RELIGIONS INDIVIDUELLES ET CONFRÉRIES
Les cultes publics ou familiaux avaient des formes arrêtées et un exclusivisme gênant, sans parler de leur insignifiance doctrinale. De là le succès des cultes étrangers et des mystères, où chacun, admis indistinctement, avait la joie d’une vision de l’au-delà. Les divinités d’Asie et d’Afrique, introduites par les navigateurs, d’abord repoussées par les États, ont, dès le V'' siècle, d’innombrables fidèles réunis en confréries (thiases, orgéons) , où pullulent les femmes, les métèques et les esclaves. Parmi ces confréries, il y avait des sociétés secrètes, où l’on n’entrait qu’après initiation et sous défense de rien révéler de ce qui s’y passait; nous ne savons donc que très vaguement leur caractère ; dans les confréries originaires de Thrace ou de Phrygie se succédaient les scènes de fanatisme, macérations, orgies, extases; les préoccupations morales l’emportaient dans les groupes orphiques, la vie ascétique dans les loges pythagoriciennes de l’Italie méridionale. Par endroits, ces mystères entrèrent dans la religion officielle, sous la surveillance de l’État; ainsi à Samothrace, Andanie: en Attique (Éleusis) , des images symboliques, métamorphoses
Stèle du Dipylon (musée -d’Athènes, 1V‘‘ siècle). — Reliet sculpté sur 1 image d’une loutrophore, vase contenant l’eau pour le bain du mort : le jeune Panaetios, mort à la fleur de 1 âge, debout en avant de son cheval, échange avec son père une poignée de main silencieuse. Cl. Alikari.
et moisson du grain de blé, figuraient l’immortalité de l’âme; on connaissait un baptême rénovateur. Les mystères eurent d’abord plutôt une bonne influence, mais l’entrée des foules leur fut fatale, laissant libre carrière aux exploiteurs de la crédulité.
CULTES FAMILIAUX. — Chaque famille a ses dieux domestiques :
les ancêtres, dont les images varient d’un toit à l’autre; les dieux du foyer, partout identiques. La maison grecque est encombrée de niches et d’autels.
Dès l’entrée, voici l’image d’Hécate, celle d’Hermès, gardien des gonds ; dans la cour, l’autel de Zeus Herkeios, protecteur de l’enclos ; dans la grande salle du fond, le symbole d’Hestia ; dans la chambre conjugale sont les dieux du mariage et de la naissance; Athéna Ergané préside aux travaux des femmes ; Zeus Ktésios veille sur les greniers. Tous sont représentés par des statuettes de bronze, de cire, d’argile peinte. Le père est chef absolu du culte intérieur, rendu suivant les rites particuliers.
RELIGIONS D’ÉTAT. — Formé
par le groupement des phratries, des tribus, etc., l’État en adopta les cultes, en superposant celui d’un héros fondateur, comme Thésée en Attique ; ce Panthéon croissait à chaque génération.
L’État impose l’hommage aux dieux, obligation civique, mais ne s’occupe que de la forme extérieure; c’est une pure manifestation qui n’engage point la conscience. Le culte est un service administratif comme un autre. Le sanctuaire, entretenu par la cité, comprend d’ordinaire toute une enceinte avec édifices, jardins, bois, pâturages, où vivent les animaux sacrés. Le sacerdoce n’a rien de général; on est prêtre de tel dieu, en tel temple, et d’habitude pour un an; pas de caste séparée, pas de « clergé », dirions-nous. A part quelques prêtrises réservées à de vieilles familles, quelques autres acquises à prix d’argent, la plupart s’obtiennent au sort ou à l’élection, entraînent docimasie et reddition de comptes. Le prêtre, aidé de subalternes, fait la police du sanctuaire, en gère les intérêts, accomplit les cérémonies prescrites; il vit de l’autel, a sa part des victimes et prémices, n’assume aucun rôle moral.
Les dieux de la Grèce ont été ses plus riches propriétaires : ils possédaient souvent un trésor considérable alimenté par des dons, des revenus fixes de terres ou de maisons louées, des redevances, le produit du travail de leurs esclaves, parfois une dîme sur les récoltes, une part des butins de guerre et des amendes. Leurs temples devinrent des banques de dépôts et de prêts hypothécaires; il en est qui frappèrent monnaie.
Les fêtes officielles étaient fréquentes, prolongées, luxueuses, ouvertes à tous. L’ Attique, en particulier, fut le pays des larges hécatombes et des belles processions. La foule appréciait entre toutes les fêtes de Dionysos, d’une gaieté exubérante : il y avait des journées entières de cortèges burlesques et déguisés, de banquets, farces et mascarades, d’où le théâtre allait sortir. Déméter était adorée, tout au contraire, dans une note grave et recueillie. Mais rien ne pouvait se comparer à la fête d’Athéna Polias, panégyrie annuelle, qui prenait, chaque cinquième année, un éclat extraordinaire (Grandes Panathénées) : plusieurs jours se passaient en sacrifices, concours et jeux, terminés par la procession que déroule encore à nos yeux la frise du Parthénon; on accompagnait jusqu’à l’Acropole le péplos neuf offert à Athéna. La vie religieuse, comme la vie courante, laisse voir, à côté des libres épanchements de la nature, un souci d’art et de beauté.