‹ Histoire générale des races humaines;Chapitre 44 sur 47 · RACES. MOYENNES. MAXIMA. MIMIMA · texte numérisé non relu

RACES. MOYENNES. MAXIMA. MIMIMA

il Chinois 1430 1587 1310

4 Insulaires des Carolines. . . I 402 1 474 1 36i

18 Annamites 1341 1450 1 14o

3 Cambodgiens 1246 1325 1145

29 Nègres africains divers 1 234 I 445 974

On voit que, à en juger par ces nombres, les Chinois et les Carolius seraient supérieurs aux Parisiens.

J'ai conservé dans ce tableau les nombres acceptés par M. Topinard ; mais cela même conduit à faire quelques observations. Le cerveau indiqué comme présentant le maximum de poids chez les Nègres a été pesé par Wyman et appartient à un Hottentot, c'est-à-dire à une race distincte des Nègres proprement dits. En le supprimant, on abaisserait la moyenne. Les chiffres cités par Pruner-Bey comme empruntés à Mascagni la modifieraient aussi. En réalité, Tanatomiste toscan aurait rencontré deux cerveaux présentant le maximum et le minimum de poids signalés chez la race noire. Le premier aurait pesé 1 987 grammes, et le second 738 seulement.

La question du poids du cerveau en soulève une autre, qui n'a guère attiré l'attention des anthropologistes. Toutes choses égales d'ailleurs, ce poids ne peut que s'élever si la detisùé augmente. Or celle-ci n a guère été étudiée jusqu'ici qu'au point de vue pathologique, il me paraît pourtant probable qu'elle peut varier selon les races et même dans la môme race, selon les conditions d'existence imposées soit à des groupes secondaires, soit à des individus isolés. Déjà Pruner-Bey a signalé la consistance de la masse cérébrale comme étant incontestablement plus forte chez le Nègre que chez le Blanc. En outre, les observations de Morton, confirmées par celles de Meigs, ont montré que, aux États-Unis, la capacité crânienne des Nègres créoles est un peu moindre que celle des Nègres originaires d'Afrique. Or, les nombreuses pesées faites par le docteur Ira Russel (cent quarante et une), et publiées par Sanford-Hunt, donnent pour le cerveau des premiers un poids moyen de 1 331 grammes, supérieur par conséquent de 97 grammes à la moyenne indiquée plus haut. 11 est difficile d'attribuer une différence aussi considérable seulement aax causes d'incertitude que j'ai signalées. 11 faudrait conclure de là que, chez le Nègre américain, la capacité crânienne a diminué en môme temps que le poids du cer-

veau s'est accru. Au premier abord, une augmentation de densité semble seule pouvoir expliquer ce singulier contraste.

Mais, je dois rappeler que l'on ne peut pas conclure avec certitude de la capacité du crâne au volume du cerveau. La boite osseuse et son contenu se développent, au moins jusqu'à un certain point, d une manière indépendante. C'est ce qu'a mis hors de doute une observation de Gratîolet, qui a trouvé chez un enfant nouveau-né un crâne normal, tandis que le cerveau manquait presque en totalité. Chez les individus les mieux conformés, le développement des sinus et des enveloppes peut donc présenter des différences qui n'ont pas été étudiées et qui, si elles existent, doivent nécessairement faire varier le rapport existant entre la capacité crânienne et le volume de l'encéphale.

Quoi qu'il en soit de ces derniers faits, le tableau et les chiffres que je viens de placer sous les yeax du lecteur sufQsent pour montrer que les races humaines, considérées au point de vue du poids de Tencéphale, s'enchevêtrent tout autant que lorsqu'on tient compte de la taille, de l'indice céphahque, etc., et que les termes individuels placés en série ne seraient séparés que par des différences souvent inappréciables.

XI. — Ainsi, toutes les fois qu'un caractère se prête à des mensurations et peut être représenté par un nombre, son étude conduit à constater la fusion^ Ventre-croisement et ajoute une preuve de plus à toutes celles qui attestent l'unité de l'espèce humaine.

On m'a reproché, on me reprochera peut-être encore d'insister outre mesure sur cette conséquence générale des faits particuliers. Mais le polygénisme, quoique ayant perdu beaucoup de terrain depuis quelques années, compte encore de nombreux et ardents défenseurs, qui chaque jour présentent leurs théories comme étant l'expression de la vérité. Il faut donc bien leur répondre au nom du monogénisme et opposer des faits à leurs assertions. Le tableau qui figure à la page 8 de ce livre a, j'espère, mis hors de doute V importance scientifique du débat engagé entre les deux écoles.

XII. — L'examen des caractères physiologiques conduirait à des conclusions analogues aux précédentes, et je n'insiste pas sur ce point. Je me borne à signaler quelques faits mettant en évidence l'action du milieu et un des côtés du rôle joué par lui dans la constitution des races.

228 QUESTIONS GÉiNÉRALES.

La durée de la gestation est exactement la même dans toutes les races humaines. C'est là un fait dont on ne peut méconnaître Timportance, quand on se rappelle que, chez les mammifères, cette durée varie parfois dans des limites considérables entre espèces d'ailleurs morphologiquement très voisines, comme le chien et le loup. Ce fait s'explique d'ailleurs aisément. Dans chaque espèce de mammifère, et par conséquent chez Thomme, le milieu utérin est identique chez toutes les mères; et par conséquent, l'évolution des embryons, des fœtus, ne peut qu'être uniforme.

Une fois sortis de ce milieu, les petits mammifères sauvages continuent à vivre dans des conditions qui sont à bien peu près les mêmes pour tous ; et par suite, dans chaque espèce encore, leur développement s'accomplit de la même manière et dans le même temps, il en est autrement chez nos animaux domestiques. On sait combien les éleveurs ont su hâter le moment où les bœufs, les moutons, peuvent être livrés à la boucherie, en employant divers procédés qui se rattachent tous au mode de stabulation et de nourriture. L'influence du milieu sur le plus ou moins de précocité est donc ici évidente.

Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'histoire des animaux éclaire encore celle de l'homme. Dès qu'il est né, l'enfant subit des conditions d'existence très diverses parmi lesquelles il en est de nature à accélérer, d'autres propres à retarder le développement de l'organisme. Aussi, la rapidité avec laquelle s'effectue l'évolution, de la naissance à la puberté, varie-t-elle très notablement. La femme se prête ici à des observations précises d'un grand intérêt, à raison des phénomènes qui apparaissent à ce moment chez elle.

Chez les jeunes filles de même race et habitant les mêmes localités, le genre de vie avance ou recule l'époque de la puberté. Partout les classes pauvres sont en retard sur les classes riches ; partout il en est de même pour les filles de campagne comparées aux citadines.

L'influence de la température sur le plus ou moins de précocité est des plus prononcées. Toutes choses égales, chaque degré de latitude abaisse ou élève d'un peu plus d'un mois Tâge auquel la femme est pubère, selon que Ton marche vers l'équateur ou vers le pôle. Aussi le maximum de retard, dix-huit à vingt ans, a-t-il été observé chez quelques tribus de l'Amérique boréale, et le minimum, dix à onze ans, dans les régions intertropicales des deux continents.

Dans les deux cas, on a cru longtemps que le retard ou Tavanceraent de la puberté était un caractère stable, et cet argument a été invoqué parfois en faveur du polygénisme. Mais, loin d'être un caractère (TespècCy cette particularité est une de celles qui, grâce à leur variabilité, décèlent le mieux les modifications profondes subies par quelquesunes de nos races transportées aux colonies. Il suffit en effet d'un changement d'habitat pour Teffacer ou mieux la transformer. A Antigoa, les Négresses et les Blanches sont pubères au môme âge. Chez elles, les Suédoises et les Norvégiennes n'atteignent la puberté qu'à quinze ou seize ans, les Anglaises à treize ou quatorze ans ; mais, dans les colonies du golfe du Mexique, les créoles y arrivent à dix ou onze ans, que leurs ancêtres soient venus de l'Angleterre ou de la Scandinavie. Cette précocité relative est un des caractères physiologiques qui distinguent la race dérivée locale de la race souche européenne.

Le plus ou moins de rapidité du développement, accusé par l'âge de puberté, paraît n'exercer aucune influence sur la durée de la vie. On manque, il est vrai, de renseignements précis pour la très grande majorité des populations du globe ; mais les registres tenus dans les États esclavagistes d'Amérique, ont permis à Prichard de comparer sous ce rapport le Blanc et le Nègre. Malgré l'opinion contraire soutenue parVirey, il résulte de ces recherches que l'esclave vit aussi longtemps que son maître et même qu'il atteint un peu plus souvent que lui les limites extrêmes de la vie humaine.

XIII. — Ce que nous avons vu dans les pages précédentes, permet d'apprécier aisément la valeur réelle des caractères pathologiques dont les polygénistes ont exagéré singulièrement la signification.

Comme appartenant à la même espèce, toutes les populations humaines possèdent une nature fondamentalement identique. Mais les races n'ont pu se constituer sans que ce fonds commun se modifiât ; et de ces modifications est résulté pour chacune d'elles ce qu'on peut appeler une sorte de nature acquise.

Les causes pathogéniques, agissant sur ce que les divers groupes humains ont de commun, provoquent nécessairement les mêmes affections. Mais, les aptitudes spéciales de chaque race atténuent, exaltent ou modifient leur action. En somme, dans les formes diverses qu'elles affectent, les maladies sont la résultante de trois facteurs essentiels, savoir : la cause du mal, tenant à peu près toujours au milieu ; la

230 QLKSTIONS GÉNÉRALES.

nature originelle de Têtre humain ; la nature acquise de la race.

Ces considérations bien simples suffisent pour faire comprendre pourquoi la presque totalité des maladies est commune à tous les hommes ; pourquoi elles présentent souvent, de groupe à groupe, des différences sensibles, dans les phénomènes secondaires ; pourquoi les mêmes causes et agents morbifiques exercent une action plus ou moins redoutable, selon les races; pourquoi enfin quelc[ues très rares affections semblent d^abord épargner certaines races, tandis qu'elles sévissent sur d'autres avec plus ou moins d'intensité.

L'universalité du cadre nosologique ressort chaque jour davantage des observations recueillies sur tous les points du globe. Ces mômes recherches ont permis de reconnaître de mieux en mieux en quoi consistent les immunités, présentées parfois comme des caractères spécifiques. En fait, ces immunités ne sont que relatives, et celles mêmes qui pendant quelque temps peuvent paraître absolues, sont en réalité seulement temporaires. Quelques chiffres sufQront pour justifier ces appréciations générales.

On a dit bien souvent que le Nègre était inaccessible aux influences paludéennes si dangereuses pour le Blanc. C'est une erreur (jue mettent hors de doute les statistiques de l'armée anglaise. Sans entrer dans les détails que je pourrais multiplier, je me borne à rappeler un relevé fait par Boudin, pour une période de vingt ans et pour dix localités différentes, toutes situées en Amérique. Il en résulte que, sur mille hommes, le nombre moyen des décès causés par les fièvres est annuellement de 36,9 pour les Blancs et de 4,6 pour les Nègres. L'immunité dont jouissent ces derniers, quoique très prononcée, n'est donc que relative ; et, ici comme partout, nous retrouvons Ventre-Croisement,

Il est inutile d'insister sur les faits analogues que présente l'histoire de tant d'autres maladies. En somme, chaque race humaine a son tempérament pathologique propre, aussi bien que son tempérament physiologique ; et, comme celui-ci, le premier peut se modifier, sous l'empire de nouvelles conditions d'existence. Voilà comment une race transportée dans un milieu nouveau et d'abord dangereux pour elle, acquiert les immunités qui lui manquaient pour prospérer, et c'est en cela que consiste l'acclimatation. Mais on comprend qu'une modification de ce genre ne saurait être l'œuvre d'un jour et que, dans les milieux

les plus défavorables, bien des individus, bien des générations, devront être sacrifiés pour atteindre le but.

Le croisement permet d'abréger considérablement ce temps d'épreuve. Les métis, enfants d'une race immigrante et d'indigènes, naissent tout acclimatés. Bien plus, quand deux races sont également étrangères à une contrée, si l'une d'elles possède des aptitudes physiologiques la mettant à l'abri des influences délétères locales, elle transmet son immunité aux enfants issus de mariages entre elle et la race la plus éprouvée. Le Mulâtre, fils de la race la plus accessible aux influences paludéennes et de celle qui les redoute le moins, brave impunément jusqu'à la fièvre jaune. Un quart de sang nègre suffit même, d'après le docteur Nott, pour mettre à l'abri de cette maladie avec autant de certitude que la vaccine protège contre la variole.

Nous retrouvons ici l'application du principe des énergies héréditaires prédominantes que j'ai indiqué plus haut.

Si les immunités pathologiques peuvent se gagner, elles peuvent aussi se perdre. Ce fait est d'autant plus remarquable qu'il s'est produit chez le Blanc et k propos d'une afl^ection que Ton a pu croire pendant bien des années lui être entièrement étrangère. A la Barbade, les Noirs seuls avaient présenté des cas d'éléphantiasis, jusqu'en 1704. Cette année, un Blanc fut atteint, et dès 1760, le mal était répandu dans la population créole. Les Blancs d'origine européenne lui ont échappé jusqu'ici. — ACeylan, les indigènes, les créoles et les métis sont seuls attaqués par cette hideuse maladie ; les Européens et les Hindous étrangers à rile en sont exempts. On ne cite qu'une seule exception à cette règle, celle d'un Blanc d'Europe frappé après un séjour de trente ans. Une acclimatation trop complète lui avait enlevé son immunité ethnologique.

Des populations nombreuses et répandues sur de vastes espaces peuvent échapper pendant des siècles à certaines maladies, grâce à l'absence de communication avec celles qui en sont atteintes. Elles n'en sont pas moins aptes à la contracter ; et même, lorsque le mal, jusque-là inconnu chez elles, apparaît pour la première fois, il manifeste d'ordinaire une violence qu'on ne lui connaissait pas. Les fièvres éruptives, importées en Amérique par les Européens, se sont montrées bien autrement redoutables pour les indigènes qu'elles ne le sont pour nous. L'épidémie de variole qui a détruit la tribu des Mandans, tuait en deux ou trois heures les individus atteints par le fléau.

C'est bien probablement à cet ordre de faits que se rattache le douloureux phénomène de Textinction des Polynésiens, k laquelle concourent presque également un accroissement énorme de la mortalité et une diminution peut-être plus frappante encore de la natalité. Les derniers travaux faits sur la phthisie autorisent de plus en plus à penser que le mal (TEurope n*est autre chose que cette maladie, qui, jadis étrangère à TOcéanie, déploie, dans cette région maritime où nous Tavons apportée, une puissance de propagation et d'action, heureusement inconnue chez nous.

On le voit, bien loin de pouvoir être regardées comme des caractères à'espèccy les diverses manifestations pathologiques sont à peine des caractères de race.

XIV. — Les transformations remarquables que présentent Tétat de santé et celui de maladie, ont été constatées aux Antilles et sur d'autres points de l'Amérique chez les Anglais, les Français, les Espagnols, les Danois, etc. Toutes les races européennes représentées dans ces contrées le sont donc par des populations qui diffèrent des souches mères par des caractères physiologiques et pathologiques. Les colonies anglaises de l'Inde ont présenté des faits pareils et déjà on en signale d'analogues en Australie et à la Nouvelle-Zélande.

N'est-il pas évident que nous prenons ici, pour ainsi dire, la nature sur le fait? N'est-il pas évident que ces populations créoles constituent autant de races dérivées^ dont la formation est le résultat des actions de milieu locales sur les éléments ethniques divers venus d'Europe?

La physiologie, la pathologie donnent donc des renseignements précieux au point de vue de l'anthropologie générale ; elles fournissent des caractères propres à distinguer de leurs souches originelles un certain nombre de groupes modifiés. Mais, par suite de leur variabilité, les particularités empruntées à cet ordre de faits n'ont qu'une importance très secondaire, lorsqu'il s'agit de caractériser un groupe fondamental. Par la même raison elles ne sauraient être à peu près d'aucun secours, lorsqu'on cherche à suivre un type donné à travers les modifications qu'il a pu subir, ou à en retrouver la trace plus ou moins effacée à la suite de croisements. Il faut alors s'adresser aux caractères plus persistants indiqués dans les pages précédentes.

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