‹ Histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), jusqu'à la fin de la guerre d'AmériqueChapitre 10 sur 25 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SECTION PREMIÈRE

Hongrie et Transylvanie (1564—1648).

Après la mort de Ferdinand Ier, en 1564, son fils, Maximilien II > lui succéda en qualité d'empereur et de roi de Bohême et de Hongrie. Cette dernière contrée fut le seul des états de ce prince qui, sous son règne pacifique, ait été désolée par la guerre. Jean Sigismond , prince de Transylvanie, persista dans ses prétentions sur le royaume de Hongrie. Il fut secondé par Soliman II, qui attaqua Zigcth en 1566, et mourut devant cette place , au moment où ses troupes venaient de s'en emparer.

En 1567, le nouveau sultan, Sélim II, conclut une trêve avec Maximilien. Jean-Sigismond refusa d'y accéder; mais, en 1570, le mauvais succès de ses armes le força à faire la paix. Il s'engagea à reconnaître Maximilien en qualité de roi de Hongrie, et à ne prendre lui-même ce titre que lorsqu'il correspondrait avec la Porte-Ottomane. La Transylvanie lui fut laissée comme souveraineté héréditaire. Il survécut peu à la conclusion de ce traité. La diète de Transylvanie élut pour waivode Etienne Bathori (1571). L'empereur confirma ce choix. Bathori prêta serment à la couronne de Hongrie, et vécut en bonne intelligence avec son suzerain, qui mourut en

4576. Rodolphe H, qui succéda k M aximilien , était couronné roi de Hongrie depuis 1572. Ce prince, pour s'affranchir des frais énormes qu'entraînait la garde des places fortes de la Croatie, céda, pour le tenir en fief de l'Empire, le territoire sur lequel elles étaient construites , a Charles, duc de Styrie, son oncle, qui, voisin delà Croatie, devait pourvoir plus efficacement k la défense de ce pays. Le duc de Styrie divisa le territoire qui lui était abandonné en un grand nombre de fiefs qu'il conféra a des aventuriers de toutes les nations, dont il forma une sorte de colonie militaire. Cet établissement, qui s'étendit par degrés le long des frontières de l'Esclavonie et de la Croatie, non-seulement arrêta les incursions des Turcs, mais fournit cette milice redoutable et sans frein qui , sous le • nom de Croates, de Pandours, et autres dénominations barbares, a répandu la terreur parmi les ennemis de la maison d'Autriche.

Une autre association militaire, qui a fait partie du même système, et que sa constitution singulière et ses entreprises hardies ont rendue célèbre, avait pris naissance quelque temps auparavant. Sous le règne de Ferdinand Ier, des chrétiens qui s'étaient retirés des provinces conquises par les Ottomans , avaient obtenu des princes autrichiens un asile a Clissa en Dalmatie, à condition qu'ils seraient perpétuellement armés contre les infidèles. Leur migration leur fit donner le nom d'Uscoques , nom qui , dans la langue du pays , signifie des hommes errans. lisse firent pirates , et, comme les flibustiers d'Amérique, ils poussèrent leurs entreprises avec une audace et une vigueur qui passent presque toute croyance. Leurs brigandages fournirent au sultan Amurat III l'occasion de rompre (1591) la trêve conclue avec Maximilien, et renouvelée avec Rodolphe. Pendant quatre années, les succès furent balancés; mais, en 1595, la défection du prince de Transylvanie, qui se détacha des Ottomans, donna l'avantage aux. Autrichiens. A l'avènement d'Etienne Bathori au trône de Pologne en 1 574, son frère Christophe lui avait succédé dans la dignité de waivode de Transylvanie. Celui-ci était mort en 1 582, laissant sous la protection de la Porte-Ottomane Sigismond, son fils , qui était en bas âge. Lorsque ce jeune prince eut pris les rênes du gouvernement, il s'affranchit, en 1595, du joug odieux des Turcs, et conclut une alliance offensive avec Ro-

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dolphe II. La maison d'Autriche se vit ainsi délivrée d'un ennemi qui l'obligeait de diviser ses forces, et qui avait fait contre elle de fréquentes et heureuses diversions en faveur des Ottomans. Les Turcs furent repoussés de toutes parts. La guerre languit sous Mahomet III, successeur d'Amoral III, et Ton conclut plus de trêves qu'on ne livra de combats- En 1596, Sigismond échangea avec Rodolphe , contre les comtés d'Oppelen et de Ratibor, la principauté de Transylvanie, la reprit en 1599, y renonça de nouveau en 1602, et se retira à Lobcowitz dans la Bohême avec une pension annuelle.

Pendant ces révolutions de la Transylvanie, la Hongrie continuait d'être le théâtre de la guerre contre les Turcs. Cependant les Hongrois souffraient encore plus de la tyrannie des Autrichiens que de la guerre même. Rodolphe abandonnait au caprice de ses officiers le gouvernement civil et militaire ; en même temps il gênait les consciences , et bornait par des édits la liberté du culte protestant. Etienne Boschkaï , oncle de Sigismond Bathori, et le premier magnat de la Haute-Hongrie, alla porter plainte à l'empereur. Non-seulement il ne pot obtenir satisfaction , mais il fut exposé aux insultes des courtisans. A son retour, il donna le signal de la révolte (1603). On accourut en foule sous ses étendards. Secondé par une armée ottomane, il battit les Autrichiens en Hongrie et eo Transylvanie, et le sultan Achmet 1er le reconnut, en 1605, souverain de ces deux contrées. L'année suivante, Boschkaï traita avec Rodolphe, qui lui abandonna la Transylvanie à titre de souveraineté héréditaire, sauf la réversibilité de cette province à la maison d'Autriche, si Boschkaï mourait sans enfans. Par le même traité, Rodolphe accorda la liberté de conscience aux prolestans de Hongrie. 11 conclut ensuite avec Achmet Ier une trêve de vingt ans, par laquelle l'Autriche fut exemptée du tribut qu'elle avait payé aux Turcs sous les deux derniers empereurs. Boschkaï étant mort peu de temps après la conclusion de la paix , les Transylvains, malgré la clause de réversion contenue dans le traité, refusèrent de rentrer sous la domination autrichienne , et choisirent pour prince Sigismond Ragotski, qui était protégé par les Turcs. La Hongrie même ne resta pas long-temps au pouvoir de Rodolphe. Des dissensions s'étant élevées entre ce prince et Mathias, son frère, celui-ci le força, en 1608 , de lui céder la couronne de Hon-

grie. Les états profilèrent de cette circonstance pour imposer à Mathias une capitulation qui stipulait en leur faveur la liberté de conscience et un grand nombre d'importans privilèges.

Sigismond Ragotski ne régna que deux ans en Transylvanie : iladdiqua en 1608, et Gabriel Bathori lui succéda. Celui-ci ayant été tué en 1613, Bethlem Gabor, noble hongrois et calviniste, ambitieux et sans foi, mais vaillant, actif, infatigable, Bethlem Gabor, qui assista à quarante-deux combats , fut élu prince de Transylvanie. En 1619, tandis que la guerre de Bohême occupait l'empereur, Gabor s'empara de Presbourg, et s'y fit reconnaître roi de Hongrie. En 1620, Ferdinand H conclut avec lui une trêve de peu de durée, dont Gabor n'attendit pas même l'expiration pour reprendre les armes. La guerre fut terminée en 1622 , par le traité de Mchsbourg : le prince de Transylvanie renonça à tout droit sur la Hongrie, et rendit avec toutes ses conquêtes la couronne de Saint-Etienne. L'empereur lui conféra le titre de prince de l'Empire, et lui céda Cassovie, sept comtés dans la Haute- Hongrie, et ceux d'Oppelen et de Ratibor, ordinaire indemnité des princes dépouillés de la Transylvanie. Lorsque, malgré sa défaite au pont de Dessau (voyez ci-dessus, Guerre de trente ans), Mansfeld eut pénétré jusqu'en Hongrie, Bethlem Gabor se joignit à lui. Mais , ayant appris les revers du roi de Danemarck, il abandonna son nouvel allié pour traiter une seconde fois avec l'empereur. Gabor étant mort en 1629 , les états de Transylvanie lui donnèrent pour successeur, en 1630, Etienne Bethûm , son proche parent. Ils révoquèrent cette - •élection en 1631 , et proclamèrent George Ragotski. En 1636, attaqué par les Turcs , protecteurs de la maison de Bethlem, Ragotski triompha de ces barbares , et les chassa de ses états. Il entra, en 1644 , dans la ligue de la France et de la Suède contre l'Autriche, fondit sur la Haute-Hongrie, et emporta d'assaut Cassovie et plusieurs autres places. 11 était secondé par les protestans de Hongrie qui s'étaient soulevés en 1637 pour la défense de leurs privilèges et de leur religion. 11 posa les armes en 1645, et obtint de l'empereur une paix avantageuse. Il mourut en 1648. L'année précédente , les méconlens de Hongrie avaient obtenu, à la diète de Presbourg , l'exercice public de la religion protestante, et le redressement des torts politiques dont ils se plaignaient depuis long-temps.

SECTION II

Turquie (1560—1648).

Sélim H succéda, en 15G6, à Soliman , son père. En 1567, il conclut une trêve de huit ans avec l'empereur Maximilien II. La même année , après avoir remis sous le joug l'Arabie, qui, subjuguée par Soliman , avait profité de sa mort pour se soulever, il résolut de porter la guerre chez les Persans. Mais, n'osant pénétrer de nouveau dans les déserts qui avaient été , sous ses prédécesseurs, le tombeau de tant de légions, il entreprit d'attaquer la Perse du côté du nord par la mer Caspienne, et d'ouvrir à ses flottes un chemin que la terre refusait à ses armées. A l'endroit où le Don et le Volga , n'étant séparés que de trente milles , prennent une direction différente, pour aller se jeter, l'un dans le Pont-Euxin, l'autre dans mer Caspienne, Sélim voulait creuser un canal de communication entre ces deux fleuves , et unir ainsi les deux mers qui les reçoivent. Ce travail fut commencé par les Turcs et par les Tartares ; mais des pluies continuelles, des craintes superstitieuses et les attaques des Russes , le firent abandonner. Le mauvais succès de cette tentative fut effacé par la conquête de l'île de Chypre 9 qui fut enlevée aux Vénitiens. Quatre-vingt mille Ottomans y débarquèrent au mois de juillet 1570, sous la conduite de Piali et de Mustapha-Pacha. Nicosie et Famagouste étaient les deux seules places en état de résister. La première fut emportée après un siège de quatorze jours, et abandonnée au fer et à la flamme. Vingt mille chrétiens périrent dans ce désastre. Famagouste fut mieux défendue par son gouverneur Bragadino, et ne céda qu'a la famine Elle capitula, à condition que les habitans auraient la liberté de se retirer oii ils voudraient , et que ceux qui resteraient dans la ville seraient préservés de la captivité et du pillage ; mais cette convention fut violée par le perfide Mustapha , qui commit d'affreuses cruautés, et fit écorcher vif Bragadino, dont la peau fut portée en triomphe dans les villes de l'Asie mineure.

Cependant l'Espagne et l'Italie, alarmées des progrès des Ottomans , forment contre eux une ligue formidable , dont le

but principal est la délivrance de l'île de Chypre. Vingt-cinq vaisseaux et deux cent vingt galères armés par le pape Pie V, par Philippe H et par la république de Venise, sortent du port de Messine, et se dirigent, sous le commandement de don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, vers le golfe de Lépante, où la flotte ottomane s'était imprudemment enfermée, et manquait d'espace pour se développer. Là, s'engage la plus grande bataille navale qui se fut donnée depuis celle qui, seize siècles auparavant, et au même lieu, avait décidé de l'empire du monde. Don Juan remporte une victoire complète (1571), et dix mille chrétiens, délivrés de leurs chaînes, vont publier dans toute l'Europe la gloire de leur libérateur. Sélim , en apprenant l'issue d'une journée qui lui coule trente mille hommes , deux cents navires et six cents pièces de canon, se livre à la douleur et à l'effroi. Mais Kilig- Àli (Ali-ÏEpée), élève de Barberousse et de Dragut, vient ranimer le courage du sultan, qui le nomme capi tan-pacha. En 1572, Kilig-Ali reparaît dans l'Archipel, à la tête de deux cent cinquante galères, que la jalousie des puissances chrétiennes lui avait laissé le loisir d'équiper et de rassembler. Comptant sur les divisions de ses ennemis , il évite d'en venir aux mains avec les confédérés. L'événement justifie sa prévoyance. La ligue se dissipe d'elle-même, et les Vénitiens demandent à traiter avec le sultan. Pour fruit de la victoire de Lépante , ils rendent les places qu'ils ont prises ; les Ottomans, au contraire, gardent toutes leurs conquêtes (1573), et, de plus , exigent des Vénitiens 300,000 ducats pour frais de guerre.

A peine les Vénitiens s'étaienl-ils détachés de la coalition, que don Juan d'Autriche , avec le reste des confédérés , alla s emparer de Tunis et de la Goulettc. Ces places furent reprises bientôt après par Sinan-Pacha. Le conquérant donna à Tunis sa constitution républicaine, qui fut adoptée par le divan, et sanctionnée par Sélim. Ce prince mourut la même année, laissant à son fils aîné, Amurat III, l'empire agrandi de l'île de Chioy prise en pleine paix et sans résistance sur les Génois, et de l'île de Chypre .enlevée aux Vénitiens. Cet accroissement de puissance sous un prince indolent et débauché était dû à l'illustre Mohammed-Sokolli qui , grand-visir à la mort de Soliman, avait conservé ses fonctions sous Sélim II et continué

par son administration prudente et ses vues élevées la grandeur du règne précédent.

Amurat III, en montant sur le trône (1574), fait étrangler ses cinq frères, dont l'aîné n'avait pas encore huit ans. Ce sultan, cruel par politique, mais naturellement faible, cède aux demandes séditieuses des janissaires , qui exigent et obtiennent, outre le présent ordinaire , une augmentation de solde.

En 1578, il entreprend la guerre contre la Perse, sur la foi d'un iman qui prétendait avoir vu, pendant son sommeil, sur la porte du divan, cette inscription en lettres de feu : Amurat vainqueur de la Perse. Cette guerre se prolonge pendant douze années avec des succès variés. Les Turcs, après avoir éprouvé de nombreux revers , prennent enfin l'avantage, grâce aux troubles qui s'élèvent en Perse pour la succession au trône et aux dangers extérieurs dont les Usbecks menaçaient ce royaume. Par un traité conclu en 1590, le sultan obtient la cession de Tauris, de l'Aserbijan, du Schirwan et delà Géorgie.

Durant cette guerre , l'empereur Rodolphe , successeur de Maximilien II, avait refusé de payer au sultan le tribut qu'il lui devait comme roi de Hongrie. Les hostilités recommencèrent dans ce royaume entre les Autrichiens et les Turcs (1 592). Amurat III mourut peu de temps après. Les janissaires, enhardis par la faiblesse de ce prince, se révoltèrent dix fois sous son règne ; et , au lieu de les réprimer par une fermeté sévère, il ne les apaisa jamais qu'en leur faisant jeter de l'argent par les fenêtres du sérail. La plus violente de ces séditions éclata en 1 589. Dans le désordre , les mutins mirent le feu a Constantinople. L'incendie dévora quinze mille maisons. Le dommage fut estimé cinquante millions d'écus d'or, perte énorme sans doute , mais moins irréparable que le coup porté à l'autorité. Cette année fut l'époque fatale ou s'établit pour la milice l'habitude de la révolte et de l'impunité. Ce fut sous ce même règne, en 1585, que les Anglais commencèrent à former des relations de commerce avec les Turcs.

Amurat eut pour successeur son fils aîné Mahomet III. Il laissait dix-neuf autres fils, qui, victimes de la politique ottomane, furent étranglés sous les yeux de leur frère.

La guerre continua contre l'Autriche. En 1596, arraché à la mollesse du sérail par les revers de ses généraux et les

murmures de ses sujets, le sultan rassembla une armée de deux cent mille hommes, et la commanda en personne. 11 alla investir Eger (A-V/aw), et s'en rendit maître après un siège meurtrier. Cette place venait de succomber, lorsque l'archiduc Maximilien et le prince Sigismond de Transylvanie accourus trop tard à son secours, présentèrent la bataille aux Ottomans dans la plaine de Keresztes , près des marais où se répand la Cineia , avant de se réunir à la Théisse. Après une lutte renouvelée trois jours de suite, la fortune se déclara en faveur de Mahomet; mais il ne sut pas profiter de sa victoire, et retourna à Constantinople, où il retomba dans son indolence. La guerre languit pendant les années 1598 et 99. En 1600, une armée impériale, commandée par le duc de Mercœur, qui , après avoir fait sa paix avec Henri IV, était allé offrir ses services à Rodolphe H , ne put empêcher le pacha de Belgrade de s'emparer de Canisa. Le duc vengea cet affront Tannée suivante par la prise de Peslh et d'Albe-Royale. Tandis que la guerre se poursuivait en Hongrie avec cette alternative de succès et de revers , Mahomet III mourut en 1603, après un règne troublé, comme celui d'Amurat, par les insurrections des janissaires. Il eut pour son successeur son fils Achmet Jrr, Agé seulement de quinze ans. Le jeune sultan essaya de réprimer les milices d'Asie qui , sous le règne précédent, avaient commencé à vivre dans l'indépendance. Leurs chefs vaincus se réfugièrent auprès du sophi de Perse, Sckah-Abbas , qui refusa de les livrer. Une nouvelle guerre s'éleva a ce sujet entre les Persans et les Turcs. Achmet, pour n'avoir qu'un ennemi à combattre, conclut, en 1606, avec Rodolphe 11, une paix de vingt ans (1 ). Cependant il fut malheureux dans la guerre

(1) Cette paix, dite de Sitvatorok , mente d'être remarquée dans l'histoire du droit politique et des rapports diplomatiques entre la Turquie et le reste de l'Europe. Elle abolit le tribut annuel de 30,000 ducats auquel Ferdinand I s'était soumis envers Soliman et régla que l'empereur et le sultan dans leur correspondance , leurs ambassadeurs dans les relations de diplomatie , se traiteraient sur le pied de l'égalité. Elle fixa pour la première fois une borne à la conquête ottomane qui jusqu'alors avait menacé l'Europe , et marqua pour les Turcs le premier degré d'une décadence irrévocablement confirmée uu siècle plus tard par le traité de Carlowitz.

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contre Schah-Abbas. Le sophi, constamment favorisé de la fortune, tira sa nation de l'abaissement où l'avaient jetée les revers de son prédécesseur, et, par un traité conclu en 1615, il obtint la restitution des conquêtes du sultan Amurat III. Achmet Ier mourut deux ans après (1617), prince peu belliqueux, quoiqu'il ait eu souvent les armes à la main, et que les Ottomans, qui ne reconnaissent le droit de bâtir une mosquée qu'à leurs souverains conquérans , virent avec scandale élever le superbe édifice qui porte son nom. Mais s'il n'était pas guerrier, il était grand chasseur. Il entretenait, dit-on, dans son domaine, quarante mille fauconniers. Il laissait quatre fils en bas âge , Othman , Amurat , Bajazet et Ibrahim; mais , voulant éviter les troubles d'une minorité, il avait désigné pour son successeur le prince Mustapha, son frère, dont il avait épargné les jours. Jamais souverain ne fut plus indigne du trône. Après un règne de trois mois , dont tous les actes portent le caractère de la démence et de l'imbécillité, il fut déposé et envoyé aux Sept-Tours. Les grands de l'empire proclamèrent à sa place son neveu Othman Hy âgé de douze ans. Ils se flattaient de régner sous son nom ; mais le jeune prince se montra de bonne heure jaloux d'exercer sa puissance. Il gémissait de la décadence de l'empire ; il voulait, disait-il , lui rendre son lustre et sa vigueur, et marcher sur les traces de ses glorieux ancêtres , les Sélim et les Soliman. Il cherchait des ennemis a combattre, pour illustrer son nom, et occuper le courage des janissaires, dont il redoutait la turbulente oisiveté. Les cosaques du Borysthène, sujets delà couronne de Pologne, infestaient les provinces ottomanes voisines de la mer Noire. Othman , sous prétexte de se venger de ces courses, envahit la Pologne à la tête d'une armée formidable. Il échoua devant Choczim en Moldavie, et fit la paix, en 1621 , après une campagne qui lui avait coûté près de cent mille chevaux. Attribuant le mauvais succès de l'expédition à l'indiscipline des janissaires , et rappelant en sa mémoire toutes les séditions dont ils s'étaient rendus coupables sous ses prédécesseurs, il jura de détruire cette dangereuse milice. Il voulait leur opposer les troupes égyptiennes du Grand-Caire. Il donna ordre au pacha de les rassembler; et, pour avoir un prétexte d'aller les joindre et de se mettre a leur tête, il annonça le projet de faire le pèleri-

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nage de la Mecque. Mais les janissaires , instruits de ses véritables desseins , proclamèrent de nouveau Mustapha , le tirèrent du château des Sept-Tours, oîi ils enfermèrent Othman à sa place; et ce malheureux prince, le premier sultan dans le sang duquel les Ottomans aient osé tremper leurs mains, y fut massacré quelques jours après (1622). Les janissaires ne tardèrent pas à rougir de s'être donné une seconde fois Mustapha pour maître. Ce stupide sultan fut déposé de nouveau en 1623, et reconduit aux Sept-Tours, où peu après il fut étranglé par ordre d' Amurat IV, son successeur.

Amurat IV, frère d'Olhman Iï , monta comme lui sur le trône à l'âge de quinze ans. Il trouva l'empire dans l'état le plus déplorable. La domination tyrannique de la soldatesque avait atteint le plus haut point oii elle apparaisse dans l'histoire des Ottomans. On avait vu le grand-visir Mere-Husein acheter sa dignité des janissaires et des spahis, moyennant la promesse de 100,000 ducats. Le trône même semblait à l'enchère; l'avidité des milices privilégiées les poussait à faire des révolutions pour multiplier, comme jadis les bandes prétoriennes , les présens de joyeux avènement (1). L'empire était menacé d'une dissolution générale par les extorsions des gouverneurs, par la corruption des juges , par l'insolence de la soldatesque, par la dépopulation rapide, fruit d'un régime oppressif et destructeur, par la rébellion de plusieurs pachas, par la perte de la Géorgie, d'Erivan, de Bassora, de Bagdad retombées au pouvoir des Persans. Malgré sa jeunesse, Amurat déploya toute l'énergie que demandaient les circonstances. D'abord, par de justes exemples de sévérité, il frappa de terreur les janissaires et les gouverneurs de provinces. Lorsqu'il eut réprimé l'esprit de révolte dans l'intérieur de son empire, il songea à rétablir au dehors la réputation des armes ottomanes. En 1624, il envoya une armée dans la Babylonie , pour reprendre cette province sur les Persans. Le grand-visir échoua devant Bagdad. Cette ville résista une seconde fois aux Ottomans en 1631. EnGn,

(i) Mahomet H avait introduit le premier les dons de joyeux avènement qui , sous les règnes suivans , s'accrurent toujours de plus en plus , jusqu'à ce qu'enfin , les finances épuisées ne pouvant plus y su f lire , au bout de trois siècles , au milieu de la guerre contre les Russes , ils furent supprimes à l'avènement du^sultan Abdulhamid.

en 1635, Àmurat marcha lui-même cou Ire la Perse. Il forma le siège d'Erivan, dont il s'empara , mais que les Persans reprirent, après sa relraite. C'est du camp d'Erivan qu'il envoya l'ordre de faire périr Bajazet, Faîne des deux frères qui lui restaient. Il alla, en 1638, investir Bagdad h la tète de trois cent mille hommes. Cette ville fut prise le 25 décembre, jour anniversaire delà reddition de Rhodes, et inondée du sang de ses habitans, égorgés, contre la foi des traités, après avoir capitulé. Cette conquête avait coûté à Amurat l'élite de ses troupes. Une poussa pas plus loin ses avantages, et revint triompher à Constantinople. Ce brillant exploit fut le dernier de son règne. Peu scrupuleux observateur de la loi du prophète, il mourut à 1 âge de trente- deux ans d'une hydropisie causée, dit-on, par l'abus du vin et des liqueurs fortes (1640). Ce goût lui fut inspiré par son favori Becri - Mustapha, grand ivrogne , mais en même temps sage conseiller et vaillant soldat, et que le sultan, inconsolable de sa mort, fit enterrer pompeusement dans une taverne entre deux tonneaux. Amurat rétablit le nerf du gouvernement, mais par une administration violente et terrible. Daus les sept dernières années de son règne, il fit livrer au supplice plus de cinquante mille hommes. Il fut comme dévoré de la soif de l'or et du sang. Mais, en détestant sa férocité , l'histoire ne peut lui refuser ce témoignage qu'il écrasa dans tout l'empire l'hydre de l'insurrection , qu'il rendit aux frontières orientales leur formidable boulevard , Bagdad, la maison du salut , qu'il augmenta les revenus et l'année, épura la milice des janissaires, contiut par la terreur les collecteurs d'impôts qui n'osèrent plus pressurer les sujets; qu'enfin il raffermit l'état ébranlé qui, pendant deux générations encore, jusqu'à la paix de Carlowitz, époque de sa décadence définitive, conserva une apparence de grandeur assez imposante.

Amurat eut pour successeur son frère Ibrahim, qui fut tiré, pour régner, de la prison où il languissait depuis plusieurs années. Le grand-visir de ce faible sultan entreprit, en 1642, la conquête d'Azof, dont les cosaques avaient fait leur retraite et leur place d'armes , et d'où leurs barques descendaient souvent au nombre de cinq ou six cents, couvraient les Palas- Méotides, traversaient la mer Noire, et infestaient les rivages de l'empire ottoman. Les cosaques abandonnèrent cette ville,

après eo avoir ruiné les fortifications ; mais les Turcs les rebâtirent, et Azof devint en peu d'années un des meilleurs ports du Pont-Euxin.

En 1644, les chevaliers de Malte, ayant pris un navire ottoman qui portait un grand-officier du sérail et le cadi de la Mecque, le conduisirent dans le port de Candie, où le commandant vénitien eut l'imprudence de les recevoir. En 1645, le sultan déclara la guerre aux Vénitiens, et quatre-vingt mille Ottomans débarquèrent dans File de Candie, Toute cette importante colonie vénitienne était tombée en leur pouvoir, à l'exception de la capitale, lorsque le mufti, dont le sultan avait outragé la ûlle, fit déposer et étrangler en 1648 ce méprisable prince qui passait avec des joueurs de fifre et de tambour de basque , des chanteurs, des baladins et des escamoteurs , les momeos qu'il dérobait à la débauche. Ibrahim eut pour successeur son fils aîné Mahomet IV, âgé de sept ans.

SECTION III

Pologne et Prusse (1572—1648).

La race mâle des Jagellons s'étant éteinte en 1572 avec le roi Sigismond II Auguste, le trône de Pologne devint alors purement électif, et il fut ordonné que, du vivant du roi, il ne pourrait être désigné de successeur, mais que les états jouiraient à perpétuité d'une libre élection à chaque vacance du trône. Telle fut l'origine des diètes d'élection, qui, dans la forme qu'on leur donna, ne pouvaient manquer d'être fort orageuses. La noblesse polonaise, formant un corps extrêmement nombreux, puisqu'il comprenait toute personne issue de parens ou d'ancêtres ayant, à quelque époque que ce fût, possédé des terres nobles, s'y rendait armée et à cheval, rangée par ordre de palatinats dans un camp dressé au milieu de la plaine de Vola, à trois milles de Varsovie. L'usage des pacta conventa prit naissance dans le même temps. Les premiers furent jurés par Henri de Valois, élu roi après la mort de Sigismond II Auguste (1573). Ces pacta, qui avaient force de loi fondamentale , renfermaient les conditions sous lesquelles le trône était déféré au nouveau roi , et, entre autres choses, stipulaient expressément que, si le prince violait quelqu'une

îles clauses de ce contrat solennel , ses sujets seraient déliés envers lui de leur serment de fidélité.

Henri de Valois, élu en 1573, ne se rendit en Pologne qu'en 1574. Deux mois après son arrivée, il apprit la mort de Charles IX, son frère, et, craignant d'être retenu dans un royaume étranger sur lequel il venait régner à regret, il s'enfuit secrètement pour aller prendre possession du trône de France. Il se tint alors a Varsovie une diète dans laquelle on convint d'envoyer des députés à Henri, pour lui déclarer que le sénat supporterait son absence pendant neuf mois, mais que, s'il n'était revenu en Pologne le 12 mai 1575, la nation procéderait a l'élection d'un nouveau roi. Le terme expiré, on élut Etienne Bathori > prince de Transylvanie, dont on resserra la prérogative, en le soumettant à l'inspection de seize sénateurs choisis par la diète, et sans l'aveu desquels il ne pouvait prendre de résolution importante. La mort de l'empereur Maximilien II, en 1576, délivra Bathori d'un puissant ennemi qui lui avait disputé les suffrages de la diète, et qui se préparait à faire valoir par la force ses prétentions au trône de Pologne. La ville de Dantzick ayant refusé de prêter à Bathori serment de fidélité, il l'assiégea en 1578, et la réduisit à implorer sa clémence. Le czar Iwan IV avait profité de cette circonstance pour ravager la Livonie. Bathori exhorta les Polonais à se venger de ces hostilités , et fit résoudre la guerre contre les Moscovites en 1 579. Il la conduisit avec succès , et, par la paix de Kiewerowa-Horca , en 1582, le czar céda à la Pologne la Livonie et les villes de Derpt et de Nowgorod. Bathori s'appliqua ensuite à discipliner les cosaques, et donna à cette nation, qui n'était qu'un ramas de brigands de tous les états voisins, un territoire sur les rives du Borysthène. Il forma en même temps un corps de cavalerie, qu'il établit dans l'Ukraine, avec une solde fixe, pour défendre cette province contre les invasions des Tartares. Il s'occupa aussi des lettres et des sciences, et fonda en 1579 l'université de Wilna. Ce prince, aussi digne du trône que son prédécesseur l'était peu, mourut en 1586 sans postérité. Sous le règne de ce prince, le collège des jésuites établi en 1578 à Polotsk et le zèle que développa le clergé pour étouffer les nouvelles doctrines opposèrent une barrière aux progrès du protestantisme. Toutefois, le roi se refusa à le combattre par des moyens de rigueur, et on

ne put faire on persécuteur d'un- prince qui avait coutume de dire que Dieu s'était réservé trois choses dont les hommes ne devaient pas se mêler, à savoir, de créer quelque chose de rien, de connaître l'avenir et de diriger les consciences. On élut à sa place, en 1587, Sigi&mond ///, fils de Jean III, roi de Suède, et descendant des Jagellons par Catherine, sa mère. L'archiduc Maximilien, frère de l'empereur Rodolphe II, fut proclamé par une faction contraire. On prit les armes de part et d'autre. Maximilien fut vaincu et fait prisonnier en Ï588. Sigismond lui offrit la liberté sans rançon , à condUion qu'il renoncerait à la couronne. L'archiduc, attendant sa délivrance des efforts de son parti, refusa de souscrire à cette proposition; mais, trompé dans son attente, il se désista en 1589 de ses prétentions, et sortit à ce prix de captivité. L'empereur ratifia les anciens traités entre la Pologne, la Hongrie, la Bohême et la maison d'Autriche; et Sigismond resserra encore en 1592 les nœuds de son alliance avec Rodolphe, en épousant la sœur de ce pïînce. La même année, le trône de Suède fut vacant par la mort de Jean III. Sigismond, son fils, en alla prendre possession, et fut couronné à Stockholm en 1594. Quoique Jean III suivit la confession d'Angsbourg, il avait souffert que Sigismond. fût élevé par sa mère dans la religion catholique. Les états de Suède exigèrent de ce prince le serment d'observer les lois du royaume au sujet de la confession d'Augsbourg, de n'admettre dans son conseil que des Suédois , et de ne donner les charges de l'état à aucun étranger. Après avoir tout promis, et avoir laissé à Charles, son oncle, duc de Sudermanie, la régence du royaume, Sigis-

Suède, dont le duc Charles s'empara. En 1610, celle de Russie lui fut offerte pour son fils Uladislas. Ce prince entra avec une armée dans cette contrée, et pénétra jusqu'à Moscou. Mais la licence de ses troupes irrita les Moscovites. Les Polonais, ne pouvant se défendre contre une nation que leurs excès avaient soulevée, mirent le feu à Moscou (4611 ) et se retirèrent. La guerre se prolongea néanmoins jusqu'en 1618, où elle fut terminée par le traité de Diwilina ( voyez section iv de ce chapitre). En 1621 , le sultan Othman attaqua la Pologne pour se venger des brigandages que les cosaques exerçaient sur les provinces de l'empire ottoman. Cette guerre se tet mina la même

année à; l'avantage des Polonais. Sigismond III, après avoir tenté plusieurs fois inutilement de recouvrer le trône de Suède, conclut, en 1629, une trêve avec Gustave-Adolphe, et mourut en 1632. Son fils Uladislas VII lui succéda. Une armée russe ayant envahi la Pologne, ce prince lui fit lever le siège deSmolensk, l'enferma dans des défilés, et la força de se rendre à discrétion. Il entra de nouveau en Russie; et, après une expédition heureuse dans ce pays, il fit la paix à IViasma, sous les conditions les plus avantageuses pour la Pologne. En 1636, la trêve conclue en 1629 avec la Suède fut prolongée pour vingt-six ans. L'année 1637 vit commencer une longue et funeste guerre entre la Pologne et les cosaques de l'Ukraine qui donnaient asile aux paysans polonais que l'excès des impôts et des corvées obligeait à déserter leur patrie. Cette guerre plongea le royaume dans un abîme de maux. Elle dorait encore, lorsque Uladislas VII mourut en 1648 sans postérité, et fut remplacé par son frère Jean-Casimir V.

Prusse.

• « Albert de Brandebourg eut pour successeur, en 1568, dans le duché de Prusse , son fils Albert-Frédéric. La lignée de ces nouveaux ducs de Prusse paraissant près de s'éteindre, de même que celle de Franconie qui devait lui succéder, l'électeur Joachim II de Brandebourg avait obtenu, en 1563, du roi de Pologne, d'être admis à l'investiture simultanée du fief de Prusse. Cette investiture, renouvelée en faveur de plusieurs de ses successeurs, ménagea à la branche électorale de Brandebourg la succession dans le duché de Prusse. Elle lui fut dévolue en 1618, à la mort du duc Albert-Frédéric, qui ne laissa pas de postérité mâle. L'électeur Jean-Sigismond, son coinvesti, lui succéda. Ce prince, qui avait épousé Anne, fille aînée d'Albert-Frédéric, recueillit aussi, du chef de celle princesse , une partie de la succession de Juliers, savoir : le duché de Clèves, les comtés de la Marck et de Ravensberg, qui furent adjugés à la maison de Brandebourg, par le partage provisionnel conclu à Santen, en 1614, et converti en traité définit if à Clèves -en 1666.

« Le petit-fils de Jean-Sigismond fut l'électeur Frédéric- Guillaume, prince d'un génie supérieur, et le vrai fondateur

de l'élévation de sa maison. Grand dans la guerre et dans la paix, considéré de toute l'Europe, ce prince acquit par les * traités de Weslphalie, outre une partie de la Poméranie, l'archevêché deMagdebourg à titre de duché, et les évêchés de flalberstadt, de Minden et de Camin à titre de principauté. Son fils Frédéric fut le premier roi de Prusse. » (Koch, Tableau de$ Révolutions»)

SECTION IV

Russie (1384—1645).

Féodor lwanowitz succéda, en 1584, à son pèrelwan IV. II prolongea la trêve conclue par Iwan avec la Pologne; et, en 1587, après la mort d'Etienne Bathori, il se mit au rang des prétendans à la couronne de ce royaume ; maïs elle fut déférée à Sigismond III, fils de Jean III, roi de Suède.

En 1588, la Russie, qui avait été jusqu'alors, pour le spirituel, dans une certaine dépendance du patriarche de Constantinople, eut un patriarche particulier. Cette dignité subsista jusqu'en 1703. Le czar Pierre Ier la supprima à celte époque , l'autorité du patriarche étant devenue si grande, qu'elle causait souvent des troubles dans l'état; mais, en abolissant le patriarchat, le czar conserva l'Eglise russe dans la même indépendance où elle était par rapport à l'Eglise grecque, depuis 1588.

A la mort d'Iwan IV, les Russes étaient en guerre avec la Suède. Les hostilités, entremêlées de diverses trêves, continuèrent sous le règne de Féodor. Elles furent terminées en 1595 par le traité de Narva, qui assura aux Russes la possession de la Carélie et de l'Ingrie.

Féodor, également faible de corps et d'esprit, et incapable de gouverner, donnait toute sa confiance au Tatar Bori$-Godunow, son beau-frère. Cet ambitieux aspirait au trône ; pour s'en frayer le chemin, il fit assassiner, en 1591 , le jeune Démétriu$9 frère unique du czar, qui n'avait point d'enfans. Cet attentat fut la source d'une longue suite de troubles qui s'élevèrent à la mort de Féodor, arrivée en 1598. Avec lui finit la branche régnante des souverains descendus de Rurik, après avoir occupé le trône pendant plus de huit siècles.

Cependant, quoique la cruauté d'Iwan et l'ambition de Boris eussent fait périr un grand nombre de princes , le sang

de Rurik n'était pas encore entièrement épuisé : il restait plusieurs maisons issues de ce premier souverain de la Russie; et il semble que le prince appelé à remplir le trône vacant eût dû être choisi dans leur sein ; mais on ne leur attribua aucun droit particulier, et elles furent confondues avec les autres familles assez puissantes ou assez considérées pour oser se mettre sur les rangs. Boris, qui depuis long-temps dirigeait les affaires, et s'était fait un grand nombre de créatures, l'emporta sur ses compétiteurs, et fut reconnu successeur de Féodor . Il marqua les commencemens de son règne par de grandes largesses aux monastères et aux églises , et fit fondre la fameuse cloche du Kremlin. Malgré son penchant à la cruauté, il continua les travaux commencés par Iwan Bazilowitz pour la civilisation de la Russie. 11 y attira des médecins et des pharmaciens, envoya des jeunes gens s'instruire en Suède et en Allemagne, et entretint des relations étroites avec les villes anséatiques pour favoriser le commerce. Il régna tranquillement jusqu'en 1603. Mais, à cette époque, un moine russe, nommé Grégory Otrépief9 entreprit de se faire passer pour le prince Démétrius assassiné en 1591; il prétendit que les assassins, payés par Godunow, s'étaient trompés de victime; et comme frère de Féodor, il revendiqua sou héritage envahi par un usurpateur. Avec le secours des Polonais, toujours prêts à saisir l'occasion de troubler la Russie, et des cosaques du Don , niécontens de la sévérité du czar qui voulait les soumettre à une discipline exacte, l'imposteur attaqua Godunow en 1005. Celui-ci mourut subitement au commencement d'une guerre qui s'annonçait pour lui sous de malheureux auspices. La rébellion s'étendait rapidement dans les provinces : cependant la capitale restait fidèle à la mémoire de Godunow; et à la nouvelle de sa mort, les grands et le peuple de Moscou proclamèrent son fils Féodor; mais cet honueur fut fatal à ce jeune prince. Le faux Démétrius ayant été reçu dans la capitale, où il s'était ménage* des intelligences, se fit livrer Féodor et sa mère, et les fit étouffer en prison. La dernière épouse d'Iwan, la mère du vrai Démétrius, vivait encore; Godunow l'avait reléguée dans une triste retraite, indigne du rang qu'elle avait occupé. Otrépief, par ses déférences et par ses bienfaits, gagna celte princesse, qui le reconnut publiquement pour son fils. Le nouveau czar régna avec douceur; mais il avait adopté en Pologne des mœurs

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étrangères : il ne pouvait cacher son mépris pour les manières des Russes. Cette conduite imprudente lui aliéna la nation. Le boïard Basile-Chouiski , profitant de ces dispositions, trama une conjuration contre lui, le détrôna, le lit mettre à mort, et fut proclamé à sa place en 1606. Ce choix n'était point le résultat d'une élection générale : Chouiski ne tenait le sceptre que de la volonté d'une faction. Pour faire oublier sans doute ce que son élévation avait d'illégal, il jura solennellement de ne point faire de lois nouvelles, de ne point imposer de contributions, et de ne punir personne sans avoir pris l'avis et le consentement des grands. Depuis que Nowgorod avait perdu ses privilèges, c'était la première fois qu'un souverain de Russie jurait des conventions avec ses sujets. Mais Chouiski oublia bientôt sessermens : il méprisa le sénat; il accabla le peuple d'impôts; il ne mit aucun frein à ses vengeances personnelles. En 1607, la haine qu'il inspirait suscita un nouveau Démétrius, qui fut secondé par les Polonais, les Tartares et les cosaques du Don. L'imposteur eut d'abord des succès; mais il ruina ses affaires par ses imprudences. En 1609, les Tartares vengèrent sur lui la mort de leur prince, qu'il avait fait noyer dans l'Occa. Les Polonais ne laissèrent pas de continuer la guerre en Russie, où ils remportèrent plusieurs victoires. On fit à Chouiski un crime de ses disgrâces : il fut déposé en 1610, obligé de prendra l'habit monastique, puis livré aux Polonais, et envoyé en Pologne, où il mourut. Après sa déposition, on crut remédier aux maux dont la rivalité des grands menaçait l'état, en déférant le trône à un prince étranger. Les suffrages se partagèrent entre Charles-Philippe, frère de Gustave-Adolphe, roi de Suède, et Uladislas, fils de Sigismond III, roi de Pologne. Cette résolution ne Gt qu'augmenter le désordre. Les Suédois en profitèrent pour envahir l'Ingrie et la ville de Nowgorod, et les Polonais se rendirent maîtres de Smolensk et de ses dépendances. Voyant alors leur monarchie au bord du précipice, les Russes prirent le parti de se donner de nouveau un czar de leur nation. Le choix tomba, en 1613, sur Michel Féodorowitz , qui devint le foudateur d'une nouvelle maison régnante, celle de Romanow, alliée par les femmes aux czars précédens, et sous laquelle la Russie devait parvenir a un point de grandeur qu'elle n'avait point connu jusque-là. Michel, guidé par les sages conseils de

son père, Féodor-Nikitisch-Romanow, archevêque deRostow, rendit le calme a la Russie. Il conclut la paix avec la Suède en 1617. Par le traité de Stolbova, le czar céda pour toujours à Gustave-Adolphe l'Ingrie et la Carélie russe, de sorte que les Russes ne possédaient plus rien sur la mer Baltique. Gustave- Adolphe avait fait ses premières armes dans celte guerre sous le connétable de Suède, Jacques de la Gardie, grand capitaine , dont les exploits frappèrent les Russes de tant de respect qu'ils placèrent son nom dans leur calendrier et lui adressèrent des hommages religieux.

Uladislas, fils du roi de Pologne, persistant dans ses prétentions après l'élection de Michel, fît de nouvelles tentatives pour s'élever sur le trône de Russie. Il pénétra jusqu'aux portes de Moscou, qu'il assiégea; mais, ayant trouvé trop de résistance, il abandonna son projet. Des plénipotentiaires des deux nations s'assemblèrent alors au village deJ9t"im7ma(16l8), et convinrent d'une trêve pour l'espace de quatorze ans. Les Polonais restèrent maîtres des duchés de Smolensk, de Sévérie et de Tchernigow, dont la paix de Wiasma (en 1634) leur confirma la possession.

11 parut, sous le règne de Michel, un troisième Démétrius, qui obtint d'abord quelques avantages; mais ses débauches l'ayant rendu méprisable àscs partisans, il fut livré au czar, qui le fit pendre à une des portes de Moscou. Michel mourut en 4645, laissant la Russie dans un état florissant (1). Il eut pour successeur son fils Alexis Michailoxcitz.

(i) Une particularité intéressante de son règne est le traité de commerce qu'en 1 629 il signa avec Louis des Haycs , envoyé du cardinal de Richelieu. Ce traité est le premier qui ait été conclu entre la France et la Russie.

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