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ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DE L'ESPÈCE HUMAINE. i33
et les autres ont pris naissance là oîi nous les trouvons encore jux« taposés.
Il est, en effet, bien difficile de supposer qu^après s'être constituées dans les contrées les plus diverses et les plus éloignées, après s'y être créé un langage, un certain nombre de races humaines soient revenues sur leurs pas pour se grouper autour d'un même point relativement peu étendu. L'histoire des langues et la manière dont elles s'altèrent et se modifient en s'éloignant de cette région centrale, sont d'ailleurs en contradiction absolue avec l'hypothèse des migrations régressives. Ce qui s'est passé pour la race aryane, dont nous connaissons le moins mal l'histoire, a d'ailleurs dû se produire pour toutes les autres. Ainsi tout concourt à faire admettre que les vieilles populations ont pris naissance dans le voisinage du grand massif asiatique et ont ensuite irradié en tout sens, emportant chacune avec elle la forme de langage qu'elle avait atteinte.
A ne tenir compte que du présent, on pourrait donc être conduit k penser que notre espèce s'est montrée d'abord dans cette région; qu'elle s'y est multipliée; qu'elle y a séjourné assez longtemps pour que les types fondamentaux physique et linguistique eussent pris naissance; et que, de là seulement, sont parties les colonies qui ont peuplé le globe. Mais en plaçant notre premier berceau dans l'Asie centrale, on laisserait sans explication bien des faits révélés par les études préhistoriques. On ne comprendrait guère comment, à l'époque quaternaire, on voit arriver ensemble en Europe des animaux jusque-là tertiaires en Sibérie et les tribus humaines qui leur font la chasse; comment, à la même époque, le globe jusque-là presque désert semble se peupler en entier tout à coup, etc. Il faut donc chercher ailleurs notre centre d'apparition.
Les résultats auxquels sont arrivés les paléontologistes botanistes et zoologistes ont jeté un jour tout nouveau sur ce problème, en permettant de reporter bien plus au nord nos origines géographiques. Aux temps tertiaires, le Spitzberg jouissait d'un climat tout au moins tempéré, fort analogue à celui de la Californie habitée de nos jours par quelques-unes des tribus humaines les moins développées, les moins industrieuses. A cette époque, le renne, le mammouth et son compagnon le rhinocéros tichorhinus habitaient la Sibérie. L'homme, même à ses débuts, a donc pu vivre dans ces régions aujourd'hui glacées.
m QUESTIONS GÉNÉRALES.
Comme les Diggers des montagnes Rocheuses il y aurait trouvé, pour se nourrir, des fruits sauvages, des baies, des graines, des racines, en attendant que son intelligence, rapidement éveillée, Teût mis à même d'atteindre le poisson et le gibier. Nous verrons tout à l'heure que cette hypothèse d'une origine boréale concorde avec tous les faits connus de l'histobe primitive de l'homme et permet seule de les coordonner. Dans l'état actuel de nos connaissances, c'est à elle qu'il faut, je crois, se rattacher.
J'ai depuis bien longtemps exprimé cette pensée dans mon enseignement et dans quelques-uns de mes livres ; c'est à l'histobe des mammifères fossiles que j'empruntais la plupart de mes arguments. La paléontologie botanique est venue depuis lors m'en apporter de nouveaux, et j'ai vu avec un plaisir facile à comprendre un de ses représentants les plus autorisés, M. de Saporta, arriver de son côté à des conclusions fort semblables aux miennes. Cet accord entre deux hommes engagés dans des études si différentes et travaillant à l'insu l'un de l'autre, me semble témoigner hautement en faveur de la manière de voir qui leur est commune.
Rien, du reste, soit dans le présent, soit dans le passé, n'autorise à chercher la patrie première de l'homme dans les régions intertropicales. L'existence de la Lémurie est une hypothèse absolument gratuite et qui ne rendrait compte ni du fait capital que j*ai cherché à mettre en relief dans la carte ci-jointe, ni de ceux que nous ont appris la paléontologie humaine et les études sur le passé préhistorique des populations. Tout, au contraire, nous ramène à l'Asie et vers les régions que je viens d'indiquer.