‹ Histoire générale des races humaines;Chapitre 36 sur 47 · ANCIENNETÉ DES TYPES ETHNIQUES · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ DES TYPES ETHNIQUES

de rappeler, il est permis de penser que cette teinte dominait chez l'honmie primitif.

L'œil oblique et bridé des Mongols et de la plupart des populations qui se rattachent à ce type (fig. 140) semble se montrer d'une manière erratique dans bien des races. On le rencontre en France et chez des individus que leur origine connue met à Tabri de tout soupçon de croisement même très éloigné. Je Tai rencontré chez quelques jeunes filles qui passaient avec raison pour très blanches et très jolies.

M. Topinard a fait des observations analogues.

Enfin , un prognathisme plus ou moins accusé de la mâchoire supérieure se montre chez quelques-unes des races quaternaires (fig. 141, 142 et 143). Il est bien prononcé chez plusieurs races actuelles, surtout chez presque toutes les races nègres, chez certains Malais (fig. 144 et 14S), et apparaît parfois très fortement chez des individus isolés de la race blanche elle-même. Je Tai constaté plusieurs fois à Paris ; et toujours chez des femmes dont la pureté de sang blanc ne pouvait être mise en doute.]

Les faits d'atavisme partiel, observés chez les animaux après des centaines de générations, permettent peut-être de considérer les deux derniers traits que je viens d'indiquer comme un héritage lointain légué par les premiers hommes à une partie de leurs descendants.

IL — Dans le long et multiple voyage que l'espèce humaine a accompli, elle a traversé deux époques géologiques, elle a subi l'action des

Fia. 140. ~ Comédieune de Siam, lux yeax très obliques. (Hellwald.)

«:>8 OLESTIONS GÉNÉRALES.

milieux les plus opposés. Elle ne pouvait conserver ses traits d'origine; car, dans la lutte que nécessite l'acclimatation, c'est toujours Tétre organisé, plante, animal ou homme, qui est forcé de se modifier pour se

FiG. 141.— Furfooz a® 2, profil. (D'après une photographie. M. Dupont.)

FiG. 144.— Furfooz n« 2, face. (D'après une photographie. M. Dupont.)

mettre en harmonie avec les conditions d'existence imposées par la nature. Celte lutte a commencé et a eu ses conséquences dès les premières migrations. Nous en avons la preuve dans les différences qui distinguent les races d'hommes dont nous avons trouvé les restes dans nos grottes, dans nos alluvions.

Ces découvertes semblent en outre conduire à une conclusion d'une importance réelle pour l'histoire de notre espèce. A en juger par les faits recueillis jusqu'à ce jour, aucune race fossile, pas plus dans l'ancien que dans le nouveau continent, ne présentait les particularités que l'on constate aujourd'hui sur les tôtes osseuses des Blancs, des Jaunes ou des Noirs les plus franchement caractérisés. Aucune d'elles ne peut être confondue avec le Papoua ou le Nègre de Guinée, le vrai Mongol ou le Kalmouk, l'Arabe ou l'Hindou. Il est inutile d'insister sur ce point quand il s'agit des races du Néanderthal ou de Cro-Magnon. Mais il est bon

FiG. 143.— Furfooz u° 2, noiina verticalis. (D'après une photographie. M. Dupont.)

Fiu. 144. — Cràue de Malais, face. (D'après une photographie. C. M.)

Fia, 145. —Crâne de Malais, profil. (D'après une photographie. (G. M.)

160 UL'KSTIONS GÉNÉHALKS.

de rappeler que les races de Grenelle et de Furfooz elles-mêmes, tout en se rapprochant à certains égards de quelques types modernes, en restent séparées par des caractères assez accusés pour permettre de distinguer leurs descendants au milieu des populations actuelles. Nous ne connaissons pas encore , il est vrai, les hommes quaternaires de TAsie pas plus que ceux qui ont vécu en Afrique à la même époque. Mais si les recherches faites dans ces deux continents conduisent plus tard au même résultat, il restera démontré que nos trois types fondamentaux sont relativement modernes; et que, tout au moins, ceux de leurs types secondaires, qui en ont le plus fortement accentué les caractères, datent seulement de Tépoque géologique actuelle. Dès à présent, il est permis de voir, dans l'ensemble des faits constatés, une présomption sérieuse en faveur de ce que j'ai dit plus haut du mode de formation de ces types, du point du globe oh ils se seraient constitués et de la date géologique de leur apparition. Nous verrons plus tard que la distribution géographique des races actuelles et ce que nous savons de leur passé concordent également avec cet ensemble d'idées.

III. — La question de Tancienneté relative des trois types fondamentaux de Thumanité a souvent été posée. Bien des anthropologistes ont affirmé que le Nègre a précédé le Jaune aussi bien que le Blanc. Mais cette manière de voir repose à peu près uniquement sur des préjugés trop souvent acceptés au sujet des races noires, et nullement sur Texamen des faits.

Rappelons d'abord que, parmi les races vraiment nègres par les traits et la chevelure, il en est une, celle dont les Boschimans sont les représentants les plus purs, dont le teint est jaune et non pas noir. Rappelons encore que Ton a signalé maintes fois, au milieu de populations ayant tous les traits et le teint du Nègre proprement dit, des individus qui, par la couleur de leur peau, s'écartaient parfois d'une manière très notable du type auquel ils restaient attachés par tous les autres caractères. Ces derniers faits ne peuvent être attribués qu'à l'action de l'atavisme et se sont produits dans des conditions telles que l'on ne peut guère crobe à un croisement plus ou moins récent.

Dans les races blanches ou jaunes on n'a rien observé du même genre ; on n'a signalé aucun fait autorisant à placer des Noirs dans leur arbre généalogique. De cela seul on peut conclure que le type nègre

ANCIENNETÉ DES TYPES ETHNIQUES. m

n'est pas le plus ancien, et qu'il a été précédé par des races à teint plus clair. Mais est-il possible de reconnaître avec quelque probabilité l'ancienneté relative de celles-ci?

Les études modernes tendent de plus en plus à faire regarder la race blanche aryane comme étant la dernière venue. Ce fait parait au moins définitivement acquis pour les familles hindoue et iranienne (Voir le chapitre XVIIl). La question d'antériorité se pose donc entre les Jaunes d une part et les Blancs Sémites joints aux Allophyles de l'autre (voir le chapitre XVIII). Ce que j'ai dit plus haut de la couleur conduit à faire conclure en faveur des premiers.

Les caractères physiques ne fournissent aucune donnée permettant de décider entre les Sémites et les Allophyles.

IV. — La linguistique vient à l'appui des conclusions précédentes et permet peut-être de préciser davantage. Le degré d'évolution générale atteint par un ensemble de langues est, bien probablement, un des signes qui permettent de former les conjectures les plus plausibles relativement à l'âge des races humaines. Or, les langues monosyllabiques, c'est-à-dire celles qui représentent la forme la plus élémentaire du langage, ne sont parlées que par des populations de race jaune. Bien des Jaunes, tous les Nègres et les Blancs allophyles emploient des langues agglutinatives appartenant au second degré de l'évolution linguistique. Les Aryans et les Sémites ont seuls atteint la forme la plus perfectionnée que l'homme ait imaginée pour rendre ses pensées. Seuls ils parlent de véritables langues à flexion, et, par conséquent, doivent s'être caractérisés les derniers.

L'ensemble de toutes ces données conduit à admettre, avec quelque probabilité, que les races humaines ont apparu dans Tordre suivant : les Jaunes, ou du moins une partie d'entre eux, seraient les aînés de la famille humaine actuelle; d'autres Jaunes, les Noirs et les Blancs allophyles se seraient suivis de bien près et il est difficile de dire lesquels ont paru les premiers ; puis seraient venus les Sémites et enfin les Aryans. Je vois avec plaisir quelques anthropologistes se rapprocher de ces conclusions que j'ai formulées depuis fort longtemps dans mes cours et dans mes livres. J'aurai du reste à revenir plus tard sur ce sujet et à montrer que bien des faits relevant du développement social, de la distribution géographique, etc., concordent avec cette manière d'envisager le plus lointain passé des populations actuelles.

BiBL. ETHN. — Rûces humûtnes; Introd, M

i62 QUESTIONS GÉNÉRALES.

V. — Mais on peut presque affirmer qu'aucun de ces types n'a pris naissance brusquement et ne s'est trouvé formé de toutes pièces. C'est peu à peu qu'ils ont dû se constituer. Des populations à caractères intermédiaires ont sans doute relié les plus anciennes races aux nouvelles. Ces populations ont eu des descendants qui, placés dans des circonstances favorables et s'étant peu déplacés, ont pu garder jusqu'à nos jours leurs caractères mixtes. Peut-être pourrait-on expliquer ainsi l'existence de quelques-uns de ces groupes qui, comme les Australiens et les Boschimans, ne peuvent trouver place dans une classification régulière et qui jouent en anthropologie le rôle dévolu en zoologie à ce qu'on a nommé les types aberrants. Je reviendrai sur cette question dans la seconde partie de ce travail. Ici je me borne à faire observer que cette hypothèse aurait pour conséquence d'assigner à ces populations une antiquité relative considérable.

IV. — La question d'ancienneté ne se pose pas seulement à propos des grands types qui occupent le globe. Elle reparaît toutes les fois que deux races différentes sont juxtaposées dans une môme contrée. On se demande naturellement quelle a été la première à occuper le sol, et il n'est pas toujours facile de répondre.

Dans bien des cas, l'histoire, l'archéologie fournissent à cet égard des données plus ou moins positives. Lorsqu'elles se taisent, la tradition, la légende donnent encore parfois des renseignements que l'on aurait tort de négliger. Mais souvent aussi elles ne disent rien. Il faut alors recourir à d'autres moyens d'information.

La supériorité ou l'infériorité des races, leur distribution topographique et la composition même des populations peuvent souvent nous éclairer. En effet, surtout quand il s'agit de peuples sauvages et de mœurs violentes, on ne peut admettre qu'une race relativement faible d'esprit ou de corps ait envahi la contrée occupée déjà par des hommes plus énergiques, plus forts ou plus intelligents et qu'elle soit parvenue à s'y faire une place. C'est le contraire qui, nécessairement, a dû se passer. C'est ainsi que les tribus boschimanes, également traquées par les Hottentots et les Cafres, ne peuvent être que les descendants, aujourd'hui dispersés, des premiers occupants. J'en dirai tout autant des groupes de Négritos isolés au milieu des populations les plus diverses, en Mélanésie, dans bien des îles des archipels indiens et sur le continent. Partout où ils vivent à côté d'autres races, on les voit refoulés dans

ANCIKNNKTK DKS TYPKS ETUMQL'KS. ir>3

les lieux les plus sauvages, les moins propres à nourrir des hommes. Le plus souvent ils sont comme cernés par de redoutables voisins, qui leur font une guerre d'extermination. N'est-il pas évident que ceux-ci sont les derniers venus, qu'ils ont trouvé les Négritos en place et les ont forcés de chercher un refuge là où on les rencontre aujourd'hui? Dans les cas de ce genre, la position relative des populations nous renseigne, relativement à leur ancienneté locale, avec autant de certitude

ludonésiens. Négritos. Malaisiens.

FiG. HC— Dessiu schématique moDlrantla distribution habituelle des races malaisieune, indonésienne et négrito dans les lies de l'archipel Indien où elles coexistent.

que la superposition des couches du globe fait connaître au géologue leur âge respectif (fîg. 146).

Les mômes considérations nous renseignent sur la succession des races qui ont contribué à former une population métisse. Lorsque l'un des éléments ethniques qui la composent est notoirement inférieur aux autres, il est évident qu'il a le premier occupé la contrée ; car il lui eût été impossible d'envahir les races supérieures de manière à en altérer la pureté, tandis que celles-ci ont pu sans peine se faire accepter pacifiquement ou s'imposer parla violence. C'est ainsi que les Nègres indiens, pénétrés successivement par des races diverses, ont donné naissance à ces populations dravidiennes qui présentent tous les degrés du métissage et vont du type noir aux types jaunes ou blanc, par nuances presque insensibles.

Môme lorsque des croisements multiples ont altéré le type primitif

au point de le rendre presque méconnaissable, la linguistique fournit parfois de précieux renseignements. Une race inférieure ne saurait imposer sa langue à des races supérieures en se mêlant directement avec elles. Mais, si celles-ci arrivent successivement par petits groupes isolés et s'infiltrent peu à peu dans une population compacte, leurs représentants ne peuvent que céder au nombre et prendre les habitudes, les mœurs, le langage de la race au milieu de laquelle ils sont comme noyés. Des faits de ce genre, suffisamment répétés et répartis dans un temps considérable, constituent une sorte d'invasion insensible, mais qui n'en est pas moins réelle. Seulement, les nouveaux venus, toujours placés dans les mêmes conditions que leurs devanciers, ne peuvent qu'agir comme eux ; ils oublient leur langue pour celle de leur nouvelle patrie. Ainsi, tandis que des croisements progressivement multipliés, altèrent de plus en plus les caractères anthropologiques, les caractères linguistiques persistent au moins dans tout ce qu'ils ont d'essentiel. C'est ce qui s'est passé surtout dans certaines régions montagneuses dont les gorges profondes et les hautes vallées offraient à des vaincus un asile assuré. C'est ainsi que les Brahouis ont conservé une langue dravidienne, tout en perdant la plupart des caractères de leurs ancêtres; c'est ainsi que, malgré la diversité des types que l'on rencontre chez* les Basques, leur langage spécial nous montre les Blancs AUophyles comme ayant les premiers occupé nos Pyrénées occidentales.

Je me borne ici à citer ces exemples. J'aurai plus tard à entrer dans quelques détails relativement à ces faits et à d'autres du même ordre. Les conséquences qui en ressortent ont souvent une importance réelle pour l'histoire des populations.

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