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ÉTABLISSEMENTS

reux , qu'elle fit changer de face au commerce anglais sur toutes ces côtes. Elle agrandit le fort du cap Cors / ou cape Coast, seul reste des anciennes compagnies, qu'elle avait acheté de la dernière poiir la somme de 34,000 livrés sterling; elle bâtit ceux d'Acra ou Acara, de Dixcove (i), Winnebah de Sukkondi (a), de Commendo et d'Anamabo ; tous tor la côte d'Or , et trois d'entre eux à la portée du mousquet des forts hollandais. Elle acheta des Danois le fort de Frédériksbourg. Elle en bâtit un nouveau à Bida (3) , ou Whi* 3ah; enfin, malgré les murmures et les fortes oppositions des Hollandais , elle rendit son commerce égal à celui de Hollande, et supérieur à celui de toute autre nation.

Il paraît qu'elle portait annuellement en AfiriqUe la valeur de 7,000 livres sterling en laines et autres marchandises d'Angleterre ; qu'elle fournissait un grand nombre d'esclaves aux colonies anglaises de l'Amérique avec tant de générosité et d'indulgence , qu'elle leur faisait quelquefois des crédits considérablés ; qu'elle faisait entrer en Anigleterre une gro^e quantité de bois rouge, de dents d'éléphants, et d'autres richesses, avec tant de poudre d'or, qu'on en frappait souvent tout à la fois trente et jusqu'à cinquante mille gutnées, qui étaient distinguées par la marque de l'éléphant. Cependant elle avait beau-

(t) Dickie's Cove dans Churchill, t. v, p. 668 ; c'est le vrai nom qu'oiL abrège sur les cartes.

(a) Sacondé de la carte de d* Anville (1775).

(3) Cest le véritable nom du pajrs, que les Français appellent par corruption Jnda, et ïes Anglais Whidah.

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€oup moins de succès sur la cote du nord, où, vers l'aimée 1673, la compagnie hollandaise des Indes occidentales possédait les forts d'Arguim, les Français celui de Saint-Louis à l'embouchure du Sénégal , les Anglais mêmes celui de James sur la Gambie, avec un petit château à Sierra-Leone. Le commerce de cette cote était libre alor^ aux trois nations, depuis le cap Blanc jusqu'au cap de Monte. Mais en 1677 ^^ 1678 les Français chassèrent les Hollandais d'Arguim et de Gorée. Ensuite, ces deux places étant demeurées, par le traité de Nimègue, à la icompagnie française du Sénégal, ils firent valoir leurs prétentions au cîommerce exclusif de cette cote. Ils saisirent des vaisseaux du Portugal, de Hollande et de Brandebourg, et n'eurent pas plus de ménagement pour les Anglais, jusqu'à la guerre qui s'éleva en 1690.

La révolution d'Angleterre fut bientôt suivie du commerce d'interlope, qui ne servit pas peu à ruiner les af&ires de la compagnie royale. Les aventuriers , diminuant le prix des marchandises de l'Europe, et rehaussant celles du pays, causèrent tant de préjudice à la compagnie, qu'elle se vit forcée d'implorer le secours du parlement. Mais les suffrages publics étaient alors pour la liberté du commerce. En 1697 ' '^ parlement se laissa persuader d'ouvrir pendant treize ans le commerce à tous les particuliers qui voudraient l'entreprendre, en payant à la compagnie un droit de dix pour cent , destiné à l'entretien des forts et des châteaux d'Afrique. Depuis ce moment la décadence des affaires devint sensible. Elles étaient dans un si triste état en 1709, que la

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compagnie 9 après avoir présenté un mémoire au parr lement pour lui exposer ce qu'elle avait souffert de la licence du commerce , n'eut pas d'autre ressource que d'entrer dans un traité de neutralité avec la compagnie française, pour tous les établissements qui étaient entre le cap Vert et Sierra-Leone.

L'acte qui avait ouvert le commerce étant expiré en 1712, toutes les plaintes qui avaient été portées au parlement ne l'empêchèrent pas de le renouveler. Alors la compagnie changea de principes, et se persuada enfin qu'il n'y avait pas de méthode plus sage, ni plus avantageuse pour elle-même et pour le bien général de la nation. Elle reconnut que la véritabFe cause de sa décadence avait été Toppositiou mâme qu'elle y avait apportée, et les efforts qu'elle avait faits pour exclure les particuliers du commerce d'Afrique, En effet, les violences qu'elle avait exercées contre eux n'ayant servi qu'à les irriter, ils s'étaient crus en droit de ne rien épargner pour, ruiner toutes ses mesures; et cette guerre mutuelle avait été presque également funeste aux deux partis, tandis que personne ne s'était mêlé de les réconcilier. La compagnie, par la situation de ses forts, et par la facilité qu'elle avait de pénétrer dans les rivières navigables , pouvait étendre son commerce dans l'intérieur de l'Afrique, et trouver ainsi le débit d'une grande quantité de marchandises. D'un autre coté, les particuliers étaient plus en état de fournir des nègres aux colonies de F Amérique, parce qu'ils pouvaient équiper leurs bâtiments à moins de frais, surtout dans les pays étrangers. On ajoutait qu'ils entretenaient un commerce

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général avec les colonies anglaises; qu'ils y avaient des correspondants, des parents, des associés, dont ils pouvaient espérer plus de justice et des retours plus fidèles que la compagnie n'en pouvait attendre de ses agents (i).

Toutes ces raisons firent comprendre aux directeurs de la compagnie que le meilleur parti était dç s'entendre avec les marchands particuliers. A la vérité, elle ne pouvait manquer d'y perdre quelque chose, tandis que la nation en général y trouverait ses avantages; et cette perte l'aurait mise à la fin hors d'état de soutenir la dépense de ses établissements et de ses forts. Mais comme il n'était pas juste aussi que les particuliers jouissent de la protection des forts qui avaient été construits , sans contribuer aux frais de leur entretien , la compagnie devait s'attendre avec raison qu'on la dédommagerait par des équivalents. Elle fit là-dessus ses représentations au comité du commerce et des colonies, qui lui demanda un état de la nature, du nombre, des forces, de la situation, de la valeur et de l'importance de tous ses établissements. Ce mémoire fut fourni au comité , avec celui des charges et des dépenses qui étaient indispensables pour l'entretien (2).

Le 26 de mars 1730, la chambre des communes prit les résolutions suivantes: 1° que le commerce d'Afrique continuerait d'être libre; a"* qu'il serait exempt de toutes sortes de droits pour les forts et les

(0 Voyez les deux mémoires déjà cités. *

(2) Ibid.

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établissements ^ui appartenaient à la compagnie; , 3^ que ces établissements et ces forts senûent entrertenus; 4^ qu'on assignerait des fonds pour cette dépense.

En conséquence de ces résolutions , le comité régla la somme annuelle de 10,000 livres steriing pour l'entretien des forts; cette somme n'a pas cessé dans la suite d'être payée fidèlement. Mais la compagnie se plaignit qu'elle n'était pas suffisante. Elle fit voir^ par ses livres de compte, que depuis le 3i décembre 1729 jusqu'au 3i décembre 1741? 1* dq)ense des forts et des établiss^nents d'Afrique, sans y comprendre les commissions des agents, l'intérêt des sommes, et d'autres charges qui, dans l'espace de quatorze ans, sont montées à 70,000 livres, n'a pas été moins de 2o3,433 livr^ 5 scliellings 10 sous sterling; ce qui revient chaque année à 16,95^ livres 1 5 schellings et 5 sous. Ainsi la compagnie a dépensé 101,263 livres \[\ schellings 8 sous plus qu'elle n'a reçu du parlement; et depuis l'année 1697 que le conunerce fut ouvert, jusqu'en 1744? ^ ^'^ 1^^ ^ P^^ coûté moins de 607,600 livres steriing, par-dessus le secours qu'elle a reçu du public; somme dont l'intérêt, dans cet espace, à 4 seulement pour loo, monterait à celle de 1,675,451 livres sterling.

Depuis que les autres nations ont élevé des forts dans le pays de leur commerce , on ne saurait désavouer que les Anglais ne soient dans la nécessité d'en avoir aussi , puisque l'expérience a fait assez connaître que ceux qui ont pris soin de se fortifier dans leiirs établissements , se sont toujours efforcés d'attirer tout

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le commerce entre leurs mains, et d'en exclure les autres. Saiis parler de la conduite des Hollandais aux Moluques , on sait que , vers le milieu du dix-septième siècle, ils entreprirent de se mettre en possession de tous les avantages du commerce sur les côtes occidentales d'Afrique et de Guinëe. Ils se saisirent de plus de vingt bâtiments anglais. On a déjà fait observer quelle fut la perte des marchands d'Angleterre. La compagnie qui subsiste aujourd'hui ne se serait pas mieux soutenue que les précédentes , si elle n'avait entretenu les anciens établissements , et bâti de nouveaux forts. . •

En 1681 , les Français entreprirent aussi de s'emparer du commerce des côtes occidentales d'Afrique. Ils ne souffraient aucun navire étranger dans la baie d'Arguim ; et par leurs forts, à l'embouchure du Sénégal et dans l'île de Gorée, ils s'attribuaient un droit exclusif dans une étendue de quatre cents milles de côtes. En même temps ils poussaient leur commerce sur la rivière de Gambie , à la vue du fort anglais , et vers Anamabo , sur la Côte-d'Or , à la vue du cap Cors et du château, d'où jamais on ne leur avait permis d'approcher. Leurs vaisseaux y parurent en grand nombre. Ils y ont acheté dix fois plus de nègres que les Anglais (i). Mais et les Français et les Hollandais ne font que ce que les Portugais ont fait avant eux, et ce qu'ils feraient encore s'ils en avaient le pouvoir. De là suivit la nécessité des forts , pour soutenir le commerce de la compagnie anglaise en Afrique. Elki

(r) Importance de la compagnie d'Afr^iue , u/fj suj?., p. 24 et suiv.

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se fit eqcore mieux sentir quand on considéra que l'Afrique seule fournit des nègres, et que c'est le principal soutien des colonies anglaises en Amérique. Si les Anglais n'avaient pas eu de forts sur les côtes d'Afrique , les Français et les Hollandais ne leur eussent pas permis de transporter un seul nègre dans leurs colonies.

Quelques politiques n'ont pas laissé de s'imaginer que des vaisseaux stationnés seraient capables de produire le même effet. Mais on leur fit reconnaître que sans forts il est impossible de soutenir l'égalité du pouvoir et du crédit ; impossible^'assister dans l'occasion les habitants du pays, de protéger les marchands sur le rivage ou dans les voyages qu'ils font au dedans des terres, de donner de la vigueur au commerce, et du poids aux négociations dans les cours des princes nègres. On fit l'expérience des vaisseaux stationnés sur la côte des Gommes. Mais quoique le gouverneur eût envoyé deux vaisseaux de guerre d'une force supérieure à ceux des Français, un seul fort de la compagnie française tint les nègres et les Maures dans une telle contrainte, qu'ils n'osèrent entreprendre le moindre commerce avec les Anglais. Le parlement et toute la nation n'ont pas douté, depuis cet exemple, de la nécessité d'entretenir les forts.

Mais comment la compagnie, disaient ses partisans , pourrait-elle fournir à tant de frais , si elle n'était secondée par les secours du public ? Les Français et les Hollandais n'ont pas attendu l'exemple de l'Angleterre pour sentir à quoi l'intérêt de leur commerce le^ obligeait en Afrique. Le roi de France, pour sou-

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tenir sa compagnie des Indes , lui accordait l'exemption de tous les droits pour les marchandises qu'elle transporte en Afrique et dans les colonies hollandaises de l'Amérique , l'exemption de la moitié des droits sur les marchandises qu'elle apporte d'Afrique , et de la moitié encore sur le sucre et les autres denrées qui viennent des îles et des colonies françaises en Amérique. Il lui donne i3 livres de ses propres revenus pour chaque nègre qu'elle transporte aux colonies de France , et 20 livres pour chaque once de poudre d'or qu'elle fait entrer en France.

Les états-généraux des Provinces-Unies, pour mettre leur compagnie des Indes occidentales en état d'entretenir ses châteaux et ses forts, lui accordent, avec quantité d'exemptions et de privilèges , plusieurs secours extraordinaires. Elle tire des provinces de Hollande, de Zélande et de Groningue, un subside annuel de 38,ooo florins; un droit de 3 pour 100 de tous les biens et les marchandises qui sont transportées par les Hollandais entre Terre-Neuve et le cap de la Floride , ou qui viennent des mêmes lieux ; un droit de 2 pour 100 sur tout ce qu'ils portent ou qu'ils apportent depuis le cap de la Floride jusqu^à la rivière d'Oronoko , en y comprenant Curaçao ; ces deux droits montent par an à plus de 100,000 florins; un droit de 5 guilders pour le lest , sur tous les vaisseaux qui commercent à Cuba, Hispaniola, la Jamaïque, Porto-Rico , et autres îles ou ports , depuis la rivière Oronoko jusqu'aux détroits de Magellan et de Lemaire, et de là jusqu'aux détroits d'Anian (i); ce qui est

(i) Le détroit actuel de Behring.

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évalué par an à 3,ooo florins; un tiers du produit de la colonie de Surinam, estimé annuellement à 10,000 florins; le profit total de la colonie dlssacape, qui vaut par an 20,000 florins ; enfin tous les profits qui reviennent des prises ou des permissions qu'elle est autorisée à donner aux bâtiments portugais qui viennent de Lisbonne et du Brésil pour acheter des nègres sur la cote d'Afirique, qui montent par an à 10,000 florins. Années communes, on estime la sonune totale de tous ces droits, à 1 7 1 ,600 florins , qui reviennent à celle de a5,ooo livres sterling.

Ces remarques suffisent pour donner une idée générale de Torigine et du progrès de la ccHupagnie royale d'Afrique. Jusqu'en 1745, elle n'avait sur la cote occidentale qu'un établissement fortifié, sous le nom de Jamesfort ou fort Saint-Jacques, à l'embouchure de la rivière de Gambie ; mais ses comptoirs étaient en assez grand nombre sur cette rivière. Elle en avait unà.Sierra-Leone, dans 111e de Bense, qu'elle avait pris le parti d'abandonner avant l'année 1728.

Malgré l'indemnité accordée à la compagnie d'AJrique, elle soutint toujours qu'elle était lésée par la liberté du commerce. Le parlement, déterminé à maintenir cette liberté, révoqua sa charte en ï75i, et lui racheta ses forts ef, ses établissements pour la somme de iJ2,i4^ livres sterling. On organisa une compagnie libre de marchands, à laquelle la somme de 10,000 livres sterling, pour l'entretien dès forts, fut allouée comme à la compagnie royale.

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