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la nécessité d'arrêter un mal dont on ne connut que plus tard, toute Téteudue. Et d'ailleurs, « quoique ce ministre eût embrassé sur les grains un système destructif du labourage, il serait injuste d'imputer en entier à ses opérations la dépopulation des campagnes; car il eut l'attention d'y diminuer considérablement les impositions (1), de retrancher les privilèges abusifs, et il y encouragea la nourriture du bétail, qui est le fond de l'agriculture » (Forbonnais). Le cadastre des terres, qui régla l'impôt d'après leur étendue et leur valeur, fut aussi une mesure avantageuse pour les campagnes.
Nous regrettons que Colbert ait été obligé de rétablir, vers Tan 1G72, ce qu'il avait voulu d'abord abolir pour jamais : impôts en parti, renies, charges nouvelles, augmentations de gages, expédiens qui soutiennent l'état pour quelque temps, et qui l'obèrent pour des siècles. Mais il ne doit encourir aucun blâme pour ce rétablissement forcé, contraire à ses principes, et que la nécessité lui arracha. La guerre était déclarée, et les besoins pressai) s; il fallait des moyens prompts, et Colbert recourut en gémissant à des ressources que réprouvait sa sagesse. Il mourut avant d'avoir pu réparer ce mal. Après lui , les finances retombèrent dans le chaos d'où il les avait tirées (2). Sous son successeur, Le Pelletier, qui ne man-
(1) Les tailles qui, a vaut son ministère, s'étaient élevées jusqu'à 53 millions , furent réduites graduellement à 35 millions , et il aurait voulu les réduire à 25. 11 augmenta le nombre des contribuables en révoquant h s anoblissemens de biens qui avaient eu lieu depuis l'an 1600. Il protégea le laboureur contre la dureté des collecteurs en défendant « de saisir pour le fait de la taille les lits , les habits , le pain , les chevaux et les bœufs servant au labour, ni les outils dont les artisans et manouvriers gagnent leur vie. » Mais tout cela ne put qu'atténuer le coup fatal dont l'agriculture était frappée par l'interruption du commerce des grains.
(2) « Colbert , dit Raynal dans son Histoire philosophique des Deux- « Intfcs, porta en 1683, qui fut la dernière année de sa vie, le* revenus de « 1 état à 1 16,873, 176 liv. Les charges ne montoient qu'à 55,375,274 lîv. « H entroit par conséquent dans les collres du roi 93,498,202 livres. « Mais , après la mort du ministre , les affaires retombèrent dans le cliaos « d'où son application et ses talens les avoient lait sortir. Les finances, admi- « nistrçes sans ordre et sans principes, furent la proie d'une foule de trai- • tans avides. Us se rendirent nécessaires par leurs brigandages mêmes et « parvinrent à donner la loi au gouvernement. La confusion, l'usure, « les mutations continuelles dans les monnoics , les réductions forcées d'in-
quait ni de prudence ni d'habileté , elles se soutinrent encore faiblement. Mais elles tombèrent dans le plus grand désordre sous le ministère de Pontchartrain (1 689-99) qui , pour faire face aux dépenses de la guerre suscitée par la ligue d'Augsbourg, emprunta, créa des rentes, altéra les monnaies, fît des refontes inégales. Tous ces moyens furent plus nuisibles à l'état que profitables au trésor. En 1693, on ajouta à ces expédiens la création d'un nouvel impôt qui a formé depuis une branche considérable de revenus; tous les actes des notaires furent assujétis à un droit de contrôle. En 1695, on établit la capitation, taxe personnelle levée sur tous les sujets, de quelque condition qu'ils fussent; on partagea le peuple en vingt classes, afin de proportionner l'impôt aux facultés de chacun. Cette taxe fut supprimée a la paix de Ryswick, et remise en vigueur pendant la guerre de la succession. Pontchartrain vendit des lettres de noblesse, moyennant 2,000 écus, en 1696. Chamillart, qui le remplaça dans l'administration des finances à laquelle il avouait lui-même qu'il ne convenait pas, n'était point propre à réparer le désordre où il la trouva. Sous lui, le mal ne fit qu'empirer, et il était au comble , lorsqu'en 1 708,
«terét, les aliénations du domaine, et des impositions, des engagemens « impossibles à tenir , la création des reutes et des charges , les privilèges , « les exemptions de toute espèce, cent maux plus ruineux les uns que les
• autres , furent la suite déplorable et inévitable des mauvaises administra - « tions qui se succédèrent presque sans interruption.
v Le discrédit devint bientôt universel ; les banqueroutes se multipliè-
* rent ; l'argent disparut ; le commerce fut anéanti ; les consommations di- « ininuèreut ; on négligea la culture des terres ; les ouvriers passèrent chez « l'étranger ; le peuple n'eut ni nourriture ni vêtement ; la noblesse fit la « guerre sans appointemens et engagea ses possessions ; tous les ordres de « l'état , accablés sous le poids des taxes , manquoient du nécessaire ; les « effets royaux étoient dans l'avilissement ; les contrats sur Fhôtcl-de-vi!le « ne se vendoient que la moitié de leur valeur, et les papiers moins privilé- « giés perdoieut infiniment davantage. Louis XIV, sur la fin de srs jours , « eut un besoin pressant de huit millions. Il fut obbgé de les acheter par « trente-deux millions de rescriptions. C'étoit emprunter à quatre cents « pour cent.... L'état avoit, il est vrai, 415,389,074 livres de revenu; « mais les cliargcs en emportoient 82,859,504 livres , et il ne restait pour « les dépenses du gouvernement que 52,529,570 livres. Encore ces fonds « étoieut-ils consommés dqpance pour plus de trois années. Tel étoil le « désordre des afiàires à la mort de Louis XIV. »
Desmarcst, neveu de Colbert, fut nommé contrôleur-général. Sa gestion fnt sage et habile ; mais il avait à lutter contre des difficultés trop grandes pour en triompher entièrement. En 1 71 0 , il imposa la taxe du dixième sur tous les revenus territoriaux; mais cet impôt, venant après plusieurs autres contributions onéreuses, exctia un tel mécontentement, qu'on n'osa pas l'exiger à la rigueur, et le gouvernement n'en retira guère que vingt millions aunuels. Enfin, malgré l'augmentation des taxes, le déficit était si grand chaque année, que Louis XIV laissa à sa mort deux milliards six cents millions de dettes; ce qui fait environ cinq milliards de notre monnaie actuelle.
Marine. — Les finances, restaurées par Colbert, fourni: ent au roi les moyens de créer une marine. D'abord, le peu de vaisseaux qui se trouvaient dans les ports à la mort de Mazarin furent réparés; on en acheta d'autres en Hollande , en Suède, et nous avons vu que, dès la troisième année de son gouvernement, Louis XIV envoya ses forces maritimes s'essayer contre Gigeri, sur la côte d'Afrique. Le duc de Beaufort purgea les mers de pirates en 1665; et, deux ans après, la France eut dans ses ports soixante navires de guerre. Elle en eut cent de toute grandeur en 1672, deux cent trente en 1681 . Cinq arsenaux de marine furent bâtis à Brest, à Rochefort, à Toulon, à Dunkerque, au lia vre-de-G race. Le nombre des hommes enclassés et pouvant être appelés pour les divers services maritimes fut porté jusqu'à soixante mille. Les gardesmarines furent institués en 1672. Ce corps a été l'école d'où sont sortis les meilleurs officiers de vaisseaux. Ces forces navales protégeaient le commerce. Elles tinrent l'empire de la mer jusqu'à la bataille de La Hogue (1 692). Malgré l'échec que la marine française reçut dans cette journée, elle se soutint toujours dans la guerre de la succession. Elle fut depuis négligée par le cardinal de Flcury, et ne s'est relevée que sous Louis XVI.
Guerre. — Avant Louis XIV, on ne connaissait point les habits uniformes dans le militaire. Chaque soldat s'habillait sur sa paie comme il l'entendait, de sorte que les troupes ressemblaient moins à une armée qu'à une cohue. Ce fut lui qui, la première année de son administration, ordonna que chaque régiment fût distingué par la couleur des habits, ou par différentes marques : règlement adopté bientôt par toutes les
nations, Il mit les corps de la maison du roi sur le pied oit ils furent depuis. Par des inspections sévères, il 6t cesser dans l'armée l'abus des passe-volans , ou soldats fictifs, au moyen desquels la fraude des officiers déguisait, aux jours de revue, le vide de leurs compagnies incomplètes. Il institua les grenadiers , d'abord au nombre de quatre par compagnie dans le régiment du roi; ensuite, il forma une compagnie de grenadiers dans chaque régiment d'infanterie. Il créa un régiment de bombardiers et un de hussards : avant lui, on ne connaissait les hussards que dans les armées ennemies. Il augmenta le corps des dragons. L'établissement des haras (1677) fut par la suite d'une grande ressource pour remonter la cavalerie. Louis XIV rendit général l'usage delà baïonnette au bout du fusil; on s'était déjà servi de cette arme, mais seulement dans quelques compagnies. Il fonda des écoles d'artillerie à Douai, puis a Metz et à Strasbourg. Il institua le corps des ingénieurs. 11 établit, en 1688, trente régimens de milices, fournis et équipés par les communautés* Ces milices s'exerçaient à la guerre, sans abandonner la culture des cam*pagnes. Il créa des inspecteurs-généraux pour surveiller le* troupes, et pour faire des rapports annuels sur leur état. H récompensa noblement la valeur par Tordre de l'institution de Saint-Louis (1693). Il ouvrit aux vétérans un magnifique asile dans l'hôtel des Invalides, et aux jeunes gens de famille des écoles de l'art de la guerre dans les compagnies de cadets qu'il établit successivement à Tournai, à Metz, à Strasbourg et à Besançon. C'est par de tels soins que, dès l'an 1672, il eut cent quatre- vingt mille hommes de troupes réglées , et que, plus tard , il opposa à l'Europe conjurée contre lui quatre cent cinquante mille hommes, en comptant les troupes de la marine. Une discipline sévère, ouvrage de Louvois, régnait dans ces nombreuses armées, d'immenses magasins assuraient leur subsistance, et Vauban leur donnait pour point d'appui les fortifications savantes dont il couvrait la France de tous côtés.
Législation. — La réforme, des lois françaises est un des principaux titres de gloire de Louis XIV. Il y fît travailler le chancelier Séguier, plusieurs membres du parlement, entre autres les Lamoignon, les Talon, lesBignon, et surtout le conseiller-d'état Pussort, oncle de Colbert. Il assistait quelr
quefois à leurs assemblées. L'année 1667, époque de ses premières conquêtes, fut aussi celle de ses premiers règlement L'ordonnance civile qui s'attaqua avec succès au fléau de la chicane, parut d'abord, ensuite le code des eaux et forêts auquel les forêts de la France durent leur conservation , puis des statuts pour toutes les manufactures, l'ordonnance criminelle (1670), le code de commerce (1673), celui de la marine (1681), qui est peut-être le chef-d'œuvre de la législation de Louis XIV, et dont les Anglais ont si fort admiré la sagesse, qu'ils ont adopté la plupart de ses réglemens, et enfin, en 1685, le code noir, qui rétablit les nègres de nos colonies dans une partie des droits de l'humanité. La répression des duels fut un grand service rendu à la patrie. La funeste coutume de ces combats , quoiqu'ils eussent été défendus par Henri IV, subsistait plus que jamais. Un duel de quatre contre quatre, qui eut lieu en 1663 entre huit seigneurs de la cour, détermina Louis XIV à ne plus pardonner aux coupables. Son heureuse sévérité, sans détruire entièrement l'usage des duels, les rendit beaucoup plus rares, et le préjugé, qui auparavant les multipliait, perdit insensiblement de sa force.
Voilà sommairement ce que Louis XIV fit et essaya pour rendre sa nation plus florissante. Ses ministres le secondèrent à l'envi. Mais il y aurait de l'injustice à ne pas attribuer au monarque le principal mérite de ces grands changemens. « Sans doute, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV , on doit a ses « ministres tout le détail, toute l'exécution, mais on lui doit « l'arrangement général. Il est certain que les magistrats n'eus- « sent pas réformé les lois, que Tordre n'eût pas été remis dans « les finances, la discipline introduite dans l'armée, la police « dans le royaume; qu'on n'eut point eu de flottes; que les « arts n'eussent point été encouragés; et tout cela de concert, « et en même temps avec persévérance, et sous diflérens « ministres , s'il ne se fût trouvé un maître qui eut eu gé- « néral toutes ces grandes vues , avec une volonté ferme de « les remplir (1). »
(1) Le même historien fait encore observer avec raison que Louis XIV n'avait plus ni Colbert ni Louvois, lorsque, vers Tan 1698, il ordonna, pour l'instruction du duc de Bourgogne , que chaque intendant fit une
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Affaires de religion. — 1° Jansénisme. Un ouvrage posthume de Jansénius, évêque d'Ypres, sur la grâce, publié en 1640, excita dans l'Eglise de France une querelle qui se prolongea pendant tout le règne de Louis XIV, et qui troubla plus d'une fois le règne suivant. Deux ans après sa publication, le livre de Jansénius fut condamné par le pape Urbain VIII en 1642. Comme il conservait des partisans, malgré cette condamnation, Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de Théologie de Paris, le dénonça a ce corps en 16'i9. La Faculté condamna, à la pluralité des voix, cinq propositions extraites du livre de Jansénius , et le pape Innocent X (1 ) les déclara hérétiques en 1653. Le célèbre Arnaud, docteur-janséniste, s'éleva contre cet arrêt, convenant que les cinq propositions, telles qu'elles étaient présentées, étaient en effet répréhensibles , mais niant qu'elles fussent l'expression fidèle de la doctrine de Jansénius. Une des premières démarches d'Âlcxandre VII, successeur d'Innocent X , fut de renouveler les censures contre les cinq
description détaillée de sa province. Cet ouvrage , propre à donner une connaissance exacte du royaume , et un dénombrement juste des peuples , fut utile , quoique tous les intendans n'y eussent point apporté le même soin et la même capacité.
(1) Les papes qui occupèrent le siège pontifical pendant la période de 1648 à 1 715 furent Innocent X, mort en 1655 ( prudent , économe , ménageant le peuple) ; Alexandre PII, ( 1655 — 67 ; pontife lettre', qui enrichit la bibliothèque du Vatican des manuscrits de celle des anciens ducs «d'Urbiu , acheva la construction du bâtiment de la Sapicnza ou de l'Université de Rome, y ajouta une bibliothèque choisie, un jardin botanique et im théâtre anatomique) ; Clément IX (1667 — 69 ; bienfaisant , charitable; supprima plusieurs impôts onéreux ) ; Clément X { 1670 — 76; essaya de relever le commerce par un édit qui déclara que la noblesse pouvait le faire sans déroger) ; Innocent XI ( 1676 — 89; affaire de la régale, voyez le paragraphe suivant ; affaire des franchises , voyez la section îv de ce chapitre; Innocent XI fut un prince juste et désintéressé , très-zélé pour le bien public et pour la discipline ecclésiastique); Àlexandi c ^Y//(1689 — 91 ; un des papes qui ont porté le plus loin le népotisme que son prédécesseur avait voulu extirper par une bulle à laquelle les cardinaux refusèrent leur adhésion) ; Innocent XI 1 (1691—1700 ; réformateur de plusieurs usages pernicieux , notamment de la vénalité des offices ecclésiastiques de la curie romaine ; adversaire déclaré du népotisme ; il disait souvent qu'il n'avait d'autres neveux que les pauvres dont il fut surnommé le père) ; Clément XI {1700 — 21 ; voyez le volume suivant , chap. h ).
propositions. L'assemblée du clergé de 1 661 rédigea une formule contre le jansénisme, etoblint du pape une bulle pour obliger tous les ecclésiastiques et docteurs, tous les religieui et religieuses du royaume , de signer cette formule. Quatre évêques et les religieuses de Port-Royal de Paris et de Port- Royal-des-Champs résistèrent d'abord, et finirent par céder (1 669). Le calme fut alors rétabli dans l'Eglise, et dura jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, oh les Réflexions morales du père Quesnel , prêtre de l'Oratoire , et disciple d'Arnaud, sur le Nouveau Testament, renouvelèrent les discussions. Le père Letellier, homme violent et impétueux, qui, en 1709, remplaça le père de La Chaise qui était d'un caractère sage et modéré , dans les fonctions de confesseur de Louis XIV, excita contre les jausénistes le zèle de ce monarque ; et Louis, au lieu d'imiter la prudence de Rome, qui avait plusieurs fois imposé silence aux deux partis , demanda au pape Clément XI la condamnation du père Quesnel. Le pontife fit attendre trois ans son jugement. Enfin, pressé parla cour de France, il publia en 1713 la fameuse bulle Unigenitus, qui condamnait cent et une propositions extraites des Réflexions morales. Cette bulle, enregistrée au parlement, fut acceptée par la Sorbonne et par cent dix évêques. Mais douze ou treize, ayant à leur tête le cardinal de Noailles, ou la repoussèrent, ou ne l'admirent qu'avec des explications. On songeait à procéder contre les évêques opposans par la voie d'un concile national , lorsque la mort de Louis XIV vint changer le cours d'une querelle qui avait rempli d'amertume ses dernières années. Le régent, Philippe d'Orléans, plaça le cardinal de Noailles à la tête des affaires ecclésiastiques et donna plusieurs évêchés vacans a des prélats reconnus pour jansénistes. Mais l'obstination de ce parti enfrava tous les efforts du régent pour rétablir la paix de l'Eglise. La querelle, marquée, ! dans son dernier période , par les scènes scandaleuses des convulsionnaires jansénistes dans le cimetière St.-Médard sur la tombe du diacre Paris, se prolongea jusqu'en 1730. Le cardinal de Noailles étant mort l'année précédente, après avoir enlin accepté la constitution Unigenitiis, l'opposition se trouva privée de son plus puissant soutien. Le 3 avril 1 730, Louis XV tint un lit de justice où il fit de nouveau enregistrer la bulle comme loi du royaume, et depuis ce temps les différends que sa publi-
cation avait suscités tombèrent graduellement dans le mépris.
2° Régale. — On appelait de ce nom le droit qu'avaient les rois de France de pourvoir a tous les bénéfices simples d'un diocèse pendant la vacance du siège ,' et d'administrer à leur gré les revenus de l'évêché. Ce privilège élait contesté au roi par quelques églises qui autrefois étaient hors du domaine royal , et s'y étaient vues réunies à des époques plus ou moins récentes. Mais Louis XIV, pensant que sa qualité de roi de France lui donnait les mêmes droits sur toutes les églises de de la monarchie, et s'autorisant d'ailleurs de l'exemple de ses prédécesseurs, et particulièrement de François Ier qui avait assujéti la Bretagne à la régale sans opposition , rendit en 1 673 un édit qui y soumettait toutes les églises de son royaume sans exception. Deux prélats, les évêques d'Alet et de Pamiers, qui avaient déjà marqué dans l'affaire du jansénisme , refusèrent de se conformer à l'édit. Le pape Innocent XI, ayant approuvé leur conduite , et publié une bulle en leur faveur, le roi lui opposa la décision de l'assemblée du clergé, qui , en 1682, adhéra unanimement à l'extension de la régale. Cette même assemblée est célèbre dans l'histoire de l'église gallicane, par la déclaration qu'elle donna le 12 mars 1682, en quatre articles qui portent en substance : que le pape n'a aucune autorité sur le temporel des rois; que les conciles généraux sont audessus du pape, ainsi qu'il a été décrété dans les sessions quatrième et cinquième du concile de Constance; que l'usage de la puissance apostolique doit être réglé par les canons, sans porter atteinte aux libertés de l'église gallicane; enfin, qu'il appartient principalement au pape de décider en matière de foi ; que ses décrets obligent toutes les églises, et que néanmoins ses décisions ne sont irréformables qu'après que l'Eglise les a acceplées. Ces quatre propositions furent reçues par toutes les Facultés de Théologie, et confirmées par un édit du roi , qui fut enregistré au parlement le 23 mars.
3° Quiétisme. — On appela ainsi un système de spiritualité mystique, propagé par une illuminée, Jeanne- Marie de La Motte- Guy on. Celte femme prêchait l'entier renoncement à soi-même, le silence de l'âme, l'anéantissement de toutes ses puissances, le culte intérieur, l'amour extatique, pur et désintéressé de la Divinité, etc. Fénélon, archevêque de Cambrai, né avec une imagination douce et tendre, préférait, dans la théologie, tout
ce qui a l'air touchant et sublime, à ce qu'elle a d'austère et d'épineux. Ce penchant lui fit adopter innocemment une partie des rêveries de madame Guyon. Il publia en 1695, soit pour les rectifier, soit pour les justifier, son livre des Maximes des Saints , où il développe les idées de ces hommes pieux et contemplatifs qui s'élèvent au-dessus des sens, et qui tendent k un état de perfection où les âmes ordinaires ne peuvent aspirer. Bossuet dénonça au roi l'ouvrage comme dangereux et entaché d'hérésie. L'affaire fut portée à Rome. On y condamna les Maximes des Saints (13 mars 1699). Bossuet triompha; mais Fénélon tira un plus beau triomphe de sa défaite même. 11 se soumit sans restriction et sans réserve, monta lui-même en chaire k Cambrai pour censurer son livre, et empêcha ses amis de le défendre. Cette humilité, cette candeur gagnèrent tous les cœurs au vaincu, et firent presque haïr le vainqueur.
4° Révocation de Védit de Nantes (1). Richelieu, victorieux des protestans, les avait maintenus dans la liberté de conscience que leur assurait l'édit de Nantes, et dans quelques autres privilèges. Mais il leur avait repris et avait démantelé toutes leurs villes de sûreté, dont la concession, originairement faite pour un temps limité et déjà renouvelée avant son ministère, était de nouveau parvenue k son terme. Il leur avait aussi ôté le droit des assemblées politiques que ne leur accordait pas l'édit de Nantes, et qui se tenaient chaque fois par une permission particulière du roi. La demande en fut même proscrite; et, véritablement, à- une époque où les états-généraux de la nation cessèrent d'être convoqués, on ne pouvait, sans la plus étrange inconséquence, permettre aux religionnaires de continuer k s'assembler et de porter en commun leurs plaintes et leurs cahiers au pied du trône. En même temps,
(1) « Une cause de la décadence de ce royaume a été la manière dont on a « songé a détruire la religion protestante en France. Le dessein même de •» la détruire n'étoit pas sensé ; car il faut remarquer que les princes et états « protestans avoient toujours été pour nous contre la maison d'Autriche t « et il ne falloit pas irriter les seuls vrais alliés que nous pouvions avo r. « Que si nous voulions abaisser et petit à petit éteindre cette religion, cela « se pouvoit faire doucement et à la longue, sans que personne se plaignit ; « et c etoit là le dessein du cardinal de Richelieu , qui n'a pas été suivi ; et <« on a dit que le jésuite La Chaise, confesseur du roi , n a voit pas lui-même « été d'avis des violences qu'on a faites. » {Me m. du marquis de La Fore.)
Richelieu avait établi pour maxime dans le gouvernement de n'admettre les réformés aux grandes dignités de la cour et de l'armée que dans des cas extraordinaires et pour les services les plus signalés, invitant ainsi à l'abandon de leur croyance ceux dont la foi serait moins vive que leur ambition. Par ces diverses mesures, qui n'étaient point contraires à la lettre ni même à l'esprit de l'édit de Nantes, le cardinal avait empêché que les réformés ne formassent désormais un état dans l'état, et les avait réunis au corps de la nation. Depuis ce temps, en effet, aucun trouble de religion ne s'était élevé dans le royaume, et les calvinistes étaient demeurés soumis et tranquilles , lorsque Paris révolté faisait des barricades et chassait le roi, la régente et la cour. Mazarin disait d'eux : « Je n'ai point à a me plaindre du petit troupeau; s'il broute de mauvaises « herbes, du moins il ne s'écarte pas. » Il était si loin de songer a les inquiéter et de menacer leur existence, que, lorsqu'il mourut, il venait de nommer des commissaires, choisis en nombre égal dans les deux religions, pour visiter les provinces et remédier aux infractions faites à l'édit de Nantes pendant les troubles de la Fronde.
Quand Louis XIV prit en main les rênes de l'état, un des premiers actes de l'administration de ce prince fut de faire expédier ces commissions données dans les principes de la plus exacte équité. Ainsi, au moment où Louis XIV commença à régner par lui-même, le calvinisme , sans partager les droits de la religion dominante, était plus que toléré; il était permis et autorisé, et rien n'annonçait de la part du pouvoir des intentions hostiles a un culte dont les sectateurs, loin de former une faction redoutable, avaient donné des preuves récentes de soumission et de Gdélité. Mais la masse de la nation ne suivait point l'exemple du gouvernement; l'esprit d'intolérance dominait encore dans tous les rangs, et, « non-seulement le clergé, mais les parlemcns, les cours souveraines, les universités, les corps municipaux, les communautés des marchands et artisans se livroienl en toute occasion contre les huguenots à leur pieuse animosité. Dès qu'on pouvoit, en quelque cas particulier, enfreindre l'édit de Nantes , abattre un temple, restreindre un exercice, dter un emploi à un prolestant, on croyoit remporter une victoire sur l'hérésie. On imputoit hautement a la malédiction du ciel sur eux toute espèce de malheur pu-