elle avait soumis la plus grande partie de la Sicile; les dissensions intestines y firent accepter le tyran Gélon, qui arrêta les progrès de Carthage, puis son frère Hiéron (478-467), cruel, mais magnifique, puissant par sa flotte et ami des lettres. Retournée à la démocratie (466) , Syracuse triompha de l’expédition athénienne (414) ; enfin la menace punique favorisa les ambitions d’un
La UA.n.SE E.n armes, üL I'YRRHIQLI- . — Buse de nioniiincnl. Musée de I Acropole, i i.
DES GUERRES MÊDIQUES A L’HEGEMONIE MACEDONIENNE — 71
homme sorti de rien ; Denys, dit l’Ancien, arriva au pouvoir en flattant le bas peuple et à la faveur d’une garde du corps. Assiégé de terreurs durant tout son long règne (405-368) , il travailla à en inspirer autant autour de lui; mais il lutta avec bonheur contre Carthage, fit même quelques conquêtes sur le continent, afficha des prétentions littéraires et artistiques. Contre son fils Denys le Jeune, chassé, puis revenu (368-356 et 346-343), la ville demanda un secours à Corinthe sa métropole, qui lui envoya Timoléon, général capable et homme intègre; celui-ci restaura la liberté, refoula les Carthaginois, réédifia les villes détruites; puis, jugeant sa tâche achevée, se démit de ses pouvoirs et n’exerça plus, dans toute la Sicile hellénique, qu’une véritable dictature de persuasion.
Après lui, la pénombre enveloppe l’histoire de Syracuse. La Grèce de l’ouest est en déclin; Sparte a perdu son rang; Thèbes est épuisée, Athènes affamée de repos. Il n’est plus rien de fort en Hellade. On ne comprendrait pas qu’en de telles conjonctures un « sauveur » étranger ne lui fût point venu.