‹ Histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), jusqu'à la fin de la guerre d'AmériqueChapitre 16 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Danemarck , Suéde, Pologne et Russie (1648 — 1700).

A Page de cinq ans , Christine avait succédé sur le trône de à Gustave-Adolphe, son père , tué en 1632 à la bataille de Lutzen. Cette princesse avait reçu une éducation soignée. Non-seulement instruite , mais savante , elle parlait huit langues, lisait Tacite et Thucydide dans l'original, s'entourait d'érudits dont elle partageait les travaux. L'inutilité de ses efforts pour inspirer le goût des arts de la paix a une nation toute guerrière , le désir de se livrer sans distraction à ses penchans studieux, l'amour d'une vie indépendante et libre des assujetlissemens du trône, un mépris philosophique ou un dégoût prématuré des grandeurs , et peut-être encore plus, une certaine ambition de se singulariser et d'étonner le

monde (1), lui fonl exécuter, à vingt-sept ans, la résolution qu'elle avait déjà souvent annoncée , d'abdiquer la couronne pour achever ses jours dans une condition privée. En 1654, elle cède sa place à Charles-Gustave, comte palalin de Deux- Ponts, son cousin-germain, que déjà, depuis plusieurs années, elle a fait reconnaître comme son héritier présomptif par les étals du royaume. Alors elle quitte la Suède et se rend à Bruxelles, où elle abjure secrètement le luthéranisme, à Inspruck , où elle fait publiquement profession de la religion catholique , à Rome, où elle reçoit du pape Alexandre VII la confirmation et le surnom d Alessandra, à Paris, où elle excite l'admiration par son esprit et l'étendue de ses connaissances et la surprise par la bizarrerie de son costume et de ses manières , à Fontainebleau où , pour des griefs que l'histoire n'a pu bien éclaircir, elle fait mettre à mort son écuyer Monaldeschi. Dans la suite, elle regrette le sceptre qu'elle a quitté et souhaite en vain de le reprendre. Non moins vainement elle aspire à celui de Pologne. Enfin, retirée à Rome, elle y achève sa vie dans la culture des lettres et des arts, mais voulant toujours prendre part aux grands événemens de son temps et paraître conserver une influence politique.

Sortie triomphante de la guerre de trente ans , mais par des efforts prodigieux qui excédaient les ressources ordinaires de sa population et de ses finances , la Suède avait besoin pour se réparer d'une longue paix et d'une bonne administration. Mais le nouveau roi, Charles X, élevé dans les armées et n'estimant que la gloire militaire , respire la guerre et les combats. Le roi de Pologne lui fournit l'occasion de faire éclater cette ardeur belliqueuse.

En 1 643 , le faible Jean-Casimir, qui avait été jésuite et cardinal avant d'être roi, avait succédé sur le trône de Pologne à son frère Uladislas Vil. Depuis son avènement , l'introduction insensée du liberum veto, qui , par l'opposition d'un seul nonce, annulait les délibérations des diètes, avait mis le comble à l'anarchie habituelle de la république polonaise, « Sicinski, nonce d'Upita en Lithuanie, fut le premier qui

(1) Voyez , clans les Mémoires de madame de Motteville ( année i6î>6 ) , des détails curieux sur cette princesse extraordinaire.

« rompit, en 1652, la dièlc par l'interposition de son vtto. « L'exemple de ce nonce , improuvé d'abord , trouva des imi- « tateurs ; et cet usage bizarre, qui attribuait à un seul ce « qui était le droit de la majorité , passa bientôt en loi et en « maxime. d'état. » (Koch, Tableau des révolutions.) Aux dissensions intestines se joignait la guerre étrangère. Les cosaques du Borysthène , qui servaient aux Polonais de milice * frontière contre les Tatars et les Turcs, se plaignant de la violation de leurs privilèges, s'étaient révoltés sur la fin du règne précédent (1647), et, de concert avec les Tatars de Crimée, avaient envahi la Pologne. Après plusieurs années d'une guerre furieuse, leur lietman Chmelnizki, vivement pressé par les Polonais , se met sous la protection du czar Alexis Michailowilz (1654). Des garnisons russes sont reçues dans Kiovie et dans toutes les villes de l'Ukraine qui sont au pouvoir des cosaques. En même temps le czar attaque les Polonais, leur enlève Smolensko et tous les territoires qui leur ont été cédés par les traités de Diwilina et de Wiasma, et, poursuivant ses avantages, porte la guerre au centre de la Lithuanie , où il s'empare de plusieurs places.

Dans ces circonstances, où la Pologne offre une proie facile à l'ambition de Charles X , Jean-Casimir a l'imprudence de le provoquer par d'impuissantes protestations contre son avènement au trône de Suède, qu'il revendique pour lui-même, comme descendant des rois de ce pays. ( Voyez ci-dessus, \\c période, chap. îx, section h. ) Aussitôt, sans attendre l'expiration de la trêve de Stumsdorf, conclue pour vingt-six ans (en 1636) entre la Suède et la Pologne, Charles envahit ce royaume (1655) avec trente mille hommes. Jean-Casimir, surpris de cette agression subite, que favoriseut une partie des Polonais , s'enfuit en Silésie , après avoir mis son royaume sous la protection de la Sainte- Vierge, et dans l'espace de quelques mois les Suédois ont pris possession de ses états abandonnés. L'année suivante, l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume > vassal de la Pologne pour la Prusse ducale, contracte envers Charles X les mêmes obligations féodales, à condition que ses états seront augmentés des palatinats de Posnanie, de Kalisch et de Siradie.

Cependant Jean-Casimir, revenu de son premier étonnement, et rappelé par la plus grande partie de ses sujets prêts à

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s'armer pour sa cause, rentre en Pologne, conclut un accommodement ayec les cosaques, obtient des secours des Tatars, et vient camper près de Varsovie à la tête de quarante mille hommes. Après une bataille qui se renouvelle trois jours de suite sous les murs de cette ville (28, 29 et 30 juillet 1656) , complètement défait par le roi de Suède et l'électeur, on le croit désormais perdu sans ressources . Mais les succès de ses ennemis éveillent l'attention et la jalousie des puissances voi- « sioes. Les malheurs de Jean-Casimir lui donnent des alliés. Le czar conclut une trêve avec les Polonais , attaque les Suédois dans la Livoliie, l'Ingrie et la Carélie. L'empereur Léopold et le roi de Danemarck suivent son exemple; et l'électeur de Brandebourg lui-même, ayant obtenu de Jean- Casimir, par le traité de Welau (1657), la souveraineté de son duché de Prusse, accède à la ligue formée pour la conservation de la Pologne et le maintien de l'équilibre du Nord. Le vaillant Etienne Czarniecki , que les historiens polonais appellent le Duguesclin de leur nation, arme en faveur de Jean-Casimir la noblesse polonaise. En peu de temps, la Suède est dépouillée de presque toutes ses conquêtes.

Dans ces conjonctures, Charles-Gustave tourne ses principales forces contre le Danemarck, et entreprend de se dédommager sur ce royaume de la perte de la Pologne. Âu mois de janvier 1658, après s'être rendu maître du Holstein , du Sleswick et du Jutland , il passe le Petit-Belt sur la glace avec son armée et son artillerie, envahit rapidement les îles de Fionie, de Langclande et de Lalande, pénètre dans celle de Zélande, vis-à-vis de Vordingbourg , et menace la capitale, où rien n'est préparé pou? soutenir un siège. Frédéric III veut s'y défendre; mais les Danois , effrayés et désunis , secondent mal ses dispositions généreuses , et il est obligé de subir les dures conditions que lui impose le vainqueur par le traité de Roschild (26 février). Charles-Gustave obtient par ce traité la Scanie, la Hallande et la Blékingie, les provinces norwégiennes de Bahus, de Jœmtelande et de Drontheim, l'île deBornholm, Bremerfœrde dans le pays de Brème, et diverses terres dans l'île de Rugen. A peine Charles-Gustave a-t-il signé cette paix qui enlève au roi de Danemarck la moitié de ses états , qu'il se repent de lui avoir laissé l'autre. 11 lui suscite incessamment de nouvelles chicanes pour l'exécution du traité, et bientôt il

il. 41

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le rompt sous d'injustes prétextes, et va mettre le siège devant Copenhague (août 1658). Il se proposait de raser cette grande ville, et d'y laisser seulement un fort pour garder le port et la flotte. La conquête de tout le royaume devait suivre celle de la capitale. « Après cela, il aurait transporté les privilèges de « cette ville à Malmoè* ou à Landscrone, en Scanie, et aurait * résidé dans cette province, faisant état, après cette conquête, 44 d'être le mailre absolu de la Baltique, d'avoir une flotte de 4< cent vaisseaux de guerre , quatre-vingt mille hommes de u pied, et quarante mille chevaux. » ( Mém. de Terlon, ) Frédéric, vivement attaqué dans Copenhague, ne se défend pas avec moins de vigueur. Il se concilie les cœurs par des grâces accordées à tous les ordres de citoyens ; il les anime par l'exemple de son courage; et les Danois, naguère subjugués presque sans combat, effacent la honte de celte soumission par une résistance héroïque. En même temps , les Hollandais, à qui il importe, pour la liberté de leur commerce du Nord, qu'une seule puissance ne domine pas dans la Baltique , arment en faveur dit Danemarck. Après un combat vif et sanglant (29 octobre 1658), leur flotte disperse celle des Suédois, et introduit des secours dans Copenhague. Charles s'obstine à vouloir réduire cette ville. Dans la nuit du 11 février 1659, il ordonne un assaut général, qui échoue sur tous les points, et lui coûte l'élite de son armée. D'autres revers qui se succèdeut rapidement, la perle de Bornholm et du pays de Drontheim reconquis par les Norwégiens , l'invasion du Sleswick et du Jutland par une armée d'impériaux , de Brandebourgeois et de Polonais, qui chasse les Suédois de ces provinces, les poursuit jusqu'en Fionie , et s'empare de cette île après les avoir mis en déroute près de Nybourg (novembre 1659), ne font qu'irriter l'indomptable monarque au lieu d'abattre son orgueil. Ni les mauvais succès de ses armes , ni le nombre de ses ennemis , ni les instances de la Hollande, de la France et de l'Angleterre, qui forment à La Haye une triple alliance pour le maintien de l'équilibre du Nord , et s'offrent pour médiatrices entre les deux rois , ne peuvent fléchir l'opiniâtreté de Charles-Gustave. La mort seule en triomphe. Le 23 février 1660, miné par les chagrins de l'ambition trompée, il expire à l'âge de trente-huit ans , et sa fin prématurée rend le repos au nord de l'Europe ou, dans la courte durée de son règne, il a sou-

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levé tant d'orages. Charles XI, son fils, n'avait que cinq ans. Le conseil de régence se hâte d'entamer des négociations avec tons les ennemis de la Suède; et , soutenu parles puissances médiatrices qui ne veulent pas laisser rompre l'équilibre des forces , il obtient une paix plus avantageuse qu'il ne semblait devoir l'espérer, dans l'état fâcheux oii Charles X avait laissé son royaume. Parle traité de Copenhague (27 mai 1660) , le Danemarck recouvre seulement la ville et province de Drontheim, l'île de Bornholm et la possession de la douane du Sund, à condition de payer annuellement 35,000 écus a la Suède , qui conserve d'ailleurs les provinces de Scanie, de Blékingie, de Hallande et de Bahus. Trois semaines auparavant (3 mai), la paix avec la Pologne, l'empereur et l'électeur de Brandebourg avait été signée à Oltva. Elle portait que le roi Jean- Casimir renonçait à toutes ses prétentions à la couronne de Suède, à laquelle la république de Pologne cédait définitivement les provinces de Livonie et d'Estonie; que rélecteur de Brandebourg était confirmé dans la souveraineté de la Prusse ducale; qu'il rendrait aux Suédois les conquêtes qu'il avait faites sur eux en Poméranie, et qu'eux-mêmes restitueraient à la Pologne les places qu'ils occupaient encore dans la Prusse polonaise. La paix entre la Suède et la Russie ne fut conclue qu'en 1661 , à Kardis en Estonie. Le czar rendit les places de Livonie dont il était encore en possession.

La guerre que terminaient tous ces traités fut suivie d'une révolution mémorable dans ie gouvernement du Danemarck. Depuis long-temps tout le pouvoir était entre les mains des sénateurs et des principaux membres de la noblesse. La prérogative du roi se bornait à la présidence du sénat et au commandement des troupes. L'autorité que les nobles avaient usurpée excitait la jalousie et la haine des autres ordres. Ces dispositions hostiles contre l'aristocratie éclatèrent dans les états-généraux, qui, après une interruption de cent vingt-quatre ans , furent convoqués a Copenhague au mois de septembre 1660 par Frédéric III, pour aviser aux moyens de pourvoir aux besoins urgens du royaume épuisé par une guerre ruineuse. Les deux ordres de la bourgeoisie et du clergé signalent le pouvoir excessif des nobles comme la cause principale des maux et des désordres de l'état. Dans cette conjoncture, au lieu de répondre a ses adversaires par une conduite généreuse

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et patriotique, la noblesse fortifie leurs accusations par son ardeur à soutenir ses privilèges pécuniaires. Un impôt général sur les consommations ayant été proposé , elle allègue d'abord ses immunités pour s'y soustraire , et n'y consent enfin que sous des restrictions qui équivalent à peu près à une exemption totale. Les autres ordres, choqués de son obstination, demandent que les fiefs royaux dont elle jouit sous de modiques redevances soient affermés aux plus ollVans. Elle s'indigne de cette proposition , qui lui semble attenter à ses droits de propriété. Quelques sénateurs s'emportent même contre le clergé et la bourgeoisie à des propos injurieux. A la téte de ces deux ordres se trouvaient Suane > évoque de Zélande , et Namsen, bourgmestre de Copenhague. Ces deux hommes, d'un caractère modéré, mais ferme, n'espérant aucune coucession , aucun sacrifice, d'une aristocratie égoïste et oppressive, entreprennent de briser le joug qu'elle impose à la nation. Toutefois , il n'entre point dans leur pensée de dépouiller les nobles de leurs privilèges légitimes , mais de ceux qu'ils ont usurpés et dont ils abusent; de précipiter le peuple dans l'anarchie démocratique pour le soustraire à la tyrannie- des grands, mais de le placer sous la protection du trône : relever l'autorité royale abaissée et môme presque anéantie par l'aristocratie , lui rendre cette force sans laquelle elle ne peut être bienfaisante , et tenir un heureux équilibre entre les diflërens ordres de citoyens, tel est le but qu'ils se proposent. En conséquence, ayant fait goûter secrètement au roi et approuver publiquement par la bourgeoisie et le clergé un projet de déclaration pour abolir les formes électives et l'usage des capitulations , et proclamer la couronne héréditaire dans la descendance masculine et féminine de Frédéric III, ils présentent cet acte au sénat au nom des deux ordres qui, sans s'inquiéter du refus des sénateurs, vont solennellement le porter au roi, le 10 octobre 1600. Trois jours après les nobles eux-mêmes, sentant leur impuissance à lutter seuls contre le vœu général de la nation , accèdent aux résolutions des deux ordres inférieurs, elle 13 octobre, Tofire de l'hérédité est faite au roi par les trois ordres réunis. On annullc la capitulation qu'il a signée en montant sur le trône ; on lui défère une sorte de dictature pour régler, selon son bon plaisir, la nouvelle charte constitutionnelle du royaume; on lui prête un nouveau serment

d'hommage et de fidélité, en le dispensant lui-même de tout serment. Enfin, le 10 janvier 1661, les trois ordres lui remettent, chacun séparément, un acte qui déclare de nouveau la couronne héréditaire pour toute la descendance , soit masculine, soit féminine, de Frédéric III, et accorde à ce prince une autorité illimitée , avec le droit de régler la succession et la régence. En vertu de ces pouvoirs, Frédéric se hâte avant tout de pourvoir à la sûreté du royaume par la création d'une armée régulière de 24,000 hommes à l'entretien de laquelle tous les ordres doivent contribuer également. Il établit une capitation générale , et règle plus équitablement les droits sur les consommations, qui avaient été la cause occasionnelle de cette grande révolution. Il retire les fiefs royaux à la noblesse , et les met en régie à des conditions plus avantageuses. Enfin , après d'utiles changemens dans les formes de l'administration , il publie, en 1665, la loi appelée Royale , et regardée comme loi constitutionnelle du Danemarck. Le roi y est déclaré souverain héréditaire et absolu des Royaumes- Unis de Danemarck et de Norwège. Il est au-dessus de toutes les lois humaines; il ne reconnaît d'autre juge ou supérieur que Dieu seul ; il réunit seul dans sa personne tous les droits éminens et royaux de la souveraineté, quelque nom qu'ils puissent avoir, et il les exerce en vertu de sa propre autorité. Mais il est obligé de respecter la loi Royale, qui doit demeurer ferme et irrévocable comme loi fondamentale, et il ne peut toucher ni à la religion de l'état qui est celle de la confession d'Augsbourg, adoptée en 1530, ni ordonner aucun partage du royaume, qui est déclaré indivisible, ni changer l'ordre de succession tel qu'il est établi par la présente loi. Cette succession est linéale , et réglée selon toute la rigueur du droit de primogénilure et de représentation. La majorité est fixée à l'âge de treize ans accomplis, et pour rétablissement delà tutelle et de la régence pendant une minorité, on suivra les dispositions testamentaires du dernier roi, etc.

Tandis que, sous Frédéric III, la monarchie danoise prend une force qu'elle n'avait jamais eue précédemment, celle de Pologne, sous Jean-Casimir, s'affaiblit chaque jour davantage. Après la pacification d'Oliva, elle tourne de nouveau ses forces contre les Russes; mais des troubles intérieurs et la bigoterie de Casimir qui fait la guerre aux Sociniens et les chasse

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dn royaume, tandis que les étrangers l'accablent, nuisent ao succès de ses armes, et après une guerre malheureuse, elle cède au czar, par la trêve d'Andrtissow (1667), Sinolensko, Nowgorod-Severskoi, Tschernigow, Kiovîe, et tout le pays des cosaques au-delà du Rorysthène. Les dissensions dômes* tiques, toujours croissantes, mettent le comble à la détresse du royaume. Enfin, dégoûté du trône, Casimir abdique en 1668, après avoir prédit aux Polonais qu'ils seraient un jour la proie de leurs voisins, et se retire en Frauce, ou il meurt peu d'années après (en 1672) abbé de Saint-Martin de Nevers. Son abdication livre la Pologne aux agitations d'un interrègne de sept mois, qui se termine par l'élection inattendue de Michel Coributh Viesmowieckiy seigneur pauvre et sans réputation, dont tout le mérite est de descendre des Jagellons, et qui luimême, sentant son impuissance, n'accepte qu'à regret la couronne (1669). Sous son règne, l'anarchie ne connaît plus de frein , et quatre diètes sont rompues en moins de quatre années. Les cosaques, soutenus par les Tatars et par les Turcs, renouvellent la guerre, et la ville de Kaminiek, seul boulevard de la Pologne contre la Turquie , tombe au pouvoir des Ottomans (1672). Aussitôt Michel, consterné, signe avec les Turcs le traité honteux de Bucsacs par lequel il leur cède Raminiek et la Podolie, s'engage à leur payer un tribut annuel de vingt-deux mille ducats , et abandonne aux cosaques l'Ukraine en deçà du Boryslhène. Le sénat désapprouve cette paix humiliante et onéreuse, et continue la guerre malgré le roi. Jean Sobieski, grand-maréchal de la couronne, remporte sur les Turcs une victoire brillante près de Choczim (nov. 1673), le lendemain de la mort du roi Michel; et, après un nouvel interrègne, les Polonais élèvent au trône leur général victorieux. Par la victoire de Leinberg, Jean Sobieski justifie leurs espérances. Les Turcs consentent à traiter de la paix, et la convention de Zurawnow ( oct. 1676) affranchit la Pologne du tribut promis par Michel Wiesiûowiecki, et lui rend une partie de l'Ukraine , eu laissant toutefois Kaminiek et des districts considérables de l'Ukraine et de la Podolie au pouvoir des Ottomans. En 1683, Sobieski, sollicité par l'empereur dont les Turcs envahissent les provinces , s'unit contre eux à la maison d'Autriche par le traité de Varsovie, délivre la ville de Vienne qu'assiège le grand-visir K ai a-Mustapha, se signale

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par de nombreux et rapides exploits (1683-1 684). Mais la faiblesse de ses moyens, la désunion et l'insouciance des Polo* nais qui secondent mal son ardeur généreuse, arrêtent le cours de ses succès. Forcé même de recourir à la protection des Russes contre les Turcs et les Tatars, H achète l'alliance du czar (1) en lui cédant, par le traité de Moscou (6 mai

(1) Alexis Micftailowitz était mort en 1676. « Ce prinœ, père de « Pierre-le-Grand , prépara le règne de son fds. Les Russe» lui durent Téta- « blissement de la poste aux lettres , celui de beaucoup de manufactures , de « brasseries et de verreries, la découverte de plusieurs mines de fer, et de « grands encouragemens donnés à l'agriculture et à l'éducation des bestiaux. « Mallieureusement, ignorant les véritables principes de 1 art de l'adminis- « tration, il accorda à quelques-uns de ses sujets des monopoles qui gênaient « l'industrie naissante, et se réserva à lui-même certaines branches de com- « merce qui aurait mieux prospéré entre les mains des particuliers.... H « protégea toutes les religions, et accorda à tous les liabitans de son vaste « empire le libre exercice de leur culte.... Il fit imprimer un code de lois, v et accoutuma une partie de ses troupes à la tactique et à la discipline eu- « ropéennes.

« Il eut deux fils d'une première épouse, Féodor et Iwan ; et sa seconde «fèmme, Natalie Narischkin , lui donna un fils nommé Pierre. Féodor « ma relia sur les traces de son père, auquel il succéda en 1676. II s'appli- « qua surtout à perfectionner la discipline de ses troupes ; mais les préju- « gés de la noblesse rendirent cette entreprise très-difficile. Les nobles des « anciennes familles ne voulaient pas servir sous des officiers moins nobles « qu'eux ; ils refusaient même l'obéissance aux gouverneurs des villes et « des provinces , lorsque ceux-ci leur étaient inférieurs en naissance , et ils « fondaient leurs prétentions sur les prérogatives attachées aux rangs hé- « réditaires de la noblesse. Pour mettre fin à ces discussions sans cesse re- « naissantes, Féodor se fit apporter les registres publics qui servaient à « constater les prérogatives des nobles, ainsi que les titres qui se trouvaient « entre les mains des particuliers, ordonna qu'on les jetât au feu, et abolit « ainsi toutes les distinctions de rang entre les familles nobles. » ( Extrait de Muller. ) Il mourut sans en fans en 1682, ayant désigné pour son successeur Pierre , son plus jeune frère, âgé seulement de dix ans, à l'exclusion de l'aîné, Iwan, prince d'un esprit très-borné et d'une santé faible. Mais la princesse Sophie, leur sœur aînée, secondée par les Strélitz, souleva le peuple et fit proclamer à la fois ses deux frères ; elle-même prit d'abord le titre de régente, et dans la suite celui d'autocratrice et de souveraine de toutes les Russies. Ce fut sous l'administration de cette princesse que se conclut (1686) la paix de Moscou, par laquelle la Russie et la Pologne s'unissaient contre la Porte. La guerre dans laquelle la Russie s'engagea avec les Turcs, à la suite de ce traité, ne se termina qu'à la lin du sièck ; les T un»

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1686), Smolensko, Belaia, Dorogobusch , Tschernigow, Starodub, No wgorod-Severskoi , tout le pays appelé la petite Russie, et même la ville de Kiovie en deçà du Borysthène. 1a guerre contre les Turcs se prolonge avec des succès divers jusqu'à la fin du siècle; et la paix de Carlotcitz, conclue en 1699 avec la Porte, par le roi Auguste II, successeur de Jean Sobieski (mort en 1696, et dont Louis XIV essaya vainement de faire passer la couronne au prince de Conti), restitue à la Pologne la ville de Rajniniek et la partie de la Podolie et de l'Ukraine que les Turcs avaient acquises par le traité de Zurawnow.

Le Danemarck et la Suède n'avaient pris aucune part à cette lutte de la Pologne et de la Russie contre les Turcs. En Danemarck, Frédéric III (1), mort en 1670, avait eu pour successeur son fils , Christian V. La vigueur nouvelle que le Danemarck avait acquise par le changement de sa constitution se manifesta dans la guerre que Christian entreprit en 1675 contre les Suédois qui, en qualité d'alliés de Louis XIV, avaient envahi les états de l'électeur de Brandebourg , Frédéric-Guillaume, tandis que ce prince était en Alsace à la tèle des impériaux. Les Danois furent plusieurs fois vainqueurs sur terre et sur mer. Cependant, avec l'appui de la France, les Suédois obtinrent, par les traités de Nimègue et de Lunden (1679), la restitution de tout ce qu'ils avaient perdu pendant la guerre.

Immédiatement après cette pacification , il arriva dans le gouvernement de Suède une révolution à peu près semblable à celle qui avait changé, en 1660, la constitution du Danemarck. « L'abus que faisait la noblesse de ses privilèges,

cédèrent à la Russie la ville d'Azow (1700), dont la possession leur ouvrit la navigation de la mer Noire.

En 4689, Pierre s'étant saisi du gouvernement, avait relégué la princesse Sophie dans un monastère ; et depuis Tan 1 696, époque de la mort de son frère, il portait seul le titre de czar. (Voyez ï Histoire générale du XV III" siècle, chap. vm. )

(1) Ce prince était infatué des chimères de l'alchimie. 11 s'était laissé séduire par un Italien, nommé Boni , qui se vantait d'être le favori de l'arclmnge Michel , dont il avait appris de merveilleux secrets. Frédéric dépensa plusieurs millions à la recherclie de la pierre philosopha le.

«l'excès de l'autorité que s'arrogeait le sénat, et les différons « moyens dont s'étaient servi les seigneurs pour s'emparer « peu à peu de tous les domaines de la couronne, avaient « excité la jalousie des autres ordres de l'état. On prétend que u le baron Jean Gyllenstierna en prit occasion de suggérer au « roi Charles XI l'idée de profiter de la disposition des esprits « pour augmenter le pouvoir royal et pour abaisser celui du « sénat et de la noblesse. Guidé par ses conseils, le roi con- « voqua, en 4680, les états du royaume à Stockholm.... Une u accusation fut portée à la diète contre les ministres qui « avaient géré les affaires pendant la minorité du roi.... On « leur attribua les malheurs et les perles de l'état, et on les a en rendit responsables. Le sénat fut aussi inculpé; on lui « reprocha des abus d'autorité, et Ton proposa à l'examen des « états la question, si l'autorité que le sénat prétendait avoir « était conforme aux lois du royaume. Les états déclarèrent, « le 10 décembre 1680, que le roi n'était tenu à d'autre forme « de gouvernement qu'à celle que lui prescrivaient les cons- « titutions du royaume; que le sénat ne présentait ni un cin- « quième ordre, ni un pouvoir intermédiaire entre le roi et « les états; qu'il ne devait former que le simple conseil du roi, « et n'avoir qu'une voix consultative.

« Un collège de réunion fut établi dans cette même diète , « à l'effet de rechercher tous les domaines donnés , vendus , « hypothéqués , ou échangés par les précédens rois , soit en « Suède, soit en Livonie, avec offre, de la part de la cou- « ronne , de rembourser aux propriétaires les sommes qu'ils « en avaient originairement payées. Cette opération aug- « menta considérablement les revenus du roi; mais une foule « de propriétaires en furent complètement ruinés. Une diète « subséquente, celle de 1683, renchérit encore sur celle de « 1680. Elle statua que s'il avait été enjoint au roi de gouver- « ner le royaume suivant les lois, cela ne lui ôtait pas le pouu voir de changer ces mêmes lois. Enfin, la diète de 1693 dé- « clara que le roi était maître absolu , et seul dépositaire du « pouvoir suprême, sans être responsable de ses actions à qui « que ce soit sur la terre, et qu'il avait la faculté de gouverner « le royaume selon son bon plaisir. » (Koch, Tableau des ré- « volutions de l'Europe, période Vil.)

Ainsi investi du pouvoir absolu, Charles XI se montra di-

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gne de la confiance des états par les soins qu'il prît de l'administration intérieure; il donna à l'armée nationale l'organisation qu'elle a conservée depuis, établit le cadastre pour régler l'impôt territorial, et fit régner dans tous ses états une bonne police. Les manufactures et le commerce lui durent de grands développemens. 11 mit l'ordre dans les finances et fonda la banque de Stockholm. La marine attira aussi son attention. Il créa le port de Carlscrona, perfectionna les lois maritimes, et fit creuser les premiers canaux. Enfin, il encouragea les lettres et les arts, dota d'un revenu fixe l'université de Lunden en Scanie, et y appela le savant Puffendorf. Le collegium medicum, le bureau de géodésie, l'académie des antiquités, datent du même règne. Les deux Rudbeck se distinguèrent dans la botanique et dans les sciences naturelles; Stjernhielm'se fit un nom par ses poésies ; Ornhjelm, Hadorph et Veralius s'appliquèrent avec succès à l'archéologie. Deux peintres illustres t Lembke et Klocker, embellirent de leurs chefs-d'œuvre les palais élevés par Nicodème Tessin.

Charles XI mourut en 4697, au moment oii l'Europe le prenait pour médiateur dans les négociations qui amenèrent la paix de Ryswick. Il laissa à son fils Charles XII un royaume florissant , de belles armées de terre et de mer, et un trésor considérable. Mais par l'abus qu'il .fit de la puissance souveraine, ce prince qui pouvait devenir l'émule du grand Gustave et qui ne fut en effet qu'un aventurier fameux, plongea la Suède dans un abîme de maux, et la fit descendre du haut rang qu'elle occupait depuis Gustave-Adolphe dans le système politique de l'Europe.

Deux ans après Charles XI, mourut le roi de Danemarck Christian V. Après avoir fait la guerre avec gloire, ce prince s'était livré aux soins du gouvernement intérieur. Il renouvela le cadastre en Danemarck, et introduisit dans ce pays l'uniformité des poids et des mesures. En 1688, il donna un code civil à laNorwège; il publia pour le Danemarck, en 1698, un code qui porta son nom et qui est encore en vigueur. Il encouragea le commerce intérieur et extérieur, créa une compagnie des Indes, et lui céda l'île de Saint-Thomas qu'il avait acquise des Anglais. Il embellit Copenhague, mais s'occupa peu de faire « fleurir les lettres et les sciences. Il aimait le faste et chercha à donner un grand éclat à son trône. 11 créa de nouvelles charges

à la cour, célébra des tournois, rétablit l'ordre de l'Eléphant, qui avait existé autrefois, et institua celui dcDanebrog. De son règne date rétablissement en Danemarck d'une noblesge titrée. En 1670, il créa des comtes et des barons par le conseil de son principal ministre, ce Pierre Schumaker, si fameux par son élévation et par sa chute , et que lui-même il anoblit sous le nom de comte de Griffenfeld. Ces titres auxquels furent attachées de grandes prérogatives, n'existaient pas encore en Danemarck.

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