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I. LES ARTS

URANT cent cinquante ans, rhistoire politique est celle d’une décadence progressive et continue. 11 n’en va pas de même de l’histoire de l’art et des idées. Certes, les dévots du « miracle grec » proclament leurs préférences pour le siècle, plus grand, plus noble et plus serein, surtout en sa seconde moitié; mais le IV® est encore si riche, si varié, si novateur qu’on ne saurait parler d’épuisement, ni même de fatigue; on observe au contraire comme un rajeunissement par l’afflux de tendances nouvelles et de pensées inédites. Ruinée politiquement, Athènes conserve la prééminence la plus glorieuse, celle qui s’exerce sur les esprits; la Grèce, divisée par la guerre, tend à l’unité par la culture générale, et cela c’est le « miracle athénien ».

L’évolution très régulière de l’art ne permet pas de délimitations bien rigoureuses. Pourtant, avant Périclès, c’est l’archaïsme avancé : un travail intense, dans les voies de la tradition, détermine les formes et perfectionne la technique. Vient ensuite l’époque vraiment « classique » de l’idéalisme absolu, générateur d’ordre, d’harmonie, d’équilibre, attaché aux traits généraux et permanents; enfin, au IV" siècle, s’introduisent dans l’art le réalisme, le sentiment personnel, pathétique ou souriant suivant les maîtres, et l’étude sincère des types particuliers.

L’ARCHITECTURE. — Déjà les ordres étaient constitués; il ne resta au V® siècle qu’à imaginer le chapiteau corinthien et à développer le support en caryatide, qui atteint la perfection au portique de l’Érechtheion.

Le monument par excellence est le temple; son chef-d’œuvre est sur l’Acropole d’Athènes. Le Parthénon ou « appartement des vierges » (servantes d’Athéna) eut pour initiateur Périclès, avec Ictinos pour architecte et Phidias pour maître de la sculpture. On entrevoit encore la silhouette d’ensemble; ce qui manque, c’est le décor plastique, les richesses d’art disparues; les reliefs encore en place avivent le regret des parties détruites ou exilées. La science aussi a eu sa part dans la réalisation : ses calculs, ses artifices ont su prévenir les aberrations de nos yeux ; elle a conçu la disposition en pyramide pour donner l’impression de la verticale, modifié les intercolonnements pour qu’ils paraissent réguliers, grossi les colonnes d’angles qui autrement sembleraient plus grêles, et incurvé des plans qu’on croit horizontaux. Simple de lignes, d un décor sobre, à l’échelle du rocher, le Parthénon était une combinaison parfaite des formes doriques et du sentiment ionien.

L’art archaïque avait conçu, mais le classique a pris en faveur, la tholos ou édifice sur plan circulaire. Il y en avait deux sortes ; l’une monoptère, simple colonnade sur un emmarchement ; 1 autre à cella, ou périptère, fermée par un mur et entourée d un portique rond ; cette dernière se répandit aux temps hellénistiques ; toutefois, la plus connue, la plus somptueuse, celle d’Épidaure, remonte aux environs de 350; ses fondations compliquées, sorte de labyrinthe, en rendent énigmatique la destination.

Il s’éleva des constructions funéraires analogues aux temples, parce que le mort avait certains caractères divins. Mais même pour les tombeaux des riches, la Grèce propre s en tient aux proportions modestes; c’est en Asie que l’architecture funéraire, plus ambitieuse, crée les tombeaux rupestres inspirés de la maison indigène et le type de Vhérôon; on distinguait 1’ « hérôon-téménos », enceinte consacrée abritant le tombeau et ses dépendances pour le culte (hérôon de Trysa, vers 450), et 1’ « hérôon-temple », édifice sur soubassement élevé renfermant le sépulcre (monument des Néréides, vers 400) ; le développement ultérieur de ce type est dans le mausolée d’Halicarnasse (vers 350), dont la reconstitution exacte est malheureusement un problème.

La religion aussi avait donne naissance a 1 art dramatique; partout on rencontre quelque ruine de théâtre. Les chefs-d œuvre classiques ont été longtemps représentés dans de simples baraquements

de bois; le théâtre de pierre parut à la fin du V® siècle. Contrairement à nos usages, il y avait en Grèce, de loin en loin, des fêtes de plusieurs jours, attirant toute la population locale et des curieux du dehors; il fallait un théâtre immense, pour de nombreux milliers de spectateurs; le mieux conservé est celui d’Épidaure (première moitié du IV" siècle) , capable de contenir 1 4 000 personnes sur 55 gradins, en demi-cercle un peu dépassé; cette «partie creuse » (y.oïXov) est divisée en deux zones concentriques par un promenoir à mi-hauteur, et des escaliers rayonnants les partagent en secteurs pour aider à la circulation ; en bas V orchestra, cercle non dallé, où évolue le chœur de danse, avec un autel (ihymélé) au centre. Au delà, on ne voit plus que les soubassements du logeion, où se tenaient les acteurs, depuis le IV" siècle à tout le moins; la grande construction opposée au public, dite crxçTç (tente) , abritait les accessoires et les loges des artistes. On jouait en plein air, dédaignant le soleil ou la pluie, et bien qu’aucune clôture ne retînt les voix, l’acoustique était habituellement parfaite.

LA SCULPTURE. — C’est peut-être ce que nous connaissons le plus mal ; les témoins de cet art ont presque tous disparu. Beaucoup de chefs-d’œuvre en bronze ont été fondus dans le creuset; quant au marbre, il servait trop le paganisme, et les premiers chrétiens ont systématiquement saccagé les plus nobles ouvrages. Les musées ne contiennent guère que des « répliques ». Indifférents à la propriété artistique, au plagiat, à la contrefaçon, les anciens ont multi-

LE Parthénon (angle nord-est). — Notre reproduction en montre les proportions parfaites et la solidité. La colonne d angle est nettement pins forte que ses voisines, son écartement moindre que sur le reste de la péristasis.

Cl. Hoissonnas.

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plié la copie libre, qui emprunte le sujet, l’idée, le mouvement et change à son gré les détails et les dimensions ; à la noblesse romaine suffisaient les reproductions de troisième main des oeuvres célèbres par quelque praticien adroit, mais inintelligent, tirant du bronze une image faite pour la pierre, ou inversement. Par bonheur, il nous reste des fragments de reliefs de certains temples datés par les textes ; ce sont des documents précieux de comparaison. L’archéologue déplore l’anonymat de la statue; elle était souvent signée, mais sur le piédestal, non conservé aujourd’hui ou conservé seul. Il y a des oeuvres collectives, tel le Parthénon, où le travail d’aucune main ne se peut isoler de l’ensemble. Quelques écrivains (Pline, Pausanias) nomment des artistes et leurs ouvrages, en détaillent les caractéristiques, mais avec des erreurs certaines ou en termes trop imprécis. La mode des identifications est de plus en plus décriée aujourd’hui; on se place devant l’œuvre, renonçant par force à connaître l’ouvrier.

La transition de l’archaïsme à l’art classique est facile à marquer. Les maîtres d’Égine, qui excellaient à modeler des figures d’athlètes et de chevaux appréciées des vainqueurs d’Olympie, ont exécuté les sculptures, conservées à Munich, qui ornaient les frontons du temple d’Aphaia (480 à 470) . Elles sont en ronde bosse, attestent une étude anatomique patiente du corps hümain, mais les physionomies sont banales, uniformes, affligées toutes d’un pâle sourire, malgré l’âpreté de la lutte Comparez le célèbre aurige de Delphes (il était monté sur un char consacré entre 482 et 472) : on y trouve encore un peu de raideur archaïque, mais une finesse d’exécution toute nouvelle, et une expression sérieuse, calme, qui annonce la sérénité de la grande époque.

En Attique se lève une génération de précurseurs, généralement épris de l’idéal grave et simple des Doriens; tels Critios et Nésiotès, auteurs d’un groupe des «Tyrannoctones», dont le musée de Naples possède sans doute une réplique assez fidèle. Mais, d’une façon générale, l’art tend vers l’émancipation. On en suit les progrès par les métopes du Trésor des Athéniens à Delphes (489-485) , consacrées aux exploits d’Héraclès et de Thésée; par les sculptures du grand temple de Zeus à Olympie (480 à 457 environ), dont les métopes retracent les travaux d’Héraclès et les frontons la lutte des Centaures et des Lapithes, ainsi que la ruse victorieuse de Pélops. Il y a de la gaucherie dans le groupement des figures, trop alignées, mal associées à l’action commune. Mais le style est ferme, les formes vigoureuses : à quelques-unes, d’une mâle rudesse, s’opposent des visages juvéniles, d’une grâce infiniment délicate.

Dès la première moitié du V'' siècle se distinguent deux tendances : la première triomphe dans le bas-relief d’Éleusis, si pur de lignes, si souple d’exécution, où Déméter, assistée de sa fille, remet au jeune Triptolème le grain de blé qui doit féconder les champs; l’autre, qui cherche le mouvement, est puissamment servie par le Samien Pythagoras, dit de Rhégion (Grande Grèce) , où il travaillait, et par Myron, observateur attentif et novateur hardi, témoin l’extraordinaire «instantané» qu’est le célèbre «Discobole».

Mais un nom domine ceux-là et les suivants : Phidias. Sa carrière nous est mal connue; il fut le sculpteur en chef de Périclès et de Cimon. Les historiens lui attribuent 1’ « Athéna Promachos », géante de bronze de l’Acropole, la « Parthénos » d’ivoire et d’or, le colossal « Zeus trônant » d’Olympie, monuments auxquels, par sa main, tous les arts avaient collaboré. Les textes, de menus objets d’art, nous donnent une idée vague de ces chefs-d’œuvre, sans nous traduire l’impression de jouissance et d’éblouissement. On juge des marbres du Parthénon jiar des croquis du X\’II“ siècle tracés avant les ravages des Vénitiens, des fragments en place ou au British Muséum. Le maître et ses élèves y ont multijohé les marques de grandeur et d aisan' i‘, d’audace et de mesure; renouvelé sans fin dans les métojies un même sujet de lutte : dieux et géants. Grecs

et Troyens, Athéniens et Amazones, Centaures et Lapithes; logé dans les frontons deux ensembles grandioses, merveilleux de noblesse, de variété dans la symétrie traditionnelle; déroulé sur la frise, avec le saint cortège des Panathénées, toute la vie religieuse de la cité; œuvre nationale par excellence, populaire au sens le jolus élevé.

Plus froide, plus « académique » est l’école péloponnésienne, avec l’Argien Polyclète resté fidèle aux sujets religieux et héroïques et au monde des athlètes. Le beau en soi exige l’observance d’un canon invariable, l’exécution scrupuleuse du nu, considéré exclusivement dans la jeunesse; telle est la doctrine.

Aux générations sceptiques du IV'‘ siècle, un idéal nouveau s’imjîose : la vie exubérante et libre. Les dieux devront se rapprocher des humains : on analysera les sentiments, on les rendra par la forme extérieure et par les traits individuels. Les draperies diajîhanes, qui, sur le Parthénon, suivaient le rythme grave et apaisé des silhouettes, participent désormais au mouvement plus alerte des figures («Nikè» de Paeonios à Olympie, danseuses delphiques de la colonne d’acanthes, et, sur la balustrade d’Athéna Niké, à l’Acropole, la célèbre « Victoire à la sandale ») ; dans 1’ « Eiréné » portant Ploutos enfant, l’allégorie traduit dans un esprit renouvelé la tendresse maternelle et l’espièglerie enfantine.

Scopas jouissait d’une vogue immense, ayant « donné une âme au marbre », porté à son comble le pathétique par la formule des yeux enfoncés, des regards levés au ciel ; aussi rapproche-t-on de sa manière la « Déméter » de Cnide, âme perdue dans le regret inconsolé de sa fille, qu’Hadès avait ravie. Un autre sculpteur portait aussi toute son attention sur le regard et le rendait «humide», voilé, en abaissant le coin extérieur des yeux ; Praxitèle d’Athènes (370 à 340) . On a de lui — par un privilège unique — une œuvre authentique, mais mutilée, 1’ « Hermès » d’Olympie portant Dionysos enfant, qu’il amuse d’une grappe de raisins. Plus d’athlètes ni de guerriers; de jeunes figures langoureuses, d’un sexe un peu indécis. Enfin, le siècle permettant de représenter une femme, une déesse même, dans l’absolue nudité, il ouvrit la série avec son « Aphrodite » de Cnide, déposant à terre, avant le bain, ses vêtements. Les stèles funéraires, pour relever de l’art industriel, n’en témoignent pas moins d’un sentiment profond : elles représentent le mort et sa famille, des scènes de la vie courante prolongée outretombe; les exemplaires les plus achevés proviennent du Céramique d’Athènes. Le rayonnement de l’influence attique s’observe fort loin, par exemple à Sidon, où fut retrouvé ce sarcophage « des pleureuses », exécuté pour un prince local vers 370. Rien d’oriental dans cette tristesse discrète et réservée.

LA TERRE CUITE. — 1 “ Les Figurines. — Elles se sont beaucoup affinées. Et une nouvelle série vient au jour : les plaques estampées, décoratives ou funéraires, ajourées, découpées suivant les contours des personnages. Les statuettes du grand siècle affectent d’habitude un style sévère et un peu raide; les types religieux prédominent; de simples bustes représentent des divinités surgissant des profondeurs du sol. L’apogée de cette fabrication est atteinte au IV® siècle dans les ateliers d’Athènes, de Corinthe, de Béotie (Tanagra) ; ils ont livré en masse de charmantes figurines, en pièces rajustées, recouvertes de couleurs ou de dorure : éphèbes tenant un animal familier ou les instruments de la jralestre ; jeunes femmes en jjromenade ou au rej3os, toutes à peu jDi'ès semblabl ement vêtues, mais différant par un menu détail.

Ainsi vit sous nos yeux cette société pensive et raffinée.

2" Les \'ases PEINTS. — Dès avant les guerres médiques, la céramique d’Athènes a comme annihilé les concurrences.

Ses jiroduits, illustration jirécieuse et sjilendide de la Types des chapitemix grecs ; dorique, ionique, covie grecque, Jier- rinthien et composite.

Les quatre variétés de colonnes grecques : dorique. ionique, corinthienne classique et corinthienne de la période gréco-romaine.

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