CHAPITRE VII
De la Suisse (1359— 1648).
L'histoire de Suisse, dans cette période , présente, 1° des démêlés obscurs au sujet de la religion entre les cantons protestans et catholiques ; 2° la part que prirent les Suisses, comme auxiliaires, aux guerres civiles et religieuses de France, et à la guerre de la Valleline, comme partie intéressée; 3° la reconnaissance de l'indépendance helvétique au congrès de Westphalie. Nous nous bornerons ici à cette simple indication, ces événemens ne méritant pas d'être développés, ou l'ayant été, ou devant l'être ailleurs.
De l'Italie (1559—1648).
Savoie et Piémont (1553 — 1659). « L'origine de la maison de Savoie remonte au commencement du onzième siècle , oii Ton trouve iui seigneur nommé Bérold ou Berthold en possession de la Savoie, ancienne province du royaume de Bourgogne ou d'Arles. Le petit-fils de ce Bérold épousa Adélaïde de Suze, fille et héritière de Mainfroi , marquis d'Italie et seigneur de Suze. Ce mariage procura à la maison de Savoie des domaines considérables en Italie, tels que le marquisat de Suze, le duché de Turin, le Piémont et le Val d'Aoste. llumbcrt II, comte de Savoie, conquit ën 1082 la Tarentaise. Thomas, un de ses successeurs, acquit par mariage, vers 1220,1a baronnie de Faucigny. Amédée V fut investi, en 1313, par l'empereur Henri VII , de la ville et du comté d'Asti. Amédée VII reçut, en 1388, les soumissions volontaires des habitans du comté de Nice , qu'il démembra de la Provence, avec les comtés de Tenda et de Beuil , en profilant des divisions intestines de ce pays et du choc entre les factions de Duras et d'Anjou qui se. disputaient la succession au royaume de Naples et au comte
de Provence. Amédée VIII acheta en 1401 , d'Othon de Viilars, le Genevois ou comté de Genève, et fut créé duc de Savoie par l'empereur Sigismond.
<( La rivalité qui partagea, depuis la fin du quinzième siècle, la France et l'Autriche, mit la maison de Savoie dans une situation extrêmement difficile. Enveloppée dans les guerres qui s'élevèrent entre ces puissances en Italie , elle faillit plus d'une fois à être victime de la politique que les circonstances lui dictaient. » (Extrait du Tableau des révolutions de l'Europe, par Koch, tome II, page 212.) Lorsque le duc Charles lll mourut en 1553, il se trouvait dépouillé de la plus grande partie de ses états par les Français et par les Espagnols. (Voyez les guerres de François Ier et de Charles-Quint.) Quoique son fils Emmanuel-Philibert eut servi l'empereur avec succès , et commandé les armées espagnoles dans la guerre de Flandre, la paix de Cateau-Cambrésis , que l'Espagnedicta en quelque sorte à la France , ne lui rendit point tout ce qu'il avait perdu. Elle laissa plusieurs de ses villes entre les mains des rois de France et d'Espagne. Les troubles qui bientôt après s'élevèrent en France, déterminèrent Charles IX (1562) à restituer à la Savoie les places fortes qu'il occupait encore dans le Piémont, et dont la possession devenait désormais trop incertaine.
Depuis cette époque , au milieu de la décadence générale des états de l'Italie, on vit la maison de Savoie s'élever, se fortifier, et créer une puissance respectable dont Emmanuel- Philibert peut être considéré comme le fondateur. Ses ancêtres avaient accru leurs domaines par des mariages. Il les assura contre la domination étrangère par des institutions militaires qui lui donnaient les moyens de rassembler promptement une armée en cas de besoin. Chaque district fournissait et payait un certain nombre d'hommes propres à la guerre et distribués en escouades , en centuries, en bataillons et en regimens. Les escouades se réunissaient sous leurs caporaux tous les dimanches, les centuries avec leurs sergens tous les quinze jours, les bataillons une fois par mois , les régimens quatre fois par an, la masse totale deux fois dans l'année, à la Pentecôte et à la Saint-Martin. Les souverains du Piémont, ayant ainsi à leur disposition immédiate trente mille fantassins , purent dèslors jouer un rôle aptif et important dans les affaires de l'Europe.
Depuis le traité de Cateau-Cambrésis jusque vers la fin du seizième siècle , sous Emmanuel-Philibert et sous son fils Charles-Emmanuel, qui lui succéda en 1580 , la Savoie n'eut rien à craindre de la France déchirée par les guerres civiles de religion. Charles insulta même à la faiblesse de ce royaume par une invasion en Provence et en Dauphiné (1 590), et disputa la possession de ces provinces au maréchal de Lesdiguières. Il pensa même , après la mort de Henri III , que , si Ton abolissait la loi salique, il pourrait prétendre à la couronne de France , comme (ils de Marguerite, sœur de Henri IL Les succès de Henri IV ne laissèrent pas long-temps cette espérance à l'ambitieux Emmanuel. Ce prince ne put même conserver qu'à force d'intrigues la Provence, qu'il s'était fait offrir, dans la confusion des affaires de France , par des députés du parlement d'Aix et de la ville de Marseille, et lorsque Henri IV, vainqueur de la ligue et de Philippe II, signa le glorieux traité de Vervins , il fut stipulé par un des articles de ce traité que le duc de Savoie remettrait les places qu'il occupait encore en France. Mais il resta un différend entre les deux * puissances sur la possession du marquisat de Saluccs. La famille des marquis de ce nom s'étant éteinte sous François Ier, ce prince s'était emparé de leur marquisat , qui lui ouvrait la porte d'Italie. Depuis ce temps, le duc de Savoie avait profité des guerres civiles de France pour se mettre en possession du même fief en 1 588. Après une guerre de quelques mois , les deux traités du 27 février 1600 et du 17 janvier 1601, terminèrent ces discussions entre la France et la Savoie. Le duc céda le G ex, le Valromey et le Bugey à la France, et retint en échange le marquisat de Saluées. (Voyez V Histoire de Henri IV.)
La Savoie se voyait alors parvenue au plus haut degré de puissance où elle se fût encore élevée. Charles-Emmanuel réunissait les talens du politique à ceux du guerrier. 11 était reconnu pour le plus habile des princes d'Italie. Mais, par son ambition insatiable, par ses intrigues et sa mauvaise foi, il s'attira la haine de tous ses voisins. 11 essaya quatre fois inulilement de s'emparer de la ville de Genève. Il fit de semblables tentatives contre Gênes et contre l'île de Chypre ; mais il ne se borna pas à attaquer de petits états. En 1610, il conclut a Brussol un traité d'alliance contre l'Espagne avec Henri IV.
Ce prince devait lui fournir s,eize mille hommes pour faire la conquête du Milanez. Ce projet fut dérangé par la mort du roi de France. En 1612, après celle de François, duc de Mantoue, Charles-Emmanuel, son beau-frère, éleva des prétentions sur le Mont ferrât, et enleva une partie de ce pays à Ferdinand , nouveau duc de Mantoue. Arrêté dans ses projets par les Espagnols , il soutint la guerre contre eux pendant quatre ans avec la protection àe la France. Le traité de Pavie, conclu en 1617 sous la médiation de cette puissance, mit fin à ce différend , et Ferdinand resta tranquille possesseur de Mantoue et du Montferrat jusqu'à sa mort, arrivée en 1626. Celle de Vincent II, son successeur, qui ne laissait point de postérité (1 627) , ralluma l'ambition d'Emmanuel. L'héritier légitime de Vincent H était Charles de Gonzague, duc de Nevers, grand-oncte des derniers ducs. Il avait pour concurrent le duc de Guastalla qu'appuyait la maison d'Autriche , pour laquelle se déclarait le duc de Savoie, dans l'espérance d'obtenir le Montferrat. (Voyez la Guerre de trente ans.) L'attente d'Emmanuel fut trompée. La France, qui protégeait le duc de Nevers , envahit la Savoie et le Piémont. Près de se voir entièrement dépouillé de ses états par ses amis et ses ennemis, Emmanuel mourut d'apoplexie le 26 juillet 1630. Victor-Amédéeb% son fils et son successeur, avait épousé Christine de France , sœur de Louis XIII. Cette princesse réconcilia son frère avec son mari. (Traité de Quérasque, 6 avril 1631.) La guerre s'étant renouvelée en 1635 entre l'Espagne et la France, Amédée, par le traité de Rivoli ( 1 1 juillet ), qui lui promettait des agrandissemens de territoire et le titre de roi de Lombardie, s'engagea à prendre les armes en faveur de son beau-frère, et gagna sur les Espagnols les batailles de Tornavento (1 636) et de Montbaldon (1637). Sa mort, survenue un mois après celte dernière victoire (7 octobre), fut fatale à la maison de Savoie. Sa veuve Christine fut déclarée tutrice de ses enfans. L'aîné, François-Hyacinthe, étant mort en. 1630, le second, Charles- Emmanuel H, qui lui succéda, n'était âgé que de quatre ans. Deux frères de Victor-Amédée, le cardinal Maurice et le prince Thomas , tige de la branche de Savoie-Carignan , disputèrent la régence à leur belle-sœur, et les états de Savoie furent le théâtre de longues guerres civiles , dans lesquelles Christine implora le secours de la France, et ses deux beaux-
frères celui de l'Espagne. Ces alliés firent, de pari et d antre, cruellement payer leurs secours. Christine éprouva tout l'orgueil et tout le despotisme de Richelieu; les princes n'eurent pas moins a souffrir de la mauvaise foi des Espagnols, et les peuples , tourmentés pendant plus de vingt ans par les uns et par les autres, ne recouvrèrent le repos qu'en 1659, par la paix des Pyrénées.
Gênes (1547— 1672).— Après avoir étouffé la conjuration de Fiesque (1547), André Doria continua d'exercer dans Gênes la principale autorité jusqu'en 1560, où il termina sa carrière à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.
Pendant le reste du siècle , Gènes , toujours soumise à l'influence espagnole, perdit en 1566 l'île de Scio, conquise par Soliman sur les Giustiniani, famille génoise qui s'en était arrogé la souveraineté. Elle fut aussi sur le point de perdre l'île de Corse, qui avait déjà été envahie par les Français en 1 553* Ils l'avaient évacuée en 1 559, en vertu du traité de Cateau-Cambrésis. San-Pietro d'Ornano, chef du parti ennemi des Génois, s'était retiré en France à cette époque. En 1564, étant repassé en Corse , il y excita un nouveau soulèvement qui ne prit fin que par la mort de San-Pietro que les Génois firent assassiner en 1567, et par une amnistie que le gouverneur génois , George Doria , publia en 1 568.
Gènes, troublée au dehors par la révolte de ses sujets, n'était pas tranquille au dedans. La discorde régnait entre l'ancienne et la nouvelle noblesse. La constitution de 1 528 avait eu pour but de confondre ces deux classes ; mais les anciens nobles avaient obtenu en 1547 un nouveau règlement, qui leur accordait quelques prérogatives au-dessus des autres. Le refus qu'ils firent depuis d'agréger au corps de la noblesse quelques familles plébéiennes , à qui leurs services semblaient avoir mérité cet honneur, irrita les nouveaux nobles, et les porta à demander l'exécution pure et simple du règlement de 1528. Les dissensions qui s'élevèrent à ce sujet allèrent assez loin pour faire concevoir à don Juan d'Autriche le projet de s'emparer de Gênes, lorsqu'il passa devant cette ville, en 1574, avec la flotte qui remporta la même année la victoire de Lépante. Le pape Grégoire XIII prit en cette occasion la république sous la protection du saint-siége, et contribua puissamment à réconcilier les factions. Il obtint, en 1575, qu'elles
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s'en remissent à son arbitrage, ainsi qu'à celui de l'empereur et du roi d'Espagne. Les cours modifièrent la constitution de la république, et détruisirent en partie l'ouvrage d'André . Doria par la nouvelle loi qu'elles publièrent en 1 576 , et qui abolit toute distinction entre la noblesse ancienne et la noblesse agrégée. Ce règlement rétablit le calme , et les Génois jouirent constamment delà paix intérieure pendant les cinquante aunées qui suivirent.
L'an 1624, ils acquirent de l'empereur le marquisat de Zuccarello. Cette acquisition leur attira la guerre de la part du duc de Savoie, qui avait des prétentions à ce fief. Us le repoussèrent, en 1625, avec le secours de l'Espagne. La même année, le sénat institua le tribunal des Inquisiteurs d'état sur le modèle de celui de Venise (1). En 1628, l'ambassadeur de Savoie réveilla les factions assoupies de la noblesse et de l'ordre populaire, et engagea un riche marchand, nommé Vachéro, dans un complot pour renverser la constitution. L'acte de médiation de 1576 avait ordonné que, chaque année, dix familles nouvelles seraient inscrites au livre d'or, et admises a l'exercice de la souveraineté. Mais cette loi était fréquemment éludée, ou, lorsque le sénat était forcé de faire un choix, il n'admettait à l'inscription que des célibataires, ou des hommes sans espoir de postérité, afin de ne pas accroître le nombre des familles dominantes, ou enfin des hommes sans fortune, pour les tenir plus aisément dans la dépendance de l'oligarchie. Vachéro , homme ardent et ambitieux , supportait a?ec peine un état de choses qui l' excluait du gouvernement. Ayant répandu des sommes immenses parmi la populace , il résolut d'attaquer avec son secours le palais du sénat le 1" avril 1628, de massacrer les sénateurs et tous les citoyens inscrits au livre d'or, et de réformer la république, dont il serait déclaré doge, sous la protection du duc de Savoie. Mais le complot ayant été découvert, Vachéro fut arrêté avec ses principaux complices. Mis en jugement, et convaincus
(1) En 1501 , après la mort d'Augustin Barbarigo, doge de Venise, le gnod conseil , assemblé pour élire sou successeur, avait établi le tribunal des Inquisiteurs à* étal , composé de trois magistrats , revêtus d'un pouvoir absolu sur tous les citoyens, pour veiller à la conservation de la republique.
de leur crime, ils furent exécutés, malgré les réclamations du duc de Savoie, qui jeta ouvertement le masque , se déclara le chef de la conspiration , et menaça même la république de représailles. Après la mort de Charles-Emmanuel, son fils Victor-Amédée se réconcilia avec les Génois par un traité signé à Madrid au mois de novembre 1631 . En 1672, Charles- Emmanuel II, à l'exemple de son aïeul, tenta de s'emparer ' de Gênes en y fomentant une conspiration. Le complot échoua comme celui de 1628, et produisit également une courte guerre, qui fut terminée par la médiation du pape, du roi de France et du roi d'Espagne. Depuis ce temps, jusqu'à la tin du dix-septième siècle, l'histoire de Gênes n'offre de remarquable que le bombardement de cette ville par les Français en 1684. (Voyez le Règne de Louis XIV.)
Venise (1537 — 1648). « Venise, dit un auteur moderne, « depuis qu'elle avait épuisé ses forces (1 ) pour résister à la li- <( gue de Cambrai, paraissait chercher l'obscurité, s'efforcer « de s'ensevelir dans le silence, se défier également de ses « citoyens, de ses alliés et de ses ennemis, et, en alléguant « les dangers qui la pressaient tour à tour du côté de la Tur- « quie et de l'Autriche , éviter déjouer un rôle par elle-même.» Deux guerres cruelles avec les Turcs (de 1537 à 1540, de 1 570 à 1 575 ) lui enlevèrent , en effet , dans le seizième siècle, plusieurs de ses meilleurs établissemens dans le Levant, les îles de Scyros, de Pathmos, de Stampalée, de Paros et de Chypre. ( Voyez l'Histoire de Soliman II et de Sélim II. ) La crainte des Ottomans , toujours heureux dans leurs guerres contre Venise, forçait cette république de s'attacher à l'alliance de la maison d'Autriche. Entourée des domaines de cette maison, obligée de recourir à sa protection contre un ennemi plus redoutable encore , elle se trouvait dans un état précaire entre la sujétion et l'indépendance. Durant
(1) Quoique Venise eut soutenu avec honneur la lutte que lui avait suscitée la ligue de Cambrai, cependant elle ne se releva jamais de cette guerre dont les énormes dépenses lavaient obligée de vendre les emplois publics et pendant laquelle le commerce du Portugal dans les Indes orientales avait pris, sous le grand Albuquerque , un développement de plus en plus considérable, tandis que celui de Venise diminuait de jour en jour sur les côtes d'Asie et d'Afrique.
le reste du seizième siècle, elle se tint toujours dans les bornes d'une prudente réserve, et prit, pour ainsi dire, à tâche de se dérober aux regards de l'Europe. Mais dès le commencement du dix-septième , elle se montra , après une longue éclipse, brillante d'un éclat nouveau, et se releva pleine de vigueur de l'épuisement auquel elle paraissait succomber naguère. L'an 4600, elle eut la gloire d'admettre Henri IV au nombre de ses citoyens. Ce monarque , sur la demande de son ambassadeur, fut inscrit dans le Livre d'or, et déclaré noble vénitien , avec le droit de transmettre cette prérogative à toute sa postérité. Ce même prince servit la république de Venise dans le fameux démêlé qu'elle eut bientôt après avec le pape Paul V, au sujet , 1 0 de l'arrestation de deux ecclésiastiques emprisonnés pour crimes par l'ordre du conseil des dix; 2° du renouvellement d'un ancien décret qui interdisait aux membres du clergé la faculté d'acquérir des biens-fonds; interdiction fondée sur la nécessité de mettre des bornes aux acquisitions de ce corps qui possédait près du tiers du territoire , quoiqu'il ne formât qu'environ la cinquante-quatrième partie de la population, proportion d'ailleurs exorbitante (1) ; 3° de la défense qu'avait faite le sénat, en 1603, de bâtir de nouvelles églises sans sa permission expresse. Paul V, pontife d'ailleurs recommandable par la pureté de ses mœurs et par son zèle pour la religion, mais poussant trop loin son attachement aux immunités ecclésiastiques, somma le doge de Venise, sous peine d'excommunication, de livrer les deux prisonniers au nonce Mattéi , et de révoquer deux lois qui lui paraissaient attenter aux droits de l'Eglise (1605). Frappés, sur le refus du sénat, d'une sentence d'excommunication et d'interdit (17 avril 1606), les Vénitiens ordonnèrent à tous les prêtres et moines de leurs états de ne tenir aucun compte du niooitoire pontifical, et de continuer à célébrer les oui ces divins. La désobéissance des jésuites, des théatins et des
(1) En 4768, dans une statistique que le gouvernement vénitien fit faire du clergé de la république , il se trouva qu'il se composait de quarante-six mille ecclésiastiques , sur deux millions et demi d'iiabitans. En France , le nombre des individus des deux sexes voués à la vie religieuse était alors de cent soixante mille sur une population d environ vingt-quatre millions, et en Espagne de cent cinquante mille sur à peu près onze millions d'àmes.
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capucins, tes lit bannir des terres de la république, et les premiers n'obtinrent la permission d'y rentrer qu'en l'année 1057. i*aul V, ne voulant point céder, commença à lever des troupes pour soutenir ses décrets par les armes. Les Vénitiens en levèrent aussi et demandèrent l'assistance du roi de France, leur allié. Henri IV s'interposa avec zèle pour terminer une querelle qui pouvait rallumer une guerre générale, et seconda si bien par sa médiation la fermeté du sénat vénitien, que la république , dans le traité conclu avec la cour de Rome le 21 avril 1607, ne renonça ni au droit de traduire les ecclésiastiques devant les tribunaux séculiers , ni à la loi qui leur interdisait l'acquisition des immeubles. Elle remit seulement à l'envoyé français les deux ecclésiastiques détenus, en déclarant qu'elle ne le faisait que par déférence pour le roi de France.
En 1601 et 1615, elle défendit avec la même vigueur sa souveraineté sur la mer Adriatique , contre les pirateries des Uscoques de Segna , bien que ces peuples esclàvons, protégés par l'archiduc Ferdinand de Styrie, pussent l'entraîner dans une guerre contre la maison d'Autriche.
Les hostilités des Vénitiens avec cette maison et avec le pape devaient les rapprocher du parti protestant , à une époque où l'Europe était divisée par la religion plulôt que par la politique. En eûet, ils traitèrent en 1617 avec la Hollande, tandis que le duc de Savoie, leur allié, s'assurait des secours du maréchal de Lesdiguières, chef des protest ans du midi de la France. Ces deux puissances furent les premières en Italie qui osèrent chercher un appui parmi les hérétiques : aussi les protestans d'Allemagne comptèrent-ils sur leur assistance, lorsque la guerre de trente ans éclata, et les comtes de Thurn et de Mansfeld, Bethlem Gabor et Ragotski, reçurent du sénat, à plusieurs reprises , de l'argent et des munitions.
Les ducs d'Ossuna et de Tolède, vice-rois espagnols de Naples et de Milan , considérant, de leur côté, la république de Venise comme une ennemie dangereuse, cherchaient tous les moyens de lui nuire, et employèrent alternativement la force ouverte et les trahisons. De concert avec le marquis de Bedmar> ambassadeur d'Espagne à Venise, ils ourdirent en 1618 une conjuration qui, s'il faut en croire quelques historiens, entre autres l'abbé de Saint-Réal, semblait avoir pour but
bien plus la ruine de la ville entière que le renversement de sa constitution. Le complot fut découvert, et puni avec une rigueur barbare; plus de cinquante individus, coupables ou suspects , furent exécutés. Mais le sénat , craignant le ressentiment de la cour d'Espagne, n'osa ni donner de publicité à ses procédures , ni accuser ouvertement Bedmar, ni même l'exclure du conseil tenu par la seigneurie au sujet de cette affaire. De là l'incrédulité de tant d'écrivains à l'existence de cette conjuration, qu'ils ont traitée de chimère inventée par les Vénitiens, pour autoriser auprès du roi d'Espagne le renvoi de son ambassadeur qui pénétrait trop avant dans les secrets de leur gouvernement. ( Voyez Daru, Hist. de Venise, livre XXXI. ) Cependant il paraît aujourd'hui certain que ni l'ambassadeur espagnol, ni le vice -roi de Naples ne furent étrangers à ce complot tramé par des officiers français à la solde de Venise pour s'emparer de cette ville.
Quoi qu'il en soit, les Vénitiens ne pouvant douter de l'ambition et de l'inimitié de la maison d'Autriche, conçurent de nouvelles alarmes, lorsqu'en 1619 ils virent les Espagnols s'assurer une communication avec l'Allemagne par les forts qu'ils élevaient dans la Valteline, sous prétexte de protéger les catholiques de celte province contre les Grisons protestans , leurs souverains. Venise s'allia aux Grisons , et obtint en leur faveur l'intervention de la France. (Voyez le règne de Louis XIII.) Cette même république joua un rôle distingué dans les négociations qui précédèrent le traité de Westphalie, conclu en partie sous sa médiation.
Parme et Plaisance (1 555— 1646).— Nous avons vu ailleurs l'érection des états de Parme et de Plaisance en duché (1 545) par le pape Paul III pour son fils Pierre-Louis Farnèse, l'assassinat de ce dernier en 1547, et les suites fâcheuses de cet événement pour son fils Octave. Celui-ci eut beaucoup de peine à se maintenir dans Parme, et perdit pour un temps Plaisance, que Philippe II lui rendit en 1 556. Octave dut principalement à la longueur de son règne (1 547 — 86) l'affermissement de sa souveraineté, si incertaine et si chancelante dans ses commencemens. Son fils Alexandre lui succéda. Ce prince, qui commandait en Flandre les armées espagnoles , ne gouverna jamais par lui-même les états dont il a illustré le nom. Il mourut à Arrasen 1 592, laissant pour successeur son fils Ranuce P%
qui régna par la terreur, et exerça une tyrannie affreuse. Eu 1612, sous prétexte d'une conspiration tramée contre sa vie, il fit trancher la tête à un grand nombre de nobles, et pendre un plus grand nombre encore de plébéiens, après un procès secret, en vertu duquel il confisqua leurs biens. Son fils Edouard, qui lui succéda en 1622, s'allia en 1635 aux Français contre les Espagnols. Le pape Urbain VIII, son parent, le somma plusieurs fois inutilement de renoncer à cette alliance. Les succès des Espagnols eurent plus d'effet. Effrayé du ravage de ses états, Edouard demanda la paix en 1637. Une seconde guerre qu'il soutint (de 1641 à 1644) contre les Barberini, neveux d'Urbain VIII (voyez ci-dessous l'Histoire de ce pontife), et qu'il s'était attirée par son irrégularité à payer les intérêts "de ses immenses dettes, ne lui procura pas plus de gloire. 11 mourut en 1646, après cette querelle ridicule.
Duché de Mantoue (1530 — 1665).—- Le marquisat de Mantoue, possédé par les Gonzague depuis 1328, et érigé en duché par Charles-Quint , l'an 1530, en faveur du marquis Frédéric II, acquit bientôt après un nouveau lustre par la réunion du marquisat de Montferrat aux états de Mantoue. Jean-Georges, dernier marquis de Montferrat, de la famille Paléologue, mort sans enfans en 1533, laissait deux nièces, dont l'aînée avait épousé le duc Frédéric. Ce prince réclama le Montferrat, comme fief féminin, et l'empereur lui en adjugea la possession en 1536. Les Gonzague ne furent point ingrats, et ne régnèrent, pour ainsi dire, que comme lieutenans delà maison d'Autriche. Leur histoire est stérile en événemens jusqu'à l'extinction de la branche italienne de leur maison. Frédéric II mourut en 1540. Ses deux fils lui succédèrent l'un après l'autre : l'aîné , François III, se noya en 1 550 dans le lac de Mantoue. Guillaume, son frère, mourut en 1587. Il eut pour successeur Vincent 1er, son fils unique. Ce prince, et après lui les ducs François IV, Ferdinand et, Vincent II, ne* se firent remarquer que par leurs débauches et leurs profusions. Vincent II étant mort sans enfans en 1627, la branche des Gonzague , ducs de Nevers, établie en France, et alors représentée par Charles, petit-fils du duc Frédéric II, fut appelée à la succession de Mantoue. Charles eut pour concurrens le duc de Guastalla, soutenu par l'empereur, et le duc de Savoie, qui réclamait le Montferrat. ( Voyez le règne de Louis XIII et
la guerre de trente ans. ) Le duché de Mantoue fut envahi par ces mêmes ariaées impériales accoutumées au pillage et à la férocité dans la guerre qui désolait l'Allemagne depuis dix ans. Le comte de Gallas, général de l'empereur, surprit Mantoue en 1630, et la saccagea avec une effroyable cruauté. On a estimé à dix-huit millions d'écus le dommage qu'éprouva cette ville par le pillage et la destruction. L'an 1631 , le traité de Quérasque assura au duc Charles la succession de Vincent H. Il la laissa, en 1637, a son fils Charles II, qui , dans la guerre récemment déclarée entre la France et l'Espagne, s'unit d'abord à la première de ces deux puissances, m'abandonna en 1658. Durant ces longs démêlés, ses états eurent beaucoup à souffrir des ravages de la guerre. Le Montferrat surtout en fut constamment le théâtre jusqu'à la paix des Pyrénées, en 1659; et tour à tour dévasté pas les armées de la France, de l'Espagne, de la Savoie et de l'Autriche, morcelé par chaque traité entre les différens princes, il fut long-temps presque abandonné par ses maîtres, qui auraient fait de vains efforts pour le défendre. Le duc Charles II mourut en 1665.
Duchés de Ferrare, de Modène et de Reggio (1529 — 1662). — Alphonse Ier d'Esté , duc de Ferrare , de Modène et de Reggio, allié de François Ier dans ses deux premières guerres contre Charles-Quint, était tombé sous la dépendance des Espagnols, ainsi que toute l'Italie, après le traité de Cambrai (1529). Son fils Hercule II, qui lui succéda eu 1534, avait épousé une fille de Louis XII , et sa fille épousa le duc d'Aumale , qui fut plus tard duc de Guise. Toutes se» affections l'attachaient à la France ; aussi essaya-t-il deux fois de secouer le joug de l'Espagne. En 1551 , lorsque le duc Octave Farnèse fut obligé de se mettre sous la protectiop de Henri II, Hercule lui fit passer des secours. En 1556, au commencement du règnè de Philippe II, le pape Paul IV ayant fait alliance contre ce monarque avec la France, le duc de Ferrare accepta le commandement de l'armée de la ligue; mais, après la réconciliation du pape avec Philippe , il ne put soutenir une lutte trop inégale, et acheta une paix* humiliante en 1558. Il mourut l'année suivante. Son fils Alphonse II, le protecteur, puis le persécuteur du Tasse, n'essaya jamais de se soustraire à la domination espagnole. Des disputes de préséance
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avec le duc de Toscane , des efforts dispendieux pour obtenir la couronne de Pologne en 1575, composèrent toute sa carrière politique. Vain et fastueux, il étala, aux dépens de ses peuples, une ruineuse magnificence; et, durant une profonde paix, il doubla les impôts dans ses trois duchés, pour fournir au luxe de sa cour, de ses fêtes et de ses tournois. 11 mourut en 1 597, sans laisser de postérité légitime. Alphonse 1er avait eu un ûls naturel, qui, marié à Julie de la Rovère, fille du duc d'Urbin , en avait eu lui-même un fils nommé César , qu'Alphonse II désigna pour son héritier. Mais aussitôt après la mort de ce prince , le pape Clément VIII , comme suzerain du duché de Ferrare, que la maison d'Esté avait tenu dans l'origine sous la mouvance de l'Eglise, se hâta de déclarer tous les fiefs ecclésiastiques de cette maison dévolus au saintsiège par l'extinction de la ligne légitime, et d'envoyer une armée contre Ferrare. Le duc César, effrayé des menaces du pontife et de rapproche de ses troupes, signa, en 1598, un traité par lequel il remettait an saint-siége Ferrare et tous ses fiefs ecclésiastiques, ne se réservant que les biens patrimoniaux de ses ancêtres. 11 se retira ensuite dans les duchés de Modène et de Reggio, dont l'empereur Rodolphe II , de qui ils relevaient, ne lui disputa point la possession. Il mourut en 1628, après un règne doux et paisible. Son fils aîné, Alphonse III , ne garda la couronne que six mois : il abdiqua la souveraineté en 1 629 et se confina dans un monastère du Tyrol. Le duc François /cr, fils d'Alphonse, s'illustra par ses talens pour le gouvernement et pour la guerre. En 1635, il embrassa la cause des Espagnols contre la France , et reçut, en récompense, de l'empereur Ferdinand II, la petite principauté de Correggio, qui fut annexée à ses états. En 1647, il passa dans le parti de la France , dont il commanda avec gloire les armées en Italie. Son fils, Alphonse IV > lui succéda en 1658, signa sa paix particulière avec les Espagnols en 1659, et mourut en 1662.
Grand-duché de Toscane ( 1529-1670). — Après le traité de Cambrai (1529), les Florentins s' étant obstinés à ne point recevoir les Médicis, alors bannis, et que Charles- Quint s'était engagé à rétablir, leur ville fut assiégée par une armée impériale, et forcée de se rendre en 1530. Une nouvelle constitution, publiée en 1532, supprima le gonfa-
lonoier de justice et la seigneurie , défendit de jamais rétablir cette magistrature, et déclara Alexandre de Médicis chef et prince de la cité de Florence , sous le titre de doge ou de duc, qui serait héréditaire dans sa maison. Alexandre ne jouit pas long-temps de sa nouvelle dignité. Détesté pour ses cruautés, il fut assassiné en 4537 par Lorenzino de Médicis, un de ses proches parens. Il eut pour successeur Cosme de Médicis, qui réunit au territoire de Florence celui de l'ancienne république de Sienne, dont Charles-Quint avait fait la conquête , et dont il avait investi , au nom de l'empire, son fils Philippe II. Celui-ci en investit à son tour le duc de Florence (1557), à condition qu'il fournirait des secours à l'Espagne dans la guerre qu'elle soutenait alors contre la France.
Cosme 1er s'occupa de l'administration avec une grande activité. On peut lui reprocher de l'avoir rendue despotique, en abolissant peu à peu tout ce qu'elle avait conservé de son ancienne essence républicaine. Le soin de sa propre sûreté lui fit établir une espèce d'inquisition civile, et porter des lois atroces contre les rebelles et les bannis. Il participa au fanatisme de son temps , et redoubla les rigueurs de l'inquisition religieuse qui existait depuis long-temps à Florence , mais sous une forme mitigée. Du reste, il publia d'utiles réglemens pour la réforme des mœurs, et, en particulier, pour celle du clergé, dont la discipline s'était gravement altérée dans la dépravation générale. Par la régularité de son administration, il fut en état d'entretenir un corps permanent de mercenaires. H avait, en outre, organisé une milice d'après un mode conforme à celui que suivait, dans le même temps, Emmanuel Philibert, pour l'établissement de la milice piémontaise. Pour défendre les côtes de la Toscane contre les pirateries des infidèles , il institua en 1 562 l'ordre de chevalerie de Saint-Etienne , qui reçut de lui dix galères et pour lequel le pape accorda la faculté de lever des subsides sur les biens ecclésiastiques en Toscane. Il essaya de ranimer l'agriculture ruinée par les guerres, et fit de plus heureux efforts pour rendre au commerce florentin son ancien lustre. Les ports de Livourne et de Porto-Ferrajo furent notablement améliorés. Il releva diverses branches d'industrie qui avaient autrefois fleuri en Toscane, entre autres la fabrication des
draps, qui s'éleva sous son règne, en certaines années, jusqu'à plus de trente mille pièces, c'est-à-dire à un tiers de plus que dans les meilleurs temps de l'ancienne république. Prince, mais avant tout Médicis, il fit lui-même le négoce sans nuire à celui de ses sujets, et en tira de grandes richesses qu'il employa a fortifier ses états, et à continuer dans Florence les magnificences de ses ancêtres. D'habiles artistes, François Salviati, Puntormo, Bandinelli, Bronzino, Cellini et le moine Jean Angelo, embellirent ses palais de leurs chefs-d'œuvre (1). Protecteur des lettres, il rétablit les universités de Florence et de Pise, et l'académie florentine, qu'il décora du titre de sacrée 9 et de laquelle sortit en 1582 l'Académie délia Crusca, honore en lui son fondateur.
En 1562, la maison de Cosme Ier fut ensanglantée, selon quelques historiens, par une tragédie domestique. Ils prétendent que Jean , le second de ses fils , ayant été assassiné par Garcias , le troisième , Cosme poignarda le meurtrier dans les bras mêmes de sa mère , Eléonore de Tolède, qui en mourut de douleur. Mais ces récits, d'après les circonstances dont ces historiens les ont enveloppés, portent tous les caractères d'une fable inventée par la malveillance, et il paraît que les jeunes princes, l'un âgé de dix-neuf ans, l'autre de quatorze, furent, ainsi que leur mère, enlevés par une fièvre épidémique. La mort de ses deux fils et de son épouse, de quelque manière qu'il les ait perdus, inspira à Cosme le désir de la retraite, et, en 1564, il résigna à son fils aîné, François-Marie, les principales fonctions du gouvernement; mais il retint pour lui la dignité ducale. Il parvint même à se ménager celle de grand-duc , à l'occasion d'un différend que le duc de Ferrare lui suscita pour la préséance. Le pape Pie V termina ce démêlé, en accordant, en 1569, à Cosme Ier le titre de grand-duc de Toscane avec les honneurs royaux. Celte concession mécontenta tous les ducs au-dessus desquels celui de Florence voulait s'élever, et l'empereur dont le pape usurpait les prérogatives. Cosme Ier mourut en 1574, avant d'avoir vu le terme des négociations entamées à ce sujet entre la cour de Rome et la cour impériale.
(1) Michel- Ange étant mort à Rome en 15G4, Cosme fit transporter ses restes à Florence, et assista à son service funèbre.
Un accommodement y mit fin en 1575. Maximilien II accorda à François-Marie, successeur de Cosme, la dignité de grandduc, à condition qu'il reconnaîtrait la tenir de l'empereur et non du pape. Après un règne marqué par des assassinats , des empoisonnemens , des crimes de toute espèce, François mourut, dit-on, empoisonné lui-même, en 1587, ainsi que sa seconde femme, la fameuse Bianca Capello , dans un repas de réconciliation qu'il donnait au cardinal Ferdinand de Médicis, son frère. Ce Ferdinand qui lui succéda, et qui déposa l'habit sacerdotal pour se marier, releva le premier la nation toscane de l'abaissement où elle était depuis soixante ans. Il entreprit de secouer le joug de l'Espagne qui avait pesé sur ses deux prédécesseurs. Il voulut opposer de nouveau la France à la maison d'Autriche, et il fut le premier des souverains catholiques à reconnaître Henri IV et à faire alliance avec lui. Ce fut encore lui qui négocia la réconciliation de ce prince avec le pape , et qui obtint pour lui l'absolution. Mais le traité de 1 600, entre Henri IV et le duc de Savoie, en ôlant à laFrance sa communication avec l'Italie par le marquisat de Saluces , fit retomber le grand-duc sous la dépendance qu'il avait voulu rejeter. Ce prince avait hérité des anciens Médicis leur estime pour le commerce. Il le faisait pour son propre compte, et ses vastes et heureuses spéculations le mirent en état d'exécuter, sans fouler ses sujets, de grands et ulilcs travaux. Il chercha à donner aux Toscans le goût des expéditions maritimes. Il changea le château de Livourne en ville, et accorda à son port des franchises qni f ont attiré presque tout le commerce d'entrepôt de la Méditerranée. L'agriculture, depuis longtemps négligée, refleurit sous son règne , et vit agrandir son domaine par le dessèchement des marais de la Toscane. Le grand-duc étendit aussi sa protection sur les beaux-arts. Jean de Bologne, qui lui était attaché, passait pour le premier sculpteur de l'Europe. La musique fit, grâce à ses encouragemens, des progrès rapides. Jacques Péri et Jules Caccini créèrent l'opéra; et la cour de Toscane fut considérée comme la meilleure école musicale (1). Ferdinand mourut en 1009,
(1) Peu de temps avant cette époque, florissait à Rome le célèbre Palestrina (mort en 1594), surnommé par ses contemporains le prince de la
laissant, après les dépenses d'utilité et de luxe qui avaient signalé son règne, un trésor de dix millions de ducats. Cosme //, son ûls et son successeur, redoubla de zèle pour l'illustration de la marine toscane, qu'il entretint presque uniquement avec les prises qu'elle faisait sans cesse sur les Turcs. Pendant les douze ans que dura son règne, l'ordre de Saint- Etienne, institué par Cosme I1 en 1560, marchant sur les traces de celui de Malte, renouvela chaque année ses expéditions contre les Barbaresques. Mais Cosme étant mort en 1621 , l'état languit pendant la minorité de Ferdinand II, son fils, sous la régence de sa mère et de son aïeule. Ferdinand , devenu majeur, ne rendit point à l'administration son activité; mais il gouverna ses sujets avec douceur, et se distingua par son amour pour les sciences. 11 encouragea par ses libéralités l'Académie del Cimento, que son frère , le cardinal Léopold • de Médicis , avait fondée en 1657. Il mourut en 1670.
Etat romain (1559-1648). — A Paul /F, mort en 1559, succéda Pie IV, frère du marquis de Marignan , de la maison des Médicis de Milan. Avec Pie IV commença la série de ces pontifes qui, uniquement occupés des dangers de la religion catholique, renoncèrent à toute vue d'intérêt personnel, pour ne songer qu'aux intérêts de l'Eglise : pontifes justement célèbres pour la décence de leurs mœurs, pour leur détachement des choses temporelles , pour la sincérité de leur zèle religieux, qui, toutefois, il faut le dire, ne se contint pas toujours dans de justes bornes, et les poussa contre les hérétiques à des extrémités rigoureuses. Pie IV, sous qui le concile de Trente, interrompu depuis long-temps, reprit et termina ses opérations, mourut en 1566. Il eut pour successeur Pie F, dont les forces maritimes. eurent une part essentielle a la victoire de Lépante, remportée le 7 octobre 1571 par don Juan d'Autriche sur les musulmans. (Voyez Y Histoire de Sélim IL ) Grégoire XIII, qui lui succéda en 1572, fit les mêmes efforts contre les infidèles, et envoya des secours aux Vénitiens, alors en guerre avec le sultan. Ce pontife entreprit la réformation du calendrier romain, adopta le système de Louis Lilio, qui lui parut le plus propre à mettre l'année civile d'accord avec l'an-
musiqur , et dont les chants sacrés, entre autres la fameuse messe du pape Marcel , sont encore admires aujourd'hui des connaisseurs.
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nde solaire, et en ordonna l'exécution par une bulle du 24 février 1582, réforme qui fut aussitôt adoptée dans tous les pays catholiques, niais que repoussèrent long-temps les états protestons par préjugé contre la cour de Rome. Zélé pour l'accroissement delà foi, la réformation des mœurs et le rétablissement de la discipline, Grégoire XIII était surtout distingué par une charité vive et éclairée. Lors de son couronnement, au lieu de faire jeter, selon la coutume, 15,000 écus d'or au peuple dans cette cérémonie, il les fit distribuer aux pauvres , sur lesquels il répandit d'immenses aumônes pendant son règne. On a calculé qu'il employait annuellement 200,000 écus à des œuvres pieuses , et que les secours d'argent qu'il prodigua à des jeunes gens studieux pour pourvoir à leur éducation s'élevèrent à la somme de deux millions. Il mourut en 1585. Sixte V> son successeur, qui, né dans les grottes de Montalte, s'éleva, des plus ignobles fonctions de la domesticité des champs, au trône de Saint-Pierre, illustra son pontificat par la vigueur de son caractère , la grandeur de ses entreprises, la splendeur de ses monumens, et les formes promptes et sévères de son administration. Le jour de son couronnement , comme on lui demandait la grâce de quatre jeunes gens qui avaient porté des armes prohibées , il répondit : Tant que je vivrai , tout criminel subira la peine capitale ; et il tint parole. Sans pitié pour les bandits qui infestaient l'Etat romain , il rendit contre eux de sévères ordonnances, qu'il lit exécuter avec une rigueur expéditive qui avait sans doute quelque chose d'oriental et de barbare, mais qui était un remède extrême opposé à un mal extrême. Partout, à la ville, dans les forêts, dans les champs, on voyait dressés des poteaux où des têtes de bandits étaient exposées. Les plus grands éloges du pape étaient pour les gouverneurs qui lui envoyaient le plus grand nombre de têtes , et il était au comble de la joie quand les étrangers le complimentaient sur la sûreté dont on jouissait sous son règne dans les terres de l'Eglise.
Il favorisa l'agriculture, projeta le dessèchement de la Chianad'Orvieto et des marais Pontins, travailla à relever l'industrie, et donna des encouragemens à la fabrication de la laine et de la soie. Les villes lui durent aussi des institutions destinées à arrêter l'accroissement de leurs dettes , et qui préparèrent le retour progressif de la prospérité des communes.
Sous son ponlificat, Rome s'agrandit considérablement par des constructions nouvelles. La population de cette ville déchue s'éleva au-delà de 100,000 Ames, le plus haut chiffre qu'elle eût atteint depuis des siècles. Sixte V contribua surtout à cette augmentation en amenant l'eau dans les nouveaux quartiers par de magnifiques aqueducs , dignes de l'ancienne capitale du monde. A cet immense ouvrage il ajouta l'érection de l'obélisque devant l'église de Saint-Pierre, l'achèvement de la coupole de cette grande basilique, le palais de Latran , et d'autres édifices par lesquels il prétendait égaler les splendeurs de Rome chrétienne à celles de Rome païenne. Son économie, en lui ménageant un grand excédant de ses revenus sur ses dépenses ordinaires, fournissait aux frais de ces constructions. Mais ce fut à une source moins pure que Sixte V puisa le trésor de quatre millions et demi de scudi qu'il accumula, pour les besoins éventuels de la papauté, dans le château Saint-Ange. Il le dut a de fâcheux moyens, à la vénalité des charges, à l'établissement de taxes nouvelles. Il gouverna glorieusement, mais durement (1), et mourut (en 1590 ) admiré et haï des Romains qui renversèrent les statues qu'on lui avait jadis élevées au Capitole.
Après lui, Urbain VII 9 Grégoire XIV, Innocent IX ne régnèrent que quelques mois. Clément VIII leur succéda en 1592, réunit Ferrare au saint-siége en 1598 (voyez ci dessus Y Histoire Ferrare), et mourut en 1605. Il fut remplacé par Léon XI, qui mourut au bout de vingt-sept jours. Paul V, son successeur, de la famille Borghèse, la combla de richesses. ( Voyez ci-dessus, article Venise, les différends de ce pontife avec cette république. ) Grégoire XV lui succéda en 1621 , et régna deux ans. C'est sous ce pape, zélé pour les progrès de la foi catholique , que la Propagande fut établie , et que les fondateurs des jésuites, Ignace et Xavier, furent canonisés. Ce même pontife confirma en 1621 la congrégation de Saint- Maur si célèbre dans la suite par ses savans et utiles travaux, et dont Louis XIII avait autorisé rétablissement en 1618.
(1) «Sous lui tout tremblait, dit Muratori ; telle était la vigueur de sa justice» qu'il paraissait n'avoir nul souci de se faire aimer de ses sujets. On dit qu'encore aujourd'hui les Romains font peur aux eufàns avec son nom. {Dicono che anche oggidi si fa paura a i fanciulli col juo nome). »
Le cardinal Maltco Barberini, qui monta après Grégoire sur lesaint-siége, en 1623, sous le nom d'Urbain VHI, fut, encore plus que Paul V, prodigue des biens de l'Eglise envers ses neveux. Ceux-ci, non contens du pouvoir qu'il leur abandonnait, et de la brillante fortune qu'il leur avait assurée, voulurent se servir de son nom pour acquérir les duchés de Castro et de Ronciglione , Cefs de la maison Farnèse, situés entre Rome et la Toscane. Edouard Farnèse, à qui appartenaient alors ces deux duchés, en contractant à Rome des dettes énormes dont il ne payait point les intérêts, avait donné au gouvernement pontifical un prétexte plausible pour ordonner la saisie de ces ûefs , et pour lui proposer ensuite un traité de vente ou d'échange ; mais il ne voulut entendre à aucun accord avec les Barberini, Une guerre entre PEglise et le duc de Panne, la seule de tout ce siècle qui fût d'origine italienne, éclata a cette occasion en 1641 . Le duc de Modène, le grandduc de Toscane et la république de Venise y prirent part comme alliés d'Edouard Farnèse. Le ravage d'une grande étendue de pays, la ruine des finances de Y Eglise (1) et du duché de Parme furent la suite de cette guerre, dont le ridicule passa encore le dommage. Taddéo Barberini, qui commandait près de vingt mille hommes dans le Bolonais, s'enfuit avec son armée, qui se dissipa tout entière à l'approche d'Edouard Farnèse, quoique celui-ci n'eût avec lui que trois, mille cheyaux. Edouard ayant, à son tour, perdu ses avantages par son inconséquence , sa présomption et sa prodigalité , un traité conclu à Venise, en 1644, rétablit les deux parties belligérantes dans l'état où elles se trouvaient avant la guerre. Urbain VIII mourut la même année, « ayant rempli, disaient « ses ennemis, le monde de guerres et Rome de gabelles, « orbem bellis, Urbem gabellis implevit. » Il avait réuni au saint-siége le duché d'Urbin par l'abdication du duc François- Marie de la Rovère, qui régnait depuis 1574, et qui, affligé de la mort de son fils unique, se démit de sa souveraineté en faveur de l'Eglise l'an 1626. Urbain VIII eut pour successeur
(1) Sous l'administration d'Urbain VIII ou plutôt de ses neveux , les dettes de la chambre apostolique s'élevèrent si haut, que les intérêts absorbaient annuellement 1 ,500,000 écus d'or, c'est-à-dire presque les deux tiers des revenus de l'état.
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Innocent X, dont le nonce, FabioChigi, assista comme médiateur au congrès de Westphalie.
Possessions espagnoles. — Milanez, royaumes de Naples et de Sicile 9 Sardaigne (1559-1648). — Dans le seizième siècle, la maison d'Autriche étendait sa souveraineté sur quatre des états les plus puissans de l'Italie : le duché de Milan, l'île de Sardaigne ; les royaumes de Naples et de Sicile.
L'administration espagnole n'était pas faite pour réparer les maux que le Milanez avait soutterts pendant les guerres longues et sanglantes dont il avait été le théâtre et l'objet. (Voyez les Règnes de Louis XII et de François Ier. ) Des impôts excessifs ruinèrent le commerce, les manufactures et l'agriculture dans cette fertile contrée. Philippe 11 voulut encore aggraver le joug qu'elle portait en y établissant l'inquisition espagnole (15C3); mais la crainte d'une révolte de la part des Milanais l'obligea de renoncer à son dessein. Le duché de Milan n'ayant manifesté , pendant le reste de ce siècle , non plus que pendant le dix-septième, ni volonté nationale, ni résolution qui lui fût propre, ne peut pas plus être désormais l'objet d'une histoire séparée qu'aucune des autres provinces de la vaste monarchie autrichienne. Nous garderons le même silence sur la viceroyauté de Sardaigne qui n'ofiFre aucun intérêt. Quelques événemens remarquables en donnent davantage à celles des royaumes de Naples et de Sicile. En 1547, don Pedro de Tolcdo, qui fut vice-roi de Naples pendant vingt ans, et y ût d'ailleurs de beaux établisseraens et des réformes très-utiles qui l'ont fait surnommer le grand vice-roi (1), entreprit d'y introduire le tribunal odieux de l'inquisition; mais cette tentative échoua, comme celle qui fut faite à Milan seize ans plus tard, par la
■ (1) D assura par une sévérité nécessaire et par de bons réglemens l'exercice de la justice, ainsi que la police des villes. Naples lui dut des embellissemens utiles , entre autres l'alignement ou le pavage de ses rues, et l'existence de celle de Tolède, une des plus grandes et des plus vivantes de l'Europe. Le fameux Montre-Piété, qui, fondé originairement par des dons cliaritables , est devenu une des plus riches maisons de ce genre, est un de ses établissemens. Il répara toutes les places fortes du royaume et principalement les places maritimes , pour les mettre à l'abri des incursions des Turcs. Mais on lui reproche l'expulsion des Juifs que, soit par suite des préjugés de son siècle, soit par des motifs de politique, il bannit du royaume en 1540.
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résistance des habitans. En 1565, la Sicile fut menacée d'une invasion redoutable par Une flotte ottomane que Soliman destinait à en faire la conquête; mais, contre l'avis du pacha Mahomet qui commandait l'expédition, le sultan voulut que son armée commençât par le siège de Malte. Toute la puissance des Turcs vint se briser contre les héroïques efforts du grandmaître La Valette et de ses chevaliers , et la Sicile fut sauvée. Cette île et le royaume de Naples essayèrent dans le siècle suivant de secouer le joug odieux des Espagnols. Les revenus du royaume de Naples montaient à six millions de ducats (1). On en consacrait à peine le tiers aux dépenses d'administration; le reste était annuellement exporté pour acquitter les dettes de l'Espagne ou solder ses armées. Sous les gouvernemens du comte de Monterey et du duc de Médina, de 1631 à 1644, les besoins de la guerre avaient amené un redoublement d'extorsions , et plus de cent millions de scudi avaient été tirés du royaume. Cet emploi des tributs du peuple pour des intérêts étrangers lui causait un extrême mécontentement, qu'irritait de jour en jour l'accroissement progressif de toutes les charges. Les vice-rois , pour satisfaire leur propre avidité ou celle de leur cour, inventaient incessamment quelques nouvelles gabelles, que, dans leur ignorance de l'économie politique , ils faisaient porter presque toutes sur les denrées de première nécessité. Les pauvres ne pouvant plus atteindre au prix des objets taxés, étaient obligés de s'en priver successivement. Une gabelle sur les fruits, estimée à 80,000 ducats pour la ville de Naples, leur parut établie pour leur enlever le seul aliment qui fût encore à leur portée, et les poussa au désespoir. Ils se soulevèrent le 7 juillet 1647 contre le duc d'Arcos, alors vice-roi, sous la conduite d'un jeune pêcheur d'Amalû, nommé Mas ou Tommaso Aniello. Us réclamèrent les privilèges du royaume, reconnus par Ferdinand et par Charles-Quint, et d'après lesquels aucun nouvel impôt ne pouvait être mis que du consentement du parlement. Le gouvernement, après avoir déployé vainement l'appareil de la
(1) Les impôts, en moins d'un siècle, avaient été quadruples. En 1558 , ils n'étaient que de 1 ,770,000 ducats ; en 1574, ils s'élevaient à 2,535,000 ; ils étaient de 5,000,000 en 1620. Us montaient à dix millions de ducats vers 1047.
force , fut contraint de traiter avec eux. Pendant plusieurs jours, Mazanicllo, roi en haillons, à demi-nu, mais ayant pour trône un échafaud, pour sceptre une épéc, et pour cortège cent cinquante mille hommes de populace en armes , exerça dans Naples un pouvoir illimité. Quelques actes de fermeté et de justice signalèrent d'abord son autorité; mais bientôt, soit qu'un breuvage donné par le vice-roi, soit que l'ivresse de la fortune ou de la débauche eût troublé sa raison, il perdit la confiance de son propre parti par ses extravagances et ses cruautés, et le duc d'Arcos en profita pour le faire assassiner le 16 juillet. Pensant avoir abattu la sédition avec son chef, le vice -roi crut pouvoir impunément annuler les engagemens qu'il avait pris. Ce manque de foi excita une nouvelle rébellion (21 août), et les Espagnols furent réduits une seconde fois à capituler. Lorsque, par des protestations solennelles, ils eurent décidé les Napolitains à poser les armes, ils violèrent encore leurs promesses , et les Napolitains se soulevèrent encore avec le même succès. Ce fut alors qu'ils appelèrent à leur aide Henri de Lorraine, duc de Guise, qui se trouvait à Rome dans ce temps-là. Celui-ci, descendant par les femmes de la seconde maison d'Anjou, croyait avoir des droits à la couronne de Naples. Comptant sur les secours de la France, il accourut à la voix des insurgés , qui le déclarèrent généralissime et défenseur de la république royale de Naples. Mais il ne put s'accorder avec Gennaro Ânnèse, l'homme le plus influent du parti populaire et le véritable chef de la révolution. Celui-ci, jaloux du duc de Guise, et craignant en même temps la jalousie de ce seigneur, traita secrètement avec les Espagnols, et leur ouvrit les portes de la ville en 1648. Le duc de Guise fut fait prisonnier, et ne recouvra la liberté qu'en 1652, par l'intercession du prince de Condé alors transfuge chez les Espagnols. Un joug plus pesant que jamais fut imposé aux Napolitains. La plupart des auteurs du soulèvement furent mis à mort, et le dernier service, par lequel Gennaro Annèse avait cru effacer ses offenses passées , ne le garantit pas de l'échafaud (1).
(t ) Le mécontentement excité par ces cruautés dans le royaume de Naples encouragea le duc de Guise, qui y comptait encore des partisans, à tenter,
Une insurrection pareille avait éclaté à Palertne en 1647. Elle fut de moindre durée et de moindre importance que celle deNaples; mais elle présenta à peu près les mêmes circonstances. Joseph d'AUssio, tireur d'or, y joua le rôle et eut le sort de Mazaniello : comme lui il fut reconnu pour chef par le peuple; comme lui, il fut massacré par ses propres partisans, qu'avait gagnés le vice-roi Los Vêlez. Enfin, à Palerme comme àNaples, après une amnistie trompeuse, les principaux rebelles furent envoyés au supplice, et les gabelles qui avaient causé le soulèvement, et que le vice-roi avait abolies, furent rétablies dans toute leur rigueur.