‹ Histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), jusqu'à la fin de la guerre d'AmériqueChapitre 9 sur 25 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

HISTOIRE DE L'EMPIRE GERMANIQUE , DEPUIS LA MORT DE FERDINAND Ier JUSQU'AU TRAITE DE WESTPHAL1E (1564-

SECTION PREMIÈRE

Depuis la mort de Ferdinand Ier jusqu'à l'ouverture de la succession de

Juliers (1564—1609).

Après la conclusion de la paix d'Augsbourg, la tranquillité parut enfin rétablie dans l'empire; mais le traité de paciflcation laissait subsister des germes de discorde qui devaient se développer tôt ou tard, et enfanter des troubles nouveaux. La principale contestation regardait la réserve ecclésiastique , par laquelle, en abandonnant aux protestons les évêchés et les abbayes sécularisés ayant la paix , les catholiques avaient expressémemt stipulé qu'il n'en serait plus sécularisé à l'avenir,

eu 1654, une seconde expédition pour en chasser les Espagnols. U débarqua avec quatre mille hommes à Castellamare , obtint un premier succès bientôt suivi <Tuu échec décisif, et se rembarqua quelques jours après, avec les débris de sa petite armée.

et que tout possesseur de terres ecclésiastiques immédiatement soumises à l'empire, électeur, évéque ou abbé, qui embrasserait la religion protestante, perdrait par cela seul ses dignités et bénéfices. Cette clause, d'abord admise par les protestans, devint bientôt , de leur part, l'objet des plus violentes réclamations. Us l'attaquèrent comme destructive de toute égalité entre les états des deux communions , comme entravant la liberté de conscience, en faisant dépendre l'existence temporelle d'un prince ecclésiastique de sa croyance religieuse. Leurs adversaires alléguaient en faveur de la réserve les droits imprescriptibles du clergé catholique aux biens destinés originairement à sa subsistance par l'intention des premiers fondateurs; ils représentaient, d'ailleurs, que les protestans permettant le mariage des prêtres, tous les évêchés seraient successivement convertis en principautés séculières et héréditaires; ils ajoutaient enfin que les ministres des princes luthériens ayant signé la paix sans protester coutre la réserve, ils ne pouvaient opposer un désaveu tardif aux obligations d'un contrat solennel et au respect dû à la foi jurée. Malgré ces objections, les protestans envahirent une foule d'archevêchés, évêchés et abbayes, états immédiats de l'empire. Toute la basse Allemagne fut sécularisée en peu de temps; et, s'il n'en fut pas de même dans la haute, la vive résistance des catholiques, qui s'y trouvaient en majorité, empêcha seule cette révolution.

Les violations perpétuelles de la réserve ecclésiastique préparaient insensiblement de nouveaux orages. Suspendus par la politique de Ferdinand Ie' et de Maximilien //, qui, soit tolérance, soit nécessité, fermèrent les yeux sur les envahissemens des protestans, ils éclatèrent sous le règne de Rodolphe IL

Né avec les qualités qui font le charme d'une condition privée, ce prince n'avait point les vertus qui font la grandeur d'un souverain. U était doux de caractère, il aimait la paix, il cultivait les sciences. Mais il oublia que, pour un roi, la première science est celle du gouvernement. Â une époque où l'anarchie menaçait l'empire, oit une politique adroite et un bras puissant pouvaient seuls prévenir ou arrêter les désordres, Rodolphe vivait caché dans son laboratoire, entouré d'alchimistes et d'astrologues , et consumant son temps et ses trésors

à de vaines expériences (4 ). Le règne de ce prince indolent vit commencer une longue suite de troubles qui amenèrent enfin la guerre de trente ans.

La jeune comtesse Agnès de Mansfeld, chanoinesse de Gernsheim, avait inspiré à Gebhard Truchsess de Walbourg, électeur et archevêque de Cologne , une vive passion qu'elle partageait. Gebhard , pour épouser la comtesse, abjure la religion catholique, et embrasse le calvinisme, dont les deux frères' d'Agnès étaient de zélés partisans (4582). Aux termes de la paix de religion, il perdait, par son apostasie , tous ses droits à son archevêché. Mais, aveuglé par l'ambition et par l'amour sur les dangers auxquels il s'expose en violant la réserve ecclésiastique, il prétend, malgré son abjuration, conserver son électorat. Les membres catholiques du chapitre métropolitain portent plainte au pape et à l'empereur. Grégoire XIII lance contre Gebhard les foudres de l'anathème et une sentence de déposition, confirmée par le chef de l'empire. L'électeur résiste, et lève des troupes. Le chapitre arme de son côté; la guerre éclate. Si Gebhard triomphe , le système de Y Allemagne est changé. Quatre voix protestantes contre trois suffrages catholiques, dans le collège électoral, vont désormais faire pencher la balance du côté des protestans, et la maison d'Autriche est menacée de perdre à jamais le trône de l'empire. Mais l'électeur est calviniste, et non luthérien; cette circonstance lui devient fatale.

La doctrine que Zwingle et Calvin avaient prêchée à Zurich et a Genève, s'était insensiblement répandue en Allemagne. Alarmés de ses progrès, les princes luthériens, assemblés à Naumbourg (4560), avaient condamné les changemens que plusieurs docteurs avaient faits à la confession d'Augsbourg pour se rapprocher du calvinisme. Il était aisé de prévoir que ces divisions et ces haines naissantes , si elles n'étaient promptement étouffées, mettraient un obstacle invincible aux progrès

(t) Il est pourtant vrai de dire qu'en » adonnant à l'astrologie, il hâta anssi les progrès de la véritable science astronomique. U attira à sa cour Tycho-Brahé, qui lui-même lui persuada d'y appeler Keppler , et ces deux hommes illustres y travaillèrent de concert aux Tables Rodolphinvs, dont Keppler poursuivit seul le pénible calcul après la mort de Brahé , et qui lurent publiées peu de temps après celle de Rodolphe II.

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ultérieurs des sectes nouvelles, et que les disputes scolasti* ques, aigrissant les esprits de part et d'autre, influeraient lot ou tard sur l'union politique des proteslans. Ce furent sans doute ces considérations qui empêchèrent Ferdinand 1er de s'opposer k l'introduction du calviuisme en Allemagne. L'électeur palatin, Frédéric III , se déclara le premier pour celte doctrine, et l'établit de vive force dans ses états ( vers 1 560).

Quelque important qu'il fût pour les diverses communions protestantes de ne point se désunir, et quelque contraires que fussent leurs mutuelles animosités aux principes de tolérance que leurs chefs avaient tant de fois invoqués contre l'église romaine, leur mésintelligence éclatait davantage de jour en jour. Dans la diète de 1566, on discuta la question, si les sectateurs de Calvin devaient être admis au bénéfice de la paix de religion ; et l'assemblée arrêta que la religion catholique et la luthérienne seraient seules reconnues et pratiquées en Allemagne. L'électeur palatin protesta contre ce décret, dont la modération ou la politique de l'empereur Maximilien II ne permit pas l'exécution. Depuis cette époque, jusqu'en 1580, le calvinisme fit de rapides progrès dans les états germaniques, et trouva de nombreux partisans, même en Saxe, le berceau et le centre de la réforme luthérienne. Les luthériens zélés, tremblant pour la confession d'Augsbourg, rédigèrent un nouveau formulaire, destiné à la raffermir sur ses bases, et à fixer les esprits incertains par l'explication des principaux points de controverse et de dissidence. Ce livre, publié (25 juin 1 580) sous le nom de Formule de concorde, fut une nouvelle cause de dissensions. Approuvé par les électeurs de Saxe et de Brandebourg, par Louis VI, électeur palatin , qui, après la mort de Frédéric III, son père (1576), était rentré dans la communion luthérienne (1), par vingt et un princes, vingtdeux comtes et trente-cinq villes, il fut rejeté par les théologiens de Dancmarck, de Brunswick, de Lunebourg, du Mecklembourg, du Ilolstein, de la Prusse, etc. En conséquence,

(4) Louis VI, fils aîné et successeur de Frédéric III, chassa les prédicateurs calvinistes, et rétablit la confession d'Augsbourg. U mourut en 1583, laissant en bas âge son fils Frédéric IV et la régence à son frère Jean-Casimir, comte palatin de Lautern, qui, à son tour, chassa les luthériens et rappela les calvinistes.

une scission violente divisa tout le corps des protestans , et voyant la réforme en guerre avec elle-même, l'église romaine cessa de craindre l'apostasie, quelque temps imminente, de l'Allemagne entière. Tel était en général, dans cette contrée, Fétat du protestantisme, lorsque l'électeur de Cologne, ayant embrassé la religion de Calvin, entreprit, en contravention à la réserve ecclésiastique , de se maintenir dans son archevêché.

La guerre civile que firent naître ses prétentions tourna d'abord à son avantage ; mais les chanoines catholiques ayant élu Ernest, frère de Guillaume, duc de Bavière, la lutte devint trop inégale entre le comte de Truchsess et son compétiteurr soutenu de l'autorité du pape et de l'empereur, des forces de la Bavière et d'une armée de vétérans envoyée des Pays-Bas. Vaincu à la bataille de Burg, au comté de Zutphen (1584),, Gebhard se bannit de l'Allemagne, sollicita vainement l'assistance delà Hollande et de l'Angleterre, et enfin alla se fixer à Strasbourg, ou il mourut en 1601. Après l'expulsion de son rival, Ernest, demeuré en possession de l'électorat de Cologne,, y abolit l'exercice du culte protestant.

Le démêlé que nous venons d'exposer en produisit un autredu même genre. Déposés en même temps que Gebhard, le» trois membres protestans du chapitre électoral de Cologne s'étaient retirés à Strasbourg, oh ils avaient aussi des canonicats, et où les réformés étaient admis à la faveur de la paix, de religion. Mais les chanoines catholiques de cette ville, formant la majorité, refusèrent de les recevoir. Alors, soutenus ouvertement par le comle deMansfeld, et secrètement par les magistrats, les trois exilés forcent les maisons canoniales, et se mettent en possession de leurs revenus. Le débat est soumis aux magistrats , et la décision favorable aux réformés : les chanoines catholiques s'irritent, protestent, s'emparent des archives et du trésor, se retirent à Saverne , où réside l'évêque, et sous sa protection y composent un chapitre séparé (1584). L empereur envoie des commissaires pour déposséder les chanoines usurpateurs. Us font résistance, et l'affaire demeure en suspens jusqu'à la mort de l'évêque, en 1592. Rodolphe alors propose de mettre l évêché en séquestre. Mais les chanoines protestans, dont le nombre s'est accru au point de former la. majorité (ils sont quatorze contre septeatholi ues) , procèdent.

à une élection nouvelle, et choisissent Jean-George de Bran* debourg, fils de rélecteur Joachim-Frédéric , espérant par cette nomination se ménager l'appui d'une maison puissante. De leur côté, les catholiques élisent à Saverne Charles de Lorraine, cardinal-évêque de Metz, et fils du duc Charles UI. Les deux rivaux prennent les armes, et se livrent une guerre sanglante et opiniâtre. Enfin, après une lutte de douze ans, le prince de Brandebourg renonce à l'évêché, moyennant une indemnité pécuniaire (1604). Ainsi l'église catholique sort encore triomphante de cette nouvelle contestation.

Les troubles de Strasbourg furent suivis de près par cenx d' Aix-la-Chapelle. Vers le temps de la paix d'Augsbouro, quelques familles protestantes, chassées des Pays-Bas par la persécution, s'étaient réfugiées dans la ville libre et impériale d'Aix-la-Chapelle. Elles s'y établirent, et s'y accrurent insensiblement. Après avoir réussi par la ruse à introduire quelques membres de leur religion dans le conseil de la ville, elles demandèrent une église et le libre exercice de leur culte. Ce droit leur ayant été refusé, elles se l'arrogèrent par la force (1581), et envahirent même les principales places de la magistrature. Sur les plaintes des catholiques, l'empereur envoya deux commissaires pour rétablir l'ancien ordre de choses. Mais les religionnaires , assez puissans pour désobéir, bravèrent les remontrances et les menaces , soulevèrent la ville dont ils étaient maîtres, et se préparèrent à la résistance. Bloqués par un corps de troupes espagnoles , leur vigoureuse défense força l'ennemi a la retraite, et la sentence du ban, portée contre eux en 1593, ne fut exécutée qu'en 1598. Les électeurs de Cologne et de Trêves, le duc de Juliers et l'évêque de Liège, chargés des vengeances de l'empire, s'emparèrent de la ville rebelle, y défendirent à jamais l'exercice du culte protestant, déposèrent les magistrats religionnaires, les condamnèrent a supporter tous les frais de la guerre avec les citoyens qui les avaient élus; et cette amende excédant leurs facultés, on finit en 1605 par chasser de la ville et de son territoire tous les habitans qui ne professaient pas la religion catholique. Celte rigueur fut la suite de l'indifférence avec laquelle les luthériens d'Allemagne regardaient le sort des autres sectes réformées : les bannis d'Aix-la-Chapelle étaient la plupart calvinistes.

I n sort plus triste était réservé a Donawerth, ville impériale

de Souabe. Le parti protestant y avait obtenu une telle supériorité sous Ferdinand Ier et Maximilien II, que les habitaus catholiques avaient été obligés de se contenter d'une église dans l'abbaye de Sainte-Croix, et même de dérober aux regards intolérans de leurs rivaux la plupart de leurs cérémonies religieuses. Enfin, l'abbé de Sainte-Croix ayant entrepris de renouveler une procession qui semblait tombée en désuétude, le peuple fanatique dispersa les assistans, renversa les bannières, insulta le clergé, et se porta aux plus coupables violences. L'abbé se plaignit à l'empereur, et le conseil aulique commit le duc Maximilien de Bavière, qui avait d'anciennes prétentions sur Donawerth, pour faire une enquête. Un héraut impérial, envoyé pour notifier cette commission aux babi tans, ayant été maltraité par la populace, la ville fut mise au ban de l'empire, et l'exécution de la sentence déférée au duc de Bavière. Maximilien, maître de Donawerth, y abolit le culte protestant, ôta à la ville ses privilèges, son indépendance, et la réduisit en ville municipale de Bavière, pour s'indemniser des frais de l'expédition (1607).

Eclairés par ces divers événemens sur les dangers dont leurs dissensions religieuses menaçaient l'existence des états réformés, les princes protestans avaient enfin senti le besoin d'un rapprochement, et les conseils de Henri IV, roi de France, les avaient déterminés à pourvoir à leur sûreté par une confédération. Conclue à Heilbronn en 1594, confirmée à Heidelberg en 1603, elle fut renouvelée en 1608 à Aschhausen, sous le nom d'Union évangélique. Les confédérés reconnurent pour leur chef l'électeur palatin Frédéric IV, réglèrent les conlingens que chaque membre de l'union aurait à fournir pour la défense commune, convinrent que la différence de religion entre les luthériens et les calvinistes n'influerait en rien sur l'alliance, dont la durée fut fixée à dix ans, et firent présenter à Rodolphe leurs griefs et leurs prétentions, parmi lesquelles on remarquait le rétablissement de Donawerth dans ses anciens droits, la suppression de la chambre impériale, la réforme de la propre administration et du conseil de l'empereur. Le moment était favorable. Des troubles domestiques venaient d'enlever à Rodolphe une part ie de ses états héréditaires, et à peine avait-il conservé l'autre. Voici l'origine de ces mouvemens :

Les nouvelles opinions avaient pénétré dans les domaines

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de la maison d'Autriche , et , favorisées par les embarras de Ferdinand et la tolérance de son fils , elles s'y étaient répandues avec rapidité. La plupart des barons et des chevaliers avaient embrassé la réforme, et dans les villes les protestans avaient une supériorité marquée : ils s'emparèrent de toutes les places inférieures de la magistrature et de l'administration; ils ne tardèrent pas à dominer dans l'assemblée même des états, d'où ils chassèrent, à force de mépris et d'outrages, les prélats et un grand nombre de membres catholiques. Dèslors, comme la diète tenait le souverain dans sa dépendance par la faculté d'accorder ou de refuser les impots, il leur fut facile d'obtenir successivement la plupart des libertés de religion. Maximilien II finit par accorder aux barons et aux chevaliers le libre exercice de leur culte, mais sur leur territoire et dans leur château seulement : sage restriction dont s'affranchit bientôt le zèle ardent et inconsidéré des prédicateurs évangéliques. Au mépris des défenses les plus expresses, plusieurs d'entre eux prêchèrent publiquement dans les villes de province, et même à Vienne; leur fanatisme se permettait souvent les imputations les plus odieuses et les plus injustes contre le clergé catholique; enfin, le mal s'accrut à un tel point, que Maximilien, malgré sa tolérance, commençait a se repentir d'une condescendance funeste, et songeait à en modérer l'excès, lorsqu'il mourut en 1576. Rodolphe hérita de ses desseins : il rappela d'abord aux protestans de la noblesse et de l'ordre équestre, que la célébration du service divin, selon le rite de leur communion, ne leur était permise que dans leurs domaines, et, s'attachant à la lettre de l'acte primitif de concession , il défendit aux bourgeois de ses villes de fréquenter les temples des réformés, et ordonna qu'à l'avenir aucun ministre n'entrerait en fonction qu'après avoir obtenu l'autorisation du prince. Les états virent dans ces mesures un commencement de persécution , et refusèrent d'obéir. Ce refus, qui n'était fondé sur aucune des lois existantes, servit de prétexte à des rigueurs plus grandes : Rodolphe bannit plusieurs prédicateurs, et interdit dans les villes royales, et particulièrement à Vienne, l'exercice du culte réformé; il travailla ensuite à rendre aux catholiques la prépondérance qu'ils avaient perdue. Engager les prélats et les membres de la communion romaine à reprendre leur place à la diète, conférer à des catholiques les offices inférieurs de

la justice et du fise, ne donner de bénéfices qu'aux ecclésiastiques soumis à l'Eglise , faire signer le formulaire romain à tous les candidats qui sollicitaient les degrés ou les chaires de l'Université , assujétir les écoles à de nouveaux réglemens , publier un nouveau catéchisme pour l'instruction du peuple, enjoindre aux villes de n'accorder le droit de bourgeoisie que sur des preuves de catholicité , tels furent les moyens qui, en peu d'an nées , opérèrent cette révolution. La politique a blâmé Rodolphe d'avoir ainsi gêné la conscience de ses sujets : cependant, on doit le dire, aucune de ses démarches ne violait la paix de religion ; il ne faisait que détruire des privilèges ] usurpés à la faveur des circonstances depuis ce traité fondamental; et les protestans de son siècle, si intolérans non-seulement à l'égard des catholiques, mais encore à l'égard de sectes très-contraires à l'Eglise de Rome, n'avaient guère le droit de lui reprocher sa sévérité. !

De tous les états héréditaires de la maison d'Autriche, la Hongrie et la Transylvanie étaient les moins sûrs et les plus difficiles à conserver. Remplis d'une noblesse turbulente toujours disposée au changement , et voisins de la Turquie toujours prête à protéger leur insurrection, ils flottaient incessamment entre la domination autrichienne et ottomane, entre la soumission et la révolte. La réforme, introduite dans ces provinces, y fournit un nouvel aliment à l'esprit de faction. Les attaques dirigées contre elle par Rodolphe II, se joignant à d'autres sujets de plaintes , rendaient une guerre civile inévitable. Elle éclata en 1603. Etienne Roschkai, magnat ambitieux et entreprenant, excita les nobles de Transylvanie et de Hongrie à demander le redressement de leurs griefs les armes à la main. Les rebelles, avec le secours des Turcs, ayant chassé les troupes allemandes (1606), menaçaient de faire cause commune avec les protestans mécontens d'Autriche, de Moravie f de Rohême, et d'entraîner toutes ces contrées à nn soulèvement général.

Dans cette circonstance critique, les archiducs d'Autriche, frères de l'empereur, et les princes de la ligne sty tienne, ses cousins , résolurent de prévenir la ruine de leur maison , en ôtant aux débiles mains de Rodolphe les rênes du gouvernement. Ce monarque superstitieux s'était laissé persuader par ses astrologues que ses jours seraient mis en danger par un

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prince de son sang. Sa défiance naturelle , accrue par celte prédiction, lui avait aliéné l'affection de tous les membres de sa famille. Pour ne point augmenter le nombre de ses ennemis imaginaires, il avait éludé toutes les propositions de mariage que lui avaient attirées son rang et sa puissance, et s'était condamné lui-même à mourir sans postérité. Depuis la mort de l'archiduc Ernest (1595), second fils de Maximilien II, Mathias y autre frère de Rodolphe, était son héritier présomptif. Jeune encore (1577), ce prince, avide de pouvoir et d'honneurs, et impatient de son obscurité, avait accepté, contre les volontés de l'empereur son frère, et les intérêts du roi Philippe II, son parent, une souveraineté que lui offrait la rébellion. Appelé par les insurgés des Pays-Bas, il était parti de Vienne en secret pour aller se mettre à leur tête; mais leurs chefs ne voulaient que gouverner sous son nom. Las d'un vain titre et d'une autorité précaire , il abdiqua en 1580, et n'obtint qu'avec peine la permission de revoir sa patrie, où le courroux de l'empereur lui réservait de cruelles humiliations. Confiné à Lintz, il y vécut plusieurs années dans l'abandon et l'indigence. En 1587, la mort d'Etienne Bathori, roi de Pologne, réveilla ses espérances ambitieuses ; il brigua le trône vacant; il en fut écarté par les intrigues de Rodolphe. Enfin, les embarras que s'était créés ce monarque le forcèrent de recourir aux services d'un frère qu'il avait tant persécuté. 11 lui conféra le gouvernement de l'Autriche et le commandement des troupes de Hongrie (1593). Les succès de Mathias contre les Turcs, sa conduite adroite et prudente dans les postes qui lui étaient confiés , lui concilièrent la bienveillance universelle. 11 voyait croître sa popularité et son influence, a mesure que Rodolphe tombait dans le mépris ; et lorsque la maison d'Autriche parut menacée d'une ruine totale, il s'annonça comme le soutien de cette maison chancelante. Au commencement de Tannée 1606, il invita à une conférence ses frères et ses cousins, et conclut avec eux un pacte secret, par lequel ils remettaient leurs droits entre ses mains, et l'investissaient de pleins pouvoirs pour agir, selon ses vues, dans l'intérêt commun de leur famille. Mathias, pour se livrer sans obstacle à ses desseins , s'occupa aussitôt de pacifier la Hongrie. Il signa dans Vienne avec Boschkai un traité qui assurait à ce seigneur la souveraineté de la Transylvanie, et avec le sultan une trêve en vertu de laquelle chacune

des deux parties contractantes devait conserver en Hongrie ce dont elle était en possession. Mais Rodolphe, soit qu'il fut aussi jaloux des prérogatives de son autorité qu'il était impuissant à les soutenir, soit que ces soupçons ou d'autres indices lui eussent découvert l'existence du pacle de famille, affecta de regarder la conclusion de ces traités comme une entreprise coupable sur son pouvoir, et refusa de les ratifier. Bien plus, reprenant toute sa haine contre l'archiduc, il songea dès-lors à l'exclure delà succession, et à désigner pour son héritier Ferdinand, son cousin , de la branche de Styrie. Ainsi Mathias n'avait plus que l'alternative de se soumettre à un frère irrité , ou d'accomplir ses projets par la force. Il n'hésite plus. Au mois de février 1 608 , il assemble à Presbourg les états de Hongrie, promet aux protestans le libre exercice de leur culte, aux catholiques de nouveaux privilèges, et en obtient la ratification du traité de Vienne. Assuré des Hongrois, et comptant sur un parti nombreux en Autriche et en Moravie, il prend les armes contre l'empereur, et marche vers la Bohême à la tête de vingtcinq mille hommes.

« Le royaume de Bohème n'était pas pour la maison d'Autriche une possession plus paisible que la Hongrie. Toute la différence consistait en ce que des motifs politiques entrelcnaient la discorde en Hongrie, tandis qu'en Bohême c'étaient des motifs religieux. En Bohême avaient éclaté, un siècle avant Luther, les premiers feux des guerres de religion , et ce fut en Bohême que Ton vit, un siècle après lui, s'allumer la guerre de trente ans. La secte à laquelle Jean Huss avait donné naissance, s'était maintenue dans ce royaume; elle s'accordait avec l'église romaine, quant à la liturgie et au dogme; elle ne s'en éloignait que sur l'article de la communion que les hussites recevaient sous les deux espèces. Cette faculté leur avait été confirmée par le concile de Baie, dans une convention appelée les Pactes bohémiens , et on les désignait sous le nom d ulraquùtes. » (Schiller, Guerre de trente an*.)

Cependant cette secte en cachait une autre bien plus rigide, celle des frères bohémiens ou moraves, dont les doctrines, plus opposées à l'Eglise dominante, se rapprochaient en divers points de celles du protestantisme. De là, la facilité avec laquelle les hérésies de Luther ou de Calvin s'étaient répandues parmi ces sectaires, qui, couvrant du nom et des privi-

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léges des utraquistes les nouveaux principes qu'ils venaient d'adopter, échappèrent ainsi à la crainte des persécutions. Enfin, leur nombre toujours croissant, et la tolérance de Maximilien II , les enhardirent à mettre au jour leurs sentimens ; et, à l'exemple des protestons d'Allemagne, ils publièrent une confession particulière, dans laquelle les luthériens et les calvinistes reconnurent également leurs opinions. Ils voulaient assurer à cette confession les privilèges de l'ancienne église utraquiste. Us ne reçurent de Maximilien II, à cet égard , qu'une assurance verbale qui eut, à la vérité, tout l'effet d'un acte formel, pendant le règne de ce monarque. Mais il en fut autrement sous son successeur. Un édit impérial interdit la liberté de religion aux frères bohémiens. Ceux-ci n'étaient distingués en lien des autres utraquistes ; la défense s'étendait donc à tous les membres de la confession de Bohême. Après s'être inutilement élevés à la diète contre cet édit , ils attendirent le moment d'en arracher la révocation que leurs remontrances ne pouvaient obtenir. L'invasion de Mathias leur fournit l'occasion désirée. A l'approche de l'archiduc, Rodolphe, abandonné de ses autres pays héréditaires, convoque les étals de Bohême, désormais sa seule espérance. Sortant de sa retraite profonde, il paraît, après tant d'années, aux yeux d'un peuple qui doute encore de l'existence de son invisible souverain; il vient en personne ouvrir la diète dont les résolutions vont faire ses destinées. Il sait trop de quel prix il lui faudra payer un secours nécessaire. Les états, forts de sa détresse, vont lui dicter des lois, et exiger audacicusement la confirmation et même l'accroissement de leurs privilèges. Il se résigne; il cède a l'invincible nécessité ; il accepte les diverses conditions qu'on lui impose, se réservant toutefois de statuer à la prochaine diète sur les points relatifs à la religion. Dès-lors les Bohémiens satisfaits s'arment pour sa défense, et tout annonce une guerre sanglante. Mais les princes autrichiens ménagent un accommodement entre les deux frères, ou plutôt Rodolphe s'avoue vaincu sans combat. 11 abandonne à Mathias la Hongrie, l'Autriche et la Moravie, le reconnaît pour son successeur au trône de Bohême , et confirme le traité de Vienne.

La diète à laquelle avaient été renvoyées les affaires de religion en Bohême s'ouvrit en U)09. Eucouragés par l'état d'humiliation pu Rodolphe était descendu, et soutenus en secret

par M alhias , les députés annoncèrent des prétentions exorbitantes. L'empereur refusant d'y faire droit, ils déclarèrent que la diète était dissoute, et, de leur propre autorité, ils convoquèrent une autre assemblée dans la ville neuve de Prague, pour aviser aux moyens d'obtenir satisfaction. Us s'y rendent en grand nombre, et se réunissent, malgré les défenses de l'empereur, et presque sous ses yeux. Résolus d'employer la force pour arriver à leurs Ans, ils décrètent la levée d'une armée, et en remettent le commandement a Henri, comte de Thurn, le principal auteur du soulèvement. Ils établissent un conseil permanent , et concluent une ligue avec les députés que les états de Silésie venaient d'envoyer à Prague, pour y demander la liberté de conscience. Effrayé de ces préparatifs , et sentant le péril comme l'inutilité de la résistance, le malheureux Rodolphe cède à l'orage, et, le 5 juillet 1609, il signe ces fameuses lettres de majesté, par lesquelles les révoltes des Bohémiens furent constamment justifiées sous ses successeurs. La confession de Bohême, tolérée par Maximilien , est solennellement reconnue. Les protestais sont autorisés à élever des temples, à fonder des écoles, à établir des consistoires. Un certain nombre d'officiers, choisis par les états, doivent, sous le nom de défenseurs de la foi, veiller à l'exécution de l'édit. Enfin, une clause expressse porte que toute ordonnance contraire à cet acte, qui pourrait être rendue à l'avenir, sera nulle de plein droit.

Avili dans ses propres états, Rodolphe venait de perdre un de ses trônes héréditaires, et chancelait sur l'autre, lorsque les protestans unis lui envoyèrent la liste de leurs griefs, le menaçant de se faire justice à eux-mêmes, s'il n'acquiesçait à leurs demandes. La nécessité lui arracha des promesses, sans doute peu sincères, et dont les troubles qui s'élevèrent dans l'empire prévinrent l'accomplissement.

SECTION IL

Depuis l'ouverture de la succession de Juliers jusqu'à la défenestration

de Prague (1609— 1618).

Jean-Guillaume, duc de C lèves, de Juliers et de Rerg, comte de la Marck et de Ravensberg, et seigneur de Ravenstein,

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mourut sans enfans le 25 mars 1609, laissant, suivant l'expression de Henri IV, tout le monde son héritier. En effet, une foule de concurrens réclamèrent son riche héritage. Nous ne citerons que les principaux. 1° La maison Albertine de Saxe fondait ses prétentions sur une expectative que l'empereur Frédéric III avait accordée en 4483 au duc Albert sur les duchés de Juliers et de Berg. 2° La maison Ernestine de Saxe alléguait, outre cette même expectative, le contrat de mariage de rélecteur Jean-Frédéric (1 526) avec la princesse Sybille de Clèves , acte confirmé par l'empereur Charles-Quint , par le corps germanique, parles états provinciaux des trois duchés, et en vertu duquel ces duchés et leurs dépendances étaient substitués aux descendans de Jean-Frédéric et de Sybille, a défaut d'héritiers mâles du nom de Juliers et de Clèves. 3° Jean Sigismond, électeur de Brandebourg , prétextait les droits de sa femme, Anne de Prusse, nièce du dernier duc de Juliers, et fille de sa sœur aînée. Or, les sœurs de ce prince avaient été déclarées habiles à lui succéder par des lettres-patentes de Charles-Quint (1 546) et de ses successeurs ( en 1566 et 1580 ). 4° Philippe-Louis, comte palatin de Neubourg, insistait également sur les droits de sa femme, Anne de Juliers, sœur puînée de Jean-Guillaume. Philippe avait de cette princesse un fils nommé Wolfgang Louis.

Toute la dispute roulait sur les quatre questions suivantes : 1 0 Les états litigieux étaient-ils des fiefs masculins ou féminins ? 2° L'expectative de la maison de Saxe , qui les supposait masculins , devait-elle être préférée à un privilège plus récent : par exemple , à celui de 1 546 , favorable aux sœurs du dernier duc? 3° Ce même privilège pouvait-il être opposé au contrat de mariage de 1526? 4° La fille de la sœur aînée pouvait-elle entrer en concurrence avec le fils de la sœur cadette?

Tous les privilèges contradictoires émanant de l'autorité impériale, et l'examen des contestations féodales appartenant au conseil aulique, l'empereur était l'arbitre naturel de cet important démêlé. Rodolphe évoque la cause à son tribunal, et ordonne qu'en attendant le jugement définitif, la succession sera remise entre les mains de l'archiduc Léopold, évéque de Strasbourg et de Passaw , délégué par l'empereur à cet effet. L'électeur de Saxe , dévoué à la maison d'Autriche, et certain, a ce titre, de la faveur de Rodolphe, souscrit à cet arrange-

ment; mais l'électeur de Brandebourgs et le comte palatin de Neabourg, qui craignent la partialité et peut-être l'ambition de l'empereur, refusent de le reconnaître pour juge de leur différend. Divisés d'intérêts, mais réunis par un même danger, ils conviennent à Dortmund de gouverner en commun les trois duchés, et s'engagent à les défendre de concert, jusqu'à un partage absolu et définitif , contre quiconque voudrait leur en disputer la possession. Cependant Léopold ayant rassemblé des troupes pour exécuter l'arrêt de séquestre, s'empare de Juliers, et se prépare à chasser les deux princes des pays qui sont en leur pouvoir.

Ce débat éveille l'attention de l'Allemagne et même de plusieurs cours de l'Europe. Il ne s'agit pas tant de mettre tel ou tel prince en possession des duchés contestés , que de décider lequel des deux partis , le catholique ou le protestant , s'accroîtra d'un pays aussi considérable, que de savoir si la maison d'Autriche, toujours envahissante, s'enrichira de nouvelles dépouilles, et portera le dernier coup, par une grande usurpation , à la liberté et à l'équilibre de l'Allemagne. Ainsi, la conduite suspecte de l'empereur a changé la nature de la contestation; ce n'est plus une question de droit, c'est une querelle religieuse et politique, c'est un intérêt européen.

Dans ces circonstances, les princes protestans s'assemblent & Hall en Souabe (1610), y renouvellent l'union, garantissent le traité de Dortmund, et proclament leur résolution de secourir Pélecteur de Brandebourg et le comte palatin de Neubourg. Ils sont soutenus par diverses puissances étrangères ; mais aucun prince ne déploie en leur faveur plus de zèle et de vigueur que Henri IV. Indépendamment des motifs politiques qui le portent à abaisser la maison d'Autriche, ce monarque nourrit depuis long-temps une haine légitime contre la branche espagnole, qui s'est efforcée de lui fermer le chemin du trône. Son aversion s'étend àla branche allemande, étroitement unie d'intérêts à la cour d'Espagne. Le temps est venu de s'armer contre une famille ambitieuse > et d'assurer enfin le repos de l'Europe tant de fois troublé par les descendais de Ferdinand d'Aragon. Tout semble inviter à ce coup décisif, la faiblesse de Rodolphe II, les discordes de sa maison, le mécontentement général des peuples. Le prétexte de la guerre, Henri le trouve dans la succession de Juliers, et il a

33G HISTOIRB GÉNÉRALE

tout préparé pour le succès. Il a gagné le pape Paul V par l'offre du royaume de Naples, le duc de Savoie par celle du Milanez , les Vénitiens en leur destinant la Sicile, les Suisses en les flattant de l'espoir d'obtenir l'Alsace , la Franche-Comté et le Tyrol. La plupart des cours protestantes d'Allemagne entrent dans ses desseins avec ardeur. Son trésor est rempli par sa prévoyante économie, et ses légions nombreuses, prêtes à porter leurs drapeaux au-delà du Rhin , sont rassemblées aux limites de ses états. Ces dispositions terminées , il se déclare; il adhère au traité de Hall, et s'engage à secourir les princes unis. L'armée française, commandée par son roi en personne, ira se joindre à celle de l'union , et l'aider à terminer la conquête des pays de Juliers et de Clèves : de là, pénétrant en Italie , les alliés renverseront dans cette contrée tous les trônes de la maison d'Autriche, envahiront ensuite ses pays héréditaires, et, secondés parles protestons, détruiront sa puissance dans ses états d'Allemagne, en Bohême, en Hongrie, en Transylvanie, tandis que les Brabançons et les Hollandais , avec l'aide de la France , secoueront le joug des Espagnols.

Animés par le fanatisme et par l'ambition, les princes unis brûlent d'exécuter ce vaste plan de conquête et de vengeance. Henri IV n'a point encore déployé ses étendards, et déjà une armée de l'union a battu et dispersé un corps autrichien que Léopold conduisait dans le pays de Juliers. Les efforts de ce prince pour faire des levées d'hommes en Alsace et dans son diocèse de Strasbourg , étendent le fléau de la guerre jusque sur cette partie de l'Allemagne. Les troupes que les protestans y envoient se détournent pour se jeter sur les domaines des princes ecclésiastiques, établissent leur camp dans ces riches contrées, et s'y livrent à d'affreux brigandages. Justement effrayés de cette conduite de l'union , et ne pouvant rien attendre d'un empereur impuissant et méprisé , les catholiques cherchent leur salut dans une confédération semblable à celle qui les menace. Les trois électeurs ecclésiastiques, un grand nombre d'évêques, et le duc Maximilien de Bavière se liguent à Wurtzbourg pour la défense de leurs biens, de leurs libertés et de leur commune religion (1610). Le duc de Bavière est reconnu chef de cette confédération, bientôt fortiûée de Taccession du pape, du roi d'Espagne, de plusieurs autres princes

étrangers , et même de deux princes protestans , l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse-Darmstadt, qui, pour des motifs d'intérêt personnel, recherchent les bonnes grâces de l'empereur. Toutefois , tel est l'avilissement, telle est la nullité de ce monarque, que les membres de la ligue ne daignent pas même lui proposer d'en faire partie. Cette redoutable confédération s'élève indépendante de l'autorité impériale. Il est vrai qu'armée contre les protestans , elle combat alors pour l'Autriche; mais bientôt elle fera trembler l'Autriche ellemême.

Cependant l'union triomphe d'abord dans le pays de Juliers et dans l'Alsace; Juliers est étroitement bloqué, l'évêché de Strasbourg est conquis. Mais déjà ces brillans succès sont à leur terme. L'armée française n'attendait plus que la présence de son roi pour aller combattre et vaincre en Allemagne. Tout à coup un exécrable attentat lui ferme la carrière qui s'ouvrait devant elle. Le fanatisme, tant de fois trompé dans ses desseins contre Henri , s'immole enfin cette grande victime. Ravaillac a frappé un coup mortel, et l'Autriche est sauvée.

D'un côté , l'assassinat du roi de France , de l'autre, la mort de l'électeur palatin , chef de l'union , changent subitement la face des choses. Privés de l'appui de la France , les protestans unis désirent un accommodement. Le souvenir des malheurs passés , la crainte de les voir renaître avec la guerre civile , disposent la ligue à la modération. On signe à Wilstett et à Munich (1610) des traités de paix et de neutralité, par lesquels on se promet de part et d'autre l'oubli du passé. Malheureusement , ces conventions ne décidaient aucun des points principaux de la querelle , et laissaient subsister tous les germes du terrible incendie qui devait bientôt embrâser l'Allemagne. Cette contrée se trouvait dans un état incertain entre la paix et la guerre. L'union et la ligue suspendaient le cours de leurs inimitiés; mais ce n'était point une franche réconciliation , c'était une trêve passagère et forcée. On se craignait , on se haïssait , et la main restait sur le glaive, prête à le tirer du fourreau.

Tandis que l'Allemagne se reposait dans ce calme équivoque, la révolte achevait d'enlever à l'empereur ses étals héréditaires. Durant les derniers troubles, le parti catholique avait essayé de rélablir la bonne intelligence entre les princes de la

maison d'Autriche, dont les discordes avaient puissamment servi la cause des protestans. Un rapprochement avait eu lieu entre l'empereur et le roi de Hongrie; mais, après tant d'outrages, le pardon ne pouvait être sincère, et Rodolphe était au fond du cœur l'implacable ennemi de Mathias. Et cependant n'était-ce point a ce frère odieux qu'il lui faudrait encore laisser un jour le sceptre de Bohême ? ou si Mathias mourait sans postérité, ce sceptre ne tomberait- il pas en des mains aussi détestées , entre les mains de l'archiduc Ferdinand de Styrie, qui a signé le pacte de famille, et que Rodolphe confond dans une même haine avec l'usurpateur dont il est le complice? Rodolphe, pour les punir tous deux, songea les exclure du trône de Bohême; et, par un choix conforme à ses affections, il veut faire passer la couronnne de ce royaume, et peut-être celle de l'empire , sur la tête du frère de Ferdinand , de ce Léopold dont le dévouement et les services ont mérité cette préférence. Le droit oii prétendent les Bohémiens d'élire librement leur souverain, leur inclination pour Léopold, semblent présager le succès. Mais pour l'assurer il faut une armée. Seize mille hommes sont levés dans l'évêché de Passaw. Ces troupes, comme par une fatalité malheureuse attachée à tous les desseins de Rodolphe, nuisent à l'entreprise qu'elles devaient exécuter. Mal disciplinées et mal payées, elles font à l insu de l'empereur une incursion prématurée en Bohême. L'alarme se répand dans tout le royaume : Rodolphe, s'écrie-t-on de toutes parts, veut enchaîner de nouveau la liberté nationale, et supprimer les privilèges qu'il regrette d'avoir accordés. Vainement il désavoue l'irruption dont on se plaint, et proteste qu'il n'a rien su, rien ordonné. Les défenseurs de la liberté, persuadés qu'il avait le dessein d'anéantir la lettre de majesté, arment toute la Bohême protestante, et appellent Mathias à leur secours. Les troupes autrichiennes sont chassées, et l'empereur, prévenant par une retraite, en apparence volontaire, une abdication forcée, abandonne à son frère le sceptre de Bohême (1611).

Dépouillé de tous ses états, Rodolphe n'avait plus à perdre que la couronne impériale; la mort lui épargna peut-être cette dernière honte : le chagrin termina ses jours le 10 janvier 1612. Mathias lui succéda au trône de l'empire après un interrègne de six mois.

Ce prince payait le tribut que doit à la révolte tout ambitieux qui l'appelle à son aide pour renverser l'ordre légitime. Dans l'Autriche, dans la Hongrie et dans la Bohême, il avait ébranlé l'autorité suprême jusque dans ses fondemens par ses entreprises contre son frère. Les peuples , instruits par lui-même à l'insurrection, réclamaient le salaire de l'appui qu'ils avaient prêté à ses coupables desseins, et lui demandaient incessamment des concessions nouvelles. Les prérogatives de la souveraineté, telle qu'il l'avait faite, le défendaient mal contre des hommes armés de son exemple, et qu'il ne lui était plus permis d'appeler rebelles. Il cédait comme avait cédé Rodolphe, et les couronnes avilies, enlevées du front de ce monarque, achevaient de perdre leur éclat sur celui de Mathias.

Ainsi ce prince était sans pouvoir dans les domaines de sa maison. Toutefois, porté au trône impérial par le consentement unanime des électeurs , et comptant sur ses relations avec les protcstans , il se flattait de diriger à son gré la diète germanique. Le premier acte de son règne le détrompa. Une guerre paraissait imminente contre les Turcs et contre Bethlem Gabor, prince de Transylvanie, qui, secondé de ces derniers, s'était rendu maître de cette province, et menaçait même la Hongrie. Mathias ne pouvait soutenir cette guerre sans le secours de l'Allemagne; mais les états de l'empire, prenant pour modèle de leur conduite envers l'empereur celle de ses provinces héréditaires, ne songèrent qu'à lui faire acheter leur assistance au prix de nouveaux privilèges. La première diète qu'il assembla le surprit par une proposition inouïe (1613). Comme tout se décidait à la pluralité des voix, et que les catholiques étaient les plus nombreux dans le collège des princes , les protestans demandèrent que la majorité des suffrages ne fût plus désormais obligàtoire en ce qui concernait la religion et les biens ecclésiastiques. Cette demande était accompagnée des plaintes ordinaires sur la juridiction du conseil aulique, sur l'oppression des protestans, etc. Les catholiques, de leur côté, reprochaient à leurs adversaires les transgressions multipliées qu'ils commettaient chaque jour contre la paix de 1555, en s'enrichissant des dépouilles de l'Eglise, et en s'appropriant des bénéfices qui, a l'époque de ce traité, appartenaient aux catholiques. Ces griefs des deux

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partis, leurs prétentions, leurs récriminations réciproques jetèrent l'empereur dans une extrême perplexité. Ses besoins pressans réclamaient le concours de tous les états de l'empire, et cependant il ne pouvait s'attacher les uns sans perdre aussitôt l'appui des autres. La préférence qu'il accorda aux catholiques lui valut de leur part un subside assez considérable; mais les princes protestans s'élevèrent contre cette résolution, et la diète se sépara en désordre. L'assemblée des états de Bohême, d'Autriche et de Hongrie, ayant également frustré les espérances de Mathias, ce prince fut contraint de renoncer à ses projets de guerre ; et les Turcs s'étant montrés disposés à prolonger la trêve, elle fut renouvelée pour vingt ans avec le sultan Âchmet III. Le traité ne fit point mention delà Transylvanie, et le droit de BethlemGabor fut tacitement reconnu.

Cependant la haine implacable des catholiques et des protestans ne cessait d'agiter l'Allemagne. Les principaux sujets de querelle étaient alors le renouvellement du décret de mise au ban de l'empire, rendu contre Aix-la-Chapelle, et la fondation de la ville protestante de Mulheim dans le duché de Berg. Au milieu des troubles qui avaient marqué les dernières années du règne de Rodolphe II, les religionnaires d'Aix-la-Chapelle ayant pris les armes et rétabli les magistrats de leur communion, Mathias avait fait revivre contre eux l'ancien décret de mise au ban de l'empire. D'une autre part, les princes qui s'étaient mis en possession de la succession du duc de Clèves, avaient fondé et fortifié, sur la rive droite du Rhin et vis-à-vis de Cologne , la ville de Mulheim , pour servir de retraite aux religionnaires. Cet établissement donnant d'ailleurs aux protestans un poste militaire d'une grande importance, et leur procurant les moyens de s'approprier la navigation du Rhin , les habitans de Cologne s'en plaignirent comme d'une violation de leurs traités avec les ducs de Clèves et de Juliers , et obtinrent de l'empereur un décret en vertu duquel les fortifications de Mulheim devaient être rasées sous trente jours.

Cet acte serait sans doute resté sans exécution , si les débats qui s'élevèrent alors entre les deux princes possesseurs n'eussent divisé les protestans. Un mariage entre le comte de Neubourg et la fille del'électeur deBrandebourg devait unir indisso-

lublementles intérêts des deux maisons. Une sanglante injure, un soufflet donné par l'électeur à son gendre dans un moment d'ivresse, dérangea ce plan de conciliation. Le ressentiment jeta le palatin dans le parti catholique. La main d'une prin-% cesse bavaroise, la protection de la Bavière et celle de la cour d'Espagne furent la récompense de cette abjuration. Dans le même temps, l'électeur de Brandebourg quitta le luthéranisme pour le calvinisme, afin d'obtenir les secours du prince d'Orange et des Provinces-Unies. Les Espagnols et les Hollandais avaient, par des vues opposées , un intérêt égal à s'établir dans les duchés deClèves et de Juliers, les premiers, pour conserver la liberté du passage aux secours qui leur venaient d'Allemagne; les autres, pour mettre, de ce côté, une barrière entre eux et la maison d'Autriche. La trêve de 1609 ayant suspendu les hostilités dans les Pays-Bas, les deux partis les transportèrent en Allemagne, où ils agirent pour leur-propre cause, en feignant de servir une cause étrangère. Le prince d'Orange, Frédéric-Henri, sous prétexte de secourir l'électeur de Brandebourg, s'empara de Juliers et de quelques autres places. De son côté, Spinola, à la tête de trente raille Espagnols, exécuta les décrets rendus contre Aix-la-Chapelle et Mulheim, et se saisit de plusieurs forteresses importantes (1614). Les deux peuples, évitant toute, action qui aurait pu porter une atteinte décisive à la neutralité, semblèrent partager entre eux, comme par une convention tacite, le pays qu'ils étaient venus défendre. Les compétiteurs, mécontens de leurs alliés, sentirent le besoin d'un rapprochement, et, sous la médiation delà France, de l'Angleterre et de quelques états d'Allemagne, ils conclurent à Santen (12 novembre 1614) un traité portant que la succession litigieuse serait divisée en deux parties égales, qui seraient tirées au sort entre les deux concurrens ; que toutefois le gouvernement s'exercerait conjointement au nom de l'un et de l'autre, en attendant un règlement définitif, et que les troupes étrangères , dont le secours leur était désormais inutile , se retireraient incessamment. Les Espagnols et les Hollandais n'ayant point voulu remettre les postes qu'ils occupaient, on eut recours à l'empereur ; mais cet appel fut sans effet. Mathias , occupé de soins assez pressans dans ses états héréditaires , refusa d'intervenir dans le démêlé de l'électeur et du comte palatin ,

et, pendant le reste de son règne, les deux duchés continuèrent d'être la proie des étrangers.

La conduite de Mathias en cette circonstance paraîtrait inexcusable , si Ton ne considérait les difficultés domestiques dont ce monarque était alors environné. Parvenu presque sexagénaire au trône qui lui avait coûté tant d'intrigues et de complots, il y traînait une vieillesse infirme et languissante, et allait bientôt descendre au tombeau sans laisser de postérité. Ses frères, Maximilien et Albert, étaient comme lui avancés en âge et privés d'enfans. Ferdinand, leur cousin-germain, chef de la ligne styrienne , avait seul des fils , et tout l'espoir de la branche allemande résidait en lui. 11 était donc important d'assurer à ce prince la couronne impériale, et la succession des états héréditaires de la maison d'Autriche, que le roi d'Espagne aurait pu réclamer aux droits d'Anne, sa mère, lille de Maximilien II. Pour prévenir cette querelle et les malheurs qu'elle eût amenés à sa suite, les archiducs Albert et Maximilien offrirent décéder leurs droits à Ferdinand, et, sur leurs instances,. Philippe III se désista aussi de ses prétentions; mais il exigea de tous les princes de la branche allemande une déclaration publique, portant qu'en cas d'extinction de la ligne masculine, la succession appartiendrait aux femmes de la branche espagnole , de préférence à l'autre branche; et il fit signer en secret à Ferdinand un acte par lequel ce prince lui promit la cession éventuelle du Tyrol et des autres provinces extérieures de l'Autriche. Mathias adoptant, non sans répugnance, le plan conçu par ses frères, fit successivement reconnaître Ferdinand pour roi de Bohême (1617) et de Hongrie ( 161 8).

Depuis quelques années l'Allemagne jouissait d'une assez grande tranquillité; mais ce calme ne pouvait être de longue durée. Deux partis puissans, armés et en présence l'un de l'autre , s'observaient avec jalousie et défiance. Les peuples , par un zèle ardent pour leurs croyances diverses, les princes, par des vues d'ambition et de politique qu?ils couvraient du masque de la religion , inclinaient également à la guerre. Il ne fallait qu'une étincelle pour tout embraser; elle partit du sein de la P>ohême, de cet antique foyer de discordes religieuses, oii , «'epuis quatre-vingts ans, couvait un feu mal éteint.

Les protestans avaient fait bâtir un temple sur les terres de

l'abbé de Braunau, et un autre dans le village de Clostergrab, qui dépendait de l'archevêque de Prague. Ces deux prélats s'y étaient inutilement opposés. Malgré leurs représentations, on avait achevé ces édîûces. Ils résolurent alors d'employer la force où les raisons avaient échoué; on démolit le temple de Clostergrab; on ferma celui de Braunau (1618). Les protestais invoquèrent les lettres de majesté, mais ces lettres mêmes les condamnaient, puisqu'en accordant aux seigneurs la permis sion de fonder des églises sur leurs territoires , elles ne donnaient pas à leurs sujets le droit d'en élever sans leur areu. Mathias, sollicité par les deux partis, prononça contre les protestons. « Cet arrêt pouvait être imprudent, dit Ancillon , « mais il était juste. »

En tout autre temps, des rigueurs de ce genre, qu'on s'était souvent permises en Autriche et en Allemagne, n'auraient occasionné qu'une querelle légère et promptemcnt oubliée ; mais, dans Pétat de fermentation oii étaient les esprits, elles causèrent le soulèvement qui amena la guerre de trente ans.

Henri, comte de 77wrw,futle plus ardent instigateur de l'insurrection. Cet homme turbulent et audacieux avait déjà pris la part la plus actiye aux soulèvemens de la Bohême sous le règne de Rodolphe II, et la publication des lettres de majesté était principalement attribuée à ses efforts. En sa qualité de burgrave de Carlstein , il avait obtenu de la cour la garde de la couronne de Bohême et des chartes du royaume; mais, ce qui était bien plus important, la nation elle-même lui avait remis ses destinées , en le nommant défenseur et protecteur de sa religion.

Le caractère et le crédit du comte du Thurn le rendaient odieux à Ferdinand. Ce prince lui ôte le burgraviat de "Carlstein, seul lien qui l'attache encore à la cour. Dès-lors, tout entier à ses passions , il se précipite dans le parti populaire ; il ne respire que la vengeance, et médite et organise une révolution qu'il se flatte de diriger. Il parcourt la Bohême, et, se mêlant au peuple de toutes les classes, il va répétant à la multitude alarmée les noms de Braunau et Clostergrab; il exagère, ou suppose, ou falsifie, rappelle les malheurs passés, en prophétise de nouveaux , et partout , au nom de la religion, de la liberté et de la patrie, enflamme les esprits, et les dispose aux mesures les plus violentes. De retour à Prague,

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il assemble les défenseurs, et, de concert avec eux, convoque des députés de tous les cercles du royaume , pour demander le redressement des griefs de la nation. Vainement Mathias leur défend de se réunir, avant qu'il vienne lui-même examiner rétat des choses. L'assemblée se forme, et publie une déclaration dans laquelle, se plaignant de la démolition du temple de Clostergrab comme d'une violation de l'édit de 1609, elle demande justice à l'empereur. Mathias répond aux députés que rien ne s'est fait que par ses ordres, traite leur conduite d'illégale et de séditieuse, et ajoute encore à l'offense en adressant sa réponse au conseil de régence , et non aux états. Le comte de Thurn sent qu'il est nécessaire de frapper un coup hardi , et d'enchaîner le peuple à la révolte par un grand attentat. A la tête d'une partie des états, de leurs partisans et d'une populace nombreuse, il se rend dans la salle du conseil , oii étaient assemblés les gouverneurs. De Thurn a répandu le bruit qu'ils sont les auteurs de la réponse de Mathias. On les somme de déclarer si cette réponse est en effet leur ouvrage. Leur réplique menaçante est le signal de la vengeance : on les saisit, on les traîne à une fenêtre, d'où on les précipite dans les fossés du château (1).

SECTION ni.

Révolte de la Bolième. — Guerre de trente ans. — Période palatine

Cet odieux attentat qui révolte tous les gens de bien , les Bohémiens le justifient par une prétendue coutume de leur pays, par l'exemple de Jésabel , par l'usage des Romains et d'autres peuples de l'antiquité qiû punissaient ainsi les traîtres et les perturbateurs de la tranquillité publique. Cette violence, connue sous le nom de défenestration de Prague, avait besoin d'être soutenue par des mesures promptes et décisives. Les états , sans perdre de temps , changent l'administration du

(1 LYau ou la vase rompit la violence de leur chute ; et, quoique tombés de quatre-vingts pieds de haut , ils n'eurent aucune blessure , et parvinrent ù s'écliapper.

royaume : ils mettent à la tête des affaires trente directeurs légalement chargés de continuer 4a révolte ; ils lèvent des troupes dont le comte de Thurn est nommé général ; ils destituent tous les fonctionnaires qui se sont déclarés pour le roi, ou qu'on soupçonne de lui garder une fidélité secrète; ils chassent l'archevêque de Prague , l'abbé de Braunau , et les jésuites, dont ils craignent le zèle et l'activité, font un appel aux états de Moravie, de Silésie et de Lusace, aux Hongrois, aux protestans de l'empire, et terminent leurs opérations par un manifeste dans lequel « ils altèrent les faits, en créent même « au besoin, prêtent des crimes à leurs adversaires pour « justifier leurs propres violences, appliquent aux événemens « des principes étrangers à la constitution de l'état, et couvrent « leurs démarches des mots d'égalité, de justice, depatrio- « tisme , qui légitiment leurs passions a leurs propres yeux , « séduisent les esprits faibles et rassurent les consciences « timides.... En même temps, ils font circuler des projets « homicides et de prétendus plans de conspirations qui me- « nacent la religion protestante; ils attribuent aux victimes « %du soulèvement les actions les plus atroces et les plus « révoltantes ; la malignité invente des calomnies , la cupidité « les reçoit avidement, les passions s'en nourrissent, et la « Bohême tout entière est en armes. » (Ancillon.)

L'empereur veut d'abord négocier; les mécontens rejettent tout projet d'accommodement, et ne respirent que la guerre. Déjà' de Thurn est à la tête de deux mille chevaux et de douze régimens d'infanterie. Mathias est enfin contraint d'opposer la force à la force. Avec l'or de l'Espagne, il lève deux armées, dont il .confie le commandement aux comtes de Bucquoy et de Dampierre. Les impériaux marchent en espérance à une victoire assurée : l'armée de Bohême leur paraît un rassemblement tumultuaire qui va se dissiper à leur approche ; leurs adversaires sont de misérables paysans qu'ils vont châtier plutôt que combattre. Ils sont bientôt désabusés par leurs propres défaites. Le fanatisme triomphe de la discipline et de la tactique militaires. Enhardis par les succès des rebelles , les états de Silésie et de Lusace se déclarent en leur faveur, et l'Allemagne leur envoie un vaillant défenseur, l'intrépide Ernest de Mansfeld. C'était un de ces guerriers audacieux qui, dans les temps de troubles et d'anarchie, sans autre patri-

moine que leur talent et leur épée, rallient autour de leur bannière tous ceux qui veulent de la gloire , des dangers et du butin. Secrètement encouragé par les princes de l'union, il lève quatre mille hommes , que le duc de Savoie , alors en guerre avec les Espagnols , lui fournit les moyens d'entretenir; puis il entre en Bohême , et s'empare de Pil$en> la plus forte place du royaume.

Cependant les forces se balancent; les hostilités sont meurtrières, sans être décisives, et les négociations se mêlent anx combats. Au moment où un congrès s'assemble dans Egra, toute espérance de paix s'évanouit par la mort de l'empereur (1619). L'enlèvement du cardinal Clesel, son ministre favori, arrêté par ordre de l'ingrat Ferdinand (1618), le remords de ses propres attentats contre Rodolphe, la douleur de les avoir si chèrement expiés par le règne le plus honteux et le plus déplorable, avaient précipité l'infortuné Mathias dans le tombeau. Il laissait à son successeur un empire agité et mal affermi. De quelque côté que Ferdinand II tournât les yeux, il n'apercevait que des ennemis déclarés ou secrets. La maison d'Autriche semblait sur le penchant de sa ruine; et cependant (qui l'eût pu croire à de si tristes commencemens?) ce règne, qui s'annonçait sous les plus funestes auspices, devait être brillant et glorieux ; ce prince, que tous ses états repoussaient avec une fureur unanime , devait relever la maison de Hapsbourg, et lui ouvrir une nouvelle carrière de grandeur et de puissance.

Du haut d'un trône environné d'orages , Ferdinand mesure tous ses dangers d'un œil tranquille. Quand tout paraît prêt à lui échapper, il ne renonce à rien, ne désespère de rien, et se prépare à montrer ce que peuvent l'activité, le courage et la volonté d'une âme forte. Toutefois, également ferme et souple au besoin , en même temps qu'il ordonne des levées de troupes, il négocie, il intrigue, et cherche à désarmer ou à diviser ses ennemis. Mais c'est en vain qu'il fait porter aux protestans de Bohême les propositions les plus avantageuses, et qu'il leur offre, avec une amnistie pleine et entière, la confirmation de tous leurs privilèges. Ces avances, attribuées à sa détresse, sont rejetées avec dédain. Les rebelles redoublent d'efforts et d'audace. Le comte de Thurn envahit la Moravie, et fait soulever cette province encore incertaine. Son armée grossissant

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dans sa course , il se jette sur l'Autriche supérieure, et bientôt il est aux portes de Vienne. Assiégé dans sa capitale, Ferdinand semble perdu sans ressource. Au dehors, une multitude furieuse; au dedans, la faction protestante, plus nombreuse que le parti catholique , et pour toute défense contre tant d'ennemis, une faible garnison, sans solde et sans pain : quel prince, en pareille circonstance, n'eût senti défaillir son courage! mais rien n'ébranle Ferdinand. Il s'est prosterné au pied delà croix, il a prié avec ferveur, et son cœur s'est armé d'une force surnaturelle. Ni les représentations de ses ministres, ni les instances des prêtres catholiques qui l'exhortent à céder ou à fuir, ni le canon des rebelles qui bat les murs de son palais , ni les cris d'une populace menaçante qui demande sa réclusion dans un monastère et la mort de ses conseillers, ni les violences de seize barons autrichiens qui se précipitent dans son appartement, et le pressent , en l'accablant d'outrages, d'autoriser une confédération avec les insurgés, ne le font chanceler un instant. Tomber du trône, et non pas en descendre, périr s'il le faut, mais en roi, telle est sa ferme résolution, ou plutôt sauver à la fois, par cette fermeté, et sa couronne, et sa gloire, et sa vie, telle est son espérance, que justifie l'événement. Tandis qu'il résiste aux furieux qui l'obsèdent, et dont l'un, perdant toute retenue, ose porter sur lui ses mains hardies, tout a coup le son des trompettes se fait entendre, et annonce l'arrivée d'un secours. C'étaient les cuirassiers de Darapierre, qui, trompant la vigilance de l'ennemi, venaient d'entrer dans la capitale. Us sont bientôt suivis de nouveaux renforts. En même temps on apprend que le comte de Bucquoy a battu Mansfeld près de Budweiss, et qu'il est en marche sur Prague. A cette nouvelle, les Bohémiens lèvent le siège de Vienne pour aller défendre leurs propres foyers, et Ferdinand court a Francfort solliciter la couronne de l'empire. Malgré les obstacles multipliés que lui suscitent les mécontens et les princes de l'union , il réunit l'unanimité des suffrages (28 août 1()19), et fixe dans sa maison le sceptre impérial que ses ennemis s'efforçaient de transférer à une autre famille. Mais tandis qu'on le proclamait empereur à Francfort, il perdait le trône de Bohême.

Peu de temps après la levée du siège de Vienne , les états de Bohême, de Silésie, de Moravie et de Lusacc s'étaient con-

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fédérés à Prague pour le maintien de leurs privilèges. Les protestans de la Haute et Basse-Autriche s'étaient réunis à cette ligue, et Belhlem Gabor, prince de Transylvanie, avait promis de la soutenir. Dès-lors, les Bohémiens avaient frappé le coup décisif en déclarant Ferdinand II déchu de tous ses droits à la couronne, et en procédant au choix d'un nouveau souverain. Un moment ils pensèrent à se constituer en république; mais les raisons politiques l'emportèrent sur le vœu particulier des moteurs de l'insurrection. Le danger des circonstances, la nécessité d'avoir un chef et des alliés dans la guerre qu'on avait à soutenir, firent taire les ambitions personnelles. Cependant les vues différentes des calvinistes et des luthériens tinrent long-temps la diète incertaine. Le roi de Danemarck, l'électeur de Saxe, les ducs même de Bavière et de Savoie furent tour à tour proposés. Enfin, la pluralité des suffrages tomba sur un prince calviniste , Frédéric V> électeur palatin , que recommandait aux états sa triple qualité de chef de l'union protestante, de gendre du roi d'Angleterre, et de neveu du stathouder de Hollande.

Frédéric a vivement désiré la couronne de Bohême. Cependant, à la vue des hasards auxquels il va s'exposer en l'acceptant, il hésite, il s'effraie, il cherche des conseils : heureux s'il en eût cru ses pressentimens intérieurs , et la prudence de sa mère , et les scrupules de son beau-père , et les remontrances des électeurs de Saxe et de Brandebourg! Mais, subjugué par de puissantes influences, il ferme l'oreille a la voix de la sagesse. Favoris et ministres, intéressés à l'agrandissement de leur maître, prédicateurs fanatiques, astrologues imposteurs, tout conspire à l'abuser, à l'enivrer de folles espérances : l'amour achève de l'égarer. Une épouse adorée, sortie d'une maison royale, honteuse de n'être que simple électrice, une épouse qui aimerait mieux ne manger que du pain et être reine, que de vivre dans les délices comme femme d'électeur, l'enveloppe de tous les artifices que peut inventer une âme vaine et ambitieuse. Il succombe à tant de séductions, il accepte le don fatal; mais, toujours agité d'un trouble involontaire, c'est d'une main tremblante, et les larmes aux yeux, qu'il signe l'acte de son élection, comme s'il eut senti qu'il signait l'arrêt de sa ruine et de celle de ses enfans.

Cependant , à peine a-l-il pris sa résolution, que cherchant

à s'aveugler sur le danger, il se berce des illusions les plus flatteuses. Il court à Prague, ou il est couronné avec une pompe extraordinaire. La Silésie et la Moravie, à l'exemple de la Bohême, lui prêtent serment de fidélité. Le Danemarck, la Suède, la Hollande, Venise et plusieurs états d'Allemagne le reconnaissent comme roi légitime. Les Hougrois, révoltés contre la maison d'Autriche , soutiennent sa cause, se donnent pour roi Bethtcm Gabor ( 1 620) , et cet usurpateur promet ses secours à l'usurpateur de la Bohême. Frédéric croit pouvoir compter avec assurance sur ceux de Jacques Ier, de Maurice d'Orange et des princes de l'union. Déçu par tant de belles apparences, il s'endort dans une funeste sécurité (1), et se repaît de songes brillans que va suivre un triste réveil. Le roi d'Angleterre est son beau-père : le sang, la religion, la politique, tout semble lui garantir l'assistance de ce monarque; mais par caractère , Jacques Ier est éloigné de toute entreprise périlleuse; par principes , il désapprouve la conduite des états de Bohême; et, par circonstance, ses relations avec la cour de Madrid l'empêchent de se déclarer contre Ferdinand. L'électeur palatin est neveu du prince d'Orange ; mais la trêve avec l'Espagne n'est pas encore expirée ; le stathouder a d'ailleurs de violens ennemis en Hollande; on le redoute, on se défie de son ambition, et sa position difficile prive son neveu des secours qu'il en attendait. L'union évangélique n'offre pas un appui plus solide au palatin. Cette confédération est mal organisée : un long repos a attiédi l'ardeur qui l'animait à sa naissance. Parmi les membres dont elle se compose , les luthériens, qui sont le plus grand nombre, ne craignent pas moins les succès des calvinistes que ceux des catholiques, et Frédéric leur est suspect presque autant que Ferdinand luimême. Bethlem Gabor se montre d'abord pour l'électeur un allié plus zélé et plus utile. Après s'être emparé de Presbourg et de la couronne de Saint-Etienne, il entre en Autriche et se

(1) « U affecta de s'entourer d'une cour pompeuse , et étala trop tôt la « royale magnificence d'une tôte couronnée. La reine, de son côté, donnait • des bals et des mascarades. Tant de faste et de frivolité déplut au peuple « de Bohême, peuple sage et simple, qui pensait qu'une révolution faite au « nom de la religion devait avoir un caractère plus sérieux. » (Burnet , Hiu. de mon Temps.)

joint au comte de Thurn ; leur armée, forte de soixante mille hommes, et victorieuse du comte de Bucquoy, marche sur Vienne, et Ferdinand se voit assiégé de nouveau dans sa capitale. Mais la disette et l'inclémence de la saison forcent les Bohémiens a la retraite; Bethlem Gabor est rappelé en Hongrie par les revers de ses lieutenans , et la fortune sauve l'empereur une seconde fois.

En quelques semaines tout a changé de face. Tandis que Frédéric ruine ses affaires par son indolence et de fausses mesures, Ferdinand répare les siennes par sa politique et son activité. De justes rigueurs et de sages concessions ramènent la Basse-Autriche à l'obéissance. En même temps que l'empereur pacifie ses états héréditaires, il s'assure habilement des secours étrangers. 11 met dans ses intérêts les trois électeurs ecclésiastiques, le pape, les rois d'Espagne et de Pologne, la ligue catholique, et son chef, le duc Maximilien de Bavière, parent de l'électeur palatin , mais que l'ambition rend sourd à la voix du sang, et qui fonde sur la ruine de Frédéric l'espoir de sa propre grandeur. Le landgrave de Hesse-Darmstadt suit le parti de Ferdinand, ainsi que Jean-George, électeur de Saxe : la politique attache ce dernier prince à la maison d'Autriche , dont sa religion le sépare. C'est de cette maison qu'il attend une décision favorable dans le grand procès de Juliers; c'est de celte même maison que la sienne tient son électorat. Si cette maison est abattue, la branche Ernestine se relève, et ses princes, qui soutiennent l'électeur palatin, doivent obtenir de sa reconnaissance la restitution de leurs anciens domaines et de la dignité qu'ils ont perdue. Ces craintes et ces intérêts l'emportent sur les considérations religieuses, et Jean-George, quoique luthérien , favorise la cause de Ferdinand. Enfin l'empereur se concilie la cour de France par l'influence de celle de Madrid ; les desseins de Henri-le-Grand sont mis en oubli, et l'Europe voit avec étonnement la France, oubliant cent cinquante années de rivalité , tendre a l'Autriche une main secourable. Une ambassade française se rend en Hongrie, où elle conclut une trêve entre l'empereur et Bethlem Gabor. De là, passant en Allemagne , sous prétexte de négocier aussi la paix entre l'union et la ligue, elle réussit à détacher l'union des intérêts du roi de Bohême. Par le traité, signé à Ulm (le 5 juillet 1620), les princes unis abandonnent la cause de l'élec-

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teor palatin en ce qui regarde les affaires de Bohême, se réservant seulement de marcher à sa défense , s'il était attaqué par la ligue dans ses états héréditaires.

Le duc de Bavière et le comte de Bucquoy envahissent la Même à la téle de cinquante mille hommes. L'armée bohémienne se retire sous les murs de Prague, et cetle ville est témoin de la bataille qui décide du sort de Frédéric. L'action s'engage sur la Montagne Blanche, le 8 novembre 1620. En une heure elle est terminée par l'entière défaite des Bohémiens. A la nouvelle de ce désastre, Frédéric, qui donnait un festin à l'ambassadeur d'Angleterre, tandis que ses sujets mouraient pour lui, montre la plus honteuse faiblesse. Conûant à la nuit sa fuite précipitée, il abandonne sa propre cause que d'intrépides amis soutiennent encore. Loin du palais témoiu de son règne éphémère, loin du peuple qui l'a choisi pour maître, et que sa désertion laisse exposé sans défense aux vengeances de Ferdinand, il se retire à Breslau, puis à Berlin, et court se cacher en Hollande. En peu de jours, la Bohême, la Silésie et la Moravie sont reconquises, et Bucquoy rapporte à Vienne quatre-vingt-cinq drapeaux enlevés à l'ennemi.

La fortune s'était déclarée pour le parti le plus juste. Ferdinand parut d'abord vouloir user avec modération de la victoire. Ses ennemis osèrent compter sur sa clémence, et ce fatal espoir ou les retint dans la capitale, ou y ramena ceux qu'en avait chassés leur premier effroi. Trois mois s'écoulèrent dans ce calme trompeur; mais l'orage éclata le même jour et à la même heure. Quarante-huit des principaux rebelles furent arrêtés et traduits devant une commission extraordinaire (1G21 ); vingttrois d'entre eux portèrent leur tête sur l'échafaud. Le comte de Thurn et vingt-sept autres chefs , qui , comme lui , avaient cherché leur salut dans la fuite, furent frappés d'un arrêt de proscription, et leurs dépouilles enrichirent le lise ou les partisans de la cour. Un édit impérial rétablit la religion catholique; on bannit tous les ministres luthériens, et Ferdinand déchira de sa propre main la lettre de majesté.

Ce prince avait recouvré tous ses états héréditaires. Le but de ses vœux légitimes était rempli. 11 devait s'arrêter, déposer le glaive, et rendre la paix à l' Allemagne. « Il eût été à souhaiter, h dit le père Bougeant, que Ferdinand, content d'avoir recon- « quis son patrimoine, eût eu assez de modération pour ne point

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« attenter sur celui de son ennemi. Le roi d'Angleterre et pto- « sieurs autres princes s'efforcèrent de le lui persuader; et si « l'empereur eût écouté leurs conseils , les troubles de l'era- « pire eussent été ainsi étouffés dans leur naissance. Mais « avec ces belles qualités qui rendirent Ferdinand II un des « plus grands empereurs que l'Allemagne ait eus, plusieurs « auteurs, surtout les protestans, accusent ce prince d'avoir « eu une vaste ambition, qui ne connaissait d'autres bornes « que celles que la fortune pouvait mettre à ses succès. « ( Histoire du traité de Wtslplialie. )

Détrôné et fugitif, Frédéric n'inspire plus que le mépris. Que craindre désormais de ce faible prince? Après l'avoir chassé de la Bohême, Ferdinand peut sans alarmes lui laisser son électorat. Mais pour obtenir les secours du duc de Bavière et de ses autres alliés, il leur a promis d'amples récompenses: il veut que les dépouilles du palatin servent à dégager sa parole. De sa propre autorité, il le met au ban de l'empire avec ses principaux adhérons. L'exécution de ce décret, dénué de toutes les formalités prescrites en pareil cas, est illégalement confiée au roi d'Espagne comme souverain du cercle de Bourgogne , au duc de Bavière et à la ligue. Maximilien envahit et soumet le Ilaut-Palatinat, pendant quAmbroise Spinola, à la tête d'une armée espagnole, attaque le palatinat du Rhin. L'union prolestante, qui, en abandonnant Frédéric comme roi de Bohême, s'était réservé de défendre ses états héréditaires, n'oppose à l'agression qu'une molle résistance. Consternée des revers de son chef, elle signe à Mayence (12 avril 1621 ) avec Spinola un traité de neutralité , par lequel elle s'engage à licencier ses troupes dans un mois. Dès ce moment elle est dissoute, et sa défection eût porté le dernier coup au malheureux palatin , si ce prince n'eût trouvé dans de belliqueux aventuriers des secours que les souverains lui refusaient. L'Allemagne et l'Europe le délaissent ; mais quatre guerriers , sans argent et sans sujets , enfin sans autre ressource qu'un grand renom de bravoure et de talent militaire, s'arment en sa faveur et retardent sa chute. C'est Ernest, comte de Mansfcld, qui s'est déjà montré avec éclat sur la scène; c'est Jean-George de Brandebourg, duc de Jagerndorff, qui, pour avoir tenté de défendre la Silésie, a été mis au ban de l'empire; c'est George-Frédéric, margrave deBade-Dourlach, qui a pris part aux troubles

de la Bohême dès leur origine , et qui a renoncé, à sa souveraineté pour se vouer à la défense d'un prince opprimé; c'est enfin Christian de Brunswick, administrateur de Halberstadt, pauvre en territoire, mais riche en aïeux illustres, et plein de valeur et d'audace. Animé d'une passion romanesque pour la jeune électrice palatine, il s'est déclaré son chevalier; combattre pour Dieu et pour elle, telle est sa devise; et, à la vérité, par son courage intrépide, par son activité infatigable, par son mépris des périls et des plaisirs v il n'est pas indigne d'arborer ces emblèmes de l'antique chevalerie; mais il souille ses belles qualités par une insatiable avidité, par une cruauté impitoyable; prodigue de son Sang, il a soif de celui de l'ennemi; il combat en héros, il triomphe en barbare. Ces chefs de partisans, quoique n'agissant point de concert, furent, pendant plusieurs années , de redoutables adversaires pour la maison d'Autriche. « Enrôlant sous leurs drapeaux ceux qui aimaient mieux combattre que travailler, et tous ceux qui , ruinés par les soldats, le devenaient eux-mêmes par désespoir, » ils levaient, entretenaient, recrutaient par l'attrait du pillage des armées nombreuses; ils firent ainsi de l'Allemagne un théâtre de brigandage, d'indiscipline, de violences de toute espèce, et contribuèrent singulièrement à donner à celte guerre le caractère d'atrocité qui la distingue. Us offrirent un exemple qui ne fut que trop suivi , et ouvrirent une route sanglante, dans laquelle les plus grands capitaines ne rougirent pas d'entrer après eux.

Mansfeld rassemble vingt mille hommes et se jette sur le Haut-Palatinat. Repoussé par le comte de Tilly, lieutenant de Maximilien, il passe le Rhin, et livre àu pillage les évêchés de Spire et de Strasbourg. Au bruit de ses exploits, l'électeur palatin ranime dans son cœur l'espérance presque éteinte. Il quitte la Hollande, et vient ajouter par sa présence au zèle de son vaillant défenseur, qui marche vers le Bas-Palatinat pour se réunir au margrave de Bade-Dourlach. Tilly, qui veut s'opposer à leur jonction, est battu a Mingelsheim , mais il efface ce revers par trois victoires. Mansfeld et le margrave ayant divisé leurs forces, Tilly défait le premier à Wiseloch le 29 avril 1622, et le second a Wimpfen le 6 mai suivant. 11 obtient un semblable avantage sur Christian de Brunswick un mois après. Ce prince a levé dans la Basse-Saxe un corps nombreux d'aventuriers. Sur ses monnaies, frappées avec l'argen-

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terie des églises, il s'intitule Vami de Dieu et V ennemi des prêtres, et sa conduite ne répond que trop à ce langage. À la tête de sa horde dévastatrice, chargée des dépouilles desévêchés de la Basse-Saxe et de la Westphalie, il s'avance, menaçant du même sort les fondations du Haut-Palatinat. Mais battu par Tilly à Hœchst, au passage du Mein, il perd la moitié de son armée. Poursuivi par le vainqueur, il joint ses débris a ceux de Mansfeld, et ces deux bandes réunies se jettent de nouveau sur l'Alsace, et achèvent la ruine de cette province. D'un autre côté, le margrave, rebuté du mauvais succès de la guerre, ayant cessé d'y prendre part, le faible Frédéric désespère une seconde fois de sa fortune. Trompé par d'insidieuses négociations , il consent à se mettre à la merci de Ferdinand, et congédie ses deux intrépides défenseurs, pour aller en Hollande attendre son sort de la volonté de l'empereur.

Mansfeld et Christian, continuant de guerroyer pour leur propre compte, prennent la route des Pays-Bas, oit les Hollandais, pressés par Spinola, offrent de les recevoir à leur service. Après un sanglant combat livré près de Fleurus à Gonzalès de Cordoue qui veut leur disputer le passage (29 août 1622), et dans lequel l'administrateur perd un bras qu'il se fait couper au son des trompettes, ils arrivent en Hollande; ils sont bientôt éloignés, comme de trop dangereux auxiliaires, et vont enfin s'établir, Mansfeld dans l'Ost-Frise, Christian en Westphalie, attendant que le cours des événemens leur prépare de nouveaux champs de bataille. Cependant Betidem Gabor, excité par le comte de Thurn , par le duc de Jagerndorf , et par sa propre ambition , a rompu la trêve conclue avec Ferdinand , et , pénétrant de nouveau en Hongrie, s'est fait couronner roi à Presbourg. Bucquoy et Dampierre, envoyés pour le repousser, trouvent dans les combats une mort glorieuse (1621), mais dont les suites peuvent être fatales à l'empereur. Gabor s'avance rapidement dans la Haute-Hongrie et dans la Moravie, et pousse des partis jusqu'aux portes de Vienne. Animé par ses succès, il se prépare à passer en Bohême pour y rallumer le feu de la guerre. Tout à coup les divisions éclatent dans son armée ; les magnats hongrois l'abandonnent. Renonçant alors à ses projets de conquêtes, il propose la paix à l'empereur; elle est signée à Niclasbourg (26 janvier 1 622) , et délivre Ferdinand de son plus puissant ennemi.

Bientôt Tilly sf est rendu maître de Manheim et d'Heidelberg (1 ). Il ne reste plus a l'électeur que la seule ville de Franckenâall, sa principale forteresse , gardée par des troupes anglaises. Trompé parles Espagnols, le roi d'Angleterre la remet en leur pouvoir, et consomme la ruine de Frédéric; car ce prince espérait vainement en la clémence de l'empereur : son sorlétaitdécidéàla cour de Vienne. Quoique les circonstances n'eussent point encore permis de publier sa sentence, il était condamné depuis long-temps. Spoliation complète et irrévocable du palatin , translation de son électorat à la maison de Bavière, tel était l'arrêt secrètement prononcé par la vengeance et par la politique de Ferdinand, et qui, sanctionné parla victoire, allait recevoir enûn son exécution. L'empereur convoque une diète à Ratisbonne (4623), et, par un décret de cette assemblée incomplète et composée principalement de ses partisans, il transfère la dignité électorale de Frédéric au duc de Bavière. En même temps il abandonne le Haut-Palatinat à Maximilien , le Bas-Palatinat au prince de Neubourg et aux Espagnols, et à d'autres princes le reste de la dépouille du palatin, à proportion des services qu'ils ont rendus, ou de ceux qu'ils peuvent rendre encore.

Cependant les états du cercle de Basse-Saxe , voyant la religion protestante ella liberté germanique ébranlées dans leurs fondemens, tentent, pour les sauver, un tardif et dernier effort. Ils lèvent une armée, et en confient le commandement à Christian de Brunswick. Mais l'administrateur est complètement défait près de Stadlo , dans le pays de Munster ( 6 août 1623) , et Ferdinand ne voit plus rien en Allemagne qui puisse soutenir l'effort de ses armes victorieuses, ou hasarder une dangereuse résistance à ses volontés absolues. Les succès éclatans de ce monarque, la preuve qu'il vient d'avoir de la complaisance ou de la faiblesse des princes allemands, l'enhardissent à tout oser. Ses troupes , répandues dans l'empire , dictent des lois aux peuples et aux souverains, et traitent l'Al-

(4) L'Allemagne perdit en cette occasion un de ses plus beaux monumens littéraires. Heidelberg possédait les plus belles bibliothèques de l'Europe. Une partie des livres et des manuscrits périt par le feu et par le pillage. Ce qui échappa fat donné par le duc de Bavière au pape Grégoire XV, et placé au Vatican sous le nom de bibliothèque palatine.

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lemagne en pays conquis. On commence à forcer les états protestans, par des exécutions militaires, à restituer les biens d'église qu'ils ont injustement occupés et sécularisés depuis la paix de 1555, mais dont la possession usurpée leur semble prescrite et garantie par le temps et par les traités. Ces tentatives de l'empereur jettent l'épouvante parmi les religionnaires. Us sentent la nécessité de s'armer de nouveau pour la défense de leurs libertés politiques et de leurs croyances religieuses, également menacées. Les états du cercle de Basse-Saxe, possesseurs de la plupart des biens ecclésiastiques enlevés à l'église romaine, donnent le premier signal. Mais trop faibles pour combattre seuls avec succès la puissance de Ferdinand, ils cherchent des secours étrangers. Christian IV, roi de Danemarck, et Gustave-Adolphe , roi de Suède, briguent tous deux l'honneur de les protéger, et de se montrer a la téte de la nouvelle confédération protestante. Mais Christian l'emporte sur son rival de gloire, et le précède dans la carrière.

SECTION IV

Guerre de trente ans. — Période danoise (1624 — 1629) (1).

Indépendamment des inquiétudes que lui inspiraient pour ses propres états les dangers que courait le système germa-

(4) (Dans le premier volume de celte Histoire , nous avons conduit ' l'histoire du Danemarck jusqu'à la mort de Christian III, en 1559. Comme elle présente peu d'intérêt depuis celte époque jusqu'en \ 625, ou elle se mêle à celle de la guerre de trente ans , nous ne croyons pas devoir consacrer une section particulière aux faits compris dans cet intervalle . Il nous semble plus à propos de les placer ici en note.)

Frédéric II, fils aîné de Christian III, lui succède en 1559.

En 1563, la guerre recommence entre le Danemarck et la Suède. Frédéric réveillait les prétentions de ses prédécesseurs sur ce dernier royaume, dont il avait même pris les armoiries. De son côté, le roi de Suède, Eric XIF, redemandait quelques provinces dont les Danois étaient en possession ( la Hallandic , la Blékingie , File de Gothknd ). Eric ayant été déposé par ses sujets dans le cours de cette guerre ( 1568) , Jean III, son successeur, envoie d'abord demander la paix au roi de Danemarck. Elle est signée à Roscliild par les plénipotentiaires des deux souverains. Mais , pendant les négociations , les dispositions de Jean III avaient changé. Se voyaut affermi

nique, Christian IV avait des motifs personnels de se mettre à la tête du parti anti-autrichien. Parent de l'électeur palatin,

sur le trône , il refuse de ratifier le traité. Les hostilités recommencent avec une nouvelle violence. Enfin, l'intervention de l'empereur, du roi de France et de rélecteur de Saxe y met un terme en 1570. La paix est définitivement conclue à Stettin. On décide que les deux rois auront désormais un droit égal de porter dans leurs armes les trois couronne», sans pouvoir fonder sur ce droit aucune prétention aux états l'un de l'autre ; que Jean 111 renoncera à toutes les siennes sur la Norwège , la Scanic , la Blékingie , et file de Gothland , et que Frédéric H, à ces condition», reconnaîtra l'entière indépendance de la Suéde.

Depuis cette époque T le roi de Danemarck évite avec sagesse tout ce qui aurait pu porter atteinte à la tranquillité de ses états, et le reste de son règne s'achève dans une paix rarement troublée par des démêlés peu importons avec ses voisins. En 1580 , il assemble les sénateurs à Odensée, et fait désigner son fils Christian , âgé de quatre ans , pour roi futur de Danemarck et de Nonvège. La même année , il rejette le symbole adopté en Allemagne par les luthériens rigides, sous le nom de formulaire de concorde. ( Voyez première section de ce chapitre, ) U meurt en 1 588 , emportant au tombeau la reconnaissance et l'amour de ses peuples pour prix de ses vertus et de ses bienfaits. Durant un règne de vingt-neuf ans , il rendit son nom respectable et cher par une sage économie , qui n'ôtait rien à sa libéralité, par le rétablissement des finances de l'état, par sa prudence consommée, par son caractère plein de bonté et de douceur, et surtout par son zèle pour le progrès des sciences et des arts. Il étendit ses soins sur tout ce qui tient à f instruction du peuple, depuis les écoles des villes et des villages, dont il augmenta le nombre, jusqu'aux institutions consacrées à l'étude des hautes doctrines. Eu 1569, il confirma les privilèges de l'université de Copenhague. Deux ans après , il augmenta les honoraires des professeurs ; et , en 1 586 , il fonda un nouveau collège ou académie à Sora , en Zélande. 11 protégea particulièrement le célèbre astronome Tycho-Brahé t il le gratifia de file de Ween, située dans le canal du Sund, et y ût bâtir à ses frais le superbe observatoire d'Uranibourg. À son exemple, plusieurs hommes opulens consacrèrent une partie de leur fortune aux progrès de l'instruction publique. Enfin , ses généraux et ses ministres furent souvent en même temps dè très-savans hommes. Divers bâtimens magnifiques doivent leur existence à Frédéric II. En 1562, il commença le château de Fridericsbourg , qui devint par degrés une des plus belles résidences royales qu'il y eût de son temps en Europe. Il éleva la citadelle de Cronenbourg , qui commande le détroit du Sund , et les villes de Fridericsodde en Jutland , et de Frideriestadt j en Norwège, dont le nom fait connaître leur fondateur.

En 1 588 , Christian IV, fils aîné de Frédéric II , lui succède à l'âge de onze ans. Le sénat fixe à vingt ans la majorité du jeune prince, et nomme un conseil de régence et de tutelle , qui , après une administration heur^

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il prenait un intérêt de famille à la disgrâce de ce malheureux prince. D'un autre côté, Ferdinand paraissant s'être proposé

reuse et paisible de huit aimées , dépose ses fonctions en 1596. Christian IV prend alors les rênes du gouvernement , et son couronnement termine une des plus tranquilles minorités dont Y histoire fasse mention. Ce prince avait reçu une éducation soignée ; il montre , dès les premiers temps de son règne , une grande application aux affaires , et , dans une extrême jeunesse, toute la maturité de l'âge mûr. Il visite ses états, et s instruit par lui-même de leurs besoins. Avec l'appareil et le titre de simple capitaine , il fait le tour de la Norwège , double le cap Nord , et parcourt l'immense étendue des côtes de son royaume jusqu'aux frontières de la Russie et au voisinage de la mer Blanche. Il examine attentivement la situation de ces provinces reculées, et prend des mesures pour y établir une bonne administration.

La paix favorise ces heureux travaux. Mais elle est enfin troublée en 4611 . La Suède et le Danemarck se plaignaient réciproquement de diverses infractions aux derniers traités. Christian déclare la guerre aux Suédois , sur lesquels régnait alors Charles IX. Ce prince meurt la même année. Son fils et son successeur, Gustave-Adolphe, continue les hostilités. Elles sont terminées en 1613 par la paix de Siorod. Les Danois s'engagent à restituer les places qu'ils avaient conquises durant la guerre , et les Suédois à payer un million d'écus. Par le même traité , Ctiristian réussit à exclure les Suédois de l'accès de la mer Glaciale, en se faisant céder la partie de la Laponie qui s'étend le long de cette mer et de celle du pïord , depuis Titisfiord jusqu'à Waranger et Wardehus. Enfin , il est de nouveau stipulé, relativement aux trois couronnes , que l'un et l'autre souverain seront libres de s'en servir, sans que le roi de Danemarck puisse s'en prévaloir pour former des prétentions au trône de Suède.

En 1625, Christian IV se met à la tête des protestons de la Basse-Allemagne contre l'empereur Ferdinand II. (Voyez X Histoire de la guerre de trente ans , période danoise. ) Les Danois sont vaiuens par Tilly, général des troupes impériales, à la bataille de Lutter. Après de nouveaux efforts , Christian conclut la paix à LuOeck, avec l'empereur, en 1629.

Eu lGio, les Suédois, sous la conduite de Tbrstensou, ayant envahi le Holstein , une nouvelle guerre s'élève entre le Danemarck et la Suède. Cette dernière puissance a généralement l'avantage. Après deux années d'hostilité , la paix est conclue à Bromscbro , en 1645. (Voyez Y Histoire de la guerre de trente ans , période française. )

Christian IV, malheureux à la guerre, se distingua par le zèle infatigable avec lequel il suivit , dans le cours d'un long règne , toutes les branches de l'administration publique. Ce fut sous lui que le commerce des Danois s'étendit jusqu'aux Indes orientales. La première compagnie danoise des Indes fut fondée par ses soins en 1616. Elle entreprit vainement de former des établissemens dans l'île de Ceylan ; mais , en 1620 , elle obtint du rajah de Tanjour la ville et le port de Tranquebar, sur la côte de Coromandel. On

d'enlever aux princes proteslans la faculté qu'ils s'étaient arrogée jusqu'alors d'aspirer, à titre d'administrateurs, aux principaux bénéfices ecclésiastiques de l'Allemagne, le roi de Danemarck, qui depuis long-temps destinait à ses Gis puînés l'archevêché de Brème et les évêchés de Mindcn et de Verden, envisageait avec regret la ruine prochaine de ses espérances. Enfin, l'empereur avait comblé ses déplaisirs en accordant aux comtes de Schaumbourg la permission de porter les armes de Holstcin , comme pour appuyer les prétentions de cette maison sur ce duché. (Voyez rr volume de cette Histoire, page 55.) Entraîné par toutes ces considérations, Christian IV rechercha l'occasion d'intervenir dans les affaires de l'Allemagne. Nommé capitaine-général du cercle de Basse- Saxe, dont il était membre en sa qualité de duc de Holstein, il réunit ses forces et celles de la confédération , et se disposa à entrer en campagne.

L'empereur paraît craindre l'orage qui se forme contre lui, et tente de le dissiper. Il écrit au roi de Danemarck; il s'efforce de le gagner ou de l'effrayer. Les remontrances, les menaces sont inutiles , et la guerre éclate (1625). Elle languit la première année. Tilly, le long du Weser, s'empare de plusieurs places importantes. Christian obtient à son tour quelques succès : de sorte que les premiers événemens semblent annoncer des forces et des ressources égales , et une lutte plus longue que décisive. Mais bientôt cet équilibre est rompu par l'approche d'une nouvelle armée impériale.

Jusque-là, Ferdinand n'a combattu en Allemagne qu'avec les armes de la Bavière et de la ligue, si l'on en excepte les

fit aussi , sous le règne de Christian IV, plusieurs tentatives inutiles pour retrouver la trace des anciennes colonies norvégiennes dans le Groenland. Ce même règne fut marqué par la fondation d'un grand nombre de manufactures , et par celle de plusieurs villes : Christianople et Gothembourg sur la frontière de Suède; Cliristiania et Christiansaud en Norwège, Gluckstadt et Cliristianspries dans le Holstein. Enfin, comme son prédécesseur, il protégea les sciences et les lettres. Copenhague lui dut un jardin botanique , un observatoire et une bibliothèque publique. Si ses efforts , pour faire fleurir ses états , ne furent pas toujours couronnés du succès , il feut en rapporter la cause aux bornes étroites de son pouvoir, et h l'influence du régime féodal , qui avait encore de profondes racines en Danemarck , et eu fournissait tout esprit d'industrie et d'activité.

troupes auxiliaires des Pays-Bas espagnols , qui ont envahi le Palatinat. Sa cause est victorieuse , mais par le ministère d'an prince étranger, exécuteur de la sentence portée contre l'électeur palatin» Une nombreuse armée, que ses triomphes passés peuvent faire regarder comme invincible , est opposée an roi de Dancmack; mais elle est commandée par Tilly, lieutenant du duc de Bavière; les ordres qu'elle reçoit émanent de la conr de Munich , et toute la conduite des affaires est subordonnée aux intérêts de la ligue , et non aux vues d'agrandissement de la maison d'Autriche. Ferdinand veut s'affranchir de cette dépendance , et avoir enfin une force militaire soumise à ses volontés particulières, et qu'il puisse diriger au gré de sa politique. Mais, dans l'épuisement de ses finances et de ses états héréditaires, comment pourvoir aux frais immenses d'an tel armement? Un homme extraordinaire se présente , et ce qui semblait impossible s'accomplit : tous les obstacles disparaissent devant le génie de Wakuin.

Ce seigneur, si célèbre dans cette guerre, était né à Prague en 1583. Il montra de bonne heure ce caractère impétueux, cette imagination ardente qui aspirent et conduisent à de hautes destinées. Il occupa d'abord l'activité de son ésprit par des voyages en Hollande, en Angleterre, en France, en Espagne et en Italie. Padoue le vit dans son université se livrer avidement à l'étude des sciences , et allier aux solides instructions de l'histoire et des mathématiques les rêveries de l'astrologie judiciaire, qui exaltèrent sa tête romanesque. De retour en Allemagne, il fit ses premières armes sous Ferdinand laimême, dans une guerre que ce prince, alors duc de Styrie, soutenait contre les Vénitiens. Il se distingua par des actions éclatantes, et accrut depuis sa réputation en Hongrie, en Bohême, en Transylvanie. Colonel à la bataille de Prague, il eut une grande part à la victoire, et bientôt après, comme major -général , il battit une armée hongroise en Moravie. La reconnaissance de l'empereur lui prodigua les terres confisquées sur les rebelles. Ses talens et ses services avaient commencé son élévation : un brillant mariage acheva de lui aplanir le chemin des grandeurs. L'un des ministres de Ferdinand , le comte d'Harrach, fut frappé de son mérite, et lui donna sa fille. Dèslors, possesseur d'une fortune immense, objet de la faveur du prince, idole des soldats, qui admirent son courage et

yantent sa libéralité, Walstein ne' met plus de bornes à ses désirs et à ses espérances. Plein de confiance dans son génie et dans son heureuse étoile , il se repaît de projets ambitieux . Enfin, il voit arriver le jour oii il va jouer un rôle digne de lui. Ferdinand a besoin d'une armée , et désespère de pouvoir la lever : Walstein lui offre d'en rassembler une de cinquante mille hommes, de l'équiper, de l'entretenir, à condition qu'il eo aura le commandement absolu, et qu'il nommera les officiers. On accepte sa proposition , et il tient sa promesse : sa renommée , l'espoir d'un avancement rapide et l'appât du butin , attirent sous ses drapeaux une foule de gens de guerre de tontes les contrées de l'Allemagne. En peu de mois, l'influence d'un seul homme a créé une armée à l'empereur ; et ce prince ajoute a la dignité , et non à l'autorité du chef, en le décorant du titre de duc de Friedland.

Walstein a reçu l'ordre de se joindre à Tilly; mais jaloux delà gloire militaire de ce général, et d'ailleurs obligé de conduire ses troupes dans des pays riches, pour assurer leur subsistance, il s'isole de l'armée de la ligue, envahit le territoire de Halberstadt et de Magdebourg, et s'empare de l'Elbe près de Dessau, d'où il menace de se frayer un chemin jusqu'au sein des états du roi de Danemarck. Tandis que, resserré entre deux adversaires redoutables, ce prince est exposé aux plus grands dangers, Mansfeld et Christian de Brunswick lui amènent de puissans renforts qui portent son armée à plus de soixante mille hommes. Il la partage en trois grands corps, dont l'un, conduit par le duc de Brunswick, doit s'emparer de Goltingen et de Nordheim, et l'autre, sous les ordres de Mansfeld, passer l'Elbe, entrer en Silésie, faire soulever les peuples, et aller seconder Bethlem Gabor, qui, appelé par les mécontensde Hongrie, prépare une nouvelle invasion dans ce royaume. Christian IV se réserve de s'opposer à Tilly, de défendre le passage du Wéser, de protéger les états de Basse- Saxe, en attendant que le succès de ses armes lui permette de plus grandes entreprises. Son plan échoue dans toutes ses parties. Le duc de Brunswick , à la vérité , s'empare de Minden, de Nordheim et de Gottingen; mais tout à coup il meurt à la fleur de son âge, et ses conquêtes retombent au pouvoir de l'ennemi. D'un autre côté, Mansfeld, impatient de se signaler, tente de forcer les retranchemens que Walstein a élevés

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au pont de Dessau. Une déroute complète est le prix de son imprudente audace. Cependant jl se relève plus terrible après sa défaite. On le voit avec admiration former en quelques mois une nouvelle armée, pénétrer en Silésie, battre les impériaux à Oppelen (juin 1626), s'ouvrir par la prise de Ratibor, de Jagerndorf et de Troppau un passage dans la Moravie, et menacer Vienne et l'Autriche. Mais Walstein s'attache à ses pas, et le suit jusqu'en Hongrie. Les deux armées, séparées par le Wag, s'observent sans en venir aux mains. Une contagion meurtrière suspend leurs fureurs. Privé par ce fléau de ses dernières ressources, abandonné de l'inconstant Gabor, qui conclut une trêve avec l'empereur, Mansfeld licencie les débris de ses troupes , vend son artillerie au pacha de Bude, et, suivi seulemeut de douze officiers, traverse la Bosnie et la Dalmatiepour gagner les états de Venise, et de là retourner en Allemagne. Mais le terme de sa glorieuse carrière est arrivé : une fièvre, dont le chagrin redouble la violence, l'arrête non loin de Zara, et délivre la maison d'Autriche d'un de ses plus redoutables ennemis.

Pendant que Mansfeld attirait Walstein de province en province à l'extrémité de la Hongrie, le roi de Danemarck, ^poussé par Tilly dans le pays de Brunswick, avait été forcé d'accepter un combat inégal à Lutter, près deWolfen-Buttel (27 août 1 626). Le général de la ligue remporta une victoire complète. Christian perdit soixante drapeaux, son artillerie et ses bagages, laissa dix mille hommes sur le champ de bataille, et, pressé par le vainqueur, abandonna successivement toutes ses positions en Allemagne. Tandis que, refoulé jusqu'aux frontières de ses états, ce prince s'y soutenait avec peine, Walstein arrive de Hongrie. Son armée victorieuse, que grossissent chaque jour les prodigalités du général, inonde le Mecklembourg, la Poméranie et le Holstein. Maître de ces provinces, il conçoit le projet d'équiper une flotte sur la Baltique, pour contenir la Suède, et achever la réduction du Danemarck. La ville de Wismar est conquise, et Walstein en fait son arsenal maritime. Plusieurs ports de la Poméranie et les îles d'Usedom et de Rugen tombent bientôt en son pouvoir. Enfin, il met le siège devant Slralsund, la sixième des villes anséatiques, que son excellent port et sa proximité de la Suède et du Danemarck rendent singulièrement propre à former une place d'armes dans

une guerre contre ces deux puissances. Des vues personnelles l'excitent encore à entreprendre cette conquête. L'empereur ?ieot de mettre au ban de l'empire les ducs de Mecklembourg, comme alliés du roi de Danemarck : Walstein a reçu leur dé* pouille , et Stralsund peut servir de boulevard à ses nouveaux états. Nommé d'ailleurs grand-amiral du Saint-Empire dans la mer Baltique et dans l'Océan septentrional, il veut par une mémorable entreprise justifier ce titre éclatant (1628). Soutenu par les villes anséatiques et par les flottes du Danemarck et de la Suède, Stralsund repousse tons les assauts de l'ennemi. Le Friedlandais , comme l'appellent les contemporains, manquant de vaisseaux pour blocquer le port, la raison lui conseillait de lever le siège d'une place forte oii les secours pénétraient librement; mais il s'indignerait de céder, même à la nature. Il redouble d'efforts; il jure d'emporter cette ville, fût-elle attachée au ciel avec des chaînes, et l'enfer l'eut-il entourée d'une enceinte de diamant. Mais la résistance des assiégés confond ses bravades orgueilleuses, et désespérant enfin du succès, il se retire en frémissant, après avoir perdu un temps précieux et douze mille hommes.

Cependant la puissance de l'empereur était trop bien affermie pour être ébranlée par ce revers passager. Depuis la bataille de Lutter, enorgueilli de la prospérité de ses armes, ce prince déployait une autorité arbitraire, et traitait l'Allemagne en maître absolu. En 1627, il se rend à Prague, déclare que les catholiques jouiront seuls de l'exercice de leur culte, et porte la peine du bannissement contre quiconque , après un espace de temps fixé, refusera de rentrer dans le sein de l'Eglise. Trentemille familles s'exilent de Bohême» et leur départ fait a ce royaume une blessure que plusieurs siècles ont a peine fermée. En 1628, Ferdinand confirme au duc de Bavière la dignité électorale palatine, et la rend perpétuelle dans sa famille. Les ducs de Mecklembourg sont dégradés de leur rang , et leurs états transférés à Walstein. Une partie du duché de Poméranie est enlevée au duc Bogislas XIV, sous prétexte que ce prince n'ayant point de postérité, il convenait d'assurer la réversibilité de son fief au domaiue de l'empire. L'archevêché de Magdebourg , l'évécné de Halberstadt et l'abbaye de Hirschfeld sont repris sur les protestons , et donnés à l'archiduc Léopold- Guillaume. Enfin, le 6 mars 1029, paraît le fameux édit de res-

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tituiion, par lequel, déclarant valide la réserve ecclésiastique, et rendant toute sa force et tout son effet à cette clause fondamentale de la paix de 1555, il ordonne aux protestans de se dessaisir de tous les biens ecclésiastiques, tant immédiats que médiats, dont ils se sont emparés depuis cette paix. L'exécution de ce décret est confiée aux légions de Tilly et de Walstein. La terreur prévient toute résistance, et la violence reprend de toutes parts ce que la violence a usurpé.

Le roi de Danemarck n'a point encore posé les armes; mais T Allemagne ne peut plus compter sur son appui. Depuis sa déroute à Lutter, ce prince a plutôt souffert la guerre qu'il ne l'a faite. Cependant, en 1628, Tilly ayant été obligé d'envoyer quelques détachemens de son armée en Prusse au secours de Sigismond , roi de Pologne , et en Italie contre le duc de Mantoue que l'empereur avait mis au ban de l'empire, Christian parvient à chasser les impériaux du Jutland, du Sleswick et du Holstein , et profite de ces avantages pour faire la paix. Par le traité de Lubeck (mai 1629), il recouvre tous les états qu'il avait perdus, à condition qu'il renoncerait aux archevêchés et aux évêchés dont il avait voulu s'emparer, et qu'il n'interviendrait plus dans les affaires d'Allemagne, qu'autant qu'elles le concerneraient en sa qualité de duc de Holstein. 11 ne peut obtenir aucune garantie pour ses alliés de Basse-Saxe, ni pour la sûreté de la mer Baltique, et disparaît sans gloire de la scène.

Si jamais le système germanique a été menacé d'un renversement total, ce fut sans contredit à cette époque. L'électeur palatin et tous ses adhérens sont dépouillés de leurs états; le roi de Danemarck subit une paix honteuse ; les protestans sont soumis aux rigueurs de Yédit de restitution , et les princes, en général, sont tenus dans l'obéissance par une armée de cent soixante mille hommes , répartie dans tout l'empire sous les ordres du fier Walstein qui accable les peuples de contributions, et, insultant aux chefs de la nation et du clergé, ose dire qu'il faut réduire les électeurs à l'état des grands d'Espagne, et les évéques à la qualité de grands chapelains de la cour impériale.

Pour affermir sa domination en Allemagne, Ferdinand n'avait besoin que d'y entretenir les forces qu'il avait sur pied, et de les augmenter même , suivant les temps et les circons-

tances. Il était surtout nécessaire de garnir les côtes de la mer Baltique pour tenir en respect les puissances du Nord ; il fallait aussi donner au roi de Suède de l'occupation du côté de la Pologne, avec laquelle ce prince était en guerre. Ou ce plan échappa à la sagacité de l' empereur, ou il n'en comprit point l'utilité; car il suivit une autre politique entièrement opposée à ses véritables intérêts. Croyant n'avoir rien à craindre du roi de Suède, dont il méprisait la faiblesse, il abandonna le projet d'équiper une flotte sur la mer Baltique. Au lieu de conserver en un seul et vaste corps cette masse de forces qui lui répondait de la soumission de l'Allemagne , il en employa une partie à des expéditions lointaines, soit en Pologne, soit dans les Pays-Bas, soit en Italie. La guerre venait d'éclater dans cette dernière contrée au sujet de la succession de Mantoue (1627), que se disputaient le duc de Nevers, soutenu par les Français, et le duc de Guastalla, appuyé par les Espagnols. Ferdinand prit part à cette guerre en 1 629, et envoya au duc de Guastalla un secours de trente mille hommes qui chassèrent son compétiteur. Ainsi, dans un temps où sa conduite arbitraire excitait des haines en Allemagne, l'empereur réveillait la jalousie du gouvernement français qui commençait à se reprocher d'avoir imprudemment contribué à l'agrandissement d'une puissance rivale.

Enfin diverses considérations le déterminèrent à congédier Walstein et la meilleure partie de ses troupes , dans un temps où de nouveaux orages se formaient contre lui du côté du Nord. Walstein est son plus habile général et son plus ferme appui; mais ce guerrier orgueilleux affecte trop l'indépendance, et peut devenir redoutable à son maître. D'un autre coté, le récit de ses exactions inouïes parvient de toutes parts aux oreilles de Ferdinand, et ce prince est épouvanté de l'excès des violences qui se commettent en son nom, et qui aliènent les esprits même des catholiques, moins reconnaissans de l edit de restitution que choqués de la puissance et de la tyrannie du duc de Friedland. En 1630, l'empereur a convoqué la diète de Ratisbonne , dans l'intention de faire élire roi des Romains son fils, l'archiduc Ferdinand. Les électeurs saisissent cette occasion de réclamer hautement le redressement de leurs griefs. Us sont dirigés par le duc de Bavière, qui, comblé des bienfaits récens de l'empereur, mais jaloux de la gloire

de Walstein , fait, céder la reconnaissance au désir d'humilier ce général dont la renommée l'importune. Des ambassadeurs français secondent son ressentiment. Richelieu, après avoir affermi l'autorité royale par la soumission des protestans, a repris les grands desseins de Henri IV contre la maison d'Autriche; Brulart de Léon, son envoyé, paraît à la diète avec la mission apparente de négocier un accommodement au sujet de la guerre de Mantoue. 11 est accompagné du célèbre père Joseph, le dépositaire des secrets du cardinal, et l'àme de tousses projets. Ce religieux, qui, sous un extérieur de sainteté , cache une adresse consommée , est chargé d'obtenir la réduction de l'armée impériale et le renvoi de Walstein, et d'empêcher l'élection de l'archiduc Ferdinand en qualité de roi des Romains. 11 agit indistinctement auprès des protestans et des catholiques, et trouve un zélé coopérât eu r dans le duc de Bavière , qui dirigeait les membres de la diète. Cette assemblée se plaint à l'empereur du grand nombre de troupes dont r empire est inondé, et des excès auxquels elles se livrent. Touché de ces représentations, Ferdinand licencie sur-lechamp dix-huit mille hommes de cavalerie , dont une partie vont se ranger sous les drapeaux des Suédois qui préparaient une invasion en Allemagne. Mais le triomphe du duc de Bavière est incomplet, tant que le duc de Friedland conserve le commandement suprême. Tout le collège des électeurs, et même les agens espagnols demandent de concert le rappel du dictateur de l'empire et de ? exacteur de l'Allemagne. Ferdinand balance à renvoyer son meilleur général, l'appui de son trône, Fauteur de sa grandeur présente. Cependant, pour faire passer la couronne impériale sur la tête de son fils, il a besoin du suffrage de l'électeur de Bavière. Cette nécessité l'emporte, et la disgrâce de Walstein est résolue. Mais, au milieu de cent mille soldats qui l'adorent, comment oser lui annoncer sa destitution? Deux de ses plus intimes amis sont chargés de lui en porter la nouvelle, et de lui en adoucir l'amertume par les assurances les plus flatteuses de l'estime, de la reconnaissance et des regrets de l'empereur. Ces précautions étaient peut-être inutiles. Si Walstein aspire à l'indépendance, ses moyens ne sont pas encore prêts. Dans les conjonctures où il se trouve v se soumettre et attendre est le parti le plus sûr. C'est le conseil que lui donne la prudence; bien plus encore,

c'est celui de Seni, son astrologue. Cet Italien, qui mène à son gré Walstein , a lu dans les cieux que sa glorieuse carrière est loin d'être finie, et que l'avenir lui réserve encore les plus brillantes destinées. Walstein reçoit donc avec douceur les envoyés de Ferdinand , et leur montrant des calculs . astrologiques : « Ces signes, leur dit-il, m'avaient instruit de votre mission. « L'empereur est trahi; je le plains et je lui pardonne. Je suis « affligé toutefois qu'il m'ait sacrifié si facilement à l'impérieux « électeur de Bavière, dont l'étoile domine la sienne; mais « j'obéirai. » Puis, ayant comblé de présens les députés, et leur ayant remis une lettre pour l'empereur, dans laquelle il le supplie de lui conserver sa bienveillance, il se retire dans ses terres avec une indifférence apparente qui cache une fureur secrète et de vastes projets de vengeance. Indignés de sa disgrâce, la plupart des officiers quittent le service avec leur général, et l'armée qu'il avait créée, languit et se désorganise, privée du génie qui l'animait.

L'empereur espérait au moins recueillir le fruit de tant de condescendances par l'élévation de son fils à la dignité de roi des Romains. Mais il est destiné, dans cette circonstance, à voir tous ses efforts impuissans, toutes ses espérances confondues. 11 a satisfait les électeurs sur tous les points; et nonseulement ils diffèrent celte élection, l'objet de ses vœux les plus chers, mais ils le forcent de rompre subitement la diète, en témoignant le dessein de choisir le duc de Bavière. Les ministres français, pour prix de ses complaisances, ont promis de la part de leur gouvernement la plus stricte neutralité entre l'empereur et ses ennemis. Mais quand cette imposture a produit son effet, Richelieu désavoue ses agens, et signe un traité d'alliance avec Gustave-Adolphe. LepcreJosephatout conduit; Ferdinand reconnaît, mais trop tard, qu'il a été le jouet de ses artifices. « Un pauvre capucin m'a désarmé, s'écrie-t-il avec « douleur; le perfide a su faire entrer dans son étroit capuchon « six bonnets électoraux. » Ainsi la ruse a triomphé du puissant empereur qui fait trembler toute F Allemagne. Après s'être affaibli de dix-huit mille hommes, et avoir congédié un général qui seul lui valait une armée, il quitte Ralisbonne sans avoir rempli l'objet qui lui avait coûté tant de sacrifices. Les intrigues de Maximilien de Bavière et du père Joseph (1 ) ont com-

(1) Richelieu disait plaisamment quil ne connaissait en Europe aucun

raencé la ruine de ses projets ambitieux : les armes de la Suède vont l'achever.

SECTION V

Guerre de trente ans. — Période suédoise (i) jusqu'au rappel de Walstein

La confédération des étais de la Basse-Saxe étant dissipée, et le roi de Danemarck ayant été forcé à la paix, on devait

ministre ni plénipotentiaire « capable de faire la barbe à ce capucin , quot- « qu'il y eût belle prise. »

(1) ( Dans le premier volume de cette Histoire , nous avons conduit l'histoire de Suède jusqu'à la mort de Gustave- Wasa , en 15t>0. Comme elle offre moins d'intérêt depuis cette époque jusqu'à l 'avènement de Gustave-Adolphe , en 1611 , nous ne croyons pas devoir consacrer une section particulière aux faits compris dans cet intervalle. Il nous semble plus à propos de les placer ici en note , ainsi que nous avons fait pour l'histoire de Danemarck. )

Eric XIV monte sur le trône de Suède après la mort de son père Gustave-Wasa , en 1560. Les soins donnés à son éducation, la vivacité de son esprit et la variété de ses connaissances semblaient le destiner à un règne glorieux ; mais son caractère violent et ombrageux devait lui faire perdre le fruit de ses heureuses qualités. Il voyait avec crainte et jalousie ses frères Jean et Charles en possession des duchés de Finlande et de Sudermanie que leur avait donnés leur père (*). Ses réglemens pour restreindre leurs prérogatives dans ces apanages et prévenir l'abus de leur pouvoir excitèrent leur mécontentement et fomentèrent cette liaine qui , après une longue contrainte, éclata plus terrible pour lui ôter le trône et la vie. Ce fut en-

' (*] Le grand Gustave-Adolphe , dans MU histoire inachevé* , blâme Gustave -Wasa d'avoir donné de tels apanages aux frères du roi. « Les princes , dit-il , avaient trop de pouvoir poor ne pas élre des sujets dangereux. » A ceux qui disent que Gustave I , ayant beaucoup souffert pendant «on règne de la jalousie des nobles, avail voulu assurer ai solidement l'avenir de st* en fans et les placer si haut que la jalousie ne pourrait les y atteindre , on objecte qu'il affaiblissait , en le divisant , le pouvoir qu'il voulait fonder. Tout cela est vrai ; mais il faut considérer que Gustave n'avait aucune conBance dans Eric pour lequel on dit qu'il hésita long temps entre le tr6ne et la prison et expliquer ion système par ces paroles qu'où hii attribue : • qu'il préférait la discorde entre le roi et ses frères au danger que pourrait courir sa dynastie d'être renversée et le royaume de tomber sous l'oppression étrangère , danger dont Tune et I* autre seraient menacés, si l'influence des seigneurs devenait dominante, tandis que, d'une part, l'état ne périrait point par les divisions de sa famille , et que , d« l'autre , les grands ne seraient point a craindre pour sa dynastie , tant que la puissance d'un duc resterait debout. • L'établissement des duchés était an mal ; mais Gustave craignait un mal plus grand encore.

craindre que la maison d'Autriche ne rencontrât plus d'obstacles à ses projets de domination , et qu'aucune puissance

core pour rabaisser les ducs non moins que pour augmenter l'éclat de sa couronne , qu'Eric éleva les anciennes familles nobles , et , dans la pompe de son couronnement, créa des comtes et des barons , dignités jusqu'alors inconnues en Suède. Mais il flatta moins les nobles par ces titres qu'il ne les offensa en faisant revivre l'obligation où ils étaient de fournir et d'équiper des hommes pour le service militaire , quand les besoins de l'état l'exigeaient, et dont ils s'étaient à peu prés affranclus à la faveur des circonstances. Il ne choqua pas moins l'orgueil aristocratique, lorsque, trompé dans ses longues et vaines espérances d'obtenir la main d'Elisabeth , non moins malheureux dans ses avances matrimoniales aux cours de Hesse , d'Ecosse et de Lorraine, il épousa la fille d'un caporal. Il acheva d'aliéner les esprits par l'emprisonnement du duc Jean , son frère ainé , qu'il fit enfermer avec sa femme dans une forteresse , et par Je supplice de plusieurs de leurs officiers et domestiques.

Cependant, en 1563, la guerre se renouvelle entre le Danemarck et la Suède. ( Voyez la note ci-dessus , page 356. ) Eric la fait d'abord assez heureusement , et ses flottes triomphent des flottes danoises ; mais bientôt de fausses mesures et un changement trop fréquent de généraux font succéder les revers aux succès. Tandis que les affaires empirent au dehors, des actes de despotisme et de cruauté rendent charme jour le roi plus odieux. L'esprit de ce malheureux prince se remplit de mille soupçons. Craignant sans cesse l'assassinat et l'empoisonnement , il soudoie une multitude d'espions et de délateurs , et accroît ses terreurs par ces précautions mêmes. Livré aux perfides suggestions d'obscurs favoris , et principalement de Gôran Pehrson , fds d'un moine tiré de son couvent et du célibat par la réforme , il nourrissait de perpétuelles défiances contre les premiers personnages du sénat et du royaume. En i 567, il fait arrêter plusieurs seigneurs qu'il accuse de conspirer contre sa vie , et assemble les états à Upsal pour les juger. Pendant qu'on instruit leur procès , un faux bruit se répand que le duc de Finlande a été mis en liberté. A cette nouvelle t Eric furieux court à la prison où étaient détenus les accusés. 11 se jette sur l'un d'eux , Nicolas Sture, le frappe de deux coups de poignard, et ordonne à un domestique d'achever le meurtre; puis, égaré par la rage et par la démence , u s'enfuit de la ville, et, durant plusieurs jours , il erre dans la campagne à l'aventure. Son ancien précepteur, Denys Bury, l'ayant rejoint et intercédant pour les prisonniers , il le fait tuer par un draban , et envoie l'ordre au concierge du château de procéder immédiatement à l'exécution des seigneurs détenus. À peine est-il obéi , que la fureur fait place au remords ; il verse des larmes de repentir, et se laisse ramener à Stockholm , confus de son crime et distribuant de l'argent aux passans , comme pour acheter son pardon. Il tente de regagner le coeur des nobles en leur conférant de nouveaux privilèges; il tire de prison le duc de Finlande, et accorde satisfaction à l'opinion publique , en permettant d'intenter un procès capital a Gôran

étrangère n'osai plus prendre les intérêts du corps germanique. L'antique constitution de l'Allemagne n'est plus qu'un

Pelirson. Mais bientôt après il lui rend toute sa faveur, et s abandonne de nouveau à sa funeste influence. Alors les dues de Finlande et de Sudermauie lèvent l'étendard de la révolte, et marchent sur Stockholm à la téte d'une armée que les mecoutens viennent grossir de toutes parts. Pehrson leur est livré par la bourgeoisie de la ville , et périt dans les horreurs d'un long supplice. Eric , forcé de capituler, abdique la couronne , et se remet entre les mains du duc de Finlande , qui le fait condamner par les états à une prison perpétuelle. Le duc, proclamé roi sous le nom de Jean III, traite inhumainement son malheureux frère, le (raine de captivité en captivité , et s'en délivre enfin par le poison (1577). Eric laissait un fds nommé Gustave , que les états avaient déclaré iuliabilc à succéder au royaume de Suède , et qui , sauvé des fureurs de son oncle par un seigneur de la maison de Sparre , fut envoyé et vécut en pays étranger.

Le règne d'Eric , souillé de beaucoup de fautes et de crimes, eut néanmoins sou côté utile et glorieux. Ce prince, avant le dérangement de sa raison , donna de grands soins à la marine et an commerce , à la défense du royaume et à l'administration de la justice. Il fit divers réglemens pour encourager l'exploitation des mines , pour retenir l'argent dans le royaume, pour mettre les hôtelleries sur un meilleur pied , pour faire fleurir l'agriculture, et pour multiplier le bétail et les moyens de subsistance. Il attira en Suède beaucoup de familles étrangères chassées de leur patrie par la persécution religieuse. Il protégea les sciences et les savans , s'occupa avec une attention particulière de l'éducation de la jeunesse , et enrichit l'académie d'Upsal d'un nouveau collège. On fait encore usage, dans les églises suédoises , de plusieurs cantiques de sa composition , et il écrivit un traité sur XArt de la guerre, que Ton garde encore dans les archives nationales.

Sous le nouveau roi , la guerre avec le Danemarck fut terminée par la paix de Stettin, en 1570. (V oyez la note ci -dessus t Période danoise.)

Sigismond II Auguste , roi de Pologne, étant mort en 1572 , Jean III se mit sur les rangs pour lui succéder ; mais la couronne de Pologne fut déférée à Henri de Valois.

La même année , le czar Iwan IV ayant envahi la Livonie ù la téte de quatre- vingt mille hommes , Jean 111 envoie une armée au secours de ce pays. 11 y soutient la guerre pendant plusieurs années avec des succès balancés. En 1580 , il s'unit avec le roi de Pologne, Etienne Bathori , contre les Moscovites. En 1583 , les Polonais ayant traité séparément avec le czar, et s'étant fait céder la Livonie par la paix de Kiewerowa-Horca, les Suédois continuent contre la Russie ime guerre entremêlée de négociations et de trêves , jusqu'à la fin du règne de Jean 111 , et qui ne se termine que sous le successeur de ce prince , par un traité de paix signé à Narva, en 1 595.

Jeau III meurt en 1502. Son épouse, Catherine Jagellou, lui avait inspiré le dessein de rétablir en Suède la religion catholique. En 1575, il convoqua à Stockholm une assemblée d'évéques et de prédicateurs, et leur

vain fantôme ; la liberté même de l'Europe est menacée. Mais des événemens imprévus vont changer la face des affaires et conserver l'équilibre. La Suède possède un héros, la France un ministre, nés pour maîtriser la fortune. Gustave-Adolphe, suscité par le cardinal de Richelieu, paraît sur la scène, et sa main puissante brise le joug sous lequel {[émit l'empire opprimé.

A peine âgé de dix-sept ans, Gustave-Adolphe avait hérité

présenta un formulaire auquel on donna le nom de Liturgie de Véglise suédoise, conforme à Véglise catholique et orthodoxe. On en adopta quelques articles ; mais il n'y eut point dans rassemblée unanimité de sentimcns sur l'ensemble de la proposition. Le roi tenta depuis d'employer la force pour obliger ses sujets à se conformer à la nouvelle liturgie. Ces démêlés théologwmes causèrent de grands troubles dans l'état.

A la mort de Jean BJ, son fils Sigismond ///était roi de Pologne depuis fan 1587. En l'absence de Sigismond , Charles , son oncle, s'empare du gouvernement. Dans un synode convoqué à Upsal, il abolit la Liturgie suédoise. L'assemblée s'engage à ne reconnaître Sigismond pour roi qu'après qu'il aura confirmé ce décret d'abolition. Arrivé en Suède , il ne peut obtenir son couronnement qu'à cette condition. 11 retourne en Pologne, laissant le duc Charles pour administrateur du royaume de Suède. En 1595, le régent convoque une assemblée d'états à Suderkœping : on y arrête qu'il n'y aura en Suède d'autre religion que la confession d'Augsbourg ; que les prêtres catholiques seront tenus de sortir du royaume dans six semaines , et que les ordonnances que le roi enverrait de Pologne ne seraient point exécutées qu'elles n'eussent été préalablement approuvées par l'administrateur et par le sénat. Deux partis déchirent le royaume. Après plusieurs années de troubles, les états assemblés à Norkœping (1604) donnent au duc Charles le titre de roi, à l'exclusion de Sigismond et de son fils. Le nouveau roi , Charles /X, soutient pendant son règne la guerre contre la Pologne. D'abord uni aux Russes contre les Polonais, il est ensuite exposé aux armes des deux peuples. Enfin, le roi de Danemarck, Christian IV, croyant l'occasion favorable pour s'emparer du royaume de Suède, l'attaque en 1611. Charles IX meurt la même année, prince d'un caractère violent et dur, mais dont le règne fut sous plusieurs rapports utile à la Suède. En 1608 , il publia un nouveau code de lois. Il fit construire plusieurs villes, entre autres Gothembourg , que les Suédois appelaient un clou planté dans les yeux des Danois , et fonda divers établissemens d'instruction. Il a composé une Clironique rimée du royaume de Suède , souvent citée par les écrivains suédois. Son fils, Gustave- Adolplie , lui succède , à l'âge de dix-sept ans , sur un trône assailli de tous côtés par de puissans ennemis. (Pour la suite de l'Histoire de Suède jusqu'au traité de Westphalie (1648), voyez la Guerre de trente ans.)

en 1 Cl 1 du Irône de Suède, et de trois guerres que son père lui avait léguées contre les Danois , les Russes et les Polonais. Il les termina Tune après l'autre à son avantage. Celle contre le Danemarck fut la plus courte et la moins brillante. Par la paix deKnarœd, en 4613, la Suède recouvra, moyennant un million de thalers , les provinces dont les Danois s'étaient emparés. En 1 61 7, Gustave signa avec la Russie le traité de Stolbova, par lequel il obtint la cession de Kexholm, de l'ingrie et de la Carélie russe, et priva ainsi cette puissance de toute communication avec l'Europe par le golfe de Finlande et la mer Baltique (1).

La guerre avec la Pologne fut plus longue et plus sérieuse, mais ne fut pas moins glorieuse pour le roi de Suède. Malgré les secours donnés par l'empereur aux Polonais, ses alliés, Gustave s'empara de toute la Livonic et d'une grande partie de la Prusse polonaise. Il lui était facile de pousser plus loin ses avantages, lorsque les affaires de l'empire le forcèrent de les interrompre. Trop éclairé pour ne pas comprendre que Tindépendance et le lustre de sa couronne étaient inséparablement liés à la conservation du système germanique, il prévoit que si l'empereur parvient à bouleverser ce système et à étendre sa domination sur la mer Baltique, il mettra bientôt sous le joug les puissances du Nord. Ferdinand, pour faire une diversion plus efficace en faveur du roi de Pologne, peut d'ailleurs attaquer la Suède , et il est plus avantageux de le prévenir. D'un

(i) Par ce traité , la terre où s élève aujourd'hui Saint-Pétersbourg devint suédoise. Gustave-Adolphe sentait vivement de quelle importance il était pour la Suède d'obtenir les places et territoires qui lui dirent cédés par le traité de Stolbova. Aussi, dans le cours des longues négociations dont ce traité fut le résultat, Gustave fut-il inflexible sur les conditions qu'il avait une fois posées. « Les citadelles de Kexholm , de Nôteborg, de Jama , de Koporie et dlvanogorod , écrivait-il (en 1G16) à sa mère et au sénat, sont comme une clef pour la Finlande et la Livonie , et ferment la Finlande et la Russie. Si Ton restituait Nôteborg ou Ivanogorod , ou ces deux places ensemble , et si la Russie commençait à soupçonner sa puissance , les avantages qu'ofrent la mer , les fleuves , les lacs , avantagée qu'elle n'a pas su apprécier jusqu'ici, elle pourrait non-seulement attaquer la Finlande de tous côtés, mais encore, grâce à ses immenses ressources et à l'étendue de son territoire, couvrir la Baltique de ses flottes, de façon que la Suède serait dans un danger continuel. » Il semble qu'il eût , à un siècle de distance , des pressentimens sur les projets de Pienre-le-Grand.

autre coté, Gustave-Adolphe, protestant zélé, voit avec douleur ses frères opprimés en Allemagne ; il croit qu'il est de son devoir de travailler à leur délivrance. Enfin , sa dignité personnelle a été offensée : l'orgueilleux Walstein a refusé d'admettre ses ambassadeurs au congrès de Lubeck : cet outrage demande vengeance. A ces motiCs de politique, de religion et de ressentiment , se joignent un ardent amour de la gloire et le désir de rendre à la Suède le rang que son étoignement, ses dissensions intestines et ses guerres contre ses voisins lui ont fait perdre. Déterminé par toutes ces considérations, Gustave- Adolphe songe à suspendre dans le Nord le cours de ses victoires pour porter ses armes dans l'empire, secourir les princes allemands, et mettre un frein a l'ambition de l'empereur. Il est affermi dans ce dessein par la cour de France, non moins intéressée que les royaumes du Nord au maintien de la constitution germanique.

Le cardinal de Richelieu, vainqueur des relîgionnaires français , mais pensant que dans les relations politiques on doit consulter la conformité des intérêts et non celle des religions, sent que, pour abaisser la maison d'Autriche, il faut relever les protestans d'Allemagne. Mais il a besoin d'un instrument ; il jette les yeux sur le roi de Suède, dont le caractère, les talens, les projets et les ressources n'ont point échappé à son génie pénétrant : Gustave-Adolphe est seul digne et capable d'exécuter les plans de Richelieu. Une trêve de six ans, conclue entre la Suède et la Pologne (1629), sous la médiation de la France, permet à Gustave de tourner toutes ses vues du côté de F Allemagne. Ses forces, au premier abord, paraissent peu proportionnées aux difficultés de l'entreprise qu'il médite. La Suède par elle-même n'abonde ni en hommes, ni en argent, et les guerres précédentes en ont encore diminué la population et la richesse. Peut-elle lutter contre une puissance appuyée par des armées nombreuses et triomphantes , et qui grossit ses trésors des contributions de l' Allemagne entière? Gustave répond que cette objection est plus spécieuse que solide; qu'indignée du despotisme de Ferdinand et des brigandages de ses soldats, l'Allemagne appelle un libérateur ; que la religion et la politique attacheront aux Suédois les protestans; qu'on intimidera les catholiques par des succès, qu'oa les gagnera par la modération et la justice après la victoire»

Enfin, des négociations sont entamées avec la France, qui promet des subsides, et annonce une puissante diversion. L'Angleterre , la Hollande , la ligue anséatique , le prince de Transylvanie, donnent les mêmes espérances. Le Danemarck s'engage à rester tranquille, et à ne pas inquiéter la Suède, tant que durera l'éloignement de son roi. Gustave assemble son sénat à Upsal, le prend pour juge, lui soumet ses projets et ses moyens. La guerre contre l'empereur est résolue; on déclare même qu'elle doit être offensive, qu'il vaut mieux la porter en Allemagne que l'attendre en Suède. Tandis que les préparatifs de cette grande expédition se poussent avec activité , Gustave s'occupe de pourvoir au gouvernement et à la sûreté de ses états pendant son absence. Axel Oxenstiern , à la fois général et chancelier, doit rester en Prusse, à la tête de dix mille hommes, ^our surveiller la Pologne. Quelques troupes régulières et des milices nombreuses sont destinées à la garde de la Suède. Cinq sénateurs, sous le nom de régens, sont chargés de l'administration générale. Les finances sont confiées à l'économie du comte palatin Jean-Casimir, beaufrère du roi. Enfin, tout étant prévu et préparé, Gustave-Adolphe se rend (le 20 mai 4630) à l'assemblée des états pour leur dire un adieu solennel. Prenant entre ses bras sa fille Christine, âgée de quatre ans, et désignée dès le berceau pour lui succéder, il la montre aux députés comme leur future souveraine ; il la recommande à leur fidélité, à leurs soins paternels , s'il ne devait plus la revoir, et termine en les recommandant eux-mêmes à la protection divine. Tous les cœurs sont émus de ses nobles paroles; des pleurs coulent de tous les yeux.

Cependant la flotte destinée à l'expédition est rassemblée dans la rade d'Elfsnaben, avec une armée faible par le nombre, mais formidable par son organisation, sa discipline, la bravoure et l'expérience des soldats qui la composent : elle met à la voile au mois de juin, et, le 24 du même mois, elle touche à l'île de Ruden, sur la cote de Poméranie. Gustave- Adolphe descend le premier à terre. En présence de toute sa suite, il se prosterne et rend grâces au ciel de lui avoir accordé une heureuse traversée ; puis, sans perdre de temps, pour assurer ses communications avec la Suède, il s'empare des îles de Rugen, d'Usedom et de Wollin. De là il marche rapidement

suf Stettin, capitale de la Poméranie, place importante dont il veut se faire un point d'appui. Le duc Bogislas XIV lui ouvre ses portes, et conclut un t raité par lequel son duché doit rester en séquestre entre les mains des Suédois jusqu'à la fin de la guerre. Chaque jour accrue des officiers et des soldats qui ont combattu sous Mansfeld, sous Brunswick, sous le roi de Danemarck et sous Walstein, leur armée s'avance de succès en succès; et, dans l'espace de quelques mois, elle a chassé les garnisons impériales de toutes les places de la Poméranie.

Dans ces circonstances, les négociations entamées depuis long-temps pour conclure un véritable traité d'alliance entre la Suède et la France prennent une nouvelle activité. Jusquelà, Richelieu, doutant peut-être des succès de Gustave, n'a donné que des promesses vagues. Gustave , de son coté, craignant sans doute que la France ne prétendît une trop grande part dans la gloire et dans les fruits de l'expédition, avait montré peu d'empressement à s'unir avec elle; mais le besoin que les deux puissances ont l'une de l'autre pour contre-balancer les forces de l'Autriche, l'emporte enûn sur toutes les craintes, et, le 13 janvier 1631, l'alliance est signée au camp de Berwald, dans la Nouvelle-Marche. Gustave-Adolphe s'engage à porter ses armes au sein de l'empire, pour rendre l'ancienne liberté à la navigation et au commerce de l'Océan et de la mer Baltique, pour mettre (in à l'oppression des étals d'Allemagne, pour faire restituer aux protestans leurs droits, leurs biens et leurs privilèges, sans préjudicier à ceux des catholiques. A cet effet, il promet d'entretenir pendant six ans une armée de trente-six mille hommes en Allemagne, moyennant un subside annuel de 400,000 écus que la France s'oblige à lui payer.

Gustave-Adolphe, en débarquant en Allemagne, avait invité, par un manifeste, les états protestans à s'armer pour la cause commune. Contenus par la crainte de l'Autriche, ils étaient restés tranquilles. Mais , en 1 631 , enhardis par les succès du monarque suédois, ils commencèrent à soulever le joug qui pesait sur leurs têtes et a revendiquer leur indépendance. Jean-George, électeur de Saxe, leur donna l'impulsion. Ce prince, long-temps uni a la maison d'Autriche, n'avait point retiré de cette union les fruits qu'il s'en était prorais. Nonseulemenlil n'avait pu réaliser ses prétentions sur la succe*-

sion de Juliers , mais même il avait vu son fils exclu de l'archevêché de Magdebourg en faveur de l'archiduc Léopold, second fils de l'empereur. Dans ces circonstances, il prit à son service le feld-maréchal d'Arnheim, et en fit son favori et son ministre. Naguère général de l'empereur sous le commandement de Walstein, dont il était l'ami le plus dévoué, Àrnheim brûlait de venger son ancien bienfaiteur, et de se venger lui-même des injustices de Ferdinand : il travailla donc à détacher son nouveau maître des intérêts de l'Autriche. A l'entendre , l'électeur de Saxe tenait dans ses mains la balance de l'Allemagne, S'il se déclarait pour Gustave-Adolphe, son exemple entraînait les états protestant et le triomphe des Suédois était assuré. Mais il fallait éviter de se mettre dans leur dépendance, en s'unissant trop étroitement à, leur fortune. Effrayer Ferdinand de cette alliance, sans enchaîner sa propre liberté par des engagement irrévocables, former en Allemagne un tiers parti, se placer entre l'empereur et le roi de Suède, et se rendre l'arbitre de leurs destinées, tel est le hardi projet qu' Arnheim suggéra à l'électeur; projet dont Texécutiou demandait une main plus habile et plus ferme que celle de ce prince, mais dont son amour-propre lui voila les difficultés, et que sa vanité imposa à sa faiblesse. En conséquence, sa résolution prise, après avoir conféré avec l'électeur de Brandebourg, qui comme lui hait l'empereur et se défie des Suédois, assuré d'ailleurs, dans une diète tenue à Torgau, du consentement des états saxons, dont le suffrage lui est indispensable , Jean-George convoque à Leipsick (le 6 février 1631) une assemblée des protestans de l'empire. Sur sa proposition, ils arrêtent de demander a l'empereur l'abolition de l'édit de restitution , la répression des excès commis par les troupes impériales, et d'appuyer leurs remontrances par une armée de quarante mille hommes. Gustave leur offre son alliance, et les invite à faire cause commune avec lui. Mais, conformément au plan qu'il s'est tracé, Pélecteur de Saxe leur persuade de garder la neutralité entre le roi et l'empereur, et de demeurer spectateurs de la lutte, jusqu'à ce que, voyant les deux partis également épuisés, ils se joignent à celui qui leur fera les meilleures conditions, et dictent la loi a l'un et a l'autre. Tandis que les protestans adoptent les faux calculs d'une politique intéressée, les étals de la ligue catholique se conduisent par des maximes

contraires : assemblés à Dinkelspulh, ils conviennent de s'opposer de toutes leurs forces aux entreprises de Gustave-Adolphe, et aux desseins de l'électeur de Saxe, dont ils ont démêlé l'ambition et les artiûces.

Cependant l'empereur, qui vient d'être à Ratisbonne le jouet des intrigues de la France , connaît à peine l'alliance conclue entre cette puissance et le roi de Suède, que la convention de Leipsick est pour lui un nouveau sujet d'alarmes. Vainement il enjoint aux confédérés de renoncer à leur ligue, et leur interdit toute levée de troupes. Ils bravent ses ordres et ses menaces; leur refus ne lui laisse plus que la voie des armes.

Dans le principe, l'invasion de Gustave-Adolphe avait paru peu redoutable à la cour de Vienne. Walstein, qui commandait encore alors l'armée impériale, avait le premier accrédité cette erreur. Que cet écolier, disait-il, ose entrer en Allemagne, je l'en chasserai avec des verges. Les courtisans ne parlaient pas du roi de Suède avec moins d'insolence. On le nommait à Vienne une majesté de neige , qui fondrait à l'aspect du soleil impérial. Ce mépris, joint au désir immodéré de faire élire son 01s roi des Romains, aux trompeuses promesses de la France, et aux clameurs des catholiques et des protestans, avait porté l'empereur à réduire son armée à l'instant même où elle était le plus nécessaire, et à congédier le seul général dont les talens fussent à la hauteur des circonstances. Après le renvoi de Walstein , le duc de Bavière réclame le commandement : l'empereur voulait le conférer à l'archiduc Ferdinand, son Gis. Enfin, après un délai funeste, il fut, par accommodement, remis au comte de Tilly, qui passa du service de Maximilien a celui de l'empereur. Maître de la Poméranie, Gustave-Adolphe marchait alors vers le Brandebourg. Tilly n'ayant pu lui en fermer le passage, ni l'empêcher de s'emparer de Francfort-sur-l'Oder, entreprit de l'obliger à sortir des Marches, et de l'attirer à une bataille , en mettant le siège devant Magdebourg.

Cette ville avait pour archevêque ou administrateur, vers l'an 1625, un prince de la maison de Brandebourg, Christian- Guillaume, oncle de l'électeur. Etant entré dans la ligue danoise, il fut déclaré par l'empereur déchu de son archevêché. Le chapitre élut à sa place le prince Jean-Auguste de Saxe, second flls de l'électeur Jean-George. Mais l'empereur rejeta

le prince saxon, et donna l'archevêché à son propre fils, Léopold-Guillaume. Auguste réussit néanmoins à se maintenir à Magdebourg , et Walstein essaya vainement de l'en chasser en 1629. L'invasion du roi de Suède causa dans celte ville une révolution. L'ancien administrateur y rentra au mois de juillet 1630, s'y fit reconnaître de nouveau comme archevêque et souverain, s'allia avec Gustave-Adolphe, leva des troupes, et commença vivement la guerre contre l'empereur, sans attendre que les Suédois fussent à portée de le soutenir. Gustave, quoique mécontent de celte précipitation , lui envoya Thierry de Falkemberg, officier expérimenté, qui prit le commandement de la garnison , et se défendit avec succès contre le comte de Pappenheim. Mais Tilly s'avance avec une armée nombreuse. En même temps que par cette diversion il veut éloigner des états autrichiens un ennemi victorieux qui déjà les menace, il médite un terrible exemple sur la ville coupable, qui, la première , a donné aux cités de V Allemagne le signal de la rébellion. Les fatigues et les combats ont réduit la garnison à deux mille hommes; mais le fanatisme religieux, l'ardent amour de la liberté, une haine invincible pour le nom de Ferdinand, et surtout l'espérance d'un prompt secours , soutiennent le courage des habilans. Gustave, qui leur a promis son appui , brûle d'aller dégager sa parole par leur délivrance; mais, pour assurer sa retraite en cas de revers, il veut que l'électeur de Brandebourg lui livre temporairement les citadelles de Custrio et de Spandau. L'électeur balance à prendre un parti. Le roi de Suède ne peut fixer ses irrésolutions qu'en marchant sur Berlin avec son armée. On accorde a ses reproches et à ses menaces ce qu'on refusait à ses prières , et Spandau est enfln remis entre ses mains. Ces délais ont consumé un temps précieux, et lorsque, par une marche rapide, Gustave se hâte d'en réparer la perte, il se voit encore arrêté par l'électeur de Saxe, qui, loin de lui porter du secours, ne consent pas même à lui livrer le passage par ses états. Eh quoi! s'écriait le héros suédois dans son indignation, voir briller la maison de son voisin, sans vouloir aider à éteindre le feu! un tel aveuglement ne se comprend point ! Ils laisseront donc périr cette malheureuse ville! Et déjà c'en est fait : cette triste prédiction est accomplie. Dans la nuit du 9 au 10 mai 1631 , au moment où le silence de l'artillerie autrichienne faisait croire que les impériaux levaient le

siège, et que le roi de Suède approchait, Tilly a ordonné l'assaut. Arrachés au sommeil , les habitans surpris n'opposent qu'une faible résistance; de tous côtés l'ennemi pénètre dans la place : le pillage , le meurtre , l'incendie en font un théâtre de destruction. Après un saccagement de trois jours, que les Croates, en s'enivrant sur les corps morts , nommaient la noce de Magdebourg, celte cité, naguère si florissante > n'est plus qu'un monceau de ruines inondées de sang. Plus de trente mille personnes ont péri par le fer, par le feu ou dans les eaux de l'Elbe. De quatre mille maisons, il n'en reste que cent quarante-quatre et deux églises. Mille habitans, qui s'étaient réfugiés dans la cathédrale, furent seuls épargnés par les vainqueurs fatigués de carnage. Tilly avait présidé froidement à ces horreurs, comme on préside à une fête militaire; enfin, pour y mettre le comble, il entre en pompe au milieu des cadavres et des décombres, fait chanter un Te Deum solennel, et après avoir parcouru les débris fumans de la ville détruite, il annonce à son maître que, depuis le sac de Troie et de Jérusalem, on n'a point vu de victoire aussi éclatante. Mais une sinistre prophétie vient troubler son ivresse barbare : « Dieu, lui a dit « l'administrateur amené captif en sa présence , Dieu punira « tm jour ces atrocités; il faut que le sang soit lavé dans le « sang, et la fortune de Tilly restera ensevelie sous les ruines « de Magdebourg. »

Au bruit de la chute de cette ville, un cri d'indignation et d'effroi s'élève en Allemagne. La douleur publique accuse le roi de Suède, qui, se trouvant à la tête de forces considérables si près de cette ville alliée, l'a laissée périr sans secours. Gustave sejustiOe par un manifeste, et dénonce à l'Europe les vrais coupables. Gémissant de n'avoir pu sauver Magdebourg, il veut au moins la venger. Mais l'électeur de Brandebourg, au lieu de s'associer à ses généreux efforts , saisit ce moment pour réclamer la remise de Spandau. Gustave rend en effet celte place; mais le jour même il est sous les murs de Berlin, et, déclarant à rélecteur qu'il va le traiter en ennemi , s'il ne renonce à ses subterfuges, il le contraint à signer une convention par laquelle il s'engage à lui livrer Spandau et deux autres citadelles, à lui accorder un libre passage par Custriu, et à lui payer par mois un subside de trente raille couronnes. Dès qu'il a conclu ce traité, il retourne sur ses pas pour chercher Tilly.

Digmz

Ce général , soit pour exciter l'ardeur de ses troupes en leur procurant le pillage d'une contrée qui n'avait point encore souffert des horreurs de la guerre , soit pour ne pas laisser en armes ? à l'approche d'une bataille décisive, un puissant électeur dont les senlimens lui étaient suspects, avait envahi la Saxe. Jean-George, dans le danger, implore l'appui du héros qu'il a si long-temps négligé. Gustave joint les Saxons à Duben sur la Mulde, et les deux armées réunies se portent sur Leipsick , dont les impériaux venaient de s'emparer. Tilly, qui attend des renforts , veut se tenir sur la défensive jusqu'à leur arrivée ; mais, entraîné par la bouillante impétuosité du comte de Pappenheim, il s'avance à la rencontre de l'ennemi, et, le 7 septembre 1631 , Tilly et Gustave-Adolphe sont en présence dans les plaines de Breitenfeld. Gustave, avec un admirable sang-froid, combine ses dispositions, et prépare le combat et la victoire; mais son adversaire, agité de noirs pressentimens, ne montre ni sa résolution ni sa prudence accoutumées. Le souvenir de Magdebourg le poursuit ; des présages plus récens l'épouvantent (1). Dans son trouble, il s' étonne de n'être plus semblable a lui-même, et, malgré sa vieille expérience, il commet des fautes nombreuses. Cependant son énergie se réveille au moment décisif. Après une canonnade de deux heures, il descend le premier de ses positions, et tombe si vivement sur les Saxons, qu'en un instant leurs rangs sont rompus et la plus grande partie de leur armée s'enfuit en désordre. Les impériaux, à cet heureux commencement, jugent la victoire assurée, et des courriers sont expédiés pour en porter la nouvelle aux cours de Vienne et de Munich. Mais à l'autre aile, l'action s'est engagée entre les Suédois et la cavalerie de Pappenheim: sept fois ce général renouvelle son attaque, et sept fois il est repoussé ; il se retire enfin, après avoir perdu l'élite de ses troupes, et abandonne à l'ennemi le champ de bataille. Tilly

(i) Au commencement du siège de Leipsick , le gouverneur avait incendié le faubourg de Hall. Tilly, avant la soumission de la ville , établit son quartier-général dans la seule maison de ce faubourg qui n'eut pas été detruite. Des ossemens et des crânes étaient peints sur les murs extérieurs ; c était la demeure d'un fossoyeur. Tilly ne put s'empeclier de frémir à l'aspect de ces objets funèbres , et conçut un malheureux augure du liasard fatal qui les offrait à ses regards.

revenait alors de la poursuite de l'armée saxonne avec son infanterie victorieuse : il fond de nouveau sur les Suédois, et la lutte recommence plus obstinée et plus terrible. Mais, par une habile manœuvre, Gustave décide le sort de la journée; il gravit les hauteurs d'où tonne l'artillerie impériale, s'en empare, et la tourne contre l'armée autrichienne; foudroyée par ses propres canons, celte armée, jusque-là invincible, s'ébranle, se rompt, se disperse. Tilly, percé de trois balles, et couvert de blessures, combat encore. Enfin, arraché du champ de bataille par le duc de Saxe-La wembourg, il se retire à Halbcrstadt, où il connaît toute l'étendue de son désastre : il lui reste à peine deux mille hommes sous les armes; sept mille Autrichiens ont été tués , cinq mille sont tombés au pouvoir de l'ennemi , et le reste s'est dissipé.

Après ce triomphe éclatant , les deux princes se hâtent de régler les opérations ultérieures de la campagne. L'électeur se charge de porter la guerre dans la Bohême et jusqu'au centre des pays héréditaires de Ferdinand, tandis que le roi de Suède chassera les impériaux de la Tburinge , des cercles du Rhin, de la Franconie et de la Bavière. On a souvent blâmé ce monarque de n'avoir pas marché droit à Vienne après la bataille de Leipsick : on a prétendu que, comme Annibal, il savait vaincre, et ne savait pas profiter de la victoire. Mais il n'avait dans son armée que seize mille hommes sur lesquels il pût compter; Tilly, renforcé des garnisons de la Basse-Saxe, en avait encore un plus grand nombre. Les troupes impériales de la Franconie et de la Souabe pouvaient, au premier signal, se replier sur la Bohême, et, concertant leur attaque avec la résistance des garnisons de ce royaume , mettre Gustave dans une position telle que le moindre échec ruinerait sans retour ses affaires et celles des protestans : au contraire, les progrès les plus rapides dans les états autrichiens , la conquête des plus fortes places , celle même de la résidence impériale ne décidaient rien , si Tilly et la ligue catholique tenaient sous le joug le reste de l'Allemagne, et désarmaient les alliés du roi. D'un autre coté, Gustave n'ignorait pas que ses amis mêmes étaient alarmés et jaloux de ses succès ; enfin, il lui fallait pourvoir aux moyens de continuer la guerre. Toutes ses ressources, toutes ses espérances étaient dans les états protestans de l'Allemagne; il devait donc montrer le plus grand zèle pour

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leurs intérêts, et s'empresser à les délivrer de la tyrannie des garnisons autrichiennes . D'ailleurs, il ne négligeait point l'idée d'attaquer Ferdinand dans ses propres foyers; il commettait ce soin à l'électeur de Saxe : il était permis de croire que ce prince, irrité de la dévastation récente de ses états par les troupes impériales, agirait contre l'empereur avec toute l'ardeur de la vengeance. Tel parut d'abord son dessein : il s'empara de Prague et d'Egra; la Bohême lui était ouverte; et si tout-à-coup il s'arrêta, si sa jalousie ou sa politique, ou la trahison secrète de son général Arnheim suspendit le cours de ces premiers succès, c'est un dénoûment que Gustave -Adolphe ne pouvait ni prévoir ni empêcher. Quant à la partie de son plan que ce prince exécuta lui-même, et qui consistait à chasser les impériaux de l'Allemagne occidentale, et à dissoudre la ligue catholique, elle réussit complètement.

Il s'avance sans rencontrer d'obstacles; sa marche paraît celle d'un souverain qui reçoit les hommages de ses sujets , et non d'un conquérant qui parcourt un pays ennemi ; c'est un voyage triomphal. A Erfurt, il conclut un traité d'alliance avec les ducs de Saxe-Weimar, les plus puissans princes de la Thuringe, et il leur laisse, conjointement avec le landgrave de Hesse, la conduite de la guerre dans cette partie de l'Allemagne. Bientôt après, ses étendards sont arborés sur toute la rive du Mein. Il chasse de Francfort la diète des princes de l'empire, alors assemblés dans cette ville pour faire exécuter l'édit de restitution. Le duc de Lorraine conduisait douze mille hommes à Tilly : Gustave les disperse sans coup férir. Poursuivant sa marche victorieuse, il délivre le Bas-Palatinat de la présence des Espagnols; il passe le Rhin , chasse de ses états l'électeur de Mayence, contraint celui de Trêves à renoncer à l'alliance de l'empereur, et , par la prise de Weissembourg et de Landau, s'ouvre l'entrée de l'Alsace. Partout il laisse des garnisons pour s'assurer la possession des places conquises. Mais, loin de s'affaiblir, son armée grossit à chaque pas. Rappelé en Franconie par les progrès de Tilly dans cette province, il s'avance pour les arrêter à la tête de quarante mille hommes. Tilly, trop faible pour résister à celte armée formidable, se retire au-delà du Lech, dans le dessein de couvrir la Bavière; et près de la petite ville de Rain , au milieu de trois rivières qui le protègent de tous côtés, il prend une forte position où

il est joint par l'électeur. Gustave force le passage sous le feu de l'artillerie ennemie ( 15 avril 1632). Tilly tombe dangereusement blessé; Altringer, qui commande après lui, est mis hors de combat. Privés de ces deux vaillans chefs , les Bavarois s'ébranlent; Maximilien lui-même cherche en vain dans son cœur sa fermeté ordinaire : il quitte précipitamment le poste imprenable qu'il occupait, et se réfugie à Ingolstadt. C'est là que Tilly expire des suites de sa blessure, à l'âge de soixante-treize ans. Constamment heureux avant la journée de Leipsick, sa réputation ne fut éclipsée que par celle de Gustave-Adolphe. D'une intrépidité vraiment héroïque , d'une tempérance admirable, d'un désintéressement tel, qu'il mourut pauvre, malgré toutes les occasions qu'il eut de s'enrichir, il ternit l'éclat de ses belles qualités par un caractère dur et cruel; et sa gloire a plus souffert des violences barbares commises par ses ordres et sous ses yeux , que des disgrâces qui obscurcirent la fin d'une carrière jusque-là si brillante et si fortunée.

Après le passage du Lech et la fuite de Maximilien , la Bavière est ouverte aux Suédois. Caché dans ses châteaux forts, l'électeur abandonne à l'ennemi son pays sans défense. A l'approche de Gustave, tout se soumet sans résistance, et bientôt les clefs de la capitale même sont déposées aux pieds de l'invincible monarque.

Ainsi Gustave, dans l'espace de quelques mois, s'est montré en conquérant sur les bords de l'Elbe , du Meiu , du Rhin et du Danube. Une suite non interrompue de victoires l'a conduit jusqu'aux frontières de la monarchie autrichienne. La Franconie et l'électoral de Mayence, une partie de la Souabe et de la Bavière sont en son pouvoir. Les princes et les villes recherchent à l'envi son amitié ou sa protection. Il triomphe par luimême, il triomphe par ses licutenans et par ses alliés. Les ducs de Mecklembourg , soutenus parles Suédois, expulsent les impériaux de tout leur duché ; Tott s'empare de la ville de Stade, qui commande la navigation de l'Elbe; Gustave Hora occupe l'évêché de Bamberg; Banner dispute et enlève aux Autrichiens les ruines de Magdebourg ; le duc Bernard de Saxe- Weimar prend Nordheim , Gottingue et Goslar ; le landgrave de Hesse ravage l'abbaye de Fulde et l'évêché dePaderborn, et répand la terreur dans la Westphalie. D'un autre coté, les Saxons, commandés par Arnheim, et animés par le comte de

Tharn, soumettent la Bohême, et paraissent prêts à envahir l'Autriche.

Environné d'ennemis de toutes parts, l'empereur contemple alors avec effroi les dangers qui le menacent. La guerre s'approche de ses frontières, et elles sont sans défense. La ligue est dissoute. Maximilien se soutient à peine dans un coin de ses étals. Tilly n'est plus; et les armées impériales, sous des généraux toujours battus, découragées par de longs revers, exténuées par la désertion et par des échecs multipliés, n'offrent plus qu'un misérable débris d'une puissance naguère formidable. La maison d'Autriche est au bord du précipice. L'empereur semble perdu sans ressource; c'était là que Walstein l'attendait.

SECTION VI. „ -

Guerre de trente ans. — Depuis le rappel de Walstein jusqu'à la fin de la

période suédoise (4 632—1 635).

Le duc de Friedland , depuis sa disgrâce , vivait à Prague dans un fastueux exil. La royale magnificence de ses palais, le luxe de sa maison et de ses équipages , le nombre et le rang de ses serviteurs, semblaient insulter à l'arrêt qui Tavait terrassé. Mais ni cette splendeur insolente ne suffisait à sa vengeance, ni ces vaines pompes à son ambition. Toujours actif dans son orgueilleuse obscurité, regrettant sa grandeur passée, et déjà, sur la foi de son étoile, se repaissant en idée de sa grandeur future, il aspirait au moment de reparaître avec éclat sur la scène du monde, et de faire repentir son ingrat souverain. Le jour arrive enfin où ses vœux vont être comblés. La plupart des ministres de la cour de Vienne sont ses créatures ou ses partisans. Tandis que les victoires de l'armée suédoise ébranlent la monarchie autrichienne , les amis du duc de Friedland représentent le renvoi de ce général comme l'unique cause de tant de désastres, et indiquent son rappel comme l'unique remède aux maux enfantés par sa disgrâce. Soit conviction, soit désespoir, l'empereur se résigne , et le rappel de Walstein est résolu. Une âme moins superbe et moins implacable eut été satisfaite de cette éclatante réparation, et eût trouvé l'empereur assez abaissé par les circonstances. Mais Walstein veut

rhnmilierà plaisir, et savourer à longs traits la vengeance. Brûlant de ressaisir le commandement suprême , il affecte une répugnance invincible à rentrer dans la carrière de la puissance et des grandeurs. Il vante le calme heureux de la vie privée; désormais, désabusé de la gloire, libre de toute ambition , le repos est le seul objet de ses vœux, la seule faveur qu'il attende des rois et du sort. Plus on insiste, plus on supplie, plus sa résistance simulée provoque d'instances et de prières nouvelles. Il cède enfin ; mais il ne peut se faire une longue violence : trois mois lui suffiront pour lever et pour exercer l'armée nécessaire an salut de son maître : ce temps révolu, cette tâche remplie, quitte envers sa patrie et son souverain, il leur redemandera la paisible solitude à laquelle leurs périls vont l'arracher. En effet, il lève rapidement l'armée qu'il a promise. L'influence magique de son nom, l'éclat de sa vie passée, sa réputation de libéralité, attirent de toutes parts des milliers de vétérans qui déjà ont servi sous ses drapeaux , ou qui désirent avoir part à sa gloire ou à ses largesses. Avant la fin du troisième mois, il a dégagé sa parole : quarante noulle hommes sont prêts à entrer en campagne. Il se retire alors , laissant à l'empereur le soin de leur donner un chef. Mais créer une seconde armée n'eût pas été plus difficile que de donner à celle-ci un autre général que Walstein. On le conjure de garder le commandement; il peut y consentir, mais voici ses conditions : Il nommera lui-même tous les officiers de son armée , lèvera à son gré des contributions, sans être tenu d'en rendre compte, ordonnera souverainement des châtimens et des récompenses, disposera seul, et à l'exclusion des tribunaux de l'empereur et de l'empire, de tout ce qui sera pris ou confisqué en Allemagne; ni paix ni trêves ne pourront être faites que de son consentement; on satisfera sans délai à toutes ses demandes de vivres et d'argent ; toutes les provinces autrichiennes lui seront ouverte s comme un asile, dès qu'il en aura besoin : il recevra, pour prix de ses services, une souveraineté , soit dans les états héréditaires, soit dans les pays conquis; enfin, une clause expresse lui garantira la possession du Mecklembourg. Forcé de souscrire à ces dures lois, l'empereur voudrait au moins restreindre, parla présence d'un surveillant, le pouvoir immense dont il va revêtir son sujet. Il demande que l'archiduc Ferdinand , roi de Hongrie, se rende à l'armée, pour apprendre sous Walstein l'art

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do la guerre. Jamais , jamais , s'écrie le duc de Eriedland , je ne souffrirai qu'un second partage mon commandement, futrce Dieu lui-même! Et il exige que ni le roi de Hongrie ni l'empereur ne puissent exercer à l'armée aucun acte d'autorité, ni même y paraître.

Pour prix de ces condescendances inouïes , Ferdinand croit pouvoir au moins fonder sur le zèle et les talens de Walstein les plus grandes espérances. Celui-ci ne se hâte pas de les remplir. Près des frontières de la Bohême, à la téte d'une armée formidable, au lieu d'agir avec vigueur pour chasser les Saxons de ce royaume, il ouvre d'abord des négociations pour détacher, suivant ses vues particulières, l'électeur de Saxe de l'alliance de la Suède. Ferdinand lui-même approuve ses démarches. Mais, soit que Jean-George soit retenu par la pudeur d'abandonner son allié dont les secours récens accuseraient trop vivement son ingratitude , soit qu'il se défie de la politique autrichienne et du caractère équivoque de Walstein, il rejette ses propositions , et ce général est forcé d'employer les armes où les négociations ont échoué. 11 marche sur Prague, s'en empare après une courte résistance, entame une seconde fois avec l'électeur des négociations infructueuses, chasse les Saxons de toute la Bohême, et se prépare à porter la guerre en Saxe, afin de contraindre Jean-George, par le ravage de ses étals , a conclure un traité avec l'empereur, ou pHilot avec le duc de Friedland. Mais une affaire plus pressante le force d'ajourner l'exécution de son plan favori. Depuis long-temps Maximilien l'appelle en Bavière, où rien ne peut arrêter les progrès de Gustave-Adolphe. Tant que les Saxons ont occupé la Bohême, Walstein a allégué la nécessité de défendre ce pays, pour s'excuser de secourir un prince qu'il déteste , comme le principal auteur de sa destitution; mais enfin il a reconquis la Bohême : il ne lui reste plus aucun prétexte de refuser ses secours à l'électeur. 11 laisse en Bohême un corps d'observation, se met en marche pour la Bavière, joint Maximilien près d'Egra, et se dirige avec lui contre Nuremberg. Gustave-Adolphe vole au secours de la ville menacée, et la met en état de défense. Cependant Walstein et Maximilien établissent leur camp sur les hauteurs qui la dominent, et choisissent une position militaire presque inexpugnable, d'où, interceptant les convois qui arrivent aux Suédois de Souabe, de Thuringe et

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de Franconie , ils attendent que la famine oblige Gustave à quitter ses lignes et à leur livrer Nuremberg. Le roi de Suède ayant reçu de nouveaux renforts, tente vainement d'attirer son ennemi à une bataille. Sûr de l'avantage de sa position, Walstein n'engage que des combats partiels et sans résultats, et persiste dans son plan d'affamer les Suédois , quoiqu'il souffre lui-même de la disette. Enfin, Gustave, pressé par les progrès de ce fléau, ose tenter, coutre l'avis de ses généraux, de forcer l'ennemi dans ses formidables retrancliemens; et cet effort inutile lui coûte trois mille de ses plus braves guerriers. Quinze jours après (8 septembre 1632), désespérant de vaincre la persévérance de son adversaire, il lève son camp et quitte les lignes de Nuremberg, après avoir pourvu cette place d'une garnison suffisante. Les deux armées avaient passé plus de deux mois en présence Tune de l'autre; et, dans cet intervalle, elles avaient perdu plus de monde par la contagion et la disette, que jamais on en ait perdu dans aucune bataille de nos guerres modernes : dix mille habitans de Nuremberg et près de vingt mille Suédois avaient péri ; l'armée impériale , d'abord forte de soixante mille hommes, était réduite à moitié.

Gustave-Adolphe, en s'éloignant de Nuremberg, avait marché vers la Bavière, dans l'espérance que le duc de Friedland s'avancerait au secours de ce pays , et qu'il pourrait enfin l'attirer à une bataille. Mais., laissant à M aximilien la défense de ses états, Walstein se porte du côté de la Saxe, pour punir 1 électeur Jean-George de ses hésitations et de ses défiances , et le contraindre enfin à conclure une paix séparée. L'électeur effrayé invoque le secours du roi de Suède. Gustave se voyait une seconde fois maître de la Bavière; une révolte qui venait d'éclater en Autriche l'invitait à envahir cette province : la conquête de la résidence impériale semblait s'offrir à lui. Cependant il renonce à cette brillante perspective, pour rester fidèle à ses engagemens; il ne voit que les périls de son allié, et se hâte d'aller le défendre. Magnanime et fatal empressement ! Le héros courait à sa perte : la fin dé sa'glorieuse carrière était marquée aux plaines de Lutzen.

Gustave atteint son ennemi dans ces plaines célèbres où devait s'engager une lutte si long-temps suspendue. Walstein, surpris de l'apparition imprévue de l'armée suédoise , ne peut plus reculer. Il rappelle le comte de Pappenheim, qu'il venait

de détacher sur Halle, et se prépare à livrer bataille. Sa su* périorilé en nombre , le soin de sa gloire qui souffre de tant de délais, les conseils de ses officiers, et surtout les prédictions de son astrologue , Py déterminent : Séni a lu dans les cieux que le mois de novembre Terra finir la fortune du roi de Suède. Le 16 novembre 1632, l'action s'engage entre le village de hulzen et le ruisseau de Flossgraben. L'aile des Suédois, conduite par le roi en personne, attaque l'aile gauche des impériaux , couverte par des corps légers de Polonais et de Croates. Gustave, à la tête des cuirassiers finlandais, les disperse, et le désordre de leur fuite porte en un instant la terreur et la confusion dans le reste de la cavalerie. Dans ce moment, il apprend que son infanterie, maltraitée par l'artillerie autrichienne, commence à plier. Aussitôt il vole à son secours avec le régiment de Steinbock, après avoir chargé le général Horn d'achever la défaite de l'aile gauche deWalstein. Tandis qu'emporté par son ardeur, il devance les siens pour reconnaître la position de l'ennemi, il donne dans un parti de cavalerie impériale. Au même instant, il est atteint d'une balle au bras , et bientôt après il reçoit dans la poitrine un coup mortel. 11 tombe en s'écriant : Mon Dieu! mon Dieu! et son cheval, errant seul et tout sanglant dans la plaine, annonce à l'armée suédoise la perte irréparable qu'elle a faite (1 ).

(i) « L'opinion générale des contemporains fait mourir Gustave-Adolphe par trahison. Les uns accusent de ce crime un nommé Falkerriberg qui servait dans les troupes de l'empereur , et qui , ayant reconnu le rot, l'aurait ajusté. Les autres, comme Puffendorf, le font assassiner par le duc de Saxe-Laucmbourg t qui donna lieu à ce soupçon , parce qu'ayant quitté peu auparavant le parti de l'empereur, il s'était attaché à la personne du roi de Suède , et qu'immédiatement après sa mort il retourna aux impériaux, et se montra l'ennemi acharné des Suédois. Il parait aujourd'hui hors de doute que Gustave , trompé par un brouillard épais , s'étant trop avancé , tomba dans un parti ennemi , et qu'il fut tué par un cuirassier impérial qui lui lâclia un coup de pistolet dans la téte. Telles sont les circonstances rapportées par un jeune officier suédois , le baron Leubelfing , qui assista le roi dans ses derniers m o mens. Cet officier, blessé mortellement lui-même, fit ce récit à son père dans la lettre qu'il lui écrivit avant de mourir. Suivant cette relation , le roi n'était accompagné que de huit personnes , du nombre desquelles était le duc de Saxe-Laiiembourg. Ayant été entouré par les ennemis , il en avait tué six de sa propre main ; mais , affaibli par les différentes blessures qu'il avait reçues, il était tombé de che~

Celte fatale nouvelle irrite le courage des Suédois, au lieu de l'abattre. Le désir de venger la mort d'un monarque adoré leur prête de nouvelles forces. Le duc Bernard de Saxe-Weimar prend le commandement. Ce vaillant chef, en qui respire le génie de Gustave-Adolphe, son martre dans l'art militaire, fond avec impétuosité sur les impériaux , et s'empare de leur artillerie, qu'il tourne contre eux-mêmes. Après de sanglans et inutiles efforts, Walstein cède et recule. La victoire va se déclarer pour les Suédois. Tout à coup paraît Pappenheim, arrivant de Halle à la tête d'une nombreuse cavalerie. Avec ces troupes fraîches , il charge les Suédois fatigués de carnage , et affaiblis par un premier combat. Us soutiennent vigoureusement cette attaque imprévue, dont leur fureur s'augmente. La lutte se prolonge indécise et terrible, lorsque tout à coup un eri de détresse retentit parmi les impériaux : Pappenheim est tue*! la bataille est perdue! Aussitôt 1* confusion devient générale, et Walstein, ne pouvant l'arrêter, donne enfin le signal de la retraite, abandonnant à l'ennemi son artillerie et le champ de

val, et, au moment où le jeune Leiibelûng faisait des efforts pour aider le roi à se relever ,. un cuirassier impérial lui avait lâché le coup mortel. >\ (Koeh , Histoire des traités de paix, revue par Shœll.)

Gustave-Adolphe, si célèbre comme guerrier, ne fat pas moins remarquable comme législateur et administrateur. D fonda eu 1614 une haute cour de justice , souveraine conservatrice des lois K et se soumit lui-même à ses arrêts. De concert avec les états , il organisa la police «t Tordre intérieur de la diète, et donna, plus de précision aux lois constitutionnelles du royaume. S'il fût forcé par ses guerres d'établir des contributions nouvelles, il ouvrit aussi de nouvelles sources de richesse et de prospérité. Il appela de Flandre et d'Allemagne des hommes industrieux pour- exploiter les mines-, pour créer des, forges et des manufactures.. Plusieurs villes lui durent leur origine. Gotherabourg , rebâtie par ses soins, après avoir été ruinée par les Danois, devint le centre d'un grand négoce. La Suède étendit son commerce jusqu'en Asie et en Afrique, et des colons suédois et finois allèrent former des établissemens en Amérique sur les bords du fleuve Delaware. Non moins attentif à faire fleurir les sciences, Gustave renouvela l'université d'Upsal et la dota de tous les domaines de la famille Wasa. Il ouvrit des écoles et des collèges , et fit traduire en suédois les meilleurs ouvrages étrangers. 11 avait Jui-inérnc l'esprit très-cultivé , parlait plusieurs langues , et a laisse des Mémoires lûstoriques, dont malheureusement la plus grande partie a été consumée, vers la fin du X VII' siècle, dans l'incendie du palais de Stockholm.

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bataille. On y compta dix à douze mille morts départ et d'antre. Le corps du roi, découvert sous un monceau de cadavres, et transporté à Weissenfels , y fut livré aux regards de ses soldats en pleurs, aux derniers embrassemens de son épouse désolée, et de là conduit à Wolgast, où il fut embarqué pour la Suède. Ainsi, faisant son tombeau du champ de sa victoire, périt, au sein de la gloire , et à la fleur de Page (il n'avait pas trente-huit ans), un des plus grands rois qui aient honoré un trône; le premier général dans un siècle fertile en illustres capitaines, et, malgré son génie militaire, n'ayant jamais fait que des guerres justes , rare vertu chez un héros. Sa mort fut une calamité publique pour ses sujets et pour ses alliés ; ses ennemis mêmes le regrettèrent. Ferdinand lui donna des larmes, le pape fut touché de son sort, et ceux qui osèrent s'en réjouir furent chargés de l'indignation universelle.

Le faible lien qui unissait les membres protestans de l'empire, et que les efforts de Gustave-Adolphe avaient seuls pu maintenir jusqu'ici, semblait devoir se rompre par sa mort. 11 était peu probable que leurs généraux, dont la plupart étaient Allemands, voulussent se soumettre aux conseils d'un sénat ou d'un plénipotentiaire étranger; la situation politique de la Suède ne paraissait même pas lui permettre de conserver la direction des allai res d'Allemagne. Christine, fille et héritière de Gustave-Adolphe , n'était âgée que de sept ans. Ladislas, roi de Pologne , qui venait de succéder à Sigismond son père (1632), réclamait la couronne de Suède. Enfin, ce royaume était surchargé d'impôts établis pour subvenir aux frais de la guerre, et les peuples, naguère consolés de leurs sacrifices par la gloire du roi , maintenant découragés par sa mort, demandaient la paix à grands cris.

Mais le sénat, dépositaire de l'autorité souveraine, déploie une fermeté véritablement digne de Gustave-Adolphe. Après avoir proclamé reine la princesse Christine, et institué ud conseil de régence, il vote de nouvelles levées d'hommes et d'argent , et confie exclusivement la conduite générale des affaires d'Allemagne, et le soin de continuer la guerre, au chancelier A xelrOxcnsliern , l'ami et le conseiller du roi, le confident de ses pensées les plus intimes, à la fois homme d'état et général, le génie le plus fait pour réparer la perte de Gustave-Adolphe, si elle n'avait été irréparable.

Déjà l'électeur de Saxe , également incapable de se contenter d'une place subalterne el d'occuper dignement la première, formait des prétentions à la direction du corps germanique. Oxenstiern soutient que le traité par lequel les protestans et l'électeur de Saxe lui-même ont choisi le roi de Suède pour leur chef, subsiste encore en son entier. Il exige, en conséquence, que la direction de l'alliance soit remise entre ses mains, conformément au vœu de la couronne de Suède; et, dans une assemblée tenue à Heiïbronn ( mars 1 633 ) , les états protestans des cercles de Franconie, de Souabe, du Haut et Bas-Rhin , défèrent à sa demande , en lui associant toutefois un conseil qui devait lui être subordonné. Le premier acte de son administration est le rétablissement de Charles-Louis , fils de l'électeur palatin Frédéric V, qui avait suivi de près au tombeau Gustave-Adolphe, son protecteur. On s'étonnait depuis long-temps de voir les Suédois retenir les contrées du Palatinat qu'ils avaient reconquises sur les impériaux , au lieu de les restituer à leur légitime souverain. Oxenstiern, sentant combien il importe que la Suède , dans les circonstances présentes, montre une politique désintéressée, se hâte d'accomplir le vœu de l'Allemagne, et rend au prince Louis les parties de son héritage dont les Suédois sont en possession. En même temps, la Hollande accède aux conventions de Heil* bronn, et la France renouvelle ses engagemens avec la Suède. Le marquis de Feuquières , ambassadeur de Louis XIII, conclut, le 6 avril , un nouveau traité de subsides , par lequel la France s'engage à payer annuellement à la Suède, aussi longtemps que durera la guerre, un million de livres tournois. Ainsi la Suède n'a rien perdu de son ascendant en Allemagne, de ses moyens d'attaque ou de défense; et, lorsque tout paraissait désespéré, le génie d'Oxenstiern a tout sauvé.

Gustave-Adolphe avait formé des élèves dignes de lui ; son esprit parut encore guider les généraux, et animer tous les soldats suédois. Maîtres des places les plus importantes et des plus riches contrées de l'Allemagne, ils soutinrent par d'éclatan's succès la réputation qu'ils avaient acquise sous la conduite de leur roi. Avant la fin de Tannée qui suivit la mort de Gustave- Adolphe, ils occupèrent tout le Bas-Palatinal , soumirent l'Alsace entière , excepté Brisach , chassèrent les impériaux des cercles de Westphalie et de Basse-Saxe, et

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conquirent la plus grande partie de la Silésie. Le duc Bernard, à qui le commandement principal était confié 9 reprit le projet de porter la guerre dans les états héréditaires. Secondé par les troupes qui avaient fait la conquête de l'Alsace , il s'empara de Neubourg, d'Ingolstadt et de Ratisbonne, et menaça d'une nouvelle invasion l'Autriche et la Bohême.

Walstein s'était retiré dans cette dernière province après la bataille de Lutzen. Il y avait passé l'hiver à recruter ses troupes, à rassembler des vivres, des munitions, et a refaire son artillerie. Au printemps suivant, il détacha vers Egra le général Holck, avec sept mille hommes, pour surveiller les mouvemens du duc de Weimar ; il fit marcher vers Dresde un corps d'armée sous la conduite de Gallas , pour occuper Ara* heim et les Saxons, et, de son côté, ayant battu à Steinatksur-VOder un corps de Suédois commandé par le comte de Thurn , il s'empara de plusieurs places fortes en Silésie , en Lusace et dans la Marche du Brandebourg. Il voulait alors, suivant son ancien projet, attaquer les Suédois dans le Mecklembourg et dans la Poméranie , et les faire trembler pour leurs propres foyers, en occupant une seconde fois les côtes de la mer Baltique. Il songeait en même temps, pour assurer ses communications avec les provinces autrichiennes, à forcer les électeurs de Saxe et de Brandebourg, par la terreur de ses armes ou par la conquête de leurs états, de renoncer à l'alliance de la Suède. Mais , dans le temps qu'il pressait l'exécution de ce plan sagement concerté, ses ennemis tramaient sa perte à la cour de Vienne , et s'efforçaient de donner à toutes ses démarches les couleurs de la trahison.

Walstein n'ignorait pas leurs complots; mais au lieu de chercher son salut dans une conduite mesurée et prudente, son orgueil ne lui permit de le voir que dans le rang suprême. Persuadé que, pour sauver sa puissance, il fallait l'accroître, et que le trône était son unique asile , il résolut de s'emparer de celui de Bohême. Dès-lors il travailla plus que jamais à s'assurer de l'armée; il éloigna les officiers dont la fidélité lui était suspecte, et combla les autres de bienfaits. U allait donner un exemple inouï d'ingratitude , en trahissant l'auteur de sa fortune , et il fondait ses projets de grandeur sur la rer connaissance des hommes.

Çe^endant chaque jour ajoutait aux défiances et aux inqiûé-

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tudes de l'empereur. Les progrès des Suédois sur le Danube accélèrent la crise qui se prépare. Le duc de Weimar ayant investi Ratisbonne , Ferdinand , sur les instances du duc de Bavière, ordonne à Walstein d'aller secourir cette place. Le généralissime, après de longs délais, s'approche enfin du théâtre de la guerre, et ne sauve point la ville assiégée. Satisfait de ces vaines et tardives démonstrations , il retourne vers la Silésie ; et bientôt après il termine la campagne en mettant ses troupes en quartiers d'hiver dans la Bohême et dans la Moravie. Cette conduite équivoque confirme tous les soupçons répandus sur ses desseins secrets. Les accusations deviennent plus pressantes et plus énergiques. Le duc de Bavière menace de faire sa paix avec la Suède, l'Espagne de retirer les subsides qu'elle fournit à Ferdinand, si Walstein n'est déposé sur-le-champ. De nouveaux indices viennent révéler ses vues et décider sa perte. Depuis la bataille de Lutzen, il n'a cessé de Ynêler des négociations aux hostilités ; long-temps il a réussi à couvrir de prétextes plausibles ses démarches auprès des puissances ennemies. Tandis qu'il les engageait à le seconder dans l'exécution de son plan , et qu'à défaut de secours réels que lui refusait leur défiance, il en recevait de secrets encouragemens , il savait persuader à son maître que toutes ces conférences n'avaient d'autre but que la paix de l'Allemagne. Mais enfin on entrevoit la vérité , les soupçons s'aggravent , les probabilités s'accumulent; Ferdinand se voit, pour la seconde fois, dans la nécessité d'ôler à Walstein le commandement. Le généralissime , certain de sa disgrâce, précipite l'exécution de ses projets. Au mois de janvier 1634, il convoque à Pilsen les chefs de l'armée. 11 leur annonce que ses ennemis triomphent à la cour de Vienne; qu'après trente ans de fidèles services rendus à la maison d'Autriche , l'empereur, qu'il a sauvé de sa ruine , le sacrifie à l'Espagne et au duc de Bavière ; que sa destitution est résolue. Quant à lui, il saura la prévenir par une démission volontaire. Mais peut-il n'être pas sensible au sort de ses braves soldats, de ses frères d'armes , des compagnons de ses dangers et de ses victoires? Qui veillera à leurs besoins pendant l'hiver rigoureux qui régnait alors? Qui leur accordera des récompenses dues à leur valeur, et que leur général croyait pouvoir leur assurer dans la prochaine campagne ? Walstein s'étant retiré

304 I1IST01RB GÉNÉRALE

après ce discours artificieux, Terski, son beau-frère , elle feld-maréchal Illo, confidens de ses desseins, engagent les autres, au nombre de cinquante, à souscrire un acte par lequel ils invitent le généralissime à ne point résigner le commandement suprême, et promettent de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang, plutôt que de souffrir qu'on les sépare jamais de sa personne. Mais les principaux chefs , Gallas , Allringer, Collorédo sont absens, et vainement on sollicite leur adhésion. Un des généraux même qui ont signé l'acte de Pilsen, Octave Piccolomini, donne à l'empereur le premier avis de ce qui s'est passé. Il court à Vienne, et, exagérant le mal, annonce à Ferdinand que toute l'armée est soulevée; qu'elle va marcher sur la capitale; que le pillage de cette ville, que le massacre de la famille impériale vont signaler la fureur des conjurés. Aussitôt l'empereur effrayé destitue Walstein, charge Piccolomini de le saisir mort ou vif avec ses complices, et confère le commandement à Gallas. Piccolomini se hâte de retourner en Bohème pour exécuter sa commission, et Gallas , rassemblant la plus grande partie des troupes , proclame la trahison et la déchéance du généralissime , et s'assure de Prague , de Budweiss , de plusieurs autres places importantes, sans éprouver la moindre résistance.

Cependant Walstein , ignorant encore, mais soupçonnant la nature des ordres donnés contre lui , songe à pourvoir à sa sûreté, sans toutefois renoncer à ses desseins.

Abandonné des siens, il a de nouveau recours aux étrangers , qui , désormais ne pouvant douter de sa bonne foi , ne balancent plus à lui promettre des secours. Pour se rapprocher du duc Bernard, qui doit lui amener six mille hommes, il quitte Pilsen avec le petit nombre de régimens qui lui sont restés fidèles, ou qui feignent de l'être, et se rend à Egra, où sa destinée doit s'accomplir. Tandis que, renfermé dans cette ville, il presse les négociations, consulte les astres, et se berce de nouvelles espérances, le poignard qui va termina' ses jours s'aiguise presque sous ses yeux. Trois étrangers , Lesly, Butler et Gordon, comblés de ses bienfaits, mais ne reconnaissant plus leur bienfaiteur dans un proscrit, forment d'abord le projet de l'arrêter et de le livrer à l'empereur; mais , instruits par lui-même qu'il attend à Egra le duc de Wciiiiar, et qu'une révolution subite peut mettre leur captif en

liberté, ils prennent la résolution de l'assassiner, lui et ses principaux complices. Toujours adonné à l'astrologie judiciaire, il Tenait d'interroger Séni, qui lui avait dit que son heure fatale n'était pas encore passée, lorsqu'au milieu de la nuit les assassins , couverts du sang de ses amis , entrent dans son appartement, et lui présentent la pointe de leurs glaives. I*a résistance était inutile. Sans proférer un seul mot, sans pousser un soupir, Walstein étend les bras, et tombe frappé du coup mortel (25 février 1634). Ainsi périt cet homme extraordinaire, à l'âge de cinquante-trois ans , exemple mémorable de Tinconstance du sort et des dangers de l'ambition, élevé par la fortune , perdu par elle , victime de son ingratitude, de celle! de ses créatures et de celle de son souverain; heureux, si prévenant sa trahison, la mort l'eût atteint dans les combats! L'émule des Tilly, des Gustave-Adolphe , méritait de succomber comme eux au champ d'honneur (4).

(1) Nous avons suivi dans notre récit l'opinion des écrivains qui regardent Walstein comme coupable de trahison envers Ferdinand ; mais on ne doit pas dissimuler que cette opinion peut être combattue. Schiller, qui la partage , avoue cependant qu'il est possible que les ennemis de Walstem aient noirci sa réputation ; que son histoire ne nous a pas été retracée par des écrivains d'une impartialité incontestable; que sa trahison , loin d'être confirmée par des faits authentiquemeut prouvés, n'est établie que sur de simples présomptions ; qu'on n'a pas encore découvert de documens historiques évidens et graves qui mettent au jour les ressorts secrets de sa conduite , et que, de toutes ses actions publiques et généralement attestées , il n'en est aucune qu'on ne puisse attribuer ù des motifs innooens. Tri le blâma après sa mort , dit le cardinal de Richelieu dans ses Mémoires , qui l'eût loue' s'il eût vécu : on accuse facilement ceux qui ne sont pas en état de se défendre» Quand l'arbre est tombé \ tous accourent aux branche* pow achever de le défaire. Mallicur, a dit Montesquieu , à la réputation de tout homme qui est opprimé par un parti qui devient le dominant !

Au reste, peut-être le cardinal de Richelieu , qui parle toujours de Walstein très-avau tageusement , et ne parait pas douter de son innocence , ne lui est-il si favorable que par haine de l'empereur, et pour cacher la part qu'il pouvait avoir lui-même aux desseins secrets du. duc de Fricdland. Le marquis de Montglat prétend , dans ses Mémoires , « que Richelieu t après « la mort de Gustave- Adolphe , a voit gagné Walstein, généralissime des « armées de l'empereur, dans l'espérance qu'on lui donna de le faire roi de « Bohême. Cette trame avoit été ménagée si secrètement qu'elle alloit eclore, « lorsqu'il fut poignardé par le commandement de l'empereur, qui se dé-

Le roi de Suède et le duc de Friedland ont disparu de la scène; avec eux disparaît l'unité d'action qui, de leur vivant, soutenait l'intérêt et facilitait l'enchaînement des faits. Cette action va se diviser entre un grand nombre de personnages; le drame de la guerre de trente ans devient plus compliqué et moins attachant , à mesure qu'on approche du dénouement.

Aussitôt après la mort de Walstein , les Saxons , sous les ordres d'Arnheim, général habile et actif, reconquirent la Lusace ? firent une invasion en Silésie , et battirent les impériaux a Liegnitz (3 mai 1634). Mais les succès de l'archiduc Ferdinand, roi de Hongrie, réparèrent promptement cet échec. Ce jeune prince, nommé généralissime a la place du duc de Friedland, aidé de l'expérience et des conseils de Gallas et de Piccolomini, renforcé de dix mille Espagnols et des troupes de la ligue et de la Bavière, commence la campagne par la prise de Ratisbonne et de Donawerth, investit Nordlingue, et, le 6 septembre, remporte une victoire complète sur le duc de Weimar et le maréchal de Horn venus au secours de cette place importante. Presque toute leur infanterie est faite prisonnière ou passée au fil de l'épée. Plus de douze mille Suédois sont tués dans la bataille ou dans la fuite. Quatre-vingts pièces de canon, quatre mille charriots, trois cents drapeaux ou

« livra par-là d une perte inévitable. » ( Mém, de Montglat. ) L'historien allemand Pfister, relativement à cette imputation de s'être laissé gagner par Richelieu , soutient l'innocence de Walstein. Selon lui, ses négociations avec le cardinal n'auraient eu pour but que de ralentir l'activité de l'intervention française dans une guerre à laquelle le duc de Friedland désirait mettre fin. Ce désir aurait armé contre lui les jésuites et le parti italien-espagnol qui ne voulait aucun pacte avec les protestans. De là , la résolution prise de le perdre auprès de l'empereur par une accusation de trahison qui trouva facilement créance auprès de ce prince offensé des hauteurs du généralissime, et obsédé des insinuations d une cour envieuse et liguée contre la supériorité d'un grand homme. Scliaell regarde aussi Walstein comme innocent de projets de révolté, au moins avant l'époque où il commença a soupçonner sa proscription.

Ses trois meurtriers reçurent de l'empereur une clialne en or, des terres et le titre de comte. Ses immenses domaines furent confisqués , et la plus grande partie donnée aux généraux Gallas, Piccolomini , Altringer et Collorédo. L'empereur ne se réserva que la principauté de Sagan , et lit dire trois mille messes pour Walstein et ceux de ses amis qui avaient été massacrés.

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étendards tombent au pouvoir des impériaux. Horn, couvert de blessures et cherchant la mort , est pris avec trois autres généraux ; et le duc de Wcimar, après avoir couru les plus grands dangers, sauve à peine quelques débris de l'armée qu'il parvient à rallier sous les murs de Francfort.

Cette fatale journée ruine le parti des Suédois dans l'empire. L'électeur de Saxe donne le premier l'exemple de la défection. Il supportait impatiemment l'autorité d'Oxensliern. Son chapelain, qui s'occupait moins de la religion que de la politique, et qui avait gagné la confiance de son maître, était vendu à la cour de Vienne. Ses conseils, ceux d'Àrnheim , et ceux du landgrave de Hesse-Darmstadt, gendre de l'électeur, déterminent ce prince à écouter les propositions de Ferdinand. Des conférences s'ouvrent à Pirna, et, le 23 novembre 1634, on y signe les préliminaires de la paix, qui se conclut définitivement à Prague , après de longues négociations, le 30 mai 1635. Il est stipulé par ce traité que les princes de la confession d'Augsbourg conserveront la pleine propriété des biens ecclésiastiques dont ils se sont emparés avant la transaction de Passaw, et la jouissance des autres pendant quarante ans, en quelque temps qu'ils eussent été sécularisés avant le 1 1 novembre 1627. Une promesse de pardon général est faite en faveur de ceux qui accéderont au traité , et qui restitueront ce qu'ils ont conquis depuis le débarquement de Gustave- Adolphe. Le duc de Wurtemberg, le margrave de Bade, le landgrave de Hesse et ceux des sujets delà maison d'Autriche qui ont pris les armes contre leur souverain , sont formellement exclus de cette amnistie. La sentence portée contre l'électeur palatin est confirmée; seulement il est arrêté que des possessions suffisantes pour faire subsister ses enfans d'une manière conforme à leur naissance , leur seront assignées, s'ils rentrent dans le devoir et se soumettent à l'empereur. La Lusace est accordée à l'électeur de Saxe , a titre de fief relevant de la couronne de Bohème; l'archevêché de Magdebourg est promis à son deuxième fils; l'archiduc Léopold est main* tenu dans l'évéché de Halberstadt. L'espoir de gagner l'électeur de Brandebourg fait insérer dans l'acte une clause qui garantit à ce prince la succession éventuelle de la Poméranie. Enfin, les deux parties contractantes s'engagent, comme devront le faire les princes et états qui accéderont au traité,

398 HÏST01RH GÉNÉRALE

à unir leurs armes pour chasser des terres de l'empire tous les étrangers. L'ingratitude de Jean-George envers une nation généreuse qui avait deux fois sauvé la Saxe , sa dureté envers la famille de l'infortuné palatin, son indifférence pour le sort des membres de l'union, et son imprévoyance qui l'empêchait de sentir que le traité qu'il signait était sans garantie, excitèrent l'indignation universelle. Mais la terreur qu'inspiraient les armes de Ferdinaud après la bataille de Nordlingue était si grande, que la plupart des princes protestans adhérèrent à la paix de Prague. Le seul landgrave de H esse-Casse 1 demeura fidèle aux Suédois. Egalement affaiblis par leurs victoires et par leurs défaites , abandonnés de leurs alliés , menacés des armes de la Pologne, si la trêve de six ans, qui allait expirer, n'était point renouvelée , jamais leur situation n'avait été plus critique. Les restes de leur puissance auraient été promptement anéantis en Allemagne, et l'autorité de l'empereur se serait relevée plus absolue que jamais , si la France n'eût pris à la guerre une part plus active, et mis un poids décisif dans la balance.

SECTION VIL

Guerre de treote ans. — Période française jusqu'à la mort de Richelieu

Jusqu'ici la France, sous Louis XIII, n'avait été ni assez forte , ni assez tranquille pour faire de grands sacrifices. Elle s'était contentée de fournir aux Suédois une modique contribution en argent et de leur donner des promesses vagues de secours. D'ailleurs , Gustave-Adolphe, jaloux de recueillir seul la gloire et les avantages de son expédition, ne se souciait pas que la France acquît le droit de les partager, en participant à ses travaux et à ses dangers. Plus tard, les victoires rapides de ce monarque inspirèrent des alarmes à Richelieu, et, loin de seconder les Suédois avec vigueur, il ne se montra pas même empressé à remplir ses premiers engagemens. Mais la mort de Gustave, la bataille de Nordlingue et la paix de Prague, ayant rendu à l'Autriche toute sa supériorité; les Suédois ne pouvant plus désormais acquérir en Allemagne une influence

DBS TEMPS MODERNES. 399

dangereuse; et, d'un autre côté, l'état de la France permettant au cardinal de tourner spécialement son attention vers la politique extérieure, cet habile ministre, après un traité en vertu duquel les places que les Suédois occupaient en Alsace, furent remises aux troupes françaises, signa (28 avril 1635) le traité de Compiègne , par lequel la France accorda aux Suédois, outre la continuation du premier subside, une somme de 500,000 livres, attendu l'urgence de leurs besoins présens. Elle s'engagea à envoyer en Allemagne douze mille hommes, sous le nom de troupes auxiliaires, ne voulant pas se mettre la première en état d'hostilité directe avec l'empereur. Enfin, elle convint de déclarer hautement la guerre à l'Espagne, alliée de ce prince, et à laquelle il était redevable , en grande partie, de la victoire de Nordlingue. Les griefs ne manquaient pas pour rédiger le manifeste. On insista principalement sur la protection ouverte ou sourde que la cour de Madrid, dirigée par le comte-duc d'Olivarès , avait accordée aux mécontens de France, et sur la détention de l'électeur de Trêves que l'Espagne avait dépouillé de ses états (1635), après l'avoir fait arrêter et conduire à Bruxelles, pour le punir d'avoir voulu garder la neutralité, et de l'avoir obtenue de la Suède par l'entremise du ministère français.

Afin de donner aux Suédois les moyens d'agir avec plus de vigueur contre l'Autriche, la France commença par les délivrer de la crainte d'une guerre avec la Pologne. Elle ménagea entre les deux parties une nouvelle trêve de vingt-six ans. Par une convention passée à Stumsdorf en Prusse , la Suède rendit aux Polonais les places qu'elle avait gardées dans la Prusse occidentale, mais elle conserva la Livonie.

Dans le même temps , Louis XIU , désirant s'attacher plus étroitement le duc de Saxe-Weimar, le plus habile des généraux allemands formés par Gustave-Adolphe , fit avec lui différons traités qui furent signés à Saint-Gcrmain-en-Laye le 26 octobre 1635. Le roi promit de payer au duc, pendant la guerre, quatre millions par an, et lui abandonna l'Alsace, pour en jouir à titre de landgrave, avec tous les droits qui avaient appartenu à la maison d'Autriche sur cette province, à condition qu'il entretiendrait une armée de dix-huit mille hommes. L'année suivante, le marquis de Saint-Chaumont signa a Wesel un traité d'alliance avec le landgrave de Hesse-Cassel , qui

400 HlSTOlRfi GÉNÉRALE

promit de fournir un corps de dix mille hommes, moyennant un subside annuel de 200,00 J rixdalers. La France s'assura encore de la république des Provinces-Unies par un traité conclu à Paris le 8 février 1635, et qui avait pour but la conquête et le partage des Pays-Bas espagnols entre la France et la Hollande. Enfin, pour attaquer les Espagnols avec plus d'avantage en Italie , la France mit encore dans ses intérêts le duc de Savoie, avec lequel elle se ligua par le traité de Rivoli (11 juillet 1635), dans lequel on comprit les ducs de Parme et de Mantoue. En même temps que Richelieu négocie tant d'alliances, il fait rapidement ses préparatifs de guerre. Quatre armées sont mises à la fois sur pied. La première doit agir dans les Pays- Bas avec celle du prince d'Orange; la seconde est destinée pour l'Italie; la troisième pour la Valteline; la quatrième doit agir sur le Rhin. La maison d'Autriche, dont les ressources semblent se multiplier à mesure que la guerre se prolonge, et que les obstacles s'accroissent, se soutient contre tant d'efforts.

L'armée des Pays-Bas, sous les ordres des maréchaux de Ghâtillon et de Brézé, ouvre la carrière avec éclat. Elle remporte près d'Avein, dans le pays de Liège (le 20 mai 1635), une victoire signalée sur les Espagnols commandés par le prince Thomas de Savoie, et fait sa jonction, près de Maèstricht, avec le prince d'Orange, Frédéric-Henri. Après cet heureux début, on s'attendait aux plus brillans succès de la part des confédérés ; mais la disette et les maladies qui enlevèrent un grand nombre de Français, la mésintelligence qui régnait entre leurs généraux, les lenteurs calculées des Hollandais, qui ne souhaitaient pas de bonne foi l'exécution du traité de paix et la ruine entière des Espagnols, dont le voisinage leur semblait moins dangereux que celui de la France, la résistance opiniâtre de Louvain, l'arrivée du cardinal infant, ses mesures judicieuses, et un secours de dix mille hommes détachés de l'armée impériale, sous la conduite de Piccolomini, font changer la fortune. La prise du fort de Skenk par les Espagnols contraint Frédéric à se retirer pour aller couvrir la Hollande. Les généraux français se replient jusqu'à la Meuse avec leur armée réduite de moitié, et la France est à son tour. menacée d'une invasion par les impériaux.

Sur le Rhin, l'empereur et ses alliés s'emparent de Worms et

de Philipsbourg. Le duc de Lorraine, Charles IV, dépouillé de ses états par la France, en recouvre une partie, et Gallas s'établit sur les frontières de la Haute- Alsace et delà Franche- Comté.

Le duc de Rohan, chargé d'occuper la Valteline, s'empare de cette province , défait en quatre combats les troupes envoyées pour l'en chasser, et persuade aux Grisons de se mettre sous la protection de la France. Mais le maréchal de Créqui est moins heureux en Italie : les dissensions qui s'élèvent entre ce général et le duc de Savoie font échouer toutes les entreprises de l'armée française. Non-seulement les Espagnols lui ferment les passages du Milanez, mais, portant la guerre dans les états du duc de Parme, ils le forcent d'accepter une paix onéreuse, et de renoncer à l'alliance de la France.

En 1636, les Espagnols et les impériaux poursuivent leurs succès du côté de la Picardie et de l'Alsace. Le prince Thomas et Piccolomini se rendent maîtres de la Capelle, de Roye et du Catelet, surprennent Corbie, et poussent des détachemens presque jusqu'aux portes de Paris. Cette capitale se croit menacée d'un siège; le peuple s'épouvante et murmure; la cour parle déjà de gagner la Loire et de se retirer à Blois. Les ennemis de Richelieu saisissent cette occasion de l'accuser des maux du royaume; mais, par l'énergie qu'il déploie, le cardinal dissipe les alarmes, ou impose à la malveillance. Avec une merveilleuse promptitude, il met sur pied cinquante mille hommes. Le roi marche à leur tête; Richelieu l'accompagne. Corbie est reconquise, et l'ennemi abandonne la Picardie. Vers le même temps, Gallas et le duc de Lorraine, ayant envahi la Bourgogne, avaient mis le siège devant Saint-Jean-de-Lône. Le comte de Rantzau fait échouer leur entreprise ; le duc de Weimar achève leur défaite, et les repousse au-delà du Rhin. Collorédo est battu et fait prisonnier en Lorraine par le maréchal de La Force; et les Espagnols, ayant pénétré en Guienne, en sont chassés par le duc d'Epernon, gouverneur de cette province.

Tandis que la fortune balançait entre les Français et les Espagnols , elle n'était pas moins incertaine en Allemagne entre les impériaux et les Suédois. Après la bataille de Nordlinguc, les troupes impériales avaient soumis la Souabe et la Franconie, et forcé les états de ces deux cercles à recevoir le traité de Prague. En vertu de ce traité, les Saxons s'étaient joints aux

Autrichiens pour chasser les étrangers de l'empire. En 1635, ils avaient expulsé les Suédois de la Haute et de la Bas se- Saxe, leur avait enlevé Magdcbourg , et les avait repoussés et poursuivis jusqu'en Poméraûie; mais, à leur tour, ils avaient été défaits par Banner aux combats de Domnitz et de Kiritz. Ce général, \e second Gustave , etdontce héros avait dit à Leipsiek qu'après Dieu, c'était à Banner qu'il devait la victoire, était alors géuéralissime des armées suédoises en Allemagne, et soutenait dans ce pays la gloire de sa nation. Ses succès en Poindra nie ne sont que le prélude d'opérations plus décisives. Renforcé des troupes que la trêve de Stumsdorf entre la Suède et la Pologne permet de retirer de la Prusse, il marche aux armées saxonne et impériale réunies près de Witstoch, les attaque, sans considérer la supériorité du nombre, le h octobre

1636, remporte une victoire éclatante, qui fait revivre tout à coup la réputation des armes suédoises, et, poursuivant ses avantages, prend Erfurt, Naumbourg et Torgau, assiège Leipsick, et se propose de faire de la Saxe le point d'appui de ses attaques contre les étals héréditaires.

Au moment oh les Suédois reprenaient l'offensive, l'empereur, vieilli avant le temps par les fatigues d'un règne orageux, mourut à Vienne, à l'âge de cinquante-neuf ans, le 15 février

1637. Ses ennemis mêmes rendent hommage aux vertus vraiment royales qui le rendaient digne d'occuper un trône; ils reconnaissent en lui une hue grande et élevée, un cœur naturellement doux, juste et humain, un caractère prudent et ferme, une application infatigable (il disait que Dieu avait institué les princes pour travailler); mais ils lui reprochent d'avoir corrompu toutes ces belles qualités par une dévotion peu éclairée et par une ambition sans bornes. Nous ne prétendons point l'absoudre; mais, s'il a violé des traités anciens et solennels, les protestant les avaient-ils respectés? S'il a manqué de tolérance, quel parti en avait alors? S'il abusa plus d'une fois de la victoire, provoqué par des sujets rebelles et par des ennemis implacables , avait-il reçu d'eux l'exemple de la modération? S'il eut toujours les armes à la main, s'il légua à son successeur une guerre terrible, en était-il le premier auteur? Quel fut donc son tort? De ne s'être point élevé au-dessus des passions de son siècle, de les avoir partagées, quelquefois même exagérées.

DBS TEMPS MODERNES. 403

Ferdinand III, son successeur, était plus tolérant et plus modéré. Son avènement fil espérer que le repos serait bientôt rendu à l'Allemagne. Ce prince, en effet, désire la paix ; mais, ne pouvant l'obtenir qu'à des conditions déshonorantes pour la mémoire de son père, nuisibles aux intérêts de sa maison et à ceux de la religion catholique, il est forcé de continuer la guerre qui lui a été laissée en héritage, et dont il déplore les funestes effets.

Gallas, à la tête de plus de quarante mille hommes, marche contre Banner, qui, cédant à la supériorité du nombre, se retire en Poméranie. Tout à coup, quittant celte province, il revient sur ses pas, et, toujours occupé du projet de transporter la guerre dans les états autrichiens , il traverse la Marche de Brandebourg, et se jette sur la Silésie. Ce mouvement laisse la Poméranie ouverte aux armes de Gallas, et les impériaux réduisent toutes les villes situées à l'occident de l'Oder. Banner, rappelé par leurs succès, sauve la Basse-Poméranie ; et le général autrichien, après avoir laissé garnison dans les places qu'il a conquises, »prend ses cantonnemens dans la Saxe.

L'influence de la maison d'Autriche dans la partie septentrionale de l'Allemagne s'accrut encore vers le même temps par la mort de Guillaume V, landgrave de Hesse-Cassel , le seul allié des couronnes de France et de Suède qui eût rejeté constamment le traité de Prague. Guillaume, son fils unique, n'é* lait âgé que de huit ans ; il en avait remis la tutelle à sa veuve Amélie-Elisabeth de lianau. Mais le landgrave George II de Hes3e-Darmstadt, zélé partisan de l'empereur, attaqua cette disposition, et réclama la régence, menaçant Elisabeth, si elle osait la lui contester, d'exécuter lui-même contre elle et contre son fils l'arrêt de proscription lancé contre son époux par Ferdinand II, et que Ferdinand III avait renouvelé. L'électeur de Saxe v jugeant l'occasion favorable pour forcer la Hesse d'accéder à la paix de Prague, se porta comme médiateur de ce différend. Elisabeth, n'étant point préparée à la résistance, eut recours à la feinte, et, trompant l'électeur et le landgrave par des négociations simulées, elle attendit que l'arrivée d'un corps de troupes suédoises lui permît de se déclarer. Alors, jetant le masque, elle renouvela solennellement son traité avec les deux couronnes le 22 août 1639. Mais, pendant deux ans, elle avait été réduite à l'inaction, et la France et la

404 HISTOIRE GBNÉKALR

Suède avaient été privées de l'appui d'un allié que la situation de ses états, plus encore que ses forces réelles , leur avait rendu très-utile.

La mort du duc deMantoueet celle du duc de Savoie (1637), qui laissaient leurs duchés à des enfans en bas âge, sous la tutelle de deux femmes, opérèrent un semblable changement en Italie. La duchesse Marie, régente de Mantouc* abandonna la cause delà France pour celle de l'Espagne. Christine de France, duchesse-douairière de Savoie, ayant pris les rcues du gouvernement pendant la minorité de son fils, en vertu du testament du feu duc, renouvela l'alliance avec Louis XIII; mais la régence lui fut contestée par ses beaux-frères, le cardinal Maurice de Savoie et le prince Thomas de Garignan , dont l'un était au service de l'Espagne, et l'autre était dévoué à cette puissance. L'empereur annula le testament du duc de Savoie, et, soutenus pur l'armée espagnole du Milanez, les princes conquirent la plupart des places du Piémont , surprirent même la capitale, et forcèrent la duchesse de s'enfuir à Grenoble, où elle attendit son rétablissement des secours du roi son frère. Dans le même temps, les ligues grises, craignant d'attirer la guerre dans leur pays, et mécontentes de la France qui s'immisçait dans leurs afiaires politiques et religieuses, chassèrent le duc de Rohan de la VaReline, et renouvelèrent leurs anciens traités avec les deux branches de la maison d'Autriche.

Ainsi la fortune se déclarait pour les impériaux dans le nord de l'Allemagne, et pour les Espagnols en Italie. Mais ces avantages furent balancés par ceux des Français et des Hollandais dans les Pays-Bas, et surtout par les brillantes entreprises du duc de Weimar, qui poussait la guerre avec vivacité sur le HauL-Rhin, et qui, toutefois, en paraissant servir la cause commune , ne travaillait que pour lui-même. Après la mort de Gustave-Adolphe, Bernard aurait voulu jouer le rôle de ce prince en Allemagne, et diriger les opérations militaires. Déchu de celte espérance , il avait proposé un autre but à son ambition, et avait résolu de profiter de la confusion générale , pour se former une souveraineté héréditaire. Manquant de forces et de resssources personnelles pour exécuter son projet, et voulant d'ailleurs se soustraire à la dépendance de la Suède, qui se défiait de lui, et dont il se défiait à son tour, il avait traité avec la France, et en avait obtenu, ainsi que nous l'avons dit,

des subsides considérables cl l'expectative du landgraviat d'Alsace, à condition qu'il entretiendrait one armée sur le Rhin. Il avait enlevé l'Alsace aux impériaux en 1636, s'était borné à la défendre contre eux en 1637, mais en 1638 il reprend l'offcnsire, ouvre une campagne mémorable par la prise des villes forestières de Lauflembourg, Waldshut et Seckingen , et met le siège devant Rkinfeld. Battu parles impériaux près de cette ville le 18 février 1638, il les défait complètement trois jours après, et quatre généraux ennemis, Savelli, Jean de Werth, Enkeford et Spcrreuter, sont faits prisonniers avec deux mille hommes. La reddition deRhinfeld, de Rœteln et deFribourg est la suite immédiate de cette victoire. Bernard voit son armée se grossir de nouvelles bandes attirées par ses succès et par sa renommée , et ses projets s'étendent avec ses espérances. La forteresse de Brisach t sur le Haut-Rhin, dominait à la fois l'Alsace et le Brisgaw; l'empereur attachait la plus grande importance à la conservation de cette place qu'il regardait comme la clef de l'empire. La force de ses ouvrages et de sa position la rendait inexpugnable. Cependant le duc de Weimar, plein de confiance dans sa fortune, ose entreprendre de s'en emparer : les impériaux s'efforcent inutilement de faire échouer cette tentative audacieuse . Trois armées s'avancent successivement au secours de la place assiégée , et trois fois Bernard, sans interrompre le siège, marche à leur rencontre, et remporte des victoires signalées. Le général Gœtz est battu près de Wilfenweier (le 3) juillet), le duc de Lorraine à Ochsenfeld (le 4 octobre.) Gœtz, qui revient à la charge, est vaincu une seconde fois près de Brisach. La ville abandonnée à elle-même se défendait avec opiniâtreté; enfin, elle cède à la famine, et capitule le 7 décembre 1638. Celte conquête ouvre un vaste champ à l'ambition du duc de Weimar. Quoique deux généraux français, le comte de Guébriant et le vicomte de Turenne, aient contribué à ses succès, il songe a rester seul martre de Brisach, et annonce cette résolution par le serment qu'il exige des vaincus en son nom, sans faire mention d'aucune autre puissance. Dans un temps oîi tout s'obtenait avec de la bravoure, il était permis à un guerrier tel que Bernard de tout attendre de lui-même, et de tout entreprendre à la tête d'tmé armée qui se croyait invincible sous ses ordres. La plus brillante perspective se déploie devant lui : il veut demander la

main de la princesse Amélie, landgrave deCasscl, qui, chargée de la régence pendant la minorité de son fils , excite l'admiration générale par sa conduite prudente et ferme; il veut, unissant la liesse à l'Alsace par de nouvelles conquêtes sur le Rhin, former une puissance formidable, et peut-être un troisième parti en Allemagne. Au milieu de ces vastes desseins et de ces flatteuses espérances, il meurt subitement à Neubourg (juillet 1639), à l'âge de trente-six ans. Emule de Gustave- Adolphe, il ne lui manqua sans doute qu'une plus longue vie pour égaler son modèle; comme lui brave soldat et grand capitaine, comme lui ardent et sage, loyal et modéré; porté par son génie ambitieux et par sa vive imaginât ion vers un bat élevé, Bernard retrace à nos yeux, dans les temps modernes, une image de ces siècles héroïques, où la vaillance personnelle et les vertus guerrières suffisaient pour élever un noble chevalier au rang des souverains.

Son armée, la plus précieuse partie de son héritage, fut à l'enchère après sa mort. Achetée par la France, elle passa sous le commandement du comte de Guébriant, qui la conduisit en Allemagne.

Banner faisait toujours la guerre dans celle contrée , avec autant d'activité que le lui permettaient l'épuisement des provinces qui en étaient le théâtre, la faiblesse de son armée et le défaut d'argent. En 1639, ayant reçu de Suède un renfort de quatorze mille hommes, il passa l'Elbe, traversa les territoires de Magdebourg et d'Halberstadt, se jeta sur la Misnie, défit les Saxons et les Autrichiens à Chemnilz, pénétra jusqu'en Bohême, insulta deux fois les faubourgs de Prague, dont il ne put s'emparer faute d'artillerie de siège, s'établit dans la Misnie et la Lusace, où il se maintint en 1640, et mourut en 1641 , à Halberstadt, soit de fatigue, soit des suites d'un poison lent qu'on lui aurait donné à Ilildesheim. La perle de ce chef habile, qui avait pour principe de ne jamais hasarder une action sans une espérance très-plausible de succès, et qui, prodigue de son sang, mais avare de celui de ses soldats, leur inspirait un amour et une confiance sans bornes, arrêta les opérations des Suédois. Ils furent contraints d'évacuer la Misnie et la Lusace ; mais ils gardèrent leur position dans la Basse-Saxe et dans la Poméranie.

Taudis que la mort de Banner ôlait pour un moment aux ar-

mes suédoises leur sup<'. iorilé, celles de la France étaient généralement heureuses. En Allemagne, lecomtedeGuébriant battit près de Wolfenbullel, le 29 juin 1641 , les impériaux commandés par l'archiduc Léopold et par Piccolomini. En 1639, ce général avait défait en Flandre le marquis de Feuquières; mais, en 1640, les Français avaient pris leur revanche dans l'Artois, et s'étaient emparés d'Arras, malgré les efforts multipliés du cardinal infant, de Beck et de Lamboi, pour sauver celte place importante. En 1641 , le maréchal de Chatillon fut vaincu ( le 6 juillet ) près du bois delà Marfée, à la vue de Sedan, par le comte de Soissons, que sa haine contre Richelieu avait jeté dans le parti des Espagnols. Mais le comte fut tué dans l'action . Après sa mort, le duc de Bouillon, complice de sa révolle, se réconcilia avec la cour; son accommodement avait été précédé de celui du duc de Lorraine.

Les affaires de la France ne prospéraient pas moins en Italie. A la vérité, le maréchal de Créqui, envoyé au secours de la régente de Savoie , avait été tué en 1638, au siège du fort de Brème. Le cardinal de La Valette, son successeur, n'avait pu empêcher Les Espagnols de pénétrer dans le Piémont, et de s'emparer de Verceil. Mais, en 1644)* le comte d'Harcourt remporta une victoire signalée sur le marquis deLeganez, devant Casai, le battit une seconde fois devant Turin , et reprit cette capitale. En 1 641 , poursuivant le cours de ses succès, il vainquit près d'Yvrée le cardinal Maurice, et obligea le prince Thomas de lever le siège de Chivas. Enfin T les princes de Savoie firent leur accommodement avec la duchesse , leur bellesœur. Par un traité signé en 1642, ils la reconnurent en qualité de tutrice et de régente. Moyennant quelques avantages qu'ils obtinrent, ils renoncèrent à leur alliance avec l'Espagne, et entrèrent dans celle de la France. Le prince Thomas, déclaré général de l'armée française en Italie , chassa depuis les Espagnols de toutes les places qu'ils occupaient dans le Montférrat et dans le Piémont.

L'année 1640 vit éclaler aux deux extrémités de l'Espagne des événemens non moins favorables h la France. Les comtés de Catalogne , de Roussillon et de Cerdagne se soulevèrent contre Philippe IV, et se mirent sous la protection de Louis XIII. Leur révolte fut suivie de près de celle du Portugal , qui secoua le joug espagnol sous lequel il gémissait depuis soixante ans >

et se donna pour roi Jean IV, de la maison de Bragancc. Ce prince ne larda pas de s'allier à la France par un irailé signé à Paris le 1er juin 1641 . EnGn, les flottes de France et de Hollande dominaient sur les deux mers; et une escadre, commandée par un prélat guerrier, Sourdis, archevêque de Bordeaux , porta l'épouvante jusque sur les côtes du royaume de Naples. Ainsi, le génie du comte-duc d'Olivarès succombait sous celui de Richelieu; et l'Espagne, qui, depuis Charles- Quint, tenait le premier rang parmi les monarchies européennes, se voyait précipitée vers sa décadence.

Tandis que les armes ou la politique de la France portaient des coups terribles à la branche espagnole de la maison d'Autriche, celle de l'Allemagne avait un moment respiré après la mort de Banner. La Suède craignit de ne pouvoir réparer la perte de ce grand général, et sévit quelque temps presque sans armée. Mais elle n'est point encore épuisée de héros. Horn et Banner ont disparu de la scène. Torstenson les remplace, comme eux digne élève de Gustave- Adolphe, et le plus heureux successeur de ce monarque, qu'il avait commencé à servir en qualité de page dans la guerre de Pologne, et qui dès-lors avait deviné ses talens. Perclus de la goutte, et porté dans une litière à laquelle son mal semble l'attacher, il étonne ses ennemis par son activité, et la maison d'Autriche n'a pas d'adversaire plus redoutable. En 1642 , pendant que le comte de Guébriant repassait le Rhin à Wesel, et méritait la dignité de maréchal de France par la défaite de Lamboi à Kempen (17 janvier), et parla soumission de l'électorat de Cologne, les Suédois dirigent de nouveau leurs attaques contre les états héréditaires. Torstenson fond sur la Silésie, emporte Glogau, bat une armée impériale près de Schweidnilz, s'empare de cette ville, puis d'Olmutz, capitale de la Moravie, et répand la terreur jusqu'aux portes de Vienne. Mais l'archiduc Léopold et Piccolomini accourent à la défense des provinces autrichiennes. Torstenson est forcé de se replier sur la Saxe. Les impériaux le suivent, et les deux armées se rencontrent dans ces mêmes plaines de Breitenfeld, rendues fameuses par la victoire que Gustave-Adolphe y avait remportée onze ans auparavant. Les vétérans suédois, qu'anime ce souvenir, combattent et triomphent comme sous les yeux de Gustave. Ils immolent dix mille impériaux sur les tombeaux de leurs concitoyens

(2 novembre); et lu |>rise de Leipsick, où les vainqueurs trouvent d'immenses ressources, est le fruit de cet éclatant succès. Celle de Novare et de Tortone en Italie, et de Perpignan dans le Roussillon , termine glorieusement cette campagne pour les Français.

Depuis long-temps on mêlait les négociai ions aux combats. Des conférences avaient été ouvertes dès le règne de Ferdinand II, mais, des deuxcôlés, on n'avait point un véritable désir de la paix. Chaque parli cherchait seulement à faire croire au peuple qu'il ne tenait pas à lui qu'elle ne se conclût, mais que l'ennemi s'y refusait. Depuis l'avènement de Ferdinand III, les apparences de la paix parurent devenir plus fortes. Des conférences se tinrent à Hambourg entre le comte de Lutzow, envoyé de l'empereur, Jean Salvius, ministre de Suède, et 1q comte d'Avaux, ambassadeur de France, d'Avaux si intègre et si reconnu pour tel , que sa parole dans les négociations valait un serment. On y signa même des préliminaires Tannée de la»mort de Banner, et l'on décida qu'un congrès s'assemblerait à Munster et à Osnabruck l'année suivante. Mais ces préliminaires ne furent point ratifiés, et les négociations n'interrompirent pas un moment les hostilités.

Au milieu de cette guerre générale, le cardinal de Richelieu, qui l'avait ranimée lorsqu'elle était près de s'éteindre, mourut le 2 décembre 1642, laissant la France maîtresse de l'Alsace, de la Lorraine , des passages des Alpes et du Roussillon , et triomphante, par ses armées et par ses généraux, en Italie, en Flandre, en Allemagne et en Catalogne. Cette mort, suivie quelques mois après de celle de Louis XIII, semblait devoir produire une grande révolution dans les affaires au dedans et au dehors du royaume. Cependant rien ne fut changé : Mazariu succéda à la politique comme à la place de Richelieu.

SECTION VIII

Depuis la mort du cardinal de Richelieu jusqu'au traité de Wcstpiialie

Après la prise de Leipsick, Torstenson avait rais le siège devant Friedberg au milieu d'un hiver rigoureux ; mais la place ayant reçu du secours, il avait abandonné une eulreprise

410 flISTOIflfi GÉNÉRALE

qui l'aurait arrêté trop long-temps. Ayant tiré des renforts de la Basse-Saxe et de la Poméranic, et insulté Prague une seeonde fois, il s'était jeté de nouveau sur la Mora\ie, et avait porlé le ravage jusqu'au Danube. L'empereur, inébranlable à tant de revers, s'efforçait de renvoyer la guerre dans le pays ennemi. En même temps qu'il se réconcilie avec les ducs de Brunswick, en leur rendant Wolfenbullel et d'autres places occupées par ses troupes, il négocie avec le roi de Danemarck. Christian IV n'avait pas vu d'un œil tranquille les succès et la gloire delà Suède. Ferdinand II! , nourrissant adroitement ses inquiétudes et sa jalousie, le pressait de se déclarer contre une puissance rivale, dont il se repentirait un jour d'avoir soutlerl les dangereux accroissemens. Ces intrigues, de quelque secret qu'on les enveloppe, n'échappent point à la pénétration du gouvernement suédois. Le sénat surprend le Danemarck par une résolution vigoureuse, et, soupçonnant des projets hostiles, commence le premier les hostilités. Torstenson traverse rapidement la Moravie, la Silésie, la Lusace, passe l'Elbe à Torgau, menace le Haut-Palalinat, et, après avoir tenu toute l'Allemagne en suspens, fond tout à coup sur le Holstein, s'en empare sans résistance, et soumet le Jutland avec la même célérité, tandis qu'une autre armée suédoise, sous la conduite de Horn , récemment échangé contre Jean de Werth, subjugue la Scanie, la Blekingie et la Hallandie. Le roi de Danemarck craint de se voir bientôt dépouillé de tous ses étals, et tout semble devoir réaliser la prédiction que l'on racontait du fameux Tycho-Brahé : il avait annoncé qu'en î G44 Christian IV serait obligé de sortir de son royaume un balon à la main. Cependant Gallas se porte vers le Holstein avec l'élite de son armée, se joint à un corps de troupes danoises, et entreprend d'enfermer et d'aflànier les Suédois dans le Jutland. Mais Torstenson déjoue son plan par une manœuvre habile. Gallas, déconcerté, se relire poursuivi par les Suédois ; sa cavalerie est taillée en pièces au combat de Juterbock, son infanterie presque entièrement détruite près de Magdebourg. Dès-lors le roi de Danemarck, ne pouvant plus espérer de secours, est obligé d'accepter les conditions de paix que le sénat de Stockholm lui dicte sous la médiation de la France. La Suède sort de cette courte lutte avec de grands avantages. Par le traité de Brormebro (13 août 1645), elle obtient l'affraa-

DES TEMPS SfODBHNBS. 411

chissemenl de tous les péages du Sund, les provinces de Jœmtelande et de Hci jedale, les îles de Golhlande et d'Oësel eu pleine souveraineté , et la possession de la llallandie pendant trente ans. La défection de l'électeur de Saxe suit de près celle de Christian IV. Délaissé par l'empereur, qui peut à peine se défendre lui-même, Jean-George conclut avec la Suède une suspension d'armes, qui , renouvelée d'année en année, se prolonge jusqu'à la paix, générale.

Torstenson poursuit ses succès. Persuadé que pour réduire l'Autriche à la nécessité de faire la paix, il fallait l'attaquer dans le centre de sa puissance, il marche de nouveau vers les états héréditaires, et péuètre en Bohême (1645). Vainqueurs à la journée de Jancowùz (24 février), les Suédois inondent la Moravie et l'Autriche, soumettent toutes les places fortes jusqu'au Danube, emportent la redoute élevée au Pont-du-Loup, à quelque distance de Vienne, menacent même cette capitale, et l'existence de la maison d'Autriche parait attachée à la conservation de ce dernier boulevard , comme au temps de Ferdinand II. Pour comble de malheur, Kagotski , prince de Transylvanie, s'est jeté sur la Hongrie avec une armée nombreuse. Son fils, à la tête d'un corps de huit mille hommes, vient se joindre à Torstenson. Mais la même cause qui, au commencement de la guerre de Bohême, avait sauvé l' Autriche et la Moravie, sauve ces provinces une seconde fois. Ragotski, comme Bethlem Gabor, n'avait pris les armes que pour piller la Hongrie, et pour arracher à l'empereur un tribut et la cession de quelques places. Ferdinand achète la paix de ce barbare, et, par un léger sacriûcc, délivre ses étals d'un redoutable enuemi. Cependant Torstenson a perdu inutilement un temps précieux et une partie de ses troupes au siège de Brunn. Affaibli par la défection des Transylvains et par les maladies qui dépeuplent le camp suédois, harcelé par Parchiduc Léopold, dont l'infatigable activité a créé une nouvelle armée, il se retire vers la Bohême, après une expédition dont la tin n'avait pas eu tout l'éclat que son heureux début semblait promettre, mais qui pouvait paraître eucorc assez brillante, puisqu'elle avait eu pour résultat de forcer le roi de Dauemarck à la paix, et l'électeur de Saxe à un armistice. Elle met fin à la vie militaire de Torstenson : obligé de chercher dans le repos quelque adoucissement au mal cruel qui le tourmente, ce grand général

412 IIISTOIHK r.ÉNKHALK

se démet du commandement. Il est remplacé par Ilermann Wrangel.

Tandis que les Suédois soutenaient leur réputation en Allemagne, d'éclatans succès mettaient le comble à celle des armes françaises. En 1 643 , vingt-six mille Espagnols, sous la conduite de don Francisco Mclos, envahissent les frontières de la Champagne. La mort de Louis XIII, la faiblesse d'une minorité élevant leurs espérances, ils se flattent de pénétrer bientôt jusqu'aux portes de Paris , comme ils ont fait huit ans auparavant. Ils ont devant eux une armée inférieure en nombre, commandée par un jeune homme de vingt-deux ans; peuventils douter de la victoire? Mais ce jeune homme est né général; Louis de Bourbon, alors duc d Enqhien, connu depuis sous le nom de Grand-Condé, a le génie qui se passe de l'expérience, et Fart de la guerre est en lui comme un instinct naturel. Les Espagnols assiègent Rocroy. Comme général de l'année de Flandre et comme gouverneur de la Champagne, le prince tient à honneur de ne point se laisser enlever celte ville. Mais il a reçu de la cour Fordre de ne point hasarder de bataille. Le maréchal de L'Hospital , qu'on lui a donné pour conseiller et pour guide, seconde par sa circonspection ces ordres timides. Le prince ne croit ni le maréchal ni la cour, et, le 18 mai, fait ses préparatifs pour attaquer l'ennemi. Après avoir tout réglé , il s'endort paisiblement la veille d'une bataille, et le lendemain il faut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. A la tète de sa cavalerie, il attaque cctlc infanterie espagnole réputée invincible. Le vieux comte de Fuenlès, qui la commande, tombe percé de coups. Ces phalanges, qu'on n'avait pu rompre jusque-là, cèdent aux cflbrts de nos soldats animés par un jeune héros qui porte la victoire dans ses yeux. Les Espagnols enfoncés demandent quartier; ils n'ont plus de salut qu entre les bras du vainqueur. Le iluc d'Enghien, calmant les courages émus, arrête le carnage, et joint au plaisir de vaincre celui de pardonner. Après cette célèbre journée, dont les lauriers couronnèrent le berceau de Louis XIV (Mém. de Retz), le respect qu'on avait en Europe pour les armées espagnoles se tourne du côté des armées françaises. Le maréchal de Guébriant, qui avait fondé leur réputation • renforcé d'une partie des troupes qui avaient combattu à Rocroy, pénètre en Souabe, et se rend maître de

Botweil. Mortellement blessé au siège de cette ville, il est remplacé dans le commandement par le comte de Rantzau. Ce général , mal obéi des troupes weimariennes , se laisse surprendre à DulUngen (24 novembre) par les Bavarois , que commandaient Mercy, Jean de Werlh et le duc de Lorraine, que l'on trouve partout dans cette guerre, excepté dans ses états, et qui, après avoir abusé la France par une paix simulée, avait repris les armes pour l'empereur. Rantzau, complètement battu, est fait prisonnier, et de cette armée qui avait si long-temps effrayé l'Allemagne, à peine cinq à six mille hommes , sans chef, sans bagages et sans artillerie, parviennent à repasser le Rhin.

Ce revers était grand, mais il est effacé par les succès du duc d'Enghien et de Turenne. Après la victoire de Rocroy, le prince , traversant le pays ennemi, et trompant la vigilance du général Beck, marche sur Tbionville et s'en empare, rejette les Allemands au-delà du Rhin , le passe après eux, et court réparer le désastre de Dutlingen. Il trouve Fribourg pris, et Mercy avec ses Bavarois retranché sous les murs de celte ville dans une position formidable. Turenne la juge inexpugnable, et propose d'affamer l'ennemi .au lieu de le combattre ; mais le duc d'Enghien , plus audacieux et moins avare du sang du soldat, ordonne l'attaque (31 août 1644). Le combat recommence trois fois, à trois jours différens. Mercy cède enfin aux deux héros français une victoire sanglante, dont sa retraite et la prise de Philipsbourg et de Mayence sont à la fois la preuve et le fruit.

Le duc d'Enghien retourne k Paris jouir de la gloire de son second triomphe. 11 laisse son armée à Turenne. Ce général refoule les Bavarois jusqu'au-delà de Wurtzbourg et de Nuremberg. Ses troupes , fatiguées d'une campagne laborieuse , lui demandent à grands cris du repos. Trompé par de faux avis qui lui annoncent que les Bavarois songent eux-mêmes à prendre des cantonnemens , il cède au vœu de son armée. Mais le vigilant Mercy l'observe, et, tombant sur ses quartiers séparés, l'avertit de sa faute par une défaite. A la nouvelle de ce revers, le duc d'Enghien revole à l'armée, reprend le commandement, et joint à la gloire de commander encore Turenne celle de réparer sa disgrâce. Il attaque Mercy dans les plaines d'Allersheim, près de Nordlingue ( 4 août 1645 ), et remporte une

victoire complète. Mercy est au nombre des morts. Jean de Werlh, qui lui succède dans le commandement , se retire vers le Danube. Nordlinguc et les places voisines se soumettent, et la frontière de la Bavière resle exposée aux vainqueurs. Une maladie empêche le duc d'Enghicn de profiter de ses succès. Il en poursuit le cours Tannée suivante , assiège Dunkerque à la vue de l'armée espagnole, et donne le premier cette place à la France (octobre 1646). D'un autre côté, Turenne, après avoir rétabli l'électeur de Trêves dans ses états , se joint à Wrangel pour envahir la Bavière et forcer l'électeur Maximilien de renoncer a l'alliance de l'empereur. Maximilien, fatigué de la guerre, et affligé de la dévastation de ses états, signe à Ulm un traité de neutralité ( 14 mars 1647). Les alliés s'éloignent de la Bavière; Turenne soumet le landgraviat de Hesse-Darmstadt , et Wrangel pénètre en Bohême. Mais déjà l'électeur se repent d'avoir posé les armes. Menacé de la désertion de ses troupes , dont Ferdinand a gagné les principaux chefs , et du rétablissement des princes palatins que lai fait craindre le ministère de Vienne, il renouvelle ses liaisons avec la cour impériale, reprend diverses places qu'il avait engagées par le traité d'Ulm , et marche contre Wrangel, qui, près d'être enfermé entre les impériaux et les Bavarois , se relire sur la Westphalie. Au printemps suivant (1648), il se réunit de nouveau à Turenne, et ces deux généraux se dirigent vers le Danube, au-delà duquel était postée l'armée impériale commandée par le calviniste Melander qu'un mécontentement particulier avait fait passer du service de la Hesse à celui de l'Autriche. Attaqué près de Summershausen , Melander est défait et tué, et quelques débris de son armée ne doivent leur salut qu'à l'habileté de Montécuculli. Les vainqueurs punissent l'électeur de Bavière de son infidélité par le ravage des riches provinces situées entre le Danube, le Leck, l'Iser et l'Inn. Mais l'Autriche, qu'ils s'apprêtent à envahir, est encore sauvée par une pluie continuelle , qui, en peu de jours, fait un torrent d'une rivière peu considérable. Dix fois l'ennemi tente de jeter un pont sur l'Inn, et dix fois le torrent détruit leur ouvrage. Piccolomini a le temps d'arriver des Pays-Bas pour rallier les faibles restes de l'armée impériale. Cependant les alliés, ,ne pouvant subsister dans la Bavière qu'ils ont ravagée , se retirent vers le Haut-Palatinat,

et bientôt la nouvelle de la paix vient mettre fin à leurs opérations. Pendant leur invasion en Bavière, Kœnigsmarck avait fait une diversion en Bohême, et avait tenté de surprendre Prague. 11 s'était d'abord emparé de la petite ville où étaient l'arsenal et la citadelle ; mais il ne put vaincre la résistance de la ville vieille, et fut forcé de lever le siège. Ce fut en Allemagne le dernier événement d'une guerre si longue et si sanglante. Elle finit où elle avait commencé. Le lendemain de leur délivrance , les habilans de Prague reçurent l'heureuse nouvelle d'une suspension d'armes. Bientôt après, le duc d'Enghien , que nous appellerons désormais prince de Condé (1), frappa le coup décisif. Après la prise de Dunkerque, il avait été envoyé en Catalogne, et, avec de mauvais soldats mal payés, avait échoué au siège de Le'rida (1647). Les progrès des Espagnols et. des impériaux en Flandre et en Artois le firent rappeler en 1 648. Rendu a ses troupes qui avaient toujours vaincu sous lui , il marcha aux ennemis , et les rencontra près de Lens, dont ils venaient de s'emparer. Amis, dit-il a ses soldats, souvenez-vous de Rocroy, de Fribourg et de Nordlingue. Une 1elle harangue devait, être le signal de la victoire : elle fut complète. Les Français tuèrent ou prirent huit mille hommes aux impériaux, et n'en perdirent pas plus de cinq cents (20 août 1648). Cet avantage signalé décida la conclusion de la paix qui se négociait à Munster à Osnabruck, et qui fut signée le 24 octobre suivant.

En 1641, on avait arrêté dans les conférences de Hambourg que les plénipotentiaires de l'Empire, de la France, de l'Espagne et des princes catholiques se réuniraient à Munster pour y négocier sous la médiation du pape, et que d'autres plénipotentiaires de l'Empire , avec ceux de la Suède et des princes prolestans, traiteraient a Osnabruck, sous la médiation du roi de Dancmarck. Les deux congrès devaient être considérés comme ne formant qu'une même assemblée. Diverses causes , ou frivoles ou sérieuses , en retardèrent Tou- Terture pendant plusieurs années. Tantôt c'étaient les pleins pouvoirs qui n'avaient pas les formes requises, et qui n'étaient pas assez étendus; tantôt il fallait attendre l'arrivée des dé-

{\) Son père était mort en 46iG.

416 DISTOIBB GÉNÉRALE

putés des villes et des princes de l'Empire, dont la France et la Suède, qui ne voulaient pas traiter avec les électeurs seuls, avaient procuré l'admission. La détention de l'électeur de Trêves fit aussi perdre un temps précieux. L'Espagne refusait de le relâcher, la France de négocier sans lui. A la fin, la première céda, et le congrès s'ouvrit le 10 avril 1645. 11 dura près de quatre ans avant de terminer son ouvrage ; mais il était chargé d'une tache compliquée et difficile. Il s'agissait, après un long et universel bouleversement, de régler 1° les rapports des états d'Allemagne avec l'empereur; 2° ceux de la religion protestante avec l'église catholique; 3° les satisfactions qui devaient être accordées aux couronnes de France et de Suède en dédommagement de leurs sacriûces. A ces questions principales étaient subordonnées les suivantes : Quels seraient les rapports réciproques des deux partis protestons, le luthérien et le réformé; quels seraient ceux des états de l'Empire; quels territoires, quels biens seraient assignés à chacun, et de quelle manière se ferait la répartition, à une époque où, par suite des événemens, tous ces biens se trouvaient dans le plus grand désordre , et étaient exposés encore à de grands changemens.

Toutes les parties intéressées se craignaient et se défiaient les unes des autres. On ne voulait pas trop affaiblir ses ennemis, ni procurer à ses alliés trop d'avantages. Les demandes exorbitantes, tes prétentions inconciliables, les alternatives de succès et de revers dans les hostilités qui se poursuivaient saus relâche, retardèrent long-temps encore les opérations du congrès , et pendant deux ans la négociation varia suivant les chances de la guerre.

Tandis que le congres consumait le temps en de vaines discussions, la monarchie espagnole , déjà ébranlée par le soulèvement du Portugal et de la Catalogne, et par les victoires de Condé, éprouvait de nouvelles secousses. Le duc de Modène renonça à l'alliance qu'il avait contractée avec cette puissance; et deux révolutions tentées à Naples, l'une par un simple pécheur, nommé Mazaniello , l'autre par le duc de Guise, dernier rejeton d'une maison féconde en hommes illustres et dangereux, tirent craindre à Philippe IV la perte de ses possessions d'Italie. Reconnaissant qu'il ne pouvait soutenir la guerre en même temps contre tous ses ennemis, il entama avec les Pro-

vinces- Unies une négociation séparée. Il les effraya en les menaçant de cédeF les Pays-Bas à la France: il les séduisit en leur accordant des privilèges pour leur commerce; et, quoiqu'elles se fussent engagées à ne traiter que conjointement avec la France, elles signèrent la paix avec l'Espagne le 30 janvier 1648. Philippe reconnut la souveraineté des Provinces- Unies, leur laissa les conquêtes qu'elles avaient faites et les colonies qu'elles avaient acquises , et consentit à fermer l'entrée de l'Escaut.

Ce traité, qui privait la France d'une alliance importante, aurait sans doute encouragé l'empereur à continuer les hostilités, si les événemens qui suivirent n'avaient opéré un grand changement dans les dispositions de toutes les puissances belligérantes. L'entrée des Suédois dans les élâts héréditaires, les ravages de Turenne et de Wrangel, des symptômes de révolte qui se déclarèrent de nouveau en Autriche, vainquirent la constance de Ferdinand. Les états catholiques d'Allemagne, épuisés d'hommes et d'argent, également en proie aux exactions de leurs amis et de leurs ennemis, désiraient vivement la fin d'une lutte qui devait être funeste à leur religion et à leur puissance, si le parti contraire était triomphant, et qui pouvait entraîner la perte de leurs droits aussi bien que de ceux des proteslans, si un succès trop décisif couronnait les armes de l'empereur. La Suède n'avait pas un moindre besoin de la paix ; ses finances étaient épuisées; son armée nationale était réduite à quelques régimens, et la plupart des soldats qui combattaient sous ses drapeaux étaient des Allemands, prêts à déserter au moindre revers. La France même était intéressée à faire cesser les hostilités en Allemagne; elle commençait à ressentir les agitations qui accompagnent ordinairement une minorité; elle était toujours en guerre avec l'Espagne; et, par suite de là paix que la cour de Madrid venait de conclure avec les Provinces-Unies, les troupes françaises, pour conserver leurs avantages dans les Pays-Bas, avaient besoin de renforts considérables.

Enfin, l'empereur ayant résisté à toutes les sollicitations de l'Espagne qui voulait continuer les hostilités, et la France et la Suède ayant modéré leurs prétentions, les conditions de la paix furent signées le 6 du mois d'août 1648 à Osnabruck. La victoire de Lens, remportée peu de temps après, contribua

il. 27

sans doute à lever les difficultés qui arrêtaient encore les plénipotentiaires de Munster, et, le 8 septembre suivant, leur adhésion aux décisions d'Osnabruck consomma l'œuvre de la pacification.

Le traité de Westphalie se divise essentiellement en deux parties. La première concerne les avantages accordés aux couronnes de France et de Suède, a leurs alliés et a leurs protégés; la seconde est relative à l'existence des protestais, au droit public et à la constitution de l'Allemagne.

Précis des articles de la première classe.

La France obtint, 1° la renonciation de l'empereur et de l'Empire, sauf la juridiction spirituelle de l'archevêque de Trêves, à tout droit sur les évèchés de Metz, Toul et Verdun, qu'elle possédait depuis 1552, ainsi qu'à toute suzeraineté sur la ville de Pignerol, que le duc de Savoie lui avait cédée par un traité conclu à Saint-Germain en 1632 ; 2' la cession des landgraviats de Haute et Basse-Alsace, du Sundgau, du Vieux- Brisach et de son territoire, ainsi que de la préfecture de Haguenau (1) avec les mêmes droits de souveraineté et de supériorité territoriale que l'Empire et la maison d'Autriche y avaient exercés, sans préjudice, pour les états immédiats d'Empire qui se trouvaient dans ces provinces, de leurs droits et prérogatives qui étaient compatibles avec la souveraineté du roi; 3° la promesse qu'il ne serait élevé aucune forteresse sur la rive droite du Rhin depuis Baie jusqu'à Philipsbourg, et, de plus , le droit de tenir garnison dans cette dernière ville. De son côté , la France s'engage à payer à l'archiduc Ferdinand- Charles, de la branche deTyrol, à qui appartenait l'Alsace, trois millions de livres tournois en dédommagement. Elle restitue à la maison d'Autriche les villes forestières, le comté de Haucnstein, la Forêt-Noire, le Brisgau et TOrtenau. Enfin, la liberté de commerce est rétablie sur les deux rives du Rhin, et la navigation de ce fleuve est également déclarée libre.

(I) On appelait ainsi la préfecture des dix villes impériales situées en Alsace, savoir : Hagnenau , Colmar, Schelesladt , Wissembourg , Landau, Oberehnheim , Rosheim, Munster dans la vallée de Saint-Grégoire , Kaiserberg et Tlmringheim.

DBS TEMPS MODERNES. 419

La Suède acquiert, 4° la Poméranie citérieure, et plusieurs Tilles, nommément Stettin, dans l'ultérieure, avec l'île de Wollin ; 2° l'expectative de toute la Poméranie et de l'évêché de Camin , à Pextinction des mâles de la maison de Brandebourg; 3° Tile de Rugen , à titre de principauté; 4° la ville et le port de Wismar, avec les bailliages mecklembourgeois de Pœl et de Neukloster; 5° l'archevêché de Bremen, pour être converti en duché, et l'évêché de Verden en principauté? La Suède doit tenir tous ces états à titre de Gefs perpétuels et immédiats, avec trois voix à la diète pour Bremen, Verden et la Poméranie.

L'électeur de Brandebourg, héritier légitime de toute la, Poméranie, est indemnisé de ses sacriOces par la cession de l'archevêché de Magdebourg, sécularisé sous le uom de duché , et par celle des évêchés de Halberstadt, de Minden et de Camin, déclarés principautés séculières, avec quatre suffrages à la diète.

Quelques bailliages, entre autres celui de Juterbock, que la paix de Prague avait démembrés de l'archevêché de Magdebourg en faveur de l'électeur de Saxe, sont confirmés a ce prince.

La maison de Mecklembourg reçoit en échange de la ville de Wismar les évêchés de Schwerin et de Ratzebourg érigés en principautés séculières avec un double vote à la diète, deux canonicals dans la cathédrale de Strasbourg, les deux riches commanderies de Mirow et de Nemerow, et l'exemption, jusqu'à concurrence de 200,000 rixdalers, des contributions générales de l'Empire.

Quatre princes de la maison de Bruns wick-Lunebourg étaient coadjuteurs des archevêchés de Brème et de Magdebourg, des évêchés de Halberstadt et de Ratzebourg, et cette maison pouvait espérer pour ses puînés la possession perpétuelle de ces sièges ou de quelques autres évêchés du nord de l'Allemagne. Les nombreuses sécularisations opérées par le traité d'Osnabruck ayant détruit pour elle cette perspective, on lui accorde, comme indemnité, la prévôté de Walkenried avec la terre de Schauen et le couvent de Grœningen ; on lui assure la succession alternative dans l'évêché d'Osnabruck, de manière que le chapitre élirait désormais tantôt un prince catholique, tantôt un prince de la maison de Brunswick-Lunebourg, ou, à

420 I11STOIRÊ GENERALE

son défaut, delà ligne de Wolfcnbuttel; enfin, on l'exempte d une dette de 400,000 écus d'Empire, que leducUlricde Brunswick avait contractée envers le roi de Danemarck, et que ce monarque avait transférée à l'empereur parla paix de Lubeck.

La maison de Hesse-Cassel obtient l'abbaye de Hirschfetd, a tilre de principauté séculière , avec voix et séance à la diète, la plus grande partie du comté de Schaumbourg, et 600,000 écus pour le paiement de la milice hessoise.

L'électeur palatin est remis en possession du Bas-Palatinat du Rhin, et de tous ses autres domaines, excepté le Haut- Palatinat, qui demeure à la Bavière. On établit en sa faveur un huitième électorat, auquel la charge de grand-trésorier est attachée, et il est arrêté qu'en cas d'extinction de la ligne bavaroise masculine, le nouvel électorat sera supprimé, l'électeur palatin devant alors recouvrer de droit son ancienne dignité électorale , avec les possessions enlevées par la Bavière à Frédéric V.

Tous les autres princes et étals de l'Empire, qui avaient été enveloppés dans le malheur de la maison Palatine, ou qui avaient été troublés d'une manière quelconque dans la jouissance de leurs droits et prérogatives , sont remis dans la même situation où ils étaient avant 1619.

Enfin , la confédération suisse , qui depuis long-temps s'était rendue indépendante du corps germanique, mais à laquelle aucun acte public n'avait encore reconnu celle indépendance, est alors formellement soustraite à la juridiction de l'Empire.

Précis des règlement de la seconde classe, i° Dispositions relatives à la religion protestante,

La transaction de Passaw de 1552 et la paix de religion de 1 555 sont adoptées pour fondement de la décision des griefs religieux , et confirmées dans toute leur étendue.

Les réformés calvinistes doivent participer à l'avenir à tous les droits acquis aux luthériens.

L'état public de la religion en général doit être remis , par toute l'Allemagne, sur le même pied où il était le 1 er janvier de l'année 1624, qui pour cela est appelée année décrétoire ou nor-

mie. Cependant le Paint inal et les terres des princes qui avaient épousé la querella palatine, tels que le margrave de Bade et le duc de Wurtemberg, sont exceptés de cette disposition, parce que ces élats, envahis par les Autrichiens et par les Espagnols , ayant éprouvé des changemens politiques et religieux avant l'année 162;i , auraient été moins favorisés que les autres, si cette année eut servi de règle pour eux comme pour le reste de l'Empire. En conséquence, Tannée 1618 leur est assignée comme décréloire.

Tous les biens ecclésiastiques, soit médiats, soit immédiats, dont les protestans étaient en possession le 1er janvier 1624, et l'électeur palatin et ses alliés en 1618, doivent rester entre leurs mains.

En sanctionnant la paix de religion dans tous ses points, on n'en excepte pas la clause appelée réserve ecclésiastique; niais il est statué que cet te réserve aura son effet à l'égard des bénéGeiers des deux religions. Les droits du pape sur les bénéfices des catholiques sont assurés; celui de présentation, qui appartenait a l'empereur, lui est confirmé pour les bénéfices des deux communions.

Les états, et généralement tous les membres immédiats de l'Empire, jouissant de la supériorité territoriale dans leurs domaines , sont maintenus dans le droit d'y réformer et régler la religion et le culte public, en tant que l'état normal des années 1624 et 1618, ou des pactes faits avec leurs sujets, le leur permettront.

La juridiction ecclésiastique, tant de la cour de Rome et d'élat catholique à état protestant, que de protestant à protestant, est suspendue, ainsi que le .droit diocésain , jusqu'à la conclusion d'un arrangement déflnitif, mesure équivalente à l'abolition.

Les princes et états immédiats d'Empire sont libres de tolérer ceux de leurs sujets qui abjureront la religion reçue dans leurs terres en 1624; mais, s'ils ne veulent pas les y souffrir, ils sont tenus de leur accorder un terme de trois ans pour émigrer.

La chambre impériale doit être composée à l'avenir de vingtquatre membres protestans et de vingt-six catholiques. L'empereur recevra six membres protestans dans son conseil antique.

On choisira pour les diètes de députations un nombre égal d'états catholiques et protestans, à moins qu'elles ne soient convoquées pour une cause extraordinaire. Dans ce dernier cas, les députés seront tous protestans, si la cause regarde des protestans; tous catholiques, si elle concerne des catholiques, et mixtes, s'il est question de l'intérêt des deux religions. Il est stipulé que les diètes ne décideront plus que par voie amiable, et non à la majorité des suffrages d'un parti contre le nombre inférieur de suffrages de l'autre, toutes les questions qui seront relatives, soit à la religion, soit aux affaires où les états de PEmpire ne pourront être considérés comme formant un seul corps, soit enfin au cas oii les catholiques et les protestans seraient divisés en deux partis.

2* Réglemens relatifs à la constitution de l'Empire.

Le droit de suffrage est assuré aux princes et états d'Allemagne dans toutes les délibérations sur les affaires de l'Empire, principalement lorsqu'il s'agira de faire des lois ou de les interpréter, de déclarer la guerre, d'imposer des contributions, d'ordonner des levées et des logemens de troupes, de construire de nouvelles forteresses, ou de mettre garnison dans les anciennes; de décider de la paix et des alliances, et d'autres objets importans. Aucune résolution ne doit être prise à ce sujet, en aucun temps ni sous aucun prétexte, sans leur concours et leur libre consentement ; droit que nul empereur n'avait reconnu jusque-là, et qui peut être considéré comme la base de la constitution qui, depuis cette époque, a régi le corps germanique.

Les états sont maintenus à jamais dans l'exercice de la supériorité territoriale, et des autres droits et prérogatives dont ils avaient joui précédemment. Cette supériorité territoriale est déclarée s'étendre tant sur les choses ecclésiastiques que sur les choses politiques ou sur le temporel. Ils auront la faculté de faire des alliances , soit entre eux, soit avec les puissances étrangères, chacun pour sa conservation et sa sûreté, pourvu que ces alliances ne soient pas dirigées contre l'empereur et l'Empire , ni contraires à la paix publique ou à celle de Westphalie.

Les villes impériales obtiennent, comme les autres états, voix délibérative dans toules les diètes générales et particulières.

Le conseil aulique de l'empereur est assujetti aux réglemens prescrits à la chambre impériale.

Divers articles , tels que l'établissement d'une capitulation impériale perpétuelle, et la question de savoir ce qui devait être observé dans l'élection d'un roi des Romains, et par rapport a la proscription des états, n'ayant pu être réglés par les pacificateurs, on les renvoie à la connaissance de la première diète qui sera convoquée.

Telles sont les principales dispositions du traité de Westphalie, dont la conclusion forme une époque de la plus haute importance dans l'histoire de l'Allemagne et de l'Europe entière, et par lequel prit fin cette effroyable guerre qui, pendant trente années, ravagea l'Europe depuis les confins de la Pologne jusqu'à l'embouchure de l'Escaut, depuis les rives du Pô jusqu'à la Baltique; dépeupla des provinces entières (1), y anéantit l'agriculture , le commerce , l'industrie; coûta la vie à plusieurs millions d'hommes, et retarda en Allemagne, de près d'uu siècle, l'étude des sciences et le progrès intellectuel. La pacification eût été générale, si l'Espagne et la France eussent pu s'accorder. Mais l'Espagne, qui avait réussi à séparer lesPro-

(1) On peut en juger par les calculs suivans que les historiens wurtemltergeois ont tirés des archives de leur pays et que Schaîll rapporte dans sou Cours d'histoire des états européens, comme un spécimen des dévastations causées par la guerre de trente ans :

« Depuis 1628 jusqu'à la première bataille de Nordlingue, les quartiers d'hiver des troupes impériales et les contributions de guerre avaient coûté au duché de Wurtemberg 6,554,326 florins. Depuis le mois d'août 1654 jusqu'à la fin de 1658 , le duché perdit plus de 45 millions de florins, non compris le dommage causé par le pillage et par la destruction , lequel était estimé 60 millions. Depiûs 1658 jusqu'en 1650, le duché paya encore 7,551 ,558 florins. Ainsi vingt-deux années avaient coûté au pays près de 1 1 9 millions de florins.

« Avant cette époque de malheurs , la population du duché se montait à près de cinq cent mille Ames. En 1641 , clic était rédiûte à quarante-huit mille. Eu 1654 , six années après la paix , lorsque beaucoup d'habitatis, qui s'étaient sauvés en Suisse , étaient retournés dans leurs foyers , il manquait encore cinquante mille familles ; quarante mille arpens de vignobles et deux cent soixante-dix mille arpens de terres étaient sans propriétaires, etc.»

424 HISTOIBE GÉNÉRALE

vinccs-Unies de la France, comptait sur les troubles dont la minorité de Louis XIV était menacée, pour réparer ses pertes, et recouvrer la Catalogne , le Roussillon , et la partie des Pays- Bas dont les Français étaient en possession. D'un autre côté, Mazariu, craignant l'activité inquiète et bouillante de la nation française, désirait l'occuper au dehors. Ces divers motifs prolongèrent la guerre entre la France et l'Espagne , et retardèrent de onze années l'entière pacification de l'Europe.

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