‹ Histoire générale des temps modernes, depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), jusqu'à la fin de la guerre d'AmériqueChapitre 4 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

JACQUES I«r, CHARLES 1er (1603-1 649).

SECTION PREMIÈRE

Règne de Jacques l«r (1 605—1 625).

Jacques VI, roi d'Ecosse, succéda sans contradiction à Elisabeth, sous le nom de Jacques Ier. Pour reconnaître le» marques d'affection que lui donnaient ses nouveaux sujets , il débuta par une profusion extraordinaire de titres et de grâces. Dans l'espace de six semaines, il créa plus de deux cents chevaliers. C'était avilir, en les prodiguant, des distinctions honorables, et toute la nation murmura de ces faveurs prématurées, distribuées d'ailleurs avec peu de discernement, et que les Anglais partageaient à regret avec les courtisans écossais , qui semblaient n'être venus dans le pays que pour le dévorer (Mém. de 31istriss Hiilchinson) , et dont plusieurs, Oers de leur élévation, augmentaient par leur insolence l'envie qu'ils excitaient naturellement en qualité d'ennemis et d'étrangers. Cependant Jacques eut assez de prudence pour laisser aux anciens conseillers d'Elisabeth les principaux offices et la conduite des affaires les plus importantes.

Timide et paciûque par caractère, il refusa d'entrer dans les vastes projets de Henri IV contre la maison d'Autriche. Ce prince lui lit proposer par Sully (1 ) une ligue entre

(1) Henri IV était sûr de l'appui d'Elisabeth. Aussi rcgretta-t-il vivement la perte de cette princesse , dont le successeur lui paraissait moins capable de comprendre ses desseins , et moins propre à les seconder.

« Mon amy, écrivoit-il a Sully, j'ai eu advis de la mort de ma bonne « sœur la reine d'Angleterre , qui maymoit si cordialement, et à laquelle « j'avois tant d'obligation. Or, comme ses vertus étoient grandes et admi-

l'Angleterre, la France, la république de Venise, les Provinces-Unies et les couronnes du Nord, pour abattre cette maison puissante, qui sous Philippe II avait menacé la liberté de l'Europe , et qui paraissait encore redoutable sous le faible Philippe III. Jacques consentit seulement à un traité d'alliance défensive entre la France et l'Angleterre en faveur de la Hollande; traité qui n'empêcha point le roi d'Angleterre de conclure la paix avec l'Espagne Tannée suivante. Cependant, en 1609, il contribua à la conclusion de la trêve de douze ans entre les Espagnols et les Provincesloies.

Les puritains , réprimés par des lois sévères sous Elisabeth, avaient espéré , sinon une protection spéciale , au moins un traitement plus doux de la part d'un prince nourri dans leur religion. Mais choqué de leurs maximes et de leurs manières républicaines, et fortement attaché a sa prérogative, il favorisait le culte anglican, comme le plus conforme à ses opinions sur la souveraineté et aux intérêts du trône. Néanmoins, le désir de faire briller ses connaissances théologiques le détermina à permettre les conférences d'Hamptoncourt entre les principaux docteurs des deux religions. Après de longues et inutiles controverses, en présence du roi et de ses ministres, les deux partis se séparèrent diversement satisfaits du monarque, qui, dans le cours de la discussion , avait souvent répété cette maxime chère aux anglicans et odieuse aux presbytériens : point d'évêques , point de roi. Dans la suite (1618), Jacques déclara ouvertement sa préférence, et tenta d'établir en Ecosse les céréuionies du culte anglican.

Ce n'était point sans raison que ce prince soutenait les épiscopaux , zélés pour la prérogative royale. L'esprit de liberté, amorti par le gouvernement absolu des Tudors, commençait à se ranimer dans la nation. Le parlement de 1G04

« rables , aussy est inestimable la perte que moy et tous les bons François « y avons faite ; car elle estoit ennemie irréconciliable de nos irréconci- « liables ennemis.... Cette perte irréparable me comble d'un emiuy et dé- « plaisir extrême , n osant me promettre de trouver autant de générosité, • de cordiale affection envers moy, et de ferme résolution à diminuer nos « ennemis communs , en son successeur »

s'éleva avec force contre les droits de garde-noble et de purveyance, et contre les monopoles qui concentraient presque tout le commerce du royaume dans Londres, et le commerce de Londres entre les mains d'environ deux cents habitans. Ces remontrances furent alors sans effet.

Les communes attaquaient justement des abus notoires; mais en même temps elles forçaient en quelque sorte les rois à les maintenir, en refusant de suppléer par des taxes légales assez considérables aux revenus de la couronne désormais insuffisans. Jacques avait besoin d'un subside; il ne put l'obtenir de l'économie ou de la mauvaise volonté des communes. Elles s'opposèrent aussi avec plus d'indépendance que de discernement à la réunion des deux royaumes que le roi sollicitait avec instance, que la saine politique leur conseillait, et dont elles rejetèrent le projet par une jalousie nationale mal entendue.

La conduite de Jacques n'avait point rempli les espérances des puritains ; elle trompa également l'espoir des catholiques. Ceux-ci, après s'être flattés que le (ils de Marie Stuart tempérerait k leur égard la sévérité des lois , s'indignaient de le voir déployer contre eux les mêmes rigueurs qu'Elisabeth. La persécution leur inspira, dit-on, le projet de vengeance le plus terrible qui jamais ait été conçu : il s'agissait de faire sauter en l'air, par l'effet de la poudre, le roi, la famille royale et tout le parlement (1605). Les préparatifs étaient faits sous la salle de Westminster, où le parlement tenait ses séances; ils furent découverts presque au moment marqué pour l'explosion. Les conjurés surpris essayèrent de se défendre, quoique en petit nombre, et vendirent chèrement leur vie. La plupart furent massacrés, entre autres Picrcy et Catesby, les deux chefs du complot. Quelques-uns furent pris et livrés au supplice, et avec eux le père Garnet, provincial des jésuites, accusé d'avoir pris part à la conjuration, et condamné sur des probabilités plutôt que sur des preuves certaines.

L'année suivante (1606), le parlement, comme pour récompenser le roi de la haine que lui portaient les catholiques, lui accorda un subside considérable. Mais tout en se prêtant à des mesures agréables k la couronne , il porta des regards vigilans et curieux sur plusieurs parties de l'adminis-

tration. En 1610, il poussa encore plus loin cet esprit ^investigation, et tenta de nouveaux efforts contre la prérogative royale. Il demanda l'abolition des droits de garde-noble et èepurveyance, et se plaignit de la manière dont procédait la cour de haute-commission , et de l'usage des proclamations royales, qui depuis Henri VIII avaient force de loi. Depuis que la nation s'enrichissait par le commerce, les revenus de la couronne , n'ayant point augmenté à proportion du prix des denrées, se trouvaient réellement au-dessous des besoins du gouvernement. Malgré celte considération , l'assemblée , pour tenir le roi dans sa dépendance, ne lui accorda qu'un léger subside, et d'un autre côté , elle passa un bill pour la suppression des droits de tannage et depondage, en vertu desquels le roi devait percevoir le sou pour livre sur l'entrée et û sortie des marchandises. Ce bill fut rejeté par la chambre haute. Jacques voyait avec indignation qu'on osât fixer des bornes à son autorité qu'il croyait illimitée , et dont il proclamait sans cesse les droits imprescriptibles avec une forfan- ' terie pédantesque ( 1 ) ; il cassa le parlement , mais sans détruire ce système de résistance que les communes avaient embrassé.

Dès le neuvième siècle, les Hollandais avaient commencé à envoyer des vaisseaux en Ecosse pour y acheter des harengs. Au quatorzième siècle, ils trouvèrent plus avantageux d'en

(1) « Jacques \" apportait sur le trône un caractère qui fut particulier à ses successeurs. Zélé sectateur de la religion protestante , de cette religion dont le premier principe est de ne.reconnaitre aucune autorité que celle de la raison , il affectait cependant la souveraineté par droit divin , souveraineté pleine , entière , sans limites sur les sujets , comme celle de Dieu sur la nature. Henri YHI , il est vrai , en établissant le schisme dans son royaume, avait attaché à la constitution de l'église anglicane le dogme de l'obéissance passive. Mais les grands et le clergé d'Angleterre obéissaient passivement à sa tyrannie, parce que la révolution religieuse et la spoliation des établissemens catholiques se consommaient tyra uniquement à leur profit. » (M. Masure, Révolution de 1688.) Jacques lw, qui n'avait plus cette dépouille à donner aux anglicans en écliange de leur indépendance, et que l'insuffisance de son revenu mettait à la discrétion des parlcmens , de jour en jour moins dociles aux prétentions de la prérogative , ne pouvait affecter avec le même succès les mêmes maximes de monarque absolu. Elles étaient frappées d'impuissauce , par la contradiction établie depuis la réforme entre les dogmes religieux de la nation et la royauté de droit divin.

faire eux-mêmes la pêche ; et les accroissemcns en furent si rapides , les profits si multipliés , qu'on la regarda bientôt comme la première source des richesses de la Hollande. Jacques , n'étant encore que roi d'Ecosse , avait vu avec jalousie qu'une branche aussi précieuse d'industrie et de commerce fût enlevée à ses sujets sur leurs propres côtes, et avait obligé les Hollandais de ne s'en approcher qu'à la distance de plus de huit milles. Parvenu au trône d'Angleterre, il interdit aux étrangers la pêche de ses trois royaumes , et établit à Londres et à Edimbourg des commissaires chargés de ne la leur permettre que moyennant une certaine rétribution. Les Hollandais, ayant à ménager l'Angleterre tant qu'ils étaient en guerre avec l'Espagne, dissimulèrent leur chagrin, et parurent se soumettre à ces réglemens. Mais, après la conclusion de la trêve de douze ans, ils se mirent en mesure de résister, et, donnant des escortes imposantes à leurs bâtimens pêcheurs pour les garantir d'insultes, ils refusèrent le payement de la taxe sur les harengs. Bientôt ils eurent trois mille bâtimens et cinquante mille hommes employés a la pêche sur les côtes mêmes de la Grande-Bretagne. Le roi, au lieu de déployer la force pour faire respecter ses ordonnances, ferma les yeux sur cet attentat à la souveraineté maritime qu'il affectait, et crut moins important de mettre un frein à l'audace des pêcheurs hollandais, que d'exiger des états-généraux le châtiment d'un docteur hérétique. En 1611 , le pacifique Jacques Pr déclara la guerre à un théologien de Hollande, avec une fureur qui, peu s'en faut, rappelle le zèle barbare de Henri VIII. Vorstius, disciple d'Arminius, différait d'opinion avec le roi d'Angleterre sur la prédestination et la grâce. Jacques persécuta ce docteur, comme s'il eût tramé quelque complot contre l'Angleterre : il le fit bannir par les états-généraux, en leur insinuant que jamais hérétique n'avait été plus digne du feu.

Jacques se lit plus d'honneur par les soins qu'il donna au gouvernement de Y Irlande. Elisabeth avait consommé l'assujétissement de cette île à la domination anglaise; mais il restait, un point encore plus difficile : c'était de civiliser les Irlandais, de les accoutumer au frein des lois, de leur inspirer le goût du travail et de l'industrie, de rendre leur soumission à la fois durable et utile. Jacques commença ce grand ouvrage

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en 1612, et suivit son plan avec sagesse et fermeté. Elisabeth avait déjà établi des colonies protestantes dans le Munster ; Jacques en établit dans l'Ulster, en ayant soin de diviser cette province entre des Anglais, des Ecossais et quelques indigènes , de manière à ce qu'aucune portion ne passât trois mille acres et ne pût donner trop de pouvoir au possesseur. Ces colonies avaient pour objet de repeupler le pays et, en même temps , d'assurer la prépondérance au parti protestant par le droit d'élection et de députation accordé a ces nouveaux habitans dans une proportion qui devait lui donner la majorité au parlement. On régla les droits des propriétaires et les prestations de leurs paysans. Le pouvoir judiciaire des chefs fut transféré à des tribunaux institués par le roi. La justice criminelle fut conflée à des envoyés royaux parcourant les provinces à des époques fixes pour punir les délits qui avaient été commis. Avec la juridiction criminelle des seigneurs cessa l'usage, qui s'était maintenu jusqu'alors en Irlande, de racheter les plus grands forfaits par une amende ou éric. La loi de succession des Irlandais, par laquelle la fortune d'un défunt passait, non a ses descendans directs, mais a toute sa parenté, loi qui étouffait toute industrie et s'opposait aux progrès de l'agriculture, fut remplacée par un ordre d'hérédité mieux réglé. « Jacques enfin projetait de donner aux Irlandais catholiques les mêmes droits dont jouissaient leurs co-religionnaires en Angleterre, et il est probable qu'en suivant ce principe on serait parvenu à établir une parfaite harmonie entre les adhérens des deux religions et il prévenir les événemens sanglans qui depuis deux siècles ont souillé le sol de l'Irlande; mais, d'un côté, le fanatisme des colons presbytériens venus d'Ecosse et surtout de leurs ministres aux yeux desquels le culte catholique était une abomination et une idolâtrie que tout gouvernement devait extirper, de l'autre, les liaisons secrètes que les catholiques d'Irlande ne cessèrent d'entretenir avec l'Espagne et avec la cour de Rome , mirent obstacle aux intentions charitables de Jacques Ier. » (Schœll, Histoire des Etats européens.)

Depuis la dissolution du parlement , le roi , pour subvenir à ses besoins, eut recours à divers expédions. La chambre étoilée imposa des amendes excessives. On vendit des monopoles; on vendit même des titres de noblesse. Les dignités

de baron, de vicomte, de comte, eurent leur tarif, qui fut de dix, de quinze, de vingt mille livres sterling pour l'Angleterre ; on les mit à plus bas prix en Ecosse et en Irlande. Toutes ces ressources étant insuffisantes , le roi se vit réduit à convoquer le parlement, après quatre ans d'interruption. La nouvelle assemblée, animée du même esprit que la précédente , reprocha au roi d'avoir levé des subsides arbitrairement , et lui refusa ceux qu'il demandait. Elle fut dissoute le 7 juin 1614, et le roi fit même emprisonner quelques députés : abus [imprudent de la prérogative , propre seulement à irriter les communes , et à les rendre plus intraitables.

Rien ne nuisait plus au roi que sa faiblesse pour ses favoris; il les choisissait sans discernement, les comblait d'honneurs et de richesses, et ignorait ou tolérait l'usage condamnable qu'ils faisaient souvent de leur pouvoir. Un jeune Ecossais, Robert Carry avait plu au monarque par ses manières agréables (1609), et s'était rapidement élevé à la plus haute fortune. Jacques l'avait créé successivement vicomte de Rochester et comte de Sommerset, et lui avait laissé prendre un suprême ascendant sur son esprit et la direction absolue du gouvernement. Mais la conduite de Sommerset, toute pleine de scandales et de forfaits, le rendit odieux à la nation. Le roi lui-même ouvrit les yeux sur l'infamie de son favori. En 1615, Sommerset fut mis en jugement pour crime d'empoisonnement. Condamné à mort, il obtint du roi différens sursis, et enfin sa grâce entière en 1623.

Jacques avait besoin d'être gouverné. Un jeune gentilhomme, George Villiers, prit aussitôt la place de Sommerset dans l'affection et dans la confiance du monarque. Créé duc de Ruckingham, gouverneur des cinq ports, grand- écuyer, grand-maître de Westminster, connétable de Windsor, et grand-amiral d'Angleterre, il se vit en, peu d'années chargé d'honneurs excessifs et prématurés qui auraient pu faire la récompense de plusieurs hommes illustres. Son goût insensé pour la magnificence, les largesses prodiguées à sa famille indigente , achevèrent d'épuiser les faibles ressources de Jacques. Pour se procurer un peu d'argent, il rendit aux Hollandais, sans consulter le parlement, les places de Flessingue, de Bricl et de Ramekens, qu'ils avaient engagées à Elisabeth comme caution des sommes fournies à la république;

il se contenta du tiers environ de ces sommes, qui montaient à plus de 800,000 livres sterling. Cet argent fut prouiptement dissipé , de même que celui qui provint de de l'aliénation des domaines royaux. La couronne possédait dans toutes les provinces des terres immenses , qui étaient toutes affermées à temps, et moyennant une redevance assez modique. Par là, plusieurs des plus puissantes familles du royaume et un grand nombre de bourgs relevaient de la couronne. Le renouvellement des baux lui rapportait des sommes considérables. De plus, la crainte qu'elle ne refusât de prolonger les fermages , lorsqu'ils étaient expirés , retenait tous les tenanciers dans sa dépendance. Le roi, ayant obtenu de son parlement l'autorisation de disposer de ces terres par voie de donation irrévocable , les vendit sous la simple réserve de l'ancienne redevance annuelle , sacrifiant ainsi à sa pénurie une branche importante de son autorité.

Jacques, qui se déconsidérait par son administration vicieuse, dont la honte ressortait encore par la gloire et la prospérité du règne précédent, ne se fit pas moins de tort dans l'opinion par la manière dont il traita un des plus grands hommes du siècle, Walter Raleigh. Impliqué dans une conspiration au commencement de ce règne, Raleigh était détenu depuis douze ans à la Tour de Londres. Le peuple qui le haïssait alors comme un des principaux auteurs de la mort du comte d'Essex, avait d'abord applaudi à sa disgrâce ; mais la haine s'étant affaiblie avec le temps , on avait enfin regretté que les talens de cet homme supérieur fussent perdus pour la patrie. Fondant sur ces favorables dispositions l'espoir de sa liberté, il publia, pour les fortifier, que, sous le règne d'Elisabeth, il avait découvert dans la Guiane une mine d'or dont on pourrait tirer des richesses immenses. Quoique peu confiant en ses promesses, le roi le fit sortir de la Tour, et lui donna même le commandement des aventuriers qui s'offrirent a l'accompagner en Amérique, mais sans vouloir annuler l'ancienne sentence portée contre lui. Il partit avec douze vaisseaux (ICI G). Arrivé sur les côtes de la Guiane, il attaqua la ville espagnole de Saint-Thomas, malgré la paix conclue entre l'Espagne et l'Angleterre. La ville fut prise; on n'y trouva que peu de butin. Enfin, Raleigh différant sous de frivoles prétextes de faire connaître

à ses compagnons la mine qu'il leur avait promise , ils se saisirent de sa personne, et le ramenèrent en Europe. L'invasion d'une Tille espagnole, en pleine paix, était une violation du droit des gens qui devait perdre Raleigh dans un temps où le duc de Buckingham s'efforçait de complaire à la cour de Madrid, et négociait le mariage du prince de Galles avec une infante d'Espagne. Jacques désavoua l'entreprise du chevalier sur la ville de Saint-Thomas, et ordonna l'exécution de l'ancienne sentence qui le condamnait à la peine capitale. Raleigh mourut avec fermeté (1618). Prêt à recevoir le coup fatal , il toucha du doigt la hache de l'exécuteur : Ce remède est aigu, dit-il, mais certain pour tous les maux.

Tandis que Jacques négociait avec la cour d'Espagne, et lui sacrifiait lâchement un des plus braves et des plus illustres enfans de l'Angleterre, il apprit que l'électeur palatin, son gendre, après avoir perdu la couronne de Bohême, qui lui avait été déférée par les états de ce royaume révoltés contre la maison d'Autriche, avait été dépouillé même de ses do* maines héréditaires par l'empereur Ferdinand II. Sa cause étant celle du protestantisme, les Anglais témoignaient le plus grand désir de le venger. Mais Jacques condamnait par principe de politique la révolte des Bohémiens et l'entreprise de son gendre. D'un autre coté, il ne pouvait rompre avec l'empereur sans se déclarer ennemi du roi d'Espagne qu'il s'attachait alors à ménager. Enfin, quand il eût désiré la guerre , il en eût été détourné par le désordre de ses finances. Se flattant de rétablir l' électeur par la voie des négociations, il était résolu a ne point prendre les armes; mais pour ne point choquer les esprits et pour avoir de l'argent , il dissimula ses dispositions secrètes. Ayant inutilement demandé des bienveillances , il convoqua enûn un parlement , quelque hasardeuse que fût cette démarche , après l'abrogation consécutive des deux dernières assemblées.

Cependant on lui accorda deux subsides , en lui faisant toutefois des remontrances respectueuses sur quelques abus et monopoles qu'il eut la sagesse de corriger (1621). Mais dans la session suivante (1622), les communes ne montrèrent point la même modération : elles affectèrent de descendre à l'examen des moindres griefs, et de soumettre les droits de la couronne au contrôle le plus minutieux; enfin, elles osèrent

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s'immiscer dans les affaires d'état , en représentant au roi la nécessité de prendre les armes pour l'électeur palatin et la religion protestante. Jacques , vivement offensé de ces prétentions politiques du parlement , cassa l'assemblée , envoya en prison quelques-uns de ses membres , et défendit, par des proclamations réitérées, de discourir sur les affaires publiques.

Mais chaque jour accroissait la détresse de l'électeur palatin et des protestans d'Allemagne. Jacques négociait vainement en leur faveur. Le mariage de son fils Charles avec l'infante d'Espagne lui paraissait le moyen le plus sûr d'obtenir le rétablissement de son gendre ; il sollicita vivement cette alliance; l'extravagance de Buckingham fit perdre le fruit de six années de négociations. Ce téméraire favori, cherchant à captiver l'héritier présomptif de la couronne, engagea le prince de Galles à faire, déguisé et sans suite, le voyage d'Espagne pour voir la princesse qui lui était destinée , et lui offrit de l'accompagner en qualité d'écuyer, comme au temps des chevaliers errans. Jacques approuva ce projet, plus digne d'un héros de roman que d'un ministre et d'un homme d'état. Ce voyage produisit un effet tout contraire à celui qu'on en attendait : au lieu de hâter la conclusion du mariage , il le rompit (1623). Ce dénouement fut le résultat de la conduite de Buckingham , que son arrogance, ses saillies indiscrètes et la licence de ses mœurs rendirent odieux aux Espagnols.

Autant cette rupture fut agréable au peuple anglais, généralement opposé a une alliance oii il croyait voir la ruine du protestantisme, autant elle parut injurieuse au roi. Buckingham, qui portait le poids de certaines offenses qu'il s'était attirées par ses folies à la cour de Madrid, abusa des ressentimens de son maître pour satisfaire les siens propres, en le ponssant contre l'Espagne à une guerre d'ailleurs désirée de la nation. Jacques convoqua le parlement pour lui demander les subsides nécessaires (1624). En cette circonstance, il se départit de ses principes sur l'autorité, jusqu'à consentir qne la perception et l'administration de l'impôt fussent confiées à des commissaires du parlement. Malgré cette concession inouïe, il n'obtint qu'une partie de ce qu'il demandait, et il eut la douleur de voir les communes porter encore de nouvelles atteintes à la prérogative royale. Elles abolirent par un bill tous les monopoles, comme contraires aux lois et

aux libertés du royaume. Dans le même acte, on supposait que « chaque citoyen pouvait disposer librement de ses « actions , pourvu qu'elles ne fissent tort a personne , et que « ni les prérogatives royales, ni l'autorité d'aucun magis- « trat, qu'en un mot les lois seules pouvaient mettre obstacle « à l'exercice de ce droit illimité : » principe dont les Anglais ont fait la base de la liberté civile.

Jacques, engagé dans une guerre contre l'Espagne, rechercha l'alliance de la France , où l'influence du génie de Richelieu commençait à se faire sentir. Il obtint pour le prince de Galles la main de la princesse Henriette, sœur de Louis XIII, avec huit cent mille écus de dot. Ce mariage ne fut célébré que l'année suivante.

Peu de temps après avoir envoyé un secours de six mille hommes au prince Maurice de Nassau qui s'était déclaré en faveur de l'électeur, Jacques mourut en Irlande (1625), comme s'il eût été de sa destinée de cesser de vivre dès qu'il cesserait de vivre en paix.

Le caractère de ce prince offre des contrastes singuliers. Jacques était profondément instruit, sans avoir une seule connaissance réellement utile à un souverain. Sa conversation était semée de maximes de la plus haute sagesse politique, et sa conduite porta souvent l'empreinte de l'ineptie. Trèsjaloux de son autorité , il se laissait cependant conduire par les plus indignes favoris. 11 voulait soutenir sa dignité, et il se dégradait sans cesse par une familiarité triviale qu'il prenait pour de l'affabilité. Il était bel esprit, mais pédant; savant, mais aimant la conversation des ignorans et des gens sans éducation; laborieux dans les bagatelles, et frivole quand il fallait se livrer à un travail sérieux. Il avait des sentimens religieux, mais ses discours étaient souvent profanes. Naturellement juste et bienfaisant, il ne savait pas réprimer les injustices de ses favoris ou des dépositaires de son pouvoir. Econome, avare même quand il s'agissait de donner de l'argent de sa propre main , il le prodiguait inconsidérément quand Jl n'était question que de signer un mandat sur son trésorier. En un mot, les bonnes qualités qu'il faisait paraître dans certaines occasions particulières , étaient sujettes à trop de vicissitudes pour régler sa conduite générale; et ne se montrant que par intervalle, elles ne lui donnaient

droit qu'à celte sorte de réputation mixte que lui a faite le duc de Sully, en le définissant le plus sage fou de toute la chrétienté.

Henri IV, tournant en ridicule son pédantisme et sa timidité, l'appelait capitaine ès-arts et clerc aux armes. 11 était plus fait, dit un de nos historiens (Raynal), pour être à la tête d'une université que d'un empire.

SECTION IL

Depuis l'avènement de Charles I" jusqu'au commencement de la guerro civile entre le roi et le parlement (1625 — 1642).

Jacques Ier laissait à son fils un trône en apparence bien affermi, mais réellement menacé de tous cotés par des ennemis secrets. La nation était travaillée d'un dangereux esprit de controverse au sujet de la politique et de la religion. « Chacun , à cette époque , devint théologien ou homme « d'état » ( Mém. de Warwick ) ; et la multitude se mit à examiner quelle devait être la souveraineté du prince et la constitution de l'Eglise. Une grande crise se préparait; il fallait, pour la prévenir ou pour la combattre, une rare habileté ou une énergie extraordinaire. Charles Ier ne manquait peut-être ni de Tune ni de l'autre. Toutefois, s'il ne paraît point avoir possédé ces qualités à un degré suffisant , il faut se souvenir qu'il se trouva toujours dans des conjonctures forcées, où les règles communes étaient en défaut, et oii il était impossible à la raison d'indiquer le meilleur parti. Sa conduite peut avoir été quelquefois équivoque, et sa marche incertaine; mais, avant de le condamner, il faut tenir compte de la difficulté des circonstances , et reconnaître qu'il était mal aisé d'éviter des chutes dans des voies si glissantes , et le naufrage parmi tant d'écueils.

Ses ennemis mêmes ont été forcés de rendre témoignage a ses vertus. « Le roi Charles, dit un auteur puritain (Mis- « tri&s Hulchinson) , avait de la tempérance; il était chaste « et sérieux. Sous lui, les fous, les histrions et les liber- « tins de toute sorte qui peuplaient la cour du roi Jacques * furent promplement décriés et expulsés; les nobles et les

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« courtisans, qui ne voulurent pas renoncer complètement à « leurs habitudes corrompues, furent au moins forcés, par ! « respect pour le roi, à se retirer dans l'ombre. Les savans, « les hommes distingués dans la pratique de tous les arts, « furent mis en honneur, etc. » En des conjonctures ordinaires, il eût paru né pour rendre la royauté respectable par cette vertu noble et sévère; mais les passions politiques et ! religieuses qui fermentaient de son temps lui demandaient J a vaut tout satisfaction, et il ne sut pas ou ne put pas éviter » de choquer ces passions ardentes et implacables. i

Son mariage fut une des premières causes qui les irrita. Henriette de France, qu'il épousa peu après son avènement, ' était digne de son rang par les charmes de sa personne et par les qualités de son esprit et de son cœur ; mais c'était » dans la nation un préjugé accrédité que les reines d'origine française

n'avaient jamais porté bonheur à l'Angleterre. De plus , Henriette était catholique. Quand bien même elle eût mis la plus grande réserve dans l'exercice de sa religion, elle eût été suspecte à ses sujets protestans. A plus forte raison dut-elle exciter leurs défiances, lorsqu'ils la virent témoigner le plus grand zèle pour l'église romaine, et, conformément aux instructions qu'elle avait reçues de sa mère Marie de Médicis , protéger ses co-religionnaires opprimés et intercéder pour eux, nouvelle Esther, auprès d'un autre Assuérus. Non contente d'exercer cette médiation en leur faveur , elle prétendit se mêler des affaires publiques , et l'empire que l'extrême tendresse du roi pour elle lui laissa prendre le fit soupçonner injustement d'un attachement secret pour le papisme, et fournit aux ennemis de ce prince les moyens d'empoisonner ses démarches les plus innocentes.

Le roi commit une autre faute non moins fâcheuse, en accordant toute sa confiance au duc de Buckingham, qui, après avoir été le favori du père, était devenu celui du fils, « semblable, dit Thomas May (Hist. du long parlement), à une vapeur malfaisante qui , après avoir obscurci le soleil couchant, voile encore le soleil levant. » Charles, subjugué par ce ministre, eut le tort de le défendre contre les attaques des parlemens, et s'exposa à partager la haine qu'il inspirait.

Charles continua la guerre commencée contre l'Espagne.

DÈS ÎEMPS MODERNES.

D convoqua le parlement pour avoir des subsides (4625). L'assemblée, après s'être répandue en plaintes amères contre le favori, n'accorda qu'un faible secours. Elle fut dissoute. Mais il fallut bientôt la rappeler (1626). Les mêmes hommes mii s'étaient signalés par leur opposition dans le premier parlement, reparurent dans celui-ci d'autant plus disposes a la résistance , que le peuple avait comme sanctionné leur conduite politique par cette preuve réitérée de sa confiance. Avant de songer aux besoins de l'état, les communes, et ce fut leur marche constante pendant ce règne , examinèrent ce qu'elles appelaient les griefs de la nation. Au lieu de s occuper du bill des subsides, elles rédigèrent des remontrances contre la tolérance accordée aux catholiques, et contre la levée des droits de tonnage et de pondage.

Charles cassa ce second parlement, et se trouva de nouveau réduit aux expédiens arbitraires. Il composa avec les catholiques pour les dispenses des lois pénales ; il exigea des bienveillances, des prêts forcés; mesures illégales, dont les exemples, autrefois communs , n'empêchaient pas qu'on ne les jugeât incompatibles avec la constitution du royaume.

Dans un moment où les ressources de la couronne étaient insuffisantes et précaires, la témérité de Buckingham augmenta encore les embarras du roi. Ambassadeur en France pour le mariage de Charles , le favori avait montré la même indiscrétion et la même insolence qu'en Espagne, et Richelieu lui avait interdit a l'avenir l'entrée du royaume. Buckingham, abusant de son ascendant sur l'esprit de son maître, le rendit l'instrument de sa vengeance personnelle, et le détermina à déclarer la guerre à la France, sous prétexte de secourir les Rochelois assiégés. Cette condescendance de Charles aux volontés de Buckingham, dans des conjonctures aussi difficiles , serait une faiblesse inexplicable, si ce prmcc n'avait pu croire qu'une guerre entreprise en faveur des protestans aurait l'agrément de la nation anglaise, et rendrait les parlemens plus traitables. Mais, pour que ces raisonnemens fussent solides, il fallait obtenir des succès, et surtout éloigner Buckingham. Au contraire, le favori commanda l'expédition, et il n'éprouva que des disgrâces.

Charles convoqua un troisième parlement (1628). Rassemblée dressa un bill pour accorder au roi cinq subsides.

Mais avant que ce bill eut reçu force de loi, les communes résolurent d'élever des barrières que la prérogative ne put désormais franchir, et qui missent la nation à l'abri de toute mesure illégale de la part de la couronne. Elles rédigèrent un acte sous le nom de pétition de droits , par lequel elles demandaient que personne ne pût être contraint à aucun don , prêt ou bienveillance, etc., sans le consentement des deux chambres; que le peuple fut épargné pour le logement des matelots et des gens de guerre ; qu'aucun citoyen ne pût être emprisonné arbitrairement ; que la loi martiale fût abolie , et que nul ne fût jugé que d'après les formes et les lois du royaume. Les principes exprimés dans cette pétition étaient justes en général. Mais enlever au monarque le pouvoir de faire arrêter un citoyen pour quelque raison que ce fût , c'était l'exposer sans défense aux tentatives de la rébellion. La chambre haute proposa de modiGer cet article ; les communes furent inflexibles. Enfin, les lords, s'étant départis de leur résistance, passèrent le bill et le roi le sanctionna. Les communes triomphantes formèrent aussitôt de nouvelles entreprises. Charles prorogea ce dangereux parlement.

Cependant Buckingham préparait à Portsmouth un troisième armement, lorsqu'il tomba sous le poignard d'un officier nommé Felton , fanatique obscur et sans complices , qui croyait servir la patrie et gagner le ciel en assassinant un homme que le parlement avait déclaré ennemi de l'état et qualifié d'entrepreneur de la misère publique.

Après la mort de Buckingham, la flotte anglaise, sous la conduite du comte de Lindsay, se présenta devant La Rochelle ; mais elle ne put forcer la digue que Richelieu avait fait construire dans l'Océan , et les Rochelois se rendirent à discrétion sous les yeux mêmes de l'amiral anglais.

Le mauvais succès de cette entreprise ne pouvait manquer d'affaiblir encore l'autorité de Charles dans le parlement. Celte assemblée s'étant réunie au terme de la prorogation, les communes suivirent avec vigueur leur système d'hostilités contre la couronne. Elles entreprirent de dépouiller le roi du droit de tonnage et de pondage, qui était la portion la plus considérable de ses revenus. Ce droit, dans l'origine, n'était qu'une concession passagère du parlement; mais depuis Henri VII tous les rois en avaient joui sans iu-

terruptioo. Ils avaient levé provisoirement le tonnage et le pondage dès l'instant de leur avènement; et le premier parlement qu'ils avaient tenu le leur avait toujours accordé pour la vie. Charles, qui n'avait cessé de le percevoir depuis le commencement de son règne, quoiqu'il ne l'eût obtenu que pour un an, avouait qu'il ne pouvait justiGer la levée de cette taxe que par l'exemple de ses ancêtres et par la grande raison du salut public; mais il pressait les communes d'autoriser par une loi ce qui jusque-là avait été excusé par l'usage et imposé par la nécessité. Les communes promirent d'abord un bill à ce sujet, le différèrent ensuite, et finirent par déclarer ennemi public quiconque exigerait cette taxe , et traître à la patrie quiconque la payerait. La dissolution, cette mesure extrême et violente dont on avait abusé depuis le commencement de ce règne, et qui en prépara les désastres par l'aigreur qu'elle mit dans les esprits, fut aussitôt prononcée. Enfin, Charles s'abandonnant à sa colère imprudente contre les vipères du parlement, fit jeter en prison quelques-uns des membres les plus séditieux de l'assemblée (1629). Pour ne plus s'exposer à ces orages , il conclut la paix avec la France (1629) et avec l'Espagne (1630), et résolut de régner sans convoquer de parlemens , « bien qu'il eût eu occasion , dit « Ludlow dans ses Mémoires , de tâter le pouls de la nation « et de sentir combien il battait pour la liberté. »

La pétition de droits avait principalement été l'ouvrage de Thomas Wenttcorth. Mais dès qu'il avait vu le parti populaire, non content des concessions que le monarque lui avait faites, dévoiler tout à coup des intentions qui menaçaient la stabilité du trône , cet homme , ami de la liberté , mais ennemi de la licence, avait aussitôt embrassé le parti du roi, qui trouva en lui un fidèle serviteur et un habile minisire après la mort de Buckingham. Wentworth fut nommé lorddéputé ou gouverneur d'Irlande en 1G32, environ trois ans après la dissolution du troisième parlement. 11 administra avec tant de sagesse et de justice, et rendit son gouvernement si cher au peuple, qu'ayant convoqué, en 1634, le parlement et le clergé d'Irlande, il en obtint quatorze subsides (1).

(1) « A son arrivée en Irlande, il mit toutes les affaires clans un Ihjii

Les Anglais n'auraient pas été moins heureux sous le «jugement du roi, s'ils avaient pu l'être sans leurs libertés constitutionnels. « Les trois royaumes laissaient dans la paix et une abondance générale. Chaque jour ils reculaient les bornes de leurs possessions, en fondant de nouvelles colonies e en multipliant d'utiles défrichemens au delà des mers L, Angleterre concentrait dans ses ports le commerce du monde. On jouissait de ces biens sous un roi clément, juste p.eux et sans cesse occupé de la prospérité de ses sujets. »' (Mem. de Clarendon.) Mais ce prince régnait en monarque absolu. Quoique la paix eût diminué ses dépenses, elles surpassaient encore de beaucoup les revenus de ses domaioés , et son économie n'empêchait point qu'il ne fût obligé d'avoir recours aux taxes illégales. Il continua de percevoir le droit oo tonnage et de pondage; il établit même quelques taxes nouvelles entre autres le shipmoney, ou taxe des vaisseaux, créée en lbd4pour l'entretien de la marine négligée pendant le règne de Jacques, et rétablie par Charles I"(2). Tous ces impôts d ail eurs étaient légers, équitablement répartis, et en «é-

usages; mais enfin ils étaient arbitraires : cette idée seule empoisonnait tout le bonheur de la nation (3). Le gouvernement, rencontrant des résistances,

« ordre II composa si bien les tribunaux , que les jugemens étaient prompts

. ™~ r ,IqU0,qU, ftl ^ encli" à détonr,,cr certaines af&ires de leur cours légal pour s en attnbuer la décision. 11 augmenta l'armée, et se montra ans* soigneux d acquitter la solde des troupes que de les mainte- « mr dans une exacte d,sclpli„e. Il donna un grandaccroissementai.com- .T^'n V". U"° ai'S'n«'«ation considérable de revenus pour le

« trésor. Il etabbt plusieurs filatures , principalement de laine et de lin. S'il « ava.t eu le temps de conduire i fin tous ses projets , on en eut certaine- " ,mwî °^enn d cxcellpns résultats. . {Mém. de fTarwick.)

i„tf)|^*rtVerS,CCU'n,pS"li(,633) «I'» l'Anglais Sclden p,d,lia son livre nutu e Mare clausum, en opposition a celui que Grotius avait publié long-temps auparavant ^ous celui de Mare liberum. D'après les principes de heldcn , aux ro.s d AnKlcterrc appartenait la souveraineté des mers qui les environnent. En vertu de cette prétendue souveraineté , Charles I essaya d mterdire aux Hollandais la péchedu hareng sur les côtes d'Angleterre, d Ecosse et d Irlande. Mais les troubles du royaume l'empêchèrent de feiré respecter cette prétention déjà vainement élevée par Jacques I.

( >) « Cliarlcs commit une faute en prorogeant la perception du .</»»- « money pendant plusieurs années , et en ne taisant pas connaitre au par- - Iement( ce qui ent satisfait le peuple ) avec quelle prudenc il en avait

DKS TEMPS MODERNES. 125

était souvent entraîné à des mesures injustes et oppressives, qui déterminèrent un grand nombre d'Anglais à chercher en Amérique une nouvelle patrie. L'émigration en vint au point de paraître alarmante : on crut devoir l'interdire par des proclamations du conseil, et la destinée de Charles voulut que deux fois il fit arrêter dans le port un vaisseau prêt à mettre a la voile , qui allait porter pour jamais en Amérique Cromvell et toute sa famille.

Dans ces circonstances déjà si épineuses , le roi se créa imprudemment de nouvelles difficultés. Un zèle aveugle et de funestes conseils le portèrent à introduire en Ecosse des changemens religieux qui suscitèrent dans ce royaume des troubles violens, dont la réaction eut une influence décisive sur le sort de l'Angleterre. « Il n'y avait alors, dit M. Villemain « (Histoire de Cromwell), qu'une fureur religieuse, un fanait tisroe qui pût mettre le feu aux mécontentemens politi- « ques. Les idées de liberté n'étaient pas assez fortes pour « s'armer seules contre un roi autorisé par une longue pos- « session et par ses vertus personnelles. On se plaignait, on « réclamait; mais les mesures absolues du gouvernement « avaient excité beaucoup de protestations, et pas un seul « combat. Lorsque le puritanisme entra dans la querelle, la « guerre fut allumée. »

A l'exemple de son père, Charles aimait l'épiscopat, et voulait donner aux évêques une autorité qu'il jugeait également avantageuse pour la religion et pour la couronne. Quoique la haine contre l'église épiscopale fût presque aussi forte en Ecosse que la haine contre l'église romaine , Jacques avait entrepris d'établir dans ce pays la hiérarchie et la liturgie anglicanes. La révolution avançait rapidement, quand le voyage extravagant du prince de Galles en Espagne, la

« employé le produit ; quels avantages il en avait retirés ; comment il avait « affermi ses droits contre les prétentions de la France et de la Hollande sur

• les pêcheries anglaises; comment il avait chassé les pirates , pourvu à la « sûreté de ses ports du côté de la Flandre , étendu son commerce avec « l'Espagne et d'autres puissances , réformé la monnaie ; toutes choses qui

• avaient tourné à l'honneur et au profit de la nation. Ces communications « auraient eu probablement beaucoup d'influence sur les cliambres , si elles « eussent été faites avant que le roi n'y fût forcé par la nécessité. » ( Mém. de Warwick. )

rupture et la guerre qui en furent la suite , les querelles parlementaires qui s'y joignirent, vinrent détourner le roi des affaires de la religion. Le presbytérianisme, presque abattu en Ecosse , se releva plus redoutable qu'auparavant. Quelque danger qu'il y eût à se jeter dans une guerre ouverte contre une secte qui devenait de jour en jour plus nombreuse, Charles, égaré par le zèle ardent de Lawd, archevêque de Cantorbéry, reprit les projets de son père.

Tous les historiens dignes de foi , qui ont parlé de l'archevêque de Cantorbéry, Font représenté comme ayant une piété fervente, une vaste érudition, des mœurs austères, un courage inébranlable, enfin une vertu immense, suivant l'expression de Clarendon. Dans les affaires civiles, il se montra ministre intègre et éclairé. « Commissaire de la trésorerie, non- <( seulement il réprima les dilapidations , mais il s'appliqua « à bien connaître les diverses branches du revenu public, « et à rechercher quels moyens en pouvaient rendre la périt ception moins onéreuse aux sujets. D'odieuses gênes, de « graves abus avaient été introduits dans l'administration « des douanes , au profit d'intérêts particuliers ; il accueillit « les réclamations des négocians , employa ses loisirs à s'en- « tretenir avec eux , s'éclaira sur les intérêts généraux du « commerce, et l'affranchit de vexations sans avantage pour « le trésor. » (M. Guizot, Hist. de la révolution d'Angleterre.) Mais, dans les affaires religieuses, à une époque oii il était nécessaire de transiger avec les passions, d'adoucir les esprits, de les conduire par une pente insensible au terme où l'on voulait les amener, Lawd était absolu, fougueux, intolérant. Ennemi déclaré du presbytérianisme, il voulait, à tout prix, réunir les trois royaumes sous le joug uniforme du culte anglican. Pour réussir dans ce projet, si toutefois le succès n'était pas impossible, il fallait prendre garde d'effaroucher les presbytériens par l'appareil des cérémonies que ces fanatiques avaient en horreur. Le primat, au contraire, persuadé qu'on ne saurait environner la religion d'un éclat trop imposant, avait fait diverses innovations qui rendaient le culte plus solennel. Ces changeinens , quelque innocens qu'ils pussent être, choquaient les idées dominantes. Déjà l'on criait de toutes parts à Y idolâtrie; déjà l'on croyait voir la religion catholique reprendre son empire, lorsque Lawd conseilla au

roi d'introduire en Ecosse les canons et la liturgie de l'église anglicane.

Charles étant allé à Edimbourg (1633) pour se faire couronner, chargea une commission d'évêques de préparer une liturgie qui rapprochât l'Eglise d'Ecosse de celle d'Angleterre. La commission n'eut achevé son travail qu'au bout de quatre années. Cette lenteur donna le temps aux chefs des puritains de disposer les esprits à la résistance, et de persuader au peuple ignorant que le dessein du roi était de rétablir le papisme.

Enfin , Tordre est donné de lire les nouvelles prières dans toutes les églises d'Ecosse. Au jour fixé (23 juillet 1637), le doyen d'Edimbourg, en surplis, paraît dans la cathédrale de celte ville pour officier suivant le nouveau formulaire. C'est le pape! c'est l'antechrist ! s'écrie à cette vue une femme du peuple. C'est le pape! c'est l'antechrist! répète la multitude furieuse; qu'on le lapide; et les livres, les bancs, une grêle de pierres volent à la tête du doyen. L'évêque monte en chaire; il est traité de même. Les magistrats accourent et dispersent les séditieux. Le tumulte paraît apaisé; mais il recommence quelques mois après, et prend une forme plus régulière. Bientôt l'insurrection devient générale. Les paysans , soulevés par des agens de rébellion, se rassemblent de toutes parts à Edimbourg. Le presbytérianisme ou la mort! tel est le cri que profèrent soixante mille furieux , fiers de s'entendre comparer par leurs prédicateurs à l'ânesse de Balaam, dont le Seigneur avait délié la langue. Enfin, quatre comités (1) composés de

(1) Après le tumulte d'Edimbourg, des milliers de pétitions furent adressées dans cette ville au conseil de régence contre Tordre de lire le nouveau service. Le conseil voulait temporiser ; mais de nouvelles émeutes le déterminèrent à consentir à la proposition qui fut faite , que , pour le maintien de la paix , les pétitionnaires fussent représentés par une députation qui résiderait en permanence dans la capitale. La grande et la petite noblesse , le clergé presbytérien et les habita ns des bourgs choisirent séparément une table ou bureau de représentons, et Ton prit quatre membres de chaque table pour former un comité de sur-intendance et de gouvernement, avec le pouvoir de recueillir les opinions des autres , et de décider sur toutes les questions en dernier ressort. Les cinq comités de la capitale correspondaient avec d'autres comités dans les provines; leurs ordres étaient reçus avec respect et exécutés avec promptitude; et en peu de

la haute noblesse, des gentilshommes, du clergé presbytérien et des bourgeois, rédigent le fameux covenant (ou alliance), dont les signataires s'engageaient, au nom du Seigneur leur Dieu, a défendre la vraie religion, à s'opposer à toute erreur contraire et à toute corruption; à se réunir pour la défense du roi , de sa personne et de son autorité , pour la garantie de la religion, des libertés et des lois du royaume; clause qui , limitant implicitement l'obéissance des sujets , était faite pour autoriser la révolte, toutes les fois que les mesures prises par le souverain seraient représentées par les comités comme contraires aux lois, aux libertés ou à la religion -de l'Ecosse. Tout le peuple abusé signa cet acte (1638), s'imaginant que c'était le même qui avait été dressé sous Jacques Ier en 1588, et que ce prince avait ratifié. Le roi, hésitant à employer la force, négocia avec les rebelles, et leur fit plusieurs concessions. La liturgie, la cour de haute commission furent abolies. Charles se flattait de conserver du moins l'épiscopat pour prix de tous ses sacrifices ; mais une assemblée ecclésiastique, tenue à Glascow, abrogea l'épiscopat, ainsi que toutes les lois de doctrine et de discipline portées depuis l'avènement de Jacques 1er à la couronne d'Angleterre, et prononça l'excommunication contre tous ceux qui refuseraient de signer le covenant d'Ecosse.

Tant d'audace ne pouvait être soutenu que par les armes. On se prépara ouvertement à la guerre civile; on saisit les revenus de la couronne, ses magasins, ses places fortes. On leva une armée au nom de Jésus covenantaire , et on en confia le commandement a Lesly, que des ressentimens personnels animaient contre la cour de Londres. Charles, ne pouvant se laisser braver plus long-temps, se disposa à réduire les rebelles. Bien que le peuple anglais fût en général très-opposé à celte guerre , « pensant , dit Thomas May, que « de la même épée qui subjuguerait les Ecossais, sa propre

temps les tables possédèrent et exercèrent une autorité souveraine dans la plus grande partie de l'Ecosse. [Lingard.) Au fanatisme écossais se mêlèrent des intrigues politiques. Le cardinal de Richelieu , destructeur de La Rochelle et protecteur des protestans d'Allemagne , avait depuis long-temps envoyé des émissaires en Ecosse pour épier et exciter les troubles ; et , dès que la sédition éclata , il y fit passer des armes.

« liberté serait bientôt anéantie » , cepeudant il semblait se féliciter d'une occasion qui devait raisonnablement obliger le roi à convoquer un parlement et donner lieu par là au redressement des griefs de l'Angleterre. Mais Charles, reculant devant cette nécessité, recourut à d'autres ressources. 11 emprunta de grosses sommes à la haute noblesse , exigea des juges et officiers du gouvernement des prêts proportionnels, et reçut du clergé de tous les rangs de libérales contributions pour cette guerre épiscopale , comme elle fut appelée par beaucoup de gens. Au moyen de cet argent, et à l'aide des nobles de la cour et d'un grand nombre de gentilshommes des comtés qui accoururent avec leurs tenanciers sous la bannière royale, Charles rassembla une année de vingt mille hommes de pied et de six mille cavaliers, que devait seconder une (lotte considérable (1639). Les révoltés n'étaient point en état de lutter contre des forces si puissantes : il ne fallait que frapper un grand coup, et la guerre était terminée. Mais Charles était retcuu par son affection pour les Ecossais, quoique rebelles, et par son aversion pour toute mesure rigoureuse. Il se laissa fléchir par les premiers signes d'une feinte soumission, et conclut à Berwick (17 juin 1639 ) un traité que violèrent les covenantaires, dès qu'il eut congédié son itrmée.

Réduit à reprendre les armes, Charles rappela d'Irlande le sage et fidèle Wentworlh, l'éleva au rang de comte de Straffurd, et en fit son priucipal ministre. Toutes les ressources étant épuisées, il fallut en chercher dans les parlemens : on convoqua ceux d'Irlande et d'Angleterre.

« Aller au parlement d'Irlande, réunir tous les partis « contre les covenantaires, obtenir à l'unanimité quatre « subsides , et une ordonnance qui autorisait le roi à lever « encore par-delà tous ceux que le besoin de ses a flaires nétt cessiterait jusqu'à l'entière réduction des rebelles; aller « du parlement à l'assemblée du clergé , en obtenir six autres « subsides avec la taxe d'un sixième sur tous les biens ecclé- « siastiques; faire ensuite toutes les dispositions nécessaires « pour mettre sur pied huit mille hommes d'jnfanteric et un « corps d'artillerie, et pour assurer leur entretien pendant « dix-huit mois : tout cela fut pour le comte de Straftbrd « l'ouvrage de quatorze jours. » (Vie de Thomas Wentworth, par le marquis de Lally-Tolendal.)

KiO HISTOIRE GÉNÉRALE

Un autre parlement moins docile l'attendait à son retour. Charles, se flattant que l'ancienne jalousie entre l'Angleterre et l'Ecosse servirait sa cause et prévaudrait sur toute autre considération, avait enfin assemblé le parlement d'Angleterre, après onze ans d'interruption. Mais les nouveaux députés, loin de blâmer la révolte de l'Ecosse, qui forçait Charles à les réunir, n'y voyaient qu'une occasion et un exemple. Au lieu de voter les subsides qu'on leur demandait, ils firent une longue énumération des torts et des abus qu'avait dû nécessairement amener l'exercice , même le plus modéré, du pouvoir absolu pendant onze années, et en sollicitèrent la réparation, sans égard aux représentations de la chambre haute, qui les invitait à s'occuper avant tout des besoins de l'état. Charles cassa cette quatrième assemblée , comme il avait dissous les précédentes; mesure imprudente qui suspendait, mais augmentait le péril (1640).

Cependant l'assemblée du clergé qui, convoquée en même temps que le parlement, lui avait survécu, termina ses séances par le vote de six subsides. Ce secours et les dons gratuits que de fidèles serviteurs prodiguent au roi avec un généreux empressement, le mettent en état de lever une seconde armée. Mais , au lieu d'agir avec célérité, il perd un temps précieux. Cependant Lesly passe la Tweed à la tête des covenantaires , surprend les avant-postes anglais, chasse devant lui les restes de l'armée royale saisie d'une terreur panique, et s'empare de Durham et de Newcastle. Straflbrd rallie les royalistes et conseille à Charles de livrer bataille. Mais les Ecossais proposent de négocier, et le roi y consent, malgré l'avis de son ministre. On convient d'une suspension d'armes. Les Ecossais restent provisoirement en possession de leurs conquêtes, et la conclusion du traité définitif est ajournée à Londres.

Charles avait consumé ses ressources précaires. Un cinquième parlement fut convoqué (nov. 1640) : c'est ce fameux et long parlement qui devait renverser le trône, immoler le roi, détruire la constitution du royaume, et périr lui-même victime de son despotisme et de son mépris pour les lois.

Il se peut qu'il y eût dans cette assemblée un grand nombre d'hommes qui ne voulussent que poser des bornes à l'autorité royde, mais le but secret des chefs était de l'anéantir, en

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parlant de la limiter. Le comte de Straffbrd , le grand apostat de la cause du peuple, leur paraissait le principal obstacle à l'accomplissement de leurs projets; ils résolurent de s'en défaire. Pym, le plus audacieux de ces députés conspirateurs, dirigea le complot. Il commença par proposer aux communes de mettre en délibération l'état présent de l'Irlande. On eut bientôt l'explication de cette énigme. De concert avec les chefs puritains des trois royaumes, Pym avait envoyé en Irlande des émissaires chargés de soulever les esprits contre Strafford , et de provoquer contre lui une accusation de la part du parlement d'Irlande. Les factieux agirent avec un art si perûde, et pervertirent si habilement l'opinion publique, que ces mêmes communes irlandaises qui, quelques mois auparavant, avaient accueilli Strafford avec enthousiasme, rédigèrent contre lui une liste de leurs griefs qu'elles firent porter au roi par des commissaires. Ce fut sur cette dénonciation des Irlandais, sur ces griefs ou frivoles ou injustes, que Pym osa fonder contre Strafford une accusation capitale. Ce grand homme était à la tête de l'armée dans le nord de l'Angleterre, lorsque des lettres, parties du sein même des communes, l'avertirent du danger qui le menaçait. On lui conseillait ou de se retirer en pays étranger, ou de se faire un rempart de l'affection des troupes. Il ne voulut d'appui que de son innocence. Il courut se présenter au parlement; c'était se livrer lui-même à ses ennemis. Au moment où il entrait à la chambre des pairs, Pym, suivi d'une députation nombreuse, se présenta pour l'accuser, au nom des communes, de haute trahison et autres crimes, et demander qu'il fut à l'heure même conduit en prison. L'accusateur s'étant retiré, les lords, trop dignes en ce moment du sort que leur réservait Cromwell, décrétèrent, sur une imputation vague et sans preuves, que le comte de Strafford serait mis sous la garde de l'huissier de la chambre, pour y rester jusqu'à ce que les communes eussent produit les charges qu'elles avaient annoncées. Strafford fut immédiatement emprisonné.

Les chefs des communes se hâtèrent dé mettre le sceau à leur victoire par des changemcns précipités dans la constitution. Plusieurs de ces changemens étaient sans doute louables et sages. Le retour triennal des parlemens , l'inamovibilité des juges, la suppression des taxes et des cours

illégales , celle des ordres et des emprisonnemens arbitraires, la comptabilité du trésor de l'état, la responsabilité des dépositaires du pouvoir, étaient des actes conformes au bien public. « Mais donner aux institutions nouvelles un effet rétroactif; punir de n'avoir point observé des lois qui n'existaient pas encore; imaginer une classe de délinquans , sans vouloir définir ce mot, pour en effrayer tous ceux que Ton pouvait craindre, et l'appliquer à tous ceux que l'on voulait perdre; attaquer les magistratures régulières; usurper les fonctions du gouvernement; être tout à la fois législateurs, accusateurs et juges ; exclure arbitrairement les députés dont les opinions n'étaient pas dans' le sens de la révolution; anéantir jusqu'à la liberté des suffrages, et jusqu'à celle des élections, c'était établir une tyrannie mille fois plus odieuse que ce pouvoir absolu, mais mitigé, contre lequel on prétendait s'armer; et c'est ce que Gt, dès son origine, le long parlement. » (Lally- Tolendal, Essai sur la vie de Strafford.) Charles, préoccupé du danger de Strafford , crut désarmer les communes à force de condescendance. Chaque sacriûce lui semblait un gage du salut de son ministre, et, de concessions en concessions, il se laissa enlever tous les moyens de le défendre.

Enûn , après trois mois d'enquêtes irrégulières, de recherches véritablement inquisitoriales (1), les communes produisirent, par l'organe de Pym, un acte d'accusation en vingt-huit chefs contre Strafford. L'accusateur avouait qu'aucun des vingthuit chefs allégués n'était, à lui seul, un crime de haute trahison; mais il soutenait que tous, ramassés ensemble, formaient par accumulation une trahison conslructive , en décelant une intention arrêtée de renverser les lois fondamentales du royaume. Amené devant les pairs , Strafford déploya un si noble caractère , réfuta si victorieusement ses ennemis , érnut si profondément ses juges, que les communes, doutant de la chambre haute, s'érigèrent subitement en tribunal pour prononcer sur une accusation qu'elles avaient dressée elles-mêmes, et porter contre l'accusé le bill à'atiainder (de proscription),

(i) Pym avait imaginé d'aller chercher des preuves de la trahison du comte jusque dans les opinions qu'il avait proférées au conseil , el le parlement avait ordonné que les conseillers du roi fussent interrogés .

qui fut aussitôt communiqué aux lords. Us s'ajournèrent pour voter sur ce bill fatal. Cependant, après de vaines négociations avec les factieux pour sauver son ministre , le roi se préparait à employer la force, et tournait ses yeux du côlé de l'armée. Mais ce malheureux prince était environné de traîtres : son dessein fut révélé aux communes. Aussitôt elles écrivirent à l'armée pour la ranger de leur parti, et passèrent un bill qui ôtait au roi la faculté de dissoudre et même de proroger le parlement sans le consentement des deux chambres. Dans le même temps, les communes se firent adresser une pétition qu'on prétendit signée de vingt mille personnes , et qui sollicitait impérieusement le supplice de ce grand délinquant, le comte de Strafford. Chaque jour on semait des bruits alarmans pour agiter la populace : on ne parlait que de conjurations et d'attentats contre la patrie : tantôt on persuadait à la multitude, imbécille que toute la Tamise était minée; tantôt on annonçait une seconde conspiration des poudres. Les prédicateurs , dans les chaires , demandaient la tête de Strafford , et le peuple , secondant leur furie , poussait des cris de rage contre les lords qui tardaient à le condamner. Ces manceuvres répandirent tant de terreur, que de quatre-vingts pairs qui avaient suivi le procès , il ne s'en trouva au jugement que quarante-cinq , sur lesquels dix-neuf votèrent contre le bill de mort : preuve évidente que l'accusé eût été absous, si les suffrages eussent été libres.

11 ne restait plus qu'à arracher le consentement du roi. Une populace 'frénétique, armée de piques, de torches, de poignards , se rassembla autour du palais , criant justice ! et proclamant qu'elle était résolue à l'obtenir. Le conseil, les magistrats, les évêques, consultés par le roi désespéré, lui conseillaient de céder à la violence , et « de jeter Jonas à la « mer pour apaiser la tempête. » (Ludlow.) La reine , tombant à ses pieds, lui montrait ses enfans, lui demandait s'il voulait les laisser périr avec leur mère. Au milieu de ces cruelles angoisses , Charles reçut une lettre de Strafford , par laquelle ce généreux ministre le priait de l'abandonner à ses ennemis. Enfin, pressé par mille sentimens contraires, mais surtout par la nécessité, le roi, en déclarant que jamais sa main ne signerait le bill fatal, eut la faiblesse, qu'un remords

amer lui reprocha toute sa vie, d'autoriser une commission à signer les bills qui étaient à la sanction. À peine le vœu des communes fut-il rempli, que frémissant de leur propre succès, et d'un bill par lequel la téte d'aucun Anglais n'était plus en sûreté, elles décrétèrent, avec une étrange impudence, une clause additionnelle , portant que jamais ce bill ne pourrait être cité comme exemple, et qu'excepté le comte de Strafford et sa postérité, tout Anglais, accusé désormais de trahison, serait jugé suivant les lois ordinaires, comme si ce bill n'avait jamais été rendu. Straftbrd subit sa sentence, le 12 mai 1641 , avec le calme intrépide de l'innocence , en pardonnant à tous ses ennemis, et en prononçant ces paroles prophétiques : Je n'augure rien de bon d'une ré formation qui fait ainsi son premier pas dans le sang. Après la mort « de cet « illustre comte, qui laissait peu d'hommes capables de l'é- « galer pour les facultés et l'habileté naturelles , pour les « talons acquis par l'étude et r expérience des grandes af- « faires , pour la sagesse , la fidélité et la noblesse de l'es- « prit. » (Mém. de Whitelocke)9 le trône resta sans défense, exposé aux coups des factieux.

L'archevêque de Cantorbéry avait été arrêté avec Strafford, mais une seule victime suffisait alors aux vues du parlement, et Lawd ne fut point accusé : on le laissa languir en prison , et il fut réservé pour un autre temps.

Les actes parlementaires qui avaient précédé le jugement de Wentworth avaient mis presque tout le pouvoir entre les mains des communes. A ces mesures contraires à la constitution, l'assemblée en ajouta une autre, dont le but était d'humilier le roi, et de se ménager contre lui des moyens d'agression. Ce parlement, convoqué pour chasser les Ecossais , les appela du nom de frères , força de rétracter celui de rebelles qu'il leur avait donné , prolongea pendant un an leur séjour en Angleterre, pour avoir en eux une armée à ses ordres contre le souverain, et, lorsqu enlin les prétextes manquèrent pour les retenir, les congédia avec un présent de 300,000 livres sterling, en louant leur entreprise comme tendant à l'honneur et à l'avantage de sa majesté.

Cependant Charles conservait encore quelque ombre d'autorité. Une catastrophe inattendue fournit aux communes l'occasion d'achever sa ruine.

DBS TEMPS MODERNES. 135

A la faveur des troubles de l'Ecosse et de l'Angleterre, les Irlandais crurent avoir enfin trouvé le moment de secouer le joug qui , bien qu'adouci par Jacques Ier et par le comte de Slraflbrd, leur semblait encore insupportable. Poussés par le double motif de la religion et de la liberté , ils formèrent le projet d'exterminer les Anglais établis dans leur île, et en massacrèrent, dit-on, quarante mille (1). A la nouvelle de ce terrible événement , Charles , pénétré d'indignation et de douleur, se hâte de demander au parlement les moyens de châtier les rebelles. Les communes, au lieu de rendre hommage à son zèle sincère pour la vengeance de ses sujets assassinés , font circuler des bruits affreux qui le représentent comme complice des assassins, et cette accusation s'accrédite par son atrocité même. Une circonstance fatale vient donner du poids à la calomnie. Phélim O'Neal, chef des rebelles, a trouvé dans les papiers d'une de ses victimes une patente du roi, scellée du grand sceau; il l'adapte à une commission qu'il suppose émanée du trône, et publie qu'il a pris les armes par ordre du roi et de la reine pour défendre les prérogatives de la couronne. Charles croit se justifier assez en insistant sur la punition des Irlandais. Le parlement lui répond par une véhémente remontrance sur Vital du royaume y ou plutôt par une satire amère et passionnée de tout son gouvernement. A ce manifeste violent, oii les griefs réels sont envenimés de beaucoup d'accusations exagérées ou fausses, Charles oppose une apologie pleine de dignité et de modération. Plus son langage est noble et vrai , plus il irrite les communes. Ayant trop humilié le roi pour oser ne pas lui ravir les derniers restes de sa prérogative, la chambre poursuit le cours de ses usurpations , s'attribue la conduite de la guerre d'Irlande, demande des gardes pour elle-même, et ordonne la suppression d'une garde nouvelle que Charles s'était formée. Le roi, poussé à bout, recourt à des mesures rigoureuses, quand il n'a plus les moyens de les soutenir. Il fait accuser de trahison devant la chambre haute un lord et cinq membres des communes. Il va lui-même a la chambre basse pour

(1) Mistriss Hutchinson et Thomas May, avec leur exagération anti-papiste , aggravent encore ce fait horrible , et portent le nombre des victimes à deux cent mille.

demander et saisir les cinq députés : prévenus de son dessein , ils avaient quitté la salle. Le lendemain , il se rend à l'hôtel-de-ville, dans l'espérance que le magistrat de Londres lui prêtera son appui : son attente est encore trompée. Le ré- , sulfat de ces fausses démarches est d'exaspérer la multitude, de mettre le comble a l'audace du parlement. Charles se retire à Yorck; la reine, menacée d'une accusation, s'enfuit en Hollande (1642). Le roi n'avait plus d'antre parti que la guerre; mais il essaie encore d'échapper a cette funeste nécessité. Il négocie avec le parlement; il ratifie deux nouveaux bills , dont l'un exclut les évêques de la chambre haute, et l'autre défend désormais les enrôlemens forcés. Les communes ne sont point satisfaites ; elles demandent que la nomination des membres du conseil privé et des grands officiers de l'état soit soumise à l'approbation du parlement ; qu'il ait le contrôle sur l'éducation et le mariage des enfans du roi ; que les communes puissent à leur gré réformer le gouvernement de l'Eglise, et désigner les chefs de la milice et les gouverneurs des places fortes. C'était inviter le monarque à descendre du trône. 11 rejette les propositions des factieux : on se passe de son consentement. Le parlement, au mépris de toutes les lois, nomme des gouverneurs pour les provinces, et leur donne le commandement de la milice, des garnisons , des forteresses ? en leur enjoignant d'obéir aux ordres de sa majesté, signifiés par les deux chambres. Charles ne pouvait hésiter plus long-temps ; il appelle aux armes ses sujets fidèles, et déploie son étendard royal à Nottingham (le 25 août 1642). Arboré le soir, après une journée sombre et orageuse, image des années de calamité qui allaient s'ouvrir, il fut renversé dans la nuit même par les fureurs de l'ouragan; ce qui parut d'un sinistre présage pour la cause royale dans la guerre prête à commencer.

SECTION III

Depuis le commencement de la guerre entre le parlement et Charles I'r , jusqu'à la mort de ce prince (16i2 — 1049).

Au signal de la guerre, la plupart des pairs du royaume embrassèrent le parti du roi , et se rendirent auprès de lui.

Les principaux gentilshommes, les partisans de l'épiscopat et lés catholiques se déclarèrent en sa faveur. Mais le parlement avait à sa disposition les forces et la fortune d'un tiersétat riche et puissant, des fermiers, des laboureurs, des négocians , des artisans, eh un mot, de la plus grande partie de la nation. Toutes les ressources du royaume étaient entre les mains des communes (1), tandis que le roi manquait d'argent. Il avait, à la vérité, dans les Hollandais des alliés zélés et actifs ; mais le parlement avait eu l'art de s'emparer de la flotte , et les secours des pays étrangers ne pouvaient arriver que difficilement.

Cependant, avec les contributions volontaires de sa généreuse noblesse, et les présens de l'université d'Oxford, Charles parvint a rassembler quatorze mille hommes. L'armée parlementaire, commandée par le comte d'Essex, était un peu plus nombreuse. Plusieurs membres des deux chambres y avaient pris des grades d'officiers. Cromwell, ayant reru des communes un brevet de capitaine, avait levé dans sa province une compagnie de cavalerie. Bientôt après , quelques actions d'éclat lui valurent le grade de colonel. Avec ce titre , et par sa propre influence , il leva mille cavaliers qu'il accoutuma à une discipline à la fois religieuse et militaire, hommes ayant la crainte de Dieu devant 'les yeux, et

(I) Dès le 10 juin, c'est-à-dire plus de deux mois avant que le roi eût arboré son étendard , le parlement ayant fait un appel à ceux de sou parti pour avoir de Tardent , « Ce fut une chose à peine croyable , dit Clarendon « (ffist. de la Rébellion ), que la quantité de vaisselle qui fut apportée « en dix jours à ses trésoriers ; on manqua d'hommes pour la recevoir et de « place pour la déposer; la foide des gens qui eu apportaient était si grande, « qu'au bout de deux jours plusieurs étaient encore à attendre qu'on les dé- « cliargeât de leurs séditieuses offrandes. »> — « Les efforts des prédicateurs

• eurent tant de succès , que de pauvres femmes apportèrent h urs anneaux

• de mariage et les épingles d'or et d'argeut qui retenaient leurs cheveux.» (Me'm. de fVhitelocke. ) « Ce n'étaient pas seulement les riches habitans « de la cité et les gentilshommes de Londres qu'on voyait apporter leurs « gros sacs et leurs grandes pièces de vaisselle ; mais les plus pauvres , « comme la veuve de l'Evangile , apportaient aussi leur obole. » ( Thomas May, Histoire du long parlement.) Le parti royaliste se moquait de ces dons du peuple , en disant que les troupes du parlement étaient une levée de dés et d'aiguilles ; mais ils n'en prouvaient pas moins la direction et la vivacité de l'esprit public.

138 niSTOIUB GÉNÉRALE

dont il opposa le fanatisme au point d'honneur des nobles qui servaient dans l'armée de Charles. Cromwcll fit de ces soldats des espèces de moines et de missionnaires qui croyaient combattre pour la foi et pour la cause de Dieu. Son régiment des frères rouges" devint un séminaire, d'où sortirent dans la suite presque tous les officiers des troupes parlementaires. Mais, au commencement des hostilités, ces troupes , encore peu aguerries , et composées en grande partie d'artisans, furent, en général, inférieures aux milices plus exercées du roi. n

En 1642, le prince palatin Robert, qui était venu offrir ses v services à Charles son oncle, délit la cavalerie d'Essex à la rencontre de Worcester, et bientôt après au combat d'Edge- j Ilill, dans la Vallée du cheval rouge. r

En 1643, le marquis de Newcastle établit l'autorité royale s dans les provinces du nord, par divers avantages qu'il rem- $ porta sur le lord Fairfax. D'un autre côté, le chevalier s Waller, l'un des meilleurs généraux du parlement, s'empara 5 de plusieurs villes occupées par des garnisons royales. Crora- a weli parcourut les comtés de Cambridge, d'Essex, de Nor*- 5 folck et de Suffolck , et mérita le grade de lieutenant général, , en retenant dans l'obéissance des communes ces contrées qui t allaient leur échapper. Mais les actions les plus remarquables de cette campagne se passèrent dans les provinces de l'occi- ^ dent. Quelques seigneurs royalistes y levèrent une armée, ^ et , dans l'espace de quelques mois , remportèrent quatre vicloires signalées sur les troupes du parlement. Dans le ^ même temps, le roi reçut un renfort de trois mille hommes . , d'infanterie, et de quinze cents" chevaux, que la reine lui amena de Hollande. Se voyant à la tête d'une armée redoutable , il assiégea et prit Bristol , la seconde ville du royaume. Ensuite, au lieu de marcher droit a Londres, comme on le lui conseillait, il investit la ville de Glocester, dont la prise lui parut plus facile, et n'aurait pas été sans utilité (1). Le

(1) « Londres était entièrement dépourvue de fortifications. On l'entoura « alors d'un large retranchement qui , grâce au nombre de bras qui s'y em- « ployèrent , fut terminé en peu de temps. Mais très-probablement ce tra- « vail aurait été inutile et trop tardif pour sauver Londres , si le roi , au « lieu d'assiéger Glocester, eut marclié sur la capitale. » ( Thomas Mny, Histoire du long parlement.)

parlement, pour secourir cette place importante, ordonna des enrôlemens forcés, au moyen desquels il rassembla quatorze mille hommes. Le comte d'Essex, a la téte de cette armée , fit lever le siège de Glocester, et remporta près de Newbury (20 septembre) une victoire long-temps disputée, et qui ne décida rien. Charles ne parut point affaibli, et continua de tenir la campagne.

L'Ecosse, révoltée sans être en guerre, ne dépendait plus ni du roi, ni du parlement de Londres. Une assemblée des états y dominait au milieu de l'anarchie féodale et des factions religieuses. Les communes s'adressèrent à cette assemblée pour obtenir du secours contre le roi, et solliciter une seconde invasion en Angleterre. Les Ecossais demandaient , pour prix de leurs efforts, la réunion des deux Eglises : elle leur fut promise par un covenant, qui liait les intérêts et les croyances des deux peuples, et stipulait, comme principe fondamental de leur union, la destruction de l'épiscopat. A celte condition, l'Ecosse envoya au secours du parlement une armée de vingt mille hommes, dont les frais devaient être supportés par l'Angleterre. Charles, de son côté, conclut une trêve avec les rebelles d'Irlande , et le marquis d'Ormond, gouverneur de ce royaume, lui fit passer plusieurs corps de troupes que la trêve rendait inutiles. Le parlement se hâta de publier que le roi n'avait combattu les Irlandais que pour sauver les ppparences, et qu'il épargnait ce peuple catholique pour l'employer à la ruine des protestans.

Les troupes d'Irlande , ayant débarqué dans le pays de Galles, eurent d'abord des succès rapides; mais le chevalier Fairfax , fils du lord de ce nom, les surprit et les dissipa (15 janvier). Bientôt après il fit sa jonction avec Leven , général des Ecossais, qui venaient de pénétrer en Angleterre. Les deux généraux assiégèrent dans Yorck le marquis de Newcastle, trop faible pour tenir la campagne, et dont les périls furent encore accrus par l'arrivée d'une nouvelle année parlementaire sous la conduite du comte de Manchester. Le prince Robert, vainqueur dans les comtés de Chester et de Lancastre, s'avança au secours d' Yorck avec une armée de vingt mille hommes. A son approche, les trois généraux du parlement levèrent le siège, et allèrent se poster près de

440 niSTOIRE GÉNÉRALE

Marston-Moor , oii ils attcudirent les royalistes. Malgré les avis du marquis de Newcastle, Robert engagea la bataille (2 juillet 1644). Le prince, victorieux à l'aile droite, et croyant l'être sur tous les points, s'abandonna imprudemment à la poursuite de l'ennemi. A son retour, il trouva son aile gauche entièrement battue par Cromwell, qui commandait sous Manchester. Il essaya vainement de la rallier, et fut lui-même entraîné dans la déroute, après avoir perdu son artillerie, ses bagages et près de la moitié de ses troupe». Les exploits de Cromwell à cette bataille, et YimpénétrabU fermeté de ses escadrons, lui acquirent ce jour-là, dans l'armée, le surnom de Cule-de-Fer.

Les suites du combat de Marston-Moor furent le découragement et la désunion du parti vaincu. Le marquis de Newcastle, profitant trop vite des sujets de plaintes que lui avait donnés le prince Robert pour se détacher d'une cause malheureuse, se relira sur le continent. La ville d'Yorck ouvrit ses portes; celle de Newcastle fut prise d'assaut par les Ecossais , et les affaires du roi parurent entièrement ruinées dans le nord. Charles lui-même , redoutant de plus grands malheurs, pressa la reine de quitter de nouveau l'Angleterre. Celle princesse courageuse se sépara à regret des dangers de son époux ; mais, dans l'espérance de lui trouver des alliés et des vengeurs^ elle se rendit en Frauce.

Cependant la fortune balança encore quelque temps avant de se fixer. Le roi, s'étant fortifié d'une partie de la garnison d'Oxford, battit Waller à Copredy Briikje; et, bientôt après , ayant enveloppé l'armée d'Essex dans le comté deCornouailles, il réduisit toute son infanterie à mettre bas les armes. Mais les parlementaires prirent leur revanche à la seconde bataille de Newbury, où Charles fut vaincu par le comte de Manches ter et Cromwell.

Depuis long-temps il s'était formé au sein des communes une secte qui grandissait secrètement sous le voile du presbytérianisme , mais qui tout a coup révéla son existence et ses projets par les démarches et les opinions les plus hardies. Les presbytériens , en détruisant la hiérarchie et la puissance royale , conservaient au moins dans l'Eglise un certain ordre et dans l'état la dignité de roi. Dans le système des indépendant ( tel est le nom sous lequel se firent connaître les nou-

veaux sectaires), l'Eglise devait exister sans prêtres, sans symbole, sans discipline, sans cérémonies; le culte se réduisait à la communication de l'Esprit-Saint, que tout le monde pouvait également obtenir par la prière. L'état devait être organisé d'après des principes semblables : point de roi, point de pairs, nulle distinction de rang, égalité entière et parfaite : tel était, selon les indépendans, le seul régime politique qui convînt à la dignité de l'homme et à sa liberté naturelle. « Cette secte comptait plusieurs enthousiastes de bonne foi , m mais aussi quelques hommes profondément pervers qui em~ « pruntaient le langage et les dehors du fanatisme, et qui, au « milieu de leur délire apparent, conservaient le sang-froid « nécessaire pour diriger à leur gré la frénésie des autres. » Tel élait Olivier Cromwell, le chef des indépendans. « Tout « en lui, dit M. Guizot (Ilist. de la révolution d'Angleterre), h leur avait plu d'abord , les élans désordonnés de son imau ginalion, son empressement à se faire l'égal et le compa- « gnon des plus grossiers amis, ce langage mystique et fami- « lier, ces manières tour à tour triviales et exaltées qui lui « donnaient l'air, tantôt de l'inspiration , tantôt de la fran- « chise , même ce libre et souple génie qui semblait mettre « au service d'une cause sainte toutes les ressources de l'ha- « bile té mondaine. Aussi avait-il cherché et trouvé parmi eux « ses plus utiles agens. »

Ce parti sentait que, pour accomplir ses desseins, il lui fallait s'emparer de l'armée; mais comme elle était commandée par des géuéraux et des officiers presbytériens, et qu'il élait impossible d'obtenir violemment leur destitution, on eut recours a l'artifice pour les écarter. Les indépendans firent ordonner un jeûne solennel pour attirer les grâces du ciel sur la nation et sur l'assemblée. Leurs prédicateurs saisirent cette occasion de déplorer les maux de la guerre , et de les imputer à la perfide lenteur des chefs , qui ne cherchaient qu'à prolonger la lutte pour s'enrichir de la substance des peuples. En même temps ils conjurèrent le Seigneur de susciter des hommes plus dignes d'être les instrumens de sa providence. Le lendemain , ces discours furent représentés dans la chambre basse comme une inspiration manifeste du Saint- Esprit. On invita les membres de l'assemblée à faire abnégation de tout intérêt personnel, a se dépouiller de tout emploi

lucratif. Dans un moment de ferveur politique et religieuse, les communes, éblouies de l'idée de régner sur les esprits par un désintéressement sans exemple, ordonnèrent la rédaction d'un bill pour exclure tout membre du parlement des fonctions civiles et militaires. Cet acte, qu'on appela l'ordonnance du renoncement à soi-même, fut porté à la chambre des pairs , qui l'accepta après beaucoup d'objections et de lenteurs. Essex, Manchester et les autres seigneurs qui avaient des commandemens , dupes de ce lotir de passe-passe , suivant l'expression de llollis, résignèrent leurs commissions; et le parlement rendit un bill pour la recomposition de l'armée, dont le chevalier Fairfax fut nommé seul général. Fairfax avait du courage et de l'habileté, mais point de caractère. Ooinwell, qui exerçait un empire absolu sur son esprit, l'avait proposé aux communes , et devint par ce choix le véritable chef de l'armée. À la vérité, l'acte de renoncement aurait dû l'atteindre comme tous les autres membres du parlement; mais, tandis qu'on s'occupait de celte ordonnance, il avait eu soin de se faire envoyer au secours d'une place assiégée. Fairfax demanda la permission de le garder pendant quarante jours; il obtint ensuite celle de l'employer pendant toute la campagne, et de concert avec lui, il changea entièrement l'organisation et la discipline de l'armée, que Cromwell remplit d'officiers dévoués au parti de l'indépendance, anciens artisans pour la plupart, et animés d'un double et formidable fanatisme de dévotion et de démagogie.

Cependant des négociations étaient entamées à Uxbridge, tandis que la guerre se préparait avec plus de violence. Mais l'exécution de l'archevêque Lawd, depuis long-temps prisonnier, cruauté commise sans aucune nécessité politique sur un vieillard septuagénaire, et bien plus odieuse que tout ce qu'on lui reprochait à lui-même (1), apprit au roi qu'il n'avait rien

(1) Lawd dormit profondément la nuit qui précéda son supplice, et marcha à la mort avec une grande fermeté. L'échafaud était tellement encombré de peuple , qu'il demanda à cette foule de lui laisser la place de mourir, et pria les exécuteurs de faire écarter ceux qui se trouvaient audessous, ne voulant pas, dit-il, que son sang retombât sur la tête de ce peuple.

à espérer de la modération des communes , et des négociations on retourna aux combats.

La bataille de Nazeby (14 juin 1645) décida la chute du trône. Le prince Robert, toujours égaré par son courage impétueux, insista pour engager l'action, contre l'avis des vieux généraux. Il rompit l'aile gauche des ennemis. Tandis qu'il la poursuivait avec une ardeur imprudente, Cromwell, victorieux de la cavalerie qui lui était opposée, tomba sur l'infanterie royale, et la mit en pleine déroule. Charles, après d'inutiles efforts pour rallier les débris de ses troupes dispersées, se relira dans Oxford. Depuis ce désastre, ses affaires déclinèrent rapidement. « Les soldats parlementaires, enflammés d'un fanatisme chaque jour plus ardent, avaient trop de supériorité sur les troupes opposées; leur piété rendait leur discipline plus sévère. Il n'y avait dans leurs rangs ni désertion ni pillage; les intervalles du service étaient remplis par l'exaltation religieuse. Les officiers se chargeaient de tous les soins du sacerdoce; beaucoup de soldats éprouvaient des extases ; ils allaient au combat en chantant des psaumes et des hymnes saints, et la mort était le martyre. Les troupes de Charles, fatiguées et corrompues par leur mauvaise fortune, se débandaient et commettaient beaucoup de désordres dans le pays (1). La conduite de leurs principaux chefs , braves, mais frivoles, hautains, débauchés, contrastait peu favorablement avec l'austère régularité et la simplicité démocratique des généraux parlementaires ; et ces vices brillans des cours, qui choquaient l'esprit religieux du siècle, nuisaient encore plus à la bonne administration de la guerre. » (M. Villemain.) Le prince Robert s'étant jeté dans Bristol, rendit celte place importante avant d'y être contraint par la uécessité. Un corps de royalistes qui assiégeait la ville de Tawton fut taillé en pièces par Fairfax. Le jeune prince de Galles et le

(1) « Les soldats du roi, dit Clarendon ( Hist. de la Rébellion ), étaient ■ tombés insensiblement dans toute la licence et tous les désordres qu'ils « avaient pu d'aliord reprocher aux rebelles , tandis que ceux-ci croissaient « en discipline, en vigilance , en sobriété ; de telle sorte que , d'un côté, on « semblait combattre pour la royauté avec les armes de l'anarchie , et de * l'autre travailler à détruire le roi et le gouvernement avec tous les prin- « cipes et la régularité qui appartiennent à la monarchie. »

lord Opton furent défaits dans le comté de Cornouailles , et forcés de passer sur le continent. En Ecosse, le brave comte de Montrose, qui avait soulevé les montagnards en faveur de Charles, obtint d'abord de brillans succès; mais enGn son armée, peu disciplinée, fut détruite par des troupes plus aguerries , détachées de l'armée écossaise d'Angleterre (1).

Charles, se voyant près d'être assiégé dans Oxford par celle de Fairfax, et n'ayant que des moyens de défense insuflisans, frémit à l'idée d'être mené en triomphe par les rebelles. Cette crainle lui fit prendre une résolution que l'événement a condamnée, mais qui, dans la position critique où il se trouvait, Vêtait pas plus imprudente que toute autre. Il se détermina à se jeter entre les bras des Ecossais, se persuadant qu'ils n'avaient pas perdu tout attachement pour le sang de leurs souverains, et que sa confiance tlattcrait leur orgueil et exciterait leur générosité. Monlreuil, ambassadeur de France, fut le conseiller et le médiateur de celte réunion. Il paraît qu'il prit trop légèrement des promesses vagues pour des assurances formelles. Du moius, lorsque Charles se présenta au camp des Ecossais, ceux-ci désavouèrent hautement la supposition d'un traité avec ce prince; et , loin de favoriser sa cause, ils l'obligèrent, avant tout, d'ordonner la reddition d'Oxford et de quelques autres villes qui étaient encore en sa puissance. Ensuite ils le livrèrent au parlement, qui, à cette condition, offrait de leur payer tous les arrérages qui leur étaient dus. Quatre cent mille livres sterling furent le prix de celle lâcheté, que sanctionnèrent les états d'Ecosse.

La guerre paraissait terminée, et le triomphe du parlement assuré. Cependant celte assemblée était voisine de sa chute. L'armée, où dominaient les indépendans , ne pouvait voir avec indifférence les presbytériens maîtres de la personue du roi.

(1) A la fin de cette année (1645), le parlement victorieux décerna à plusieurs de ses membres des récompenses et des titres honorifiques qui démentent les idées répandues sur l'absolu désintéressement de cette assemblée , et qui prouvent que sa haine contre la noblesse admettait des tempéramens. Fairfax et Cromwcll reçurent le titre de baron avec une dotation , l'un de 5000, l'autre de 2500 livres sterling de revenus. Le républicain Haslerig , et Vancs , l'un des chefs de Y indépendance , reçurent le même titre avec une pension de 2000 livres. Le presbytérien Hollcs fut fait vicomte, etc.

Instruite que les communes voulaient faire passer en Irlande une partie des troupes, et licencier l'autre, elle se mutina. Cromwell, envoyé pour rétablir Tordre , fomenta ouvertement la sédition. Il permit que les soldats fussent appelés à délibérer sur l'objet de sa mission. De la, naquit ce parlement militaire qui bientôt après fit la loi à celui de Westminster. Les principaux officiers composaient la chambre haute; deux sousofficiers ou deux soldats de chaque compagnie, sous le nom d'agitateurs, représentaient la chambre basse.

Tandis que l'armée s'élevait contre le parlement, le roi, qui était comme le prix du combat, fut enlevé par un parti d'indépendans, qui le conduisit a Newmarket. Charles trouva dans Farinée plus de liberté , d'égards et d'honneurs qu'il n'en avait reçus de la part des commissaires du parlement. On affecta de le traiter avec respect; on alla même jusqu'à lui laisser espérêr son rétablissement. Mais ce manège n'avait pour but que de prévenir la réunion du roi et des presbytériens, qui auraient préféré le retour de l'autorité royale a la domination des indépendans. L'illusion du monarque ne devait pas durer plus long-temps que la lutte inégale du parlement et des soldats.

Cromwell cherchait un prétexte plausible pour mener l'armée a Londres : l'occasion s'en présenta d'elle-même. Le parlement , effrayé des menaces des agitateurs , leur avait fak plusieurs concessions , et avait même chassé de son sein onze députés accusés parles indépendans, Cette mesure avait excité dans Londres de violentes émeutes , et le peuple , craignant de se voir bientôt soumis au pouvoir militaire, avait demandé en tumulte le rappel des onze membres exilés. Les deux orateurs du parlement, et près de cent députés de la secte indépendante , feignant d'être alarmés de ces mouvemens , sortirent de Londres, et se retirèrent au camp de Fairfax. Aussitôt l'armée marcha sur Londres , annonçant qu'elle allait venger les privilèges du parlement violés par les séditieux. Les députés fugitifs furent reconduits à Westminster, et remis en possession de leurs sièges. Les deux chambres subjuguées nommèrent Fairfax au gouvernement de la Tour, chassèrent de nouveau les onze membres désignés, et votèrent un jour d'actions de grâces solennelles pour le rétablissement des autres députés (1647).

Dans ce parlement soumis et menacé , les presbytériens avaient encore une grande autorité; ils entamèrent secrètement de nouvelles négociations avec le roi, que les indépendans, en marchant sur Londres, avaient transféré au palais de Hamptoncourt. Cromwell, de peur qu'un coup de main ne lui enlevât ce prince , songea à l'éloigner, mais d'une manière qui donnât à sa retraite l'air d'une fuite perfide, et redoublât contre lui la haine de l'armée. Il lui fit conseiller de quitter Hamptoncourt, sous prétexte qu'il y courait risque d'être assassiné, et de se retirer dans l'île de Wight. Les gardes du roi facilitèrent son évasion , et le malheureux prince se crut libre : mais le colonel Hammond , gouverneur de l'île , était la créature et l'ami de Cromwell. Charles se retrouva prisonnier.

Maître désormais du parlement et de la personne du roi (1), Cromwell s'attacha a calmer les troubles qu'il avait excités à dessein dans l'armée, et dont il s'était servi avec tant de succès contre le roi et le parlement. Il ne pouvait, sans péril pour sa propre autorité , tolérer plus long-temps le conseil des agitateurs, qui prenaient le nom de niveleurs > mieux assorti à leur dessein de tout soumettre au niveau de l'égalité la plus absolue. Non-seulement ces fanatiques ne voulaient ni roi ni noblesse, mais ils prétendaient que l'égalité de biens et de pouvoir fût établie entre tous les membres de la société chrétienne , et qu'il n'y eût de distinctions entre les soldats et les chefs non plus qu'entre les élus du Seigneur. Cromwell , les jugeant d'autant plus dangereux qu'ils tiraient les conséquences de ses principes , résolut de les réprimer. Dans une revue de l'armée , il saisit les chefs des mutins, en fit exécuter un sur-le-champ, et comprima ainsi par la terreur une faction dont le crime était de l'avoir imité.

Cependant la captivité de Charles , les traitemens indignes dont on l'accablait , la dureté avec laquelle ses ennemis rejetaient toutes ses propositions , une ordonnance du parlement qui défendait de lui adresser désormais aucun message, et déclarait coupable de trahison quiconque , sans l'aveu des deux chambres, communiquerait avec lui, lui suscitèrent de nou-

(I) Cromwell avait coutume dédire en ce temps, lorsqu'il causait familièrement avec ses amis : A présent que j'ai le roi entre mes mains, je tiens le parlement dans ma poche.

veaux défenseurs. Une partie delà flotte se déclara pour lui. Le pays de Galles, les comtés de Kent et de Surrey se soulevèrent en sa faveur. Les Ecossais , pour effacer l'opprobre dont ils s'étaient couverts en trahissant la confiance du roi, et pour soutenir le covenant, dont les indépendans ne tenaient plus aucun compte , entrèrent en Angleterre sous la conduite du duc d'Hamilton. Ainsi, la guerre civile renaissait de toutes parts; mais elle avait plus d'apparence que de force. L'éloignement et la captivité du roi ôtaient aux royalistes l'ardeur qui les avait animés dans la première guerre. Agissant avec plus de zèle que d'union et de concert , ils furent facilement accablés. Les Ecossais, venus à leur secours , furent entièrement défaits par Cromwell à Preston, dans le comté de Lancastre (17 août 1648). Ces tentatives malheureuses ne firent que hâter la perte de Charles. Il allait éprouver que les prisons des princes sont, comme il l'avait dit lui-même, bien près de leurs tombeaux.

En l'absence de Cromwell et de l'armée , le parlement, devenu plus libre, avait révoqué l'ordonnance qui défendait de communiquer avec le roi, et lui avait envoyé des commissaires pour renouer des négociations. Charles souscrivait à toutes les propositions de l'assemblée, et ne se montrait inflexible que sur deux points : la punition de ses partisans et l'abolition de Pépiscopat. Tandis qu'on perdait le temps à discuter ces articles, Cromwell, victorieux et désormais tout puissant , jeta le masque, et se prépara à exécuter le terrible dessein qu'il méditait. Il fit déclarer par l'armée que Charles Stuart était incapable du gouvernement, et qu'il n'appartenait plus qu'à la justice nationale, comme coupable de tous les malheurs de l'état. Le parlement, malgré le danger de la résistance , décréta, mais trop tard, à la majorité de cent quarante voix contre cent quatre, que les concessions du roi offraient des bases suffisantes pour procéder au rétablissement de la paix. A cette nouvelle, Cromwell ordonna à l'armée de marcher sur Londres pour briser la chambre. On arrêta quarante et un membres presbytériens; d'autres, au nombre de cent, furent exclus. Alors les agitateurs, les niveleurs, soulevés une seconde fois par Cromwell , qui les excitait et les réprimait tour à tour au gré de ses intérêts , demandèrent à grands cris la mort du roi. Ce qui restait de la chambre basse nomma trente-

huit commissaires pour instruire le procès du monarque. Ce comité ayant préparé une accusation de haute trahison , elle fut votée par les communes , qui choisirent en même temps > pour la juger, une commission de cent trente-trois personnes, députés, officiers, magistrats et citoyens. La chambre des pairs , indignée de cet attentat, rejeta le bill à l'unanimité. Mais, sans s'arrêter a cet obstacle, les communes partant de ce principe démocratique, que tout pouvoir émane du peuple,. déclarèrent que les communes représentant le peuple anglais, avaient la suprême autorité, et que tout ce qui était jugé loi par elles, avait foret de loi, sans le consentement du roi et des pairs. La commission , décrétée par les communes, fut donc formée, sous le nom de haute cour, pour juger Charles Ier. « Ainsi, « chez ce même peuple, où l'antique consécration du jugement « par jures assure a tout homme la sentence impartiale de ses « égaux, le roi , plus maltraité que le moindre des citoyens, « était livré à une commission arbitrairement choisie par un « parlement esclave et décimé. » (M, Villemain, Histoire de Cromwell.) Cromwell, Ireton, son gendre, les plus furieux indépendans, étaient au nombre des commissaires, que les prédicans, pour animer le peuple contre le roi, le grand Barrabas de Windsor, appelaient en chaire des Samuels et des Gédéons. Le 20 janvier 1649, Charles comparut pour la première fois devant ses juges. 11 déclina, avec une dignité et un courage que les revers n'avaient pu abattre, la juridiction de ses ennemis, et refusa de leur répondre, ou plutôt il leur fit la réponse la plus légale et la plus victorieuse par ces seuls mots : Je ne vois pas ici de chambre des pairs , et d'ailleurs je fais moi-même partie du parlement. Ramené en leur présence le 22 et le 23 janvier, il persista à méconnaître l'autorité de leur tribunal , et leur montra , par la noblesse de sa contenance et de ses discours, qu'il n'est pas permis à des rebelles de faire perdre sa majesté à un roi qui sait se connaître. Enfin , il fut jugé par contumace, et condamné à mort comme traître, tyran et meurtrier. Il reparut une quatrième fois devant ses assassins pour entendre prononcer son arrêt. Sa fermeté n'en fut point altérée. En sortant de la salle de Westminster, poursuivi par les clameurs insultantes que poussaient des soldats apostés : Pauvres gens , dit-il , pour un peu d'argent ils en feraient autant à leurs chefs. Un de ces misérables ayant osé

hti cracher à la figure, il se contenta de dire avec douceur que le Sauveur du monde avait souffert un pareil outrage. Trois jours s'écoulèrent entre le jugement et l'exécution. Dans ce court intervalle, ni les instances des ambassadeurs de France et de HoNande et des commissaires écossais , ni le généreux dévouement des lords Richcmond, Hertford, Southampton et Lindsay, qui demandèrent à mourir pour le roi, ne purent fléchir ses implacables ennemis. Si le grand nombre faisait la loi dans les crises politiques , Charles aurait dû facilement être sauvé. Les presbytériens et le corps de la cité lui étaient favorables , mais ils s'étaient bornés à passer le temps en jeûnes et en prières pour la conservation de ses jours. Les républicains n'avaient aux environs de Londres que huit mille hommes de troupes; mais , choisis dans toute l'armée comme les plus forcenés fanatiques , tenus le jour et la nuit en oraison, tm les avait amenés à un tel degré de fureur qu'ils jetaient l'épouvante dans tout le peuple. I>'un autre côté, les royalistes n'avaient ni énergie ni prévoyance ; ils s'étaient flattés que le jugement du roi n'était qu'un vain appareil destiné à arracher son consentement à des concessions exagérées; et lorsqu'ils ne purent enfin douter de son péril , il était trop tard pour tenter de le secourir» Il n'eut donc plus qu'à subir sa sentence avec ce courage tranquille et ferme que donnent l'innocence et la religion. Ses derniers momens furent sublimes comme ceux de Marie Stuart. Comme son aïeule , il mourut avec la sainte joie des martyrs , en élevant son âme vers l'éternité; comme elle, il pardonna à ses bourreaux. Ce fut le 30 janvier 1649 qu'il monta sur l'échafaud dressé devant son palais même de Wbilehall. Le régicide fut consommé en présence d'un peuple immense , qui le désavouait par sa douleur et par ses larmes. « Cette grande vérité, dit l'historien Burnet, que les conseils « sanguinaires retombent toujours s«r leurs auteurs, ne parut «< jamais plus éclatante qu'à la mort de Charles Ier. Sa conle- « nance pieuse et digne au pied de l'échafaud fit oublier toutes « ses erreurs, et lui attira une compassion universelle qui se « tourna en haine contre ses meurtriers, et fut la première et « véritable cause de la mémorable révolution de 1660. » Le fameux livre intitulé E<»»r fi***t*n ( V Image royale )9 publié peu de temps après la mort du roi, et dont on le croyait l'auteur, mit le comble à la pitié qu'avait excitée son suppliée. Mais le

génie et l'épée de Cromwell comprimèrent l'indignation pablique.

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