I. LA FAMILLE
De l’ancien génos il ne reste guère que le nom, et le lien religieux qui réunit ses membres de loin en loin, en vue d’un commun sacrifice. Le nouveau groupe est la famille naturelle, restreinte, à la moderne; successivement ont disparu la clientèle, l’aînesse, l’interdiction de tester, le dédain pour la filiation utérine, les exagérations de la puissance paternelle.
LE MARIAGE. — Seul,
il constitue la famille; la loi en fixe les conditions. Les deux époux sont citoyens — ou tout au moins la femme vient d’un pays qui a le privilège d’épigamie. Le consentement du père ou tuteur est toujours nécessaire à la fille, au garçon s’il est mineur. Très peu d’empêchements dus à la parenté; et même les Athéniens préfèrent les unions entre proches.
L’État s’abstient dans les cérémonies, exclusivement religieuses, et qui sont en trois
actes: 1° L îy'Lç-t'.; au domicile de la mariée. Le père, ou à défaut son remplaçant, offre un sacrifice au foyer et accorde la fille au prétendant. Suit un repas, où les femmes sont à part; la mariée y paraît voilée. 2“ La "oa-v-, cortège conduisant sur un char, à son nouveau logis, la jeune femme en blanc et couronnée de fleurs: assise entre le mari et le garçon d’honneur, elle tient des ustensiles de ménage; on porte devant elle des flambeaux allumés aux deux foyers; des flûtes font retentir le chant d’hyménée. 3" Pour finir la mariée est reçue iiar sa belle-mère devant
la porte enguirlandée du nouveau logis. Le mari, après lutte simulée, l’emiiorte sans lui laisser toucher le seuil. Arrosée d’eau lustrale, elle s’incline devant le foyer, puis on la mène à la chambre nuptiale, tandis qu’un chœur mixte chante l’épithalame. Le lendemain arrivent les cadeaux; la jeune femme retire son voile, le
PyXIS (boîte à fards ou coffret à bijoux). — Cadeau de noces, car les peintures retracent, sous forme mythologique, les cérémonies du mariage : sur le couvercle, la toilette de l’épousée; au-dessous, le cortège nuptial, que guide Eros, survolant l’attelage.
Cl.. Ai,i.nmu.
consacre à Héra ; enfin on la présente à la phratrie. Primitivement, on achetait la femme; aux temps classiques, une dot lui est ordinairement constituée par contrat; des garanties réciproques sont stipulées. D’ailleurs, beaucoup de précautions quant aux intérêts matériels: grande insouciance à l’égard des personnes elles-mêmes.
Condition des femmes. — La femme est toujours en tutelle : jeune fille, elle est soumise à son père, ou à un frère, ou à un
agnat; épouse, à son mari; divorcée, au plus proche parent; veuve, à son fils ou au tuteur qu’a désigné le mari par testament. Dans sa jeunesse, elle mène, illettrée d’ordinaire, l’existence effacée d’une servante: il en sera de même après le mariage. L’adultère du mari importe peu; celui de l’épouse est puni sévèrement et obligatoirement ; le mari n’a pas le droit de lui pardonner; elle est exclue des cérémonies publiques, n’est plus admise à se parer. Et dans la plupart des villes, des gynéconomes surveillent la conduite des femmes.
L’épouse répondant à l’idéal courant est active et économe, file, tisse, coud, brode en conscience; rien de mieux pour paraître belle. Il y a cependant des femmes coquettes que les vases peints nous montrent à leur toilette; pour s’occuper, ne sortant pas, elles se livrent à des passe-temps frivoles.
C’est l’homme qui va au marché. Mais les femmes sont acceptées à certaines cérémonies publiques; les statuettes nous en montrent parées pour les visites qu’elles se rendent entre elles; en effet, le monde tel que nous l’entendons, réunissant les deux sexes, n’existait pas en Grèce. Les comiques nous peignent la bourgeoise comme acariâtre et soupçonneuse; n’avait-elle pas d’excuses? On lui reconnaissait un recours contre les mauvais traitements, et c’était tout. L’union légitime se cumulait pratiquement avec une sorte de concubinat toléré par les mœurs et produisant même des effets juridiques, car un contrat en forme pouvait lier un homme à une pallaqite, mais leurs enfants restaient des bâtards. D’autre part, pour les liaisons absolument irrégulières, l’esclavage donnait les plus grandes facilités, et l’épouse était parfois médiocre ou nulle auprès de sa rivale; nombre de courtisanes étrangères étaient lettrées, artistes; il y eut parmi celles qu’on nommait les hétaïres (ou compagnes) des femmes supérieures; telle la célèbre Aspasie de Périclès.
Il n’est point surprenant que le mariage ait traversé une crise grave à Athènes, vers la fin du V siècle; on le jugeait banal et ennuyeux et même on en repoussait les charges. Jamais l’esprit jiublic ne songea à tenir compte des convenances récijiroques.
Dissolution du mariage. — Le divorce était très fréquent.
particulièrement à Athènes. Réunis par hasard, à l’instigation des parents, les deux conjoints étaient fort exposés à l’incompatibilité d’humeur. La séparation se faisait très simplement : devant le foyer, en présence de témoins, tous deux repoussaient un gâteau qui leur était offert; on prononçait une malédiction, la dot était rendue — seul désagrément pour l’homme — et tout était fini. Le mari n’avait à alléguer que sa volonté de rompre; la femme devait saisir l’archonte d’une requête motivée; ce magistrat prononçait après enquête sommaire. Le divorce était donc dû généralement à l’initiative masculine; au reste, il faisait une situation très fausse à la femme, qui rentrait en intruse dans sa famille. Souvent elle se remariait, comme la veuve, sauf en âge avancé, et quelquefois le divorcé poussait la prévoyance jusqu’à se donner un successeur; certains maris disposaient de leurs épouses par testament.
Les Enf.^NTS. — Le principe de la famille grecque est l’inégalité des droits entre mari et femme, entre fils et fille. On désire surtout des fils; ils continueront le culte des ancêtres, nécessité primordiale, qui fait que le mariage et la procréation sont un devoir; mais il ne s’ensuit pas que l’on souhaite beaucoup d’enfants : les Grecs ont été peu prolifiques.
A Sparte, 1 État sacrifie d’autorité les chétifs dès leur naissance. Ailleurs, le père décide, cinq jours après, devant parents et amis, si l’on garde l’enfant ou si on 1’ « exposera ». Admis, il est purifié, porté autour de 1 autel domestique, solennellement présenté au foyer; et l’on donne un festin. Au sixième jour, nouveau banquet; les mêmes invités offrent des cadeaux à la mère, des jouets au nouveau-né, auquel on attribue un nom, qui est souvent celui du grand-père. Bientôt, il sera soumis à l’acceptation de la phratrie. Il ne sera^pourUnt citoyen et majeur qu’à dix-huit ans. Orphelin avant cet âge, il recevrait un tuteur. Jusqu’à sept ans, on l’abandonne aux femmes.
Puis commence l’éducation, libre, sauf à Sparte, mais obligatoire, donnée dans des écoles privées, que surveille la police, et aux frais des parents. L’instruction élémentaire est très répandue; elle doit être distinguée de l’éducation complète, qui comprend la gymnastique, la musique, la grammatique. On commence par celle-ci, étude de l’alphabet d’abord, qu’un modeste maître enseigne en plein air, avec les éléments du calcul. Assis sur un siège bas, l’élève tient sur ses genoux les tablettes enduites de cire qu’il égratigne de son stylet, aplati à l’autre bout pour effacer; ensuite il récite les oeuvres des auteurs célèbres, des poètes. Plus tard, il entre chez le rhéteur, se forme à l’éloquence et à la politique. Dans d’autres établissements, on enseigne la lyre, la flûte, le chant, la déclamation lyrique. Enfin, à douze ans au plus tôt, le garçon se rend à la palestre, où, sous la surveillance des magistrats, il s’exerce à la lutte, au saut, au pugilat.
Les enfants naturels sont exclus du culte domestique, du patrimoine familial. S’il n’en a point de légitimes, l’homme peut adopter un enfant, qui aura mêmes droits et privilèges.