DE LA GAMME
sortes de bâtiments. Depuis la pointe de Barra (i) jusqu'à la pointe sud du banc Rouge , il a depuis six jusqu'à neuf brasses de fond au milieu de sa largeur. Le passage entre les pointes de Barra et de Bagnon , que plusieurs pilotes ont pris mal à propos pour l'embouchure, n'a pas moins de douze brasses; et de là , jusqu'à Jamesfort ou le fort Saint-Jacques , on trouve depuis six brasses jusqu'à neuf. Les deux côtés de la rivière sont bordés de bancs de sable ou de rocs , et celui du nord en présente assez loin dans l'eau; mais ils ne laissent pas d'être tous deux navigables pour les canots, et même pour les grandes barques dans les hautes marées.
On compte dix lieues depuis les Iles aux Oiseaux jusqu'à l'île Charles (2) , et deux jusqu'à la pointe de Lamai ou le Maine ; deux jusqu'à Albreda , et d'Albreda jusqu'à Jilfray (3), qui est vis-à-vis le fort anglais , une demi-lieue. £n entrant à gauche dans la rivière , on voit une touffe d'arbres dont l'un surpasse tous les autres en grandeur. Cette touffe s'appelle le pavillon du roi de Barra. Les Anglais, quoique naturellement fiers, se sont abaissés jusqu'à saluei* cette marque de terre ^ ou ce prétendu pavillon; ce qui inspire tant d^orgueil au roi de Barra, qu'il exige les mêmes respects de tous les vaisseaux qui entrent dans la rivière ; et ceux qui les lui refusent doivent s'attendre
(i) Pointe de Barre sur la carte de d'AnviUe; mais il nomme le royaume Barra.
(a) Nommée par les Français Vile aux Chiens.
(3) Moore , p. 19 , écrit GiUyfree , ce qui signifie Gilly-libre. D'Anville écrit Jilfree. Purdy , sur sa carte d'Afrique, met JiH^rey.
qu'il leur défendra le commerce , et qu'il leur fera tout le mal dont il est capable. Les états de ce prince n'ont que dix-huit lieues d'étendue de l'est à l'ouest , du coté du nord de là Gambie , et sont renfermés entre cette rivière et celle de Janok (i).
Quoique l'embouchure et le canal de la Gambie soient profonds, comme on en peut juger par les mesures de la sonde , qui sont marquées dans la carte , il est à propos cependant d'y entrer la sonde à la main , et de porter plus au nord que vers la rive du sud , où l'on ne trouve ordinairement que trois brasses d'eau. Quantité de vaisseaux se sont mal ti'ouvés d'avoir négligé cette précaution. Comme le sable est doux et sans rocs , le danger n'est pas d'y périr; mais on se jette dans un grand embarras, ne fut-ce que celui d'attendre le retour de la marée pour se dégager. Quand on a passé la pointe de Barra et File Charles , on suit la rive du nord, qui est fort douce, jusqu'à ce qu'on ait jeté l'ancre vis-à-Vis d'Albreda ou de Jilfray, sur six ou sept brasses d'un fort bon fond. Ces deux villages se font connaître à quantité d'aribres qui les environnent , et par une petite île au milieu du canal, dans laquelle est situé Jamesfort. La largeur de la rivière en cet endroit est d'environ trois lieues. Pendant près de cinquante lieues , en remontant jusqu'à Joar (2) , elle est large d'une lieue (3), et navigable pour un vaisseau de quarante canons et de trois cents
(i) Appelée GheDac sur h carte de d'Anville. C'est celle qui passe à Kerendi.
(a) Cest ïe mêiàe lieu que Labat a appelé Guiahor. (3) Dans la carte , en\iron deux milles et demi.
DE Lk GAMBIE. 289
tonneaux. Elle peut recevoir: des bâtiments de cent cinquante tonneaux jusque fort près de Barraconda , qui est à plus de cinq cents milles (i) de son embouchure. La marée remonte jusqu'au même lieu dans la saison de la sécheresse, c'est-à-dire depuis le mois de décembre jusqu'à ceux de juin ou de juillet. Pendant le reste de l'année il est presque impossible de remonter la rivière, a cause des flots que la saison des pluies apporte avec tant de violence. Il est également difficile de les surmonter à la voile avec un bon vent, et de se faire tirer même au long des rives, parce qu'elles sont si couvertes d'eau , qu'on ne peut entreprendre de les suivre à pied. C'est un grand avantage que la rivière du Sénégal a sur la Gambie. Le meilleur temps pour la navigation sur la première est la saison humide , parce qu'il s'y trouve alors assez d'eau pour passer les basses et les rocs , qui arrêtent les barques dans les temps secs.
A cette description de la rivière de Gambie , qui est tirée de Jobson, de Moore, de Froger, de Labat et de la carte anglaise , nous joindrons quelques circonstances de la relation de Barbot, mais en avertissant que , suivant sa coutume , il a recueilli indifféremment le bon et le mauvais, sans faire connaître ses sources.
Ce voyageur rapporte (pt) que l'embouchure de la
(i) Labat dit deux cent cinquante lieues, ou sept cent cinquante milles ; mais dans sa carte on trouve à peine cent lieues ; ce qui marque que Barraconda y est mal placé.
(a) Barbot , .Description of the coast of north and soutk Gitinea , book X, ch. vil, t. T, p. 72 de la Collection de Churchill.
Gambie a trois milles de large et six ou sept brasses de prc^3ndeur ; que le fond en est bourbeux ; qu^à quelque dîdtatice à l'ouest sont les basses qui ont étë nommées par les Portugais baxos de Gibandor. Le véritable canal , dit -il y est du coté du sud; mais en entrant il faut prendre celui du nord. La rivière est fort navigable jusqu'à Dobbo (i) et Arse4iilt (Montdu-Cul ) , d'où l'on compte en droite ligne quatrevingts lieue^ par terre jusqu'au cap Sainte*» Marie, mais beaucoup plus par eau. La moindre profondeur près de l'île Jeremire (ft) est de trois brasses, excepté vers qudques rocs, qui sont quelques lieues plus bas, où l'on ne trouve que neuf piçds d'eau^ Les patties de la rivière au^essus d'ArseJIill sont si peu fréquentées, que l'auteur (3) n'en put rien apprendre.
Au côté nord de l'embouchure de la Gambie ^ il sort une pointe l(mgue et basse, presque imperceptible à ceux qui viennent de la mer dans un temps nébuleux. La terre est beaucoup plus haute du côté du sud, et couronnée d'arbres qui s'étendent au iK>rd<> est et au sud-ouest. L'embouchure est traversée par une espèce de barre , nord-ouest et sud^est, où l'on trouve quatre brasses d'eau dans la basse marée»
La véritsdïle direction pour entrer dans la rivière
(i) Ou Dubo Conda. Labat, t. iv, p. 269, met Dobbo dans sa carte.
(ft) Labm Im cbmie ce nom oomiBe Barbot Ces deux exemples semblent marquer qu'ils ont fait tous deux usage des mêmes cartes. Cette ile, par sa situation dans la carte de Labat, répond à celle de Lemain dans la nôtre. Il parait que ces deux noms ont été pris des villes du nord de la rivière, le Maine à Test, et Jeremire, ou Jeramai, à Touest.
(3) La carte de Labat finissant à Arse-Hill, c*est encore une preuve de la remarque précédente. La reconnaissance a été depuis poussée beaucoup plusloin» jusqu'à Barraconda.
D£ LA GAMBIE. 'agi
€ftt de porter vers la pointe de Barra , sur cinq ou six brasses 9 jusqu'à ce qu'elle se présente au sud-est, ensuite de jeter l'ancre si le vent est Ë^ible; mais, si l'on ne manque pas de vent, de continuer la même route, en sondant néanmoins jusqu'à ce qu'on soit arrivé sur quatre brasses et demie ou cinq brasses , et tenant toujours la pointe de Barra au sùd^est, et l'autre pointe, nommée Bagnon (i) par les Français, au sud quart est. Il feut revirer alors, et porter vers cette dernière pointe; après quoi , lorsqu'on l'a passée de deux lieues, il faut suivre le milieu du canal pour éviter un banc qui est autour de l'île aux Chiens (^), On peut ainsi gagner sûrement Jamesfort.
Tous les vaisseaux qui entrent dans la rivière, surtout les Anglais, saluent de trois coups de canon un grand arbre qui s'appelle le pavillon ou l'étendard du roi de Barra. Ils lui rendent te même honneur en sortant ; et l'usage est de payer une barre (3) de fer au roi^ ou à ses ojQSciers, pour le droit d'ancrage.
La rivière, depuis Cantor (4) jusqu'à l'Océan, fait quantité de détours (5). Depuis ce lieu elle est plus profonde et plus large que celle du Sénégal ; mais le cours en est moins rapide. Cependant elle entraîne des flots d'écume qui se découvrent en mer à neuf ou
(i) Moore écrit Banyon , et Barbot, dans Churchill , page 78 , Bayonne ; mais c'est une faute.
(a) Les Anglais rappellent île Charles.
(3) Moore dit cent vingt barres.
(4) Nommé ci-dessus Cantorsi.
(5) Cantorsi, Cantori, Cantro, semblent être le même nom, qui est rapporté différemment par différents écrivains, source ordinaire d'erreurs. Fonia est nommé plus bas Cantor.
29s DESCRIPTION
dix lieues du rivage. La marée remonte jusqu'à Bat*ruconda, où le passage est interrompu (i) par une chute d'eau terrible. Les rives de la Gambie, des deux cotés, sont basses, et coupées par quantité de ruisseaux. Le canal, devant la côte de Jagra, près de quatre petites îles qui sont vis-à-vis cette côte, a quatre ou cinq brasses de profondeur.
Il est plus aisé de naviguer sur la Gambie h nuit que le jour, parce que les jours sont calmes , et qu'il s'élève ordinairement le soir de petits vents fort commodes. Depuis l'île, qui est au-dessus de Mansagor (a) , la marée sert à remonter sans danger (3).
L'île de James n'étant qu'une espèce de roc plat, sans aucune anse où l'on puisse caréner , les Anglais carènent dans la rivière de Blok (4) ou de Bintam^ au sud de la Gambie , vis-à-vis le fort, dans un lieu nommé Blok, résidence d'tm prince nègre qui se qualifie empereur du Grand-Cantor (5), et qui est sans cesse en guerre avec le roi de Barra (6). Les Fran-
(i) Barbot dit ici, contre toute Térité, que les chaloupes peuTent y passer. Ce qui est yrai seulement, par rapport unanime, c'est que, dans les grandes eaux, on passe avec des chaloupes À fond plat, faites exprès.
(a) Barbot ne marque pas la situation de cette ile ; car le nom de Mansagor n'est pas connu. Mais c'est apparemment vers l'embouchure, près la pointe Bagnon , où est nne ville nommée Mansaconda.
(3) Ici ^arbdt rappojfte oe qu'on a déjà lu sur l'île des Chiens^ ou de Charles.
(4) Froger nomme ce lieu dans sa carte de l'embouchure de la Gambie. Il est un peu au nord du lieu où Fouliconda est placé. Bintam, ou Vin* tam , ou Vintain , était la résidence de ce prince.
(5) C'est peut-être Fonia.
(6) Barbot confond deux fois Bar, ou Barra, avec Barsali, Bursalli , ou Buraaium.
DE LA GAMBIE. agS
fais pisétendent que la rivière de Blok se joint à celle de Combo (i), qui en est à quelques lieues vers l'ouest; qu'elles forment une île dans le lieu où elles se joignent, et qu'à l'ouest de Combo il y a une autre rivière nommée rio Brevétto (a).
On trouve sur la rivière dé Blok, près de son entrée dans la Gambie , le village de Barifet ( Berefet de d'Anville) qui est tributaire du roi ou de l'empereur de Cantor. Le roi de Barra réside une partie de Tannée dans la ville ou le village de Barra (3), qui est situé à la pointe nord de la Gambie, près d'un gros arbre que' les Portugais ont nommé arvore da Marca., parce qu'il sert à diriger les pilotes. Dans d'autres temps, ce prince fait sa demeure dans la ville d'Anna-Bar, qui est un. mille plu^ loin, au milieu d'un bois. Après le village de- Barra,. à l'est, on^ trouve sur le bord de la Gambie les villages de Grigou, de Bubakulou, et celui de Lami (4), qui est presque à l'opposite de l'île aux Chie»s» Un peu à l'est de ces villages, on rencontre Albreda et Jilfray, où
(i) Gumba, ou Combo, est, sur la caste de d'Anville, à l'embouchure de la Gambie, au sud, dans le royaume de même nom.
(a) Leis rivièl^ dont il est ici question sont celles qui coulent à Gabachir et à Berefét, dans le n^aume de Foini, selon la carte de d'Ao- •viDe, 1775.
(3) Barrât, on plutôt Barrinding, sur une rivière près de la pointe de Barra, est la capitale du royaume de Barra. Il y a un autre Barrinding un peu plus à Test dans le royaume de Badibou, comme il y a au sud un Fouliconda dans le royaume de Gaen , et quatre autres villes de ce nom dans les royaumes d'Eropina et de Jemarrou, ce qui n'étonne pas; Foultcouda signifiant la ville des Foulis.
(4) Lami doit être la pointe de Lamai de d'Anville ; mais Grigou et Bubakulou ne se trouvent pas sur sa carte.
les Français et les Anglais ont des comptoirs. Les Pot*tugais ont une petite église à Jilfray.
Barbot/quW n'a pas cessé de citer, ne place aucun autre pays au long de la Gambie , que l'empire de Cantor au sud, et le royaume de Bârsali au nord. Le pîigmier renferme plusieurs autres petits royaumes ; mais le second, qui est moins étendu, n^a pour tributaire qu'un petit prince nommé Woôlli^-Wôolli (i). Ces deux royaumes, dit^il, contiennent quantité de grandes villes et de villages, la plupart à l'est de la Gambie sur ses bords. Il nomme quelques-uns des principaux qu'il a tirés de Jobson, sans en convenir; et la confusion qu'il met dans son récit ne peut apporter beaucoup de lumières au lecteur.
La source de la Gan^ie est encore incertaine. Gomme on n'a pu jusqu'à présent se procurer de véritables lumières , on s*est partagé en autant de conjectures que sur le Niger , ou Sénégal , dont la plupart prétendent qu'elle n'est qu'un bras.
Labatest persuadé que la Gàmbiedok être une branche du Sénégal (a). Il fonde son opinion sur le témoignage des nègres, surtout des mardiands mtodingues, qui sont depuis long-temps dans l'habitude de voyager sur ses rives , au^essus des cataractes de Barraconda , et jusqu'aux bords d'un lac rempli de grands roseaux, où elle se perd assez long-temps. Tous ces nègres, dit-il, s'acc(MHlentà déclarer que la Gambie sort du Sénégal, au-dessous d'une grande cataracte où ce dernier fleuve
(i) Barsali est le Bur-Salum de d'Anville. Cantor et Wodili sont beaucoup plus loin vers l'est. (a) Labat, t. iv, p. a 59.
DE LA GAHBI£. qtgS
aç divisa ea deux braaches. Pourquoi £çrâit-oj:i difficulté^ ditl^at, de s'en rapporter à ces témoigoages? On lui répond que les doutes ne viennent pas précisément de la grossièreté des nègres , qu'il repré^ptQ lui-même comme de fort mauvais géographes , et peu capables de remarquer le$ détours et les distances; mais de la confusion qu'il met dans son propre récit , de quelque source qu'il çu ait tiré les mémoires, et de plusieurs imperfections qu'il a dû reconnaître lui-même, s'il a pris la peine de les examiner.
Les ÂugUis se sont: efforcés, dans plusieurs temps, de découvrir l'origine de laQambie, sans avoir jamais pu se procurer des lumières certaines au-»delà des cataracte$ de BarraCQuda , c'est-à-dire environ cinq cents milles au-dessus de son embouchure. Peut-être ont-ils été arrêtés par les mêmes obstacles qui ont empêché le^ Français de péQétrer sur le Sénégal audelà du roc de Govina. Le capitaine Thomson, et Jobson après lui , vers l'année i6i 8, remontèrent cent vingt lieues au-4essus de Barraconda. Vermuyden et quelques autres allèrent presque aussi loin, sous le règne de Charles IL En 17Î14 le capitaine Stibs alla trente lieues au-delà de Barraconda. La compagnie royale d'Afrique, voulant être informée jusqu'où la Gambie était navigable, et s'ouvrir de nouvelles voies de commerce sur cette rivière, fit partir, en 1732 , plusieurs petites chaloupes pour cette découverte. Thomas Ilarison, un de ses principaux facteurs, qu'elle avait chargé de cette commission, revint à Jamesfort le 10 de juin de la même année. C'était le temps oîi Moore , dont nous citons ici le témoignage ,
agô DEScHiPTiorr
se trouvait dans ce comptoir. Sa curiosité le portant à tout observer-, il sut que Harison n'avait pas passé Fatatenda, comptoir dans le royaume de WooUi; mais qu'ayant envoyé de là une barque à la découverte , sous la conduite de Jean Leach, celui-ci avait rencontré, vingt lieues plus loin , une chaîne de rocs qui: semblait boucher le passage de la rivière, et que cet obstacle, joint à la diminution de ses vivres, l'avait obligé de retourner sans avoir mieux rempli sa commission. Moore ajoute que , suivant la tradition des habitants, la rivière est navigable beaucoup aU'Klelà, jusqu'à certains grands lacs. C'est tout ce qu'il rapporte sur le témoignage des nègres ; et si l'on excepte cette pluralité de lacs au lieu d'un , il s'accorde sur ce point avec le récit de Labat, ou plutôt de Brûe. Le nord et le sud de la Gambie sont divisés entre plusieurs petits princes nègres , qui prennent tous te titre de rois , quoique plusieurs de leurs états soient de si peu d'étendue qu'on peut tes traverser dans l'espace d'un jour. Suivant la relation de Moore, le premier royaume du côté du nord est celui de Barra, dont on a déjà parlé , et qui s'étend vingt lieues au long de la rivière. Son roi est de la race des Mandingues, -et tributaire du roi de Barsalî ou Bur- Salum. C'est dans ce royaume qu'est située l'île Charles ou l'île aux Chiens, à six lieues de la mer, et à une portée de fusil de la rivière. Les Anglais y avaient autrefois un fort, qu'ils ont laissé tomber en ruines. On trouve dans la rivière deux basses de sable et de rocs du côté de Barra; l'une à la pointe de Lemain ou I^mai, l'autre à la pointe de Sika ou Chique; la
JOi
DE LA CAMISIE. f^QJ
première y six milles au-dessous de Jamesfort, et la seconde y un peu au-dessus.
L'île de James est située vis-à-vis de Jilfray ou Gilfrai, d'où il soft une langue de sable et de rocs qui s'étend assez loin au nord-ouest, et qui porte le nom de company's spit. U est arrivé à plusieurs vaisseaux d'y échouer, faute de précaution.
Après le royaume de Barra,* on entre à l'est dans celui de Badelou ou fiadibou, qui a, vis-à-vis de Tankrowal, village du royaume de Caën, sur 1^ rive du sud, une île dont la ville même de Badibou n'est séparée que par un filet d'eau. Autrefois cette île fournissait de la pierre à Jamesfort. Mais en 1^33 le directeur anglais, nommé Hall, en trouva beaucoup plus près du fort. Le roi de Badibou est mandingue, et son pays a vingt lieues d'étendue.
Le royaume suivant est Sanjalli (i), qui, malgré sa petitesse, est un pays indépendant. Le roi est mandingue, et ses états ont quatorze lieues d'étendue au long de la rivière.
Plus loin vers le nord, on entre dans une partie du royaume de Bursali ou Bur-Salum , gouverné par un prince jalof. Ce pays commence à la mer, où la rivière du même nom vient se décharger. Il s'étend derrière les royaumes de Barra, de Kolar (2) et de Badibou, d'où, s'avançant sur la Gambie, il occupe ses bords l'espace de quinze lieues. Une de ses principales villes
(i) D*AnTille n'indique Sanjalli que comme un village, (a) Kolar est dans les terres entre Barra et Badibou. labat se trompe ici , en mettant Gliika entre ces deux royaumes.
â^S DESCRIPTION
est Joar (j), située à deux milles de la rivière, dont elle est séparée d'abord par une plaine très-agréable de la largeur d'iia taille, et de là par une crique fort étroite y qui a la même étendue jusqu'au port de K.o¥rer (a)» Le commerce est considérable dans ce canton, et se fait dans un lieu nommé la Pointe de Rumbo (3), trois millea au-dessus de Joar, et prèsqu'à lamême distance de Kower, U se rend alors à Kower plus de monde que dans aucune autre ville de la rivière, parce que si les marchands ne trouvent pas l'occasion de vendre leurs esclaves en chemin , c'est dans ce port qu'ils les amènent. L'eau de la rivière est toujours fraîche dans la crique de Joar.
I^ royaume de Barsali est suivi de celui de Yani (4)> grande région qui se divise en deux parties, l'une nommée le haut, l'autre le bas Yani, Elles ont toutes deux chacune leur roi. Sur la rive de ce pays est située l'île Bird (5), douze lieues au*-dessus de Joar. On ne voit point un arbre dans cette île; mais le terrain en est marécageux. Trente lieues au-dessus, contre la même rive, on trouve un grand nombre d'îles, nommées Sappo, dont quelques-unes sont assez grandes , mais toutes inhabitées. Celle qu'on appelle I-^main a
(i) G'e9t ce quQ Labat appelle Gulahor.
(2) Kiawer, sur la carte de d'Anville, qui Tiadique comme le lieu d'un grand commerce, et ou se rendent les marchands appelés Ghiueas. C*est Caour dans I^at.
(3) Cette pointe n'est marquée sur aucune cai-te.
(4) Guniania, dans Labat. Moore dit, à tort, que c'est le même lieu qui est nommé Ghana par le géographe nubien.
(5) C*est nie des Oiseau^i , marquée sur la carte de d'^nville. Elle est très- petite.
DE LAl GAMBIE. 299
quatre lieues de longueur. Elle est remplie de bêtes &uves et de palmiers , ce qui attire souvent les nègres pour la chasse et pour y faire du vin. Six ou sept marées au-dessus, est la rivière de Sami (i), qui vient de fort loin dans les terres, et qui sépare le haut et le bas Yani. Elle produit un grand nombre de crocodiles* Après avoir dit qu'elle sépare les deux parties du pays de Yani , la relation ajoute qu'elle se jette dans la Gambie entre les royaumes de Bruko et de Yamyama-Conda (s^). Quoi qu'il en soit, ces deux royaumes au sud de la Gambie s'étendent l'espace de quatre-vingts lieues au long de la rivière, et sont suivis immédiatement de celui de Woolli (3), qui est au nord du fleuve , et au travers duquel les mardiands d'esclaves sont obligés de pastser pour se rendre à Kower, port de Joar. Ce pays a beaucoup d'étendue au long de la rivière. Vers Fatateinda, la Gambie est aussi large que la Tamise au port de Londres, et reçoit, à la faveur de la marée qui s'y élève de trois à quatre pieds, des barques de quarante tonneaux.
(i) Cctt celle où (fAnviUe a plfioé le port de Samey, qiicnqu*il ne donne pas 4e nom de la rivière.
(a) Ceci s*enteud de deux royaumes au sud de la Gambie , et vis-à-vis de l'embouchure de la rivière Samey, qui est sur la rive nord. En effet, la carte de d* JyHville iious donne la vUle de Bruko et cdie de Camiama-Omda (qui est le T;amyiuna-GoBda de notre texte). La première viHe est la capitale du royaume de Jamarou, et la seconde est la capitale du royaume de TomanL Ce sont là les deux royaumes dont il est question , qui se trouvent désignés dans le texte. Les auteurs anglais, et Prévost d'après eux, ont si peu com]^ la relation qu'ils analysaient, qu'ils prétendaient retrouver ces deux royaumes dans le haut Yani, s'imaginant que Burko et Yamyama- Conda étaient les rois qui les gouvernaient.
(3) Ouli et Oubi dans Labat.
3oO DESCRIPTION
Fatatenda est situé sur la rive du nord, à>cinq cents; milles de l'embouchure, et soixante milles au-dessus de Barraconda , où le cours de la rivière est intelrompu par les cataractes.
En retournant à l'embouchure de la Gambie pour suivre la rive du sud, on trouve d'abord, vers la mer, le royaume de Gombo, qui s'étend l'espace d'onze lieues, depuis le cap Sainte-Marie jusqu'à la rivière et au village de Cabata, lieu célèbre par l'abondance de ses chèvres, de sa volaille et de ses bestiaux.
Le pays suivant se nomme Fonia ou Foini. Il com«mence à l'endroit où la rivière de Cabata tombe dans la Gambie, et s'étend jusqu'à celle de Bintam ou de Vintain, c'est-à-dire l'espace de sept lieues au long de la Gambie; mais dans l'intérieur des terres il devient si grand qu'il est gouverné par deux empereurs de la race des Baguons. Ces deux princes ont chacun leurs territoires séparés; et, lorsque ce pays fut découvert, ils n'étaient pas indignes de leurs titres. Mais l'avidité du gain leur a fait vendre un si grand nombre de leurs sujets pour l'esclavage, que leurs états sont fort dépeuplés.
Fonia est borné à l'est par la rivière de Vintain ou Vintam, dont l'embouchure est large d'un mille, et qui est navigable pendant quelques lieues. On rencontre sur ses bords, à trois lieues de la Gambie, la ville de Vintain, située dans le pays de Fonia, et plus loin, du même côté, celle de Jereja.
Vis-à^vis de Jamesfort, du côté du sud, est une île à laquelle on n'a reconnu que depuis peu cette qualité, parce qu'elle n'est séparée de la terre que par une sorte de torrent. Elle se nomme Cabaschir. On
DE LA GAMBIE. Sof
y trouve quantité d'excellente pierre, qui sert aujourd'hui aux besoins de Jamesfort.
Après le pays de Fonia (i), on ehtre dans celui de Caën, qui n'en est séparé «que par la rivière de Vintain. Caën est gouverné par un empereur et par un roi, tous deux mandingues. Oh trouve danf^ ce pays Tankrowal, grande ville sur le bord de la rivière. Trois lieues au-dessus de Tankrowal, on rencontre, près d'une autre ville nommée Tendebar, plusieurs rocs qui s'avancent assez loin dans la rivière , et qui demeurent à sec au départ de la marée. Le pays de Caën a vingt-trois lieues d'étendue au long de la Gambie.
A l'est de Caën on trouve Jagra (2), canton célèbre par le naturel laborieux de ses habitants, et riche par cette raison en riz et en blé. C'est à ce royaume qu'appartient l'île des Eléphants dans la Gambie. Elle a quatre ou cinq milles de long. La terre en est marécageuse et couverte de bois.
On entre ensuite dans le pays de Yamina, qui produit beaucoup de volaille et toutes sortes de grains. Il a vis-à-vis de ses rives une fort belle île du même nom, et plus loin, presque au milieu de la rivière, une autre île plus petite, qui se nomme l'île du Cheval marin, parce qu'il s'y trouve toujours un grand nombre de ces animaux. Le royaume de Yamina s'étend quatorze lieues au long de la Gambie. Celui d'Eropina, qui le suit, a la même étendue jusqu'à Jemarrou.
(i) Foigni, dans Labat, qui ramène tout à la langue française. (3) Geagra dans Labat.
3oâ DESCRIPTION
Le royaume de Jemarrou est gouverné par un empereur mandingue, et s'étend trente-d^ux lieues au long de la rivière. U a, sur la rive, une grande ville nommée Bruko, qui n'est habitée que par des Mandingues, zélés observateurs du mahométisme. Un demi-mille au-dessous de Bruko est une chaîne de rocs, qui se montrent quand l'eau est basse , et qui occupent cinq sixièmes de la largeur de la rivière, laissant un canal si étroit contre la rive du sud, que les grands bâtiments n'y peuvent passer sans danger. Ce passage porte le nom de Fulis-pass , ou passage des Foulis. Dans le même empire, neuf milles plus haut, près d'une ville nommée Duboconda (i), on rencontre un autre groupe de rocs qui, partant de la rive du sud, occupent les deux tiers de la Gambie. Trois milles plus loin , est un autre écueil, qui se montre au départ de la marée; mais le canal est fort libre du coté du nord.
Âpres Jemarrou, on entre dans Tomani, grande -contrée, plus remplie de villes que tous les autres pays qui bordent la rivière. Celle qui se nomme Yamyama-Conda ouCamiamarGoiida,estconsiiyrable par son commerce. Un peu au-dessous de cette ville, vers le milieu du canal, on rencontre encwe quelques rochers, mais que l'eau ne laisse jamais à décou*^ vert Au nord de la rivière, vis-à-vis le comptoir que les Anglais ont dans la même ville, on trouve, à un demi-mille dans les terres, un lac d'eau dormante, de deux milles de longueur, qui est rempli de poisson.
( I ) D* Anville nomme la viUe , qa'il place au sud de Bruko , Duboconda , et l'écueil Dobbo.
D£ LA. GAMBIE. 3o3
Le pays de Tomani s'étend l'espace d'environ vingtsix lieues au long de la rivière. Il est gouverne par un prince 'mandingue, et celui qui régnait en 1730 se nommait Humey Badsi.
Au-delà de Tomani commence le royaume de Cantor, qui a sut la rive du sud, environ six milles audessous de Fatatenda, une ville nommée Kolar (i). Ce fat quelques milles au-dessus de ce lieu que Moore finit son voyage. Il compte depuis Rolar, dans Cantor, car il y «t aussi une ville de ce nom dans le royaume de Barra, cinq cente milles (2) jusqu'au cap Sainte-Marie, qui fait la pointe sud de )a Gambie à son embouchure.
La description que Labat a donnée des pays qui bordent cette rivière diffère un peu de celle de Moore, pour les noms, l'étendue, et quelquefois pour la situation des lieux. D'ailleurs, il ne parle que de ceux qui sont depuis la pointe de Barra jusqu'à deux cent cinquante milles, parce que tout ce qui est au-delà n'^it pas encore bien connu. Suivant ses idées, les royaumes de la rive du nord sont dans l'ordre suivant, de l'ouest à l'est : i* Barre, auquel il donne dix-huit lieues d'étendue sur le bord de la rivière; a* Guicadou (3), cinq lieues; 3* Badibou (4) vingt; 4* Salum (5), qui enveloppe les trois premiers, dix lieues;
(i) I)*ÀimDe met KoUtr ûam le royaume de Tomani. (a) Voyez le Voyage de Moore, p. 23 et suiv.
(3) GuicadoUy dans sa carte.
(4) Badibou, dans sa carte.
(5) Barsali.
3o4 DESGRIPnOlf
5* Gniania (i), deux; 6* Gouha, quatre; 7* Gniani (2), trente; 8* Ouli (3), qui se termine à Burakondar ou Barraconda , quatre-vingt-dix. Tous ces royaumes comprennent en droite ligne cent soixantedix-neuf lieues , auxquelles si Ton ajoute soixanteonze lieues pour les détours de la rivière y'<m aura deux<;ent cinquante lieues depuis la pointe de Barra jusqu'à l'extrémité du royaume d'Ouli ou de Woolli. Le même auteur divise la rive du sud en huit royaumes : l'Kumboou Combo, qui, commençant au cap Sainte-Marie, s'étend l'espace de huit lieues jusqu'à la rivière de même nom; ce cap, dit-il, est connu par un grand arbre fort remarquable (4), qui s'aperçoit de la mer à beaucoup de distance ; a* le royaume , ou l'empire de Foigni (5), commence à la rivière de Kumbo , et s'étend l'espace de onze lieues jusqu'à celle de Bintam ou de Vlntain ; car depuis la rivière de Kumbo jusqu'à celle de Ferba, on compte trois lieues, de là trois lieues encore jusqu'à la rivière de Barafet, ^ne demi-lieue jusqu'à celle dlnderaba , une demilieue jusqu'à celle de Painam (6) , et trois lieues jusqu'à celle de Vintain; 3* le royaume de Siana (7) est borné par la rivière de Vintain à l'ouest, et s'étend
^i) Apparenment le bas Tani.
(a) Le haut Tarn.
(3) Woolli.
(4) Il dit aiOeurs qu*il y a trois arbres. Notre carte en met quatre.
(5) Foma ou Foini.
(6) Tous les noms de rivières qui précèdent $e rapportent aux petites rivières qui sont tracées sur la carte de d*AnviUe, entre les rivières Cabata ei Vintam.
(7) Kaën, dans Moore.
DE LA GAMBIE. 3o5
vingt lieues au long de la Gambie; 4° celui de Geagra (i) a dix lieues de largeur ; 5® celui de Gnamena(2), quinze; 6" celui de Kiaconda(3), quarante; 7® Toumana (4) ; 8" Cantor , vingt dans ce qui en est connu. Ainsi l'étendue dé tous ces royaumes en droite ligne est de cent soixante-cinq lieues; et si l'on accorde quatre-vingts lieues pour les détours de la rivière, on aura près de deux cent cinquante lieues depuis le cap Sainte-Marie jusqu'à l'extrémité du royaume de Cantor (5).
Au temps de Jobson, tous les pays des deux cotés de la rivière étaient divisés en moins de royaumes et soumis à trois principales puissances. Ceux du sud étaient tributaires du grand roi de Cantor. Ceux du nord obéissaient aux rois de Barsali ou Bur-Salum et de Wûolli, entre lesquels ils étaient également divisés depuis la mer jusqu'à Barraconda. Cependant ces trois princes mêmes reconnaissaient l'empire d'un monarque encore plus puissant, qui demeurait plus loin dans les terres (6). Barbot nous a donné les mêmes idées d'après Jobson, mais avec peu d'ordre, et sans nommer son guide. Il y ajoute néanmoins quelques circonstances (7) dont il ne fait pas mieux connaître la source. x4.insi donnant les observations d'autrui pour les siennes , il confond les anciennes bornes avec les
(i) Jagra. Voyez Labat, t. iv, p. 473.
(2) Yamina.
(3) Kiaconda répond à Eropina.
(4) Tomany.
(5) Voyez Labat, dans son Afrique occidentale, toI. xv, p. 269.
(6) Voyez le Commerce (tor, par Jobson.
(7) "Voyez sa Description de la Guinée ^ dans Churcbill, t. v, p. 7(>.
3o6 DESGRIFnON DE LA GAMBIE.
modernes, et ne rapporte presque rien qui ne doiVe être lu avec les plus grandes précautions. La meil* leure carte de la Gambie fut lông-temps celle de Moore, qui se trouve dans k rc^cUeil de ses voyages; mais celle du capitaine Jean Leach , levée en 1 780, est beaucoup plus exacte. Il connaissait parfaitement la rivière , après en avoir observé tous les détours dans plusieurs voyages qu'il n'avait entrepris que dans cette vue. La carte de la Gambie par Labat n'a pas été sans utilité. Elle représente assez bien le cours général ou la figure de la rivi^e jusqu'au! environs d'Arsehill, au-delà de Ktittej^ur; itiais elle est fort inférieure à celle de Leach pour l'exactitude. Entre quantité d'erreurs, elle place Sarraconda dix inillés à l'oueist de Yànimareu ou Yanimaron dans le bas Yani, et par conséquent moins loin de la moitié qu'il ne devrait être de l'embouchure de la rivière. Ses remarques mêmes confirment Terreur de cette position; car il dit nettement que Barraconda est à deux cent cinquante lieues de l'embouchure de la Gambie, et que le royaume d'Ouli, c'est-à-dire Wooli, qui finit à Bar^ raconda, s'étend l'espace de quatre-vingt-dix lieues an long de la rivière; mais après en avoir donné une idée si juste, il le place dans sa carte à Fouest d'Ouli dans la Gniani ou dans le haut Yani. lyAnville, dans sa carte occidentale de l'Aliique, dressée en 17^7, a commis la même faute, et Delisle y est aussi tombé dans toutes ses cartes, excepté dans ^qvl Afrique française^ où il paraît avoir apporté plus d'exactitude. Mais d'Anville a rectifié tout cela dans sa carte d'Afirique, publiée en 1749» et encore mieux dans celle de la
WÊÊk
ETABLISSEMENTS DES ANGLAIS SÛR LA GAMBIE. 3o7
Coie occidentale d Afrique depuis k cap Blanc jusqu'au cap FergUy publiée en 1761 ; carte qui, pour l'abondance et l'exactitude des détails sur le cours de la Gambie jusqi/à Barraconda , est supérieure à toutes celtes dont nous avons fait mention.
§ II
Établissements des Anglais sur la Gambie.
I. Le principal siège de la compagnie royale d'Afrique sur la rivière de Gambie, est le fort de James ou Jamesfort, dans une île de même nom, qui sera bientôt décrite avec plus d'étendue. Elle commande entièrement le commerce de la rivière.
n. Le second établissement des Anglais est près de la Gambie, sur la rivière de Kabata, dans le royaume de Cumbo; mais le commerce y est peu considérable, parce que le seul objet de ce comptoir est de fournir des provisions à la garnison de Jamesfort.
IlL Le troisième est Jilfray ou Gillefrée, à l'opposite de l'île de James sur la rive nord de la Gambie, un peu à l'est du comptoir français d'Albreda. Ce comptoir est dans une situation agréable. Il a plusieurs jardins, d'où Jamesfort tire ses légumes. La compagnie y a fait faire un cimetière pour le fort et les comptoirs voisins. C'est aussi le lieu où l'on paie les droits au roi de Barra.
lY. Le comptoir de Yintain ou de Bintam^ qui est le quatrième, n'est qu'à six lieues de Jamesfort, sur la rivière du même nom , dans le royaume de Fonia , au sud de la Gambie. Son principal commerce
3o8 ÉTABLISSElOSHtS
est en cire, en ivoire et en cuirs. Les proTÎnons y sont à bon marché.
y. Plus haut sur la rivière de Vintam, à quatorze lieues de Jamesfort, on rencontre le comptmr de Jereja, dans le royaume du même nom. H ne fournit guère que de la cire, qui n'y est pas même fort belle, quoiqu'on abondance. Le bâtiment était en si mauvais état dans Tannée 1780, que le roi du pays n'ayant pas voulu permettre qu'on en fit un neuf plus près de la rivière, cette difficulté oUigea le gouverneur de Jamesfort de se rendre à Jereja pour terminer les différends.
YI. Le comptoir de Rolar fut établi en lySi , dans la ville de ce nouL, sur une rivière qui se nomme de même, et qui appartient au royaume de Barra, sur la rive nord de la Gambie. L'ivoire, la cire et la gomme y £ûsaient l'objet du commerce; mais, la compagnie ne trouvant pas qu'il répondit à ses espérances, a pris le parti de l'abandonner en l'jZ'i.
VU. Plus haut, dans le royaume de Kaën, sur la rive sud 4le la Gambie, on trouve le comptoir de Tankrowal, établi en 1731. Son principal objet est la cire.
VUE. En continuant de remonter la rivière, on entre du côté du nord à Kower, ou Kiawer, port de Joar, qui en est à trois milles dans le royaume de Barsali. La Gambie n'a pas de ville où le commerce soit plus florissant qu'à Joar. Aussi les Anglais n'y ont-ils pas de meilleur comptoir. C'est là que les marchands mandingues et |;hineas viennent de Galam et de Tombouctou, comme on le suppose, et qu'ils ap-
DES ANCÎLAIS SUR LA GAMBIE. 3o9
portent leurs marchandises à la pointe de Rumbo, qui en est fort proche.
IX. Le comptoir Suivant, du coté du nord, est celui de Yanimareu ou Yanimaron , dans le bas Yani. Ce port est le plus agréable de la rivière. La compagnie n'y a qu'une petite maison , avec un facteur nègre, pour fournir des grains à Jamesfort.
X. Plus haut, du côté du sud, dans le royaume de Jemarrou, est le comptoir de Bruko, qui fiit établi en 1732, brûlé presque aussitôt par un accident, rebâti la même année, abandonné en i^SS.
XI. Kuttejar est un autre comptoir (i) sur la rive du nord, à un mille de la rivière,, dans le royaume du haut Yani.
XIL Les inondations ayant renversé Kuttejar en 17^5, la compagnie donna ordre cp'il fût transporté à Sami.
XIIL Le Gomptoir^de Sami ou Samey n!était qu'à huit milles de Kuttejar par terre; mais étant d'autant plus loin par eau qu'il fallait remonter, l'espace dedouze milles^ une rivière du même nom, qui vient se décharger dans la Gambie, la compagnie a désiré qu'on choisît du moins, dans cet éloignement, un lieu plus commode, quatre milles au-dessus. C^ lieu se nomme Vallia ou Valley (a).
XIV. Plus loin, dans le royaume de Tomani, au sud de la Gambie, est le comptoir de Yamyma-Conda
(i) Stibbs, dans son journal, recommande si fort la situation de ce lieu , qu'il est surprenant qu*on Tait abandonné.
(a) Il y a une autre Walley dans le haut Tani, qui est une ville, et non un comptoir.
3lO ÉTABLISSEMENTS
OU Caniiama-Conday qui, ayaat été détruit en 173:3 par les inondations , fut rebâti aussitôt par Tordre de la compagnie. Son principal CDmmeroe est celui de l'ivoine et des esclaves.
XV. Le dernier compteur , au nord de la rivière, était Fatatenda. La Gambie est aussi large, dai^s un lieu si éloigné de la mer , que la Tamise à Jjondres. Elle y est aussi fort profonde; et, dans le temps même de la sécheresse, la marée s'y élève de trois ou quatre pieds. Fatatenda est situé dans le royaufne de Woolii. La perspective de la rivière y est charmante, et le pays de Cantor, sur la rive du sud, en forme une autre qui n'est pas moins agréable. Mais les mauvais traitements que les facteurs anglais recevaient du roi de Tomani firent abandonner ce comptoir en 1734* La rivière de Gambie étant navigable dans une si grande variété de nations, offre une carrière assez vaste pour le commerce, surtout lorsqu'il y est presque uniquement entre les mains des Anglais.
Ltle de James, qui est leur principal établissement, mérite le soin que Moore a pris d'en faire la description (i).
Cette île est située presque ait milieu de la rivière de Gambie (â) , qui n'a pas moins de sept milles de largeur dans cet endroit. Elle appartient à ht compagnie royale d'Afrique, mais en payant un petit tribut au roi de Barra. Son éloignement de l'embouchure 4e
(i) Le livre de Moore est de Taiinée 1738.
(2) Barbot, dans s^ Description de la Guinée, lui dopne la même situation.
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DES ANGLAIS SUR LA GAMBIE. 3l I:
la rivière est d'environ douze milles. Dans U basse marëe, sa circonfiérence est de trois quarte de mille. On j à bâti un fort rëguli^ à quatre bastions (i), dont chacim est monté de sept pièces de canon , qui commandent la rivière autour 4^ Tîle. Sous les murs du tort qui font face à la mer, on a placé deux batteries rondes, chacune de quatre grosses pièœs de vingt^quatre liyres de balle, epitre lesquelles il se trouve neuf petites pièces pour les saluts. Ainù toute l'artillerie du fort est de quarante<îinq pièces.
Les édifices contiennent qudques appartements commodes, qui servent de logements ^u gcmvern^r, aux principaux marchands, aux &oteurs, aux écrivains ^ et à l'enseigne. Au-dessous, on a ménagé des magasins. La garnison établie dqit être composée d'un officier, un sergent, deux caporaux, un canonnier avec son aide, et de trente soldats. Mais les maladies, qui sont causées ordinairement par l'usage excessif des liqueurs fortes , r^uisent quelqurfois la partie militaire des habitants à la plus triste situation , jusqu'à l'arrivée des recrues d'Angleterre. Les soldats, les artisans, et la plupart des domestiques et des esclaves, ont leurs logements hors du fort, dans des baraques, qui ne laissent pas d'être bâties de pierres et dé mortier comme le fort. Mais toute ^habitation est renfermée d'une palissade, qui a pour fossé naturel une rivière large de trois milles dans la plus
(x) Voyez les plans. Divers auteurs , tels que Froger, Labat, Smitb, etc., eu ont publié dans leurs voyages; mais ceux de Moore sont préférables pour ce qui regarde FUe et le fort , parce qu'ils ont été levés plus soigneusement.
3 1 a ETABUSSEMEHTS ,
étroite partie de ses deux canaux. Sous les logements des domestiques, on à placé les magasins. Les loges des esclaves sont sous celles des soldats. Pendant le jour, il y a trois sentinelles qui veillent à la sûreté publique; Tune à la porte du fort, l'autre à celle de la grande salle, et la troisième hors de fenceintc, où elle doit se promener continuellement pour observer les barques qui partent et qui arrivent, et pour en faire son rapport au gouverneur. Ces^ trois gardes sont exactement relevés de deux en deux heures. Vers le soir, on place une sentinelle sur chaque bastion , dans l'intérieur des murs , poiu* crkr le qui-vive aux barques et aux canots qui s'approdieoi de l'île, avec ordre de tirer et de donner l'alarme lorsqu'on ne répond point au troisième cri. Pendant la nuit, deux soldats font d'heure en heure la patrouille autour du fort , pour tenir les esclaves dans le respect, et ne laisser partir ou aborder aucune barque sans permission. Ils ont ordre> de crier par intervalles , tout va bien, ou de faire feu de leur mousquet pour jeter l'alarme dans le fort (i).
L'île de James fiit fortifiée en i664 par le chevalier Rober Holmes, pour la sûreté du commerce anglais sur cette cote. U lui donna le nom de James à l'honneur du duc d'York (2), qui fut ensuite Jacques H. Il n'y mit d'abord que huit canons ; mais , vers l'an 1 69O7 Barbot parie de fortifications régulières, avec quatre bastions, montés de soixante ou soixante-dix pièces
(i) Voyage de Moore, p. 37. (a) Ibid., p. «9.
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DES AI^GLAIS SUR LA GAMBIE. 3x3
d'artillerie, et représente l'île environnée de trois redoutes , en forme de fer à chevaL La garnison , suivant le même auteur, était composée de soixantedix blancs, et d'autant de gromettes ou de nègres libres, gagés par la compagnie. Froger, qui accompagna M. de Gènes dans son expédition de l'an- .née 1695, parle de quatre bastions flanqués de brique, de trois fers à cheval hors du fort, et de plusieurs batteries au long d'une palissade qui environnait l'île entière. Elle était alors très-bien munie de toutes sortes de provisions. Il ne lui manquait, 'pour la rendre imprenable (i), qu'un magasin à poudre et une citerne à l'épreuve de la bombe. Cependant die est sans bois et sans eau; double inconvénient €[ui la met sans cesse dans la dépendance des rives voisines (2).
Jamesfort fut pris pour la première fois par les Français, sous M. de Gènes, en 1695, avec une petite escadre de quatre vaisseaux et de deux galiotes à bombes. Froger, qui rapporte cette expédition , était lui-même sur la flotte. De Gènes avait appris dans l'île de Gorée, par un déserteur anglais, que le fort était dans un misérable état , la garnison accablée de maladies, et les provisions épuisées. Il entra dans la Gambie le 22 juillet; et, Taprès-midi du même jour, il environna l'île de ses chaloupes, pour lui couper toute communication avec la terre. La nuit suivante , un Portugais nommé dom Cardos,-
(i) Voyage de Froger, p. 3.
(a) Ibid.
3 1 4 ÉTJLBUSSEMEHTS
{pû Êûsait sa demeure à Jilfiray , vipt à bord, et oonfimia aux Français la mauvaise situatioD du fort. D'un autre cote, le roi de Barra, que le général français avait gagné, refusa d'entrer dans la querelle.
Le a3, un oflBcier françab, nommé de La Roque, fut envoyé dans l'île pour sonuner le gouv^nera- de se rendre. Il fut reçu à quelque distance dans une. .duUoupe, et conduit au fi[>rt les j&ix bandés. Le gouvaneur était absent; mais celui qui commandait pour lui tnûta ^dendidemoit La Roque, et le ren* voya avec trois (aciers anglais, qui d^naodèrent quelques jours pour délibérer. De Gaies ne leur accorda que jusqu'au jour suivant, à six heures du matin. Us lui écrivirent alors qu'ils étaient résolus de défendre la place jusqu'à l'extrémité. Lç a3 au soir, les chaloupes françaises se saisirent d'un bngantin et de quelques canots, qui apportaient des provisions pour le fort. Elles manquèrent le gouverneur, qui trouva le moyen de rentrer dans sa place.
Lie 24 9 à huit heures du soir, les Français tirèrent deux bombes; mais, à la distance où ils étaient encore, elles n'allèrent pas jusqu'au fort; ce qui leur fit prendne la résolution d'attendre la marée pour s'approcher. Dans l'intervalle j le gouverneur , qui se nommait Hamburg, jeune homme plus propre au plaisir qu'à la défense d'une forteresse, envoya une barque avec le pavillon blanc. L'édiange des otages se fit aussitôt, jusqu'à ce cpie les artides de la capitulation fussent réglés. Us le furent dès le même jour, au nombre de dix: i^ que les appointements dus par la compagnie à ses agents et ses employés seraient
' DigitlMByG0C5gIe
DES ANGLAIS SUR LA GAMBIE. 3l5
acquittés; a* que la garnison sortirait avçc tous les honneurs (îe la guerre, surines, bagage, effets ^«t que chaque o0Scier emmènerait un jeune esclave ; 3* que les gens radiés et Içs naturels du pays aumient la liberté de demeui^r; 4"" que les Êucteprs de la compagnie au lo9g de la rivière siéraient compris d^ns ta capitulation , en délivrant le^ biens qu'ils avaient en garde; 5* que le sieur Charles Duval, réfugié français, établi depuis sei^e ans en Angleterre, et demeurant actuellement daî^s le fort, JQuirait des mêmes privilèges que le gouverneur; 6^ que les Anglais auraient deux jours pour régler leurs affaires; 7^ que douze beaux nègres, qui étaient au service de Iti compagnie, seraient libres de se retirer; 8* qu'on donnerait k la garuison, dans Tesp^ce de trepte jour$, un vaisseau k troi^ mâts, avec des munitions et des vivres pour U transporter en Auglcterre; 9^ qu'on lui acçorder£^it des passe-ports , dont on lui gar^ntirîiiit la vertu; lo"* qu'à toutes ces conditions , les effets de la compagnie royale d'Afrique seraient délivrés au général français, suivant le mémoire qui lui en étuit fidèlement offert , et qui contenait cinq cents quintaux d'ivoire, trois cents quintaux de cire, cent trente esclaves mâles , et quarante femmes dans l'île , cinquante à Jilfr^y, et des marchandises de TEurope pour la valeur de huit mille écus, avec soixantedouze canons montés, trente sans affûts, et toutes le^ provisions de guerre et de bouche qui se trouveraient dans l'île.
Le 27, à la pointe du jour, le major de l'escadre, nommé de la Periere , avertit Hamburg de se préparer
3l6 ETA^USSEMEKTS
à quitter la place. A six heures du matin , le sieur de Fontenay, nommé au gouvernement par le . général français, prit terre dans File, et fut reçu par Hamburg, qui lui présoita les c\ek du fort. Les Anglais furent conduits, avec leurs gouvameurs, à bord de la Félicité j vaisseau de Fescadre française. Tous les pavillons furent déployés, et le 7fe Deum dianté avec une décharge de trente-sept pièces de canon. Le a8, de Gènes fit demander au roi de Barra les effSets des Anglais, qui étaient à Jilfraj. Ce prince répondit que le fort s'étant rendu, tous les biens qui 'étaient à Jilfray lui appartenaient. Mais , voyant que les Français allaient employer la force, il prit le parti de ne leur rien contester. Le 3o , de Gênes mit en délibération au conseil s'il était à propos de conserver le fort ou de le démolir. On se détermina pour ïe dernier de ces deux partis, et les quatre jours suivants furent employés à miner les bastions , qu'on fît sauter avec les murs. Le canon , qui ne put être chargé à bord, fiit encloué. Enfin, les officiers de la compagnie anglaise s'étant embarqués pour retourner en Angleterre par la Cayenne, les Français sortirent de la Gambie le ^4 d'août, et firent voile au Brésil (i).
Malgré la démolition du fort, la compagnie française d'Afrique envoya ordre à ses officiers du fort Saint-Louis de prendre possession de l'île James en son nom. On ne s'aperçut pas néanmoins qu'elle pensât sérieusement à le faire réparer, car elle n'envoya personne pour s'y établir. L'île ayant été restituée aux
(i) Froger, Voyage a la mer du Sud^ p. a , 621 , etc.
DES ANGLAIS SUR LA GAMBIE. Sfy
Anglais par le traite de Riswick , la compagnie royale d'Afrique entreprit aussitôt de faire rebâtir le fort. Elle se proposait d'y mettre quatre-vingt-dix pièces de canon , et d'y entretenir une garnison de deux cent cinquante hommes (i). Mais la guerre s'ëtant renouvelée en 1702, les Français, sous la conduite de La Roque, qui avait été du siège précédent, et qui commandait la Mutine , accompagné de Saint-Vandrille , commandant d'une frégate nommée l'Hermine, surprirent le fort , en tirèrent cent mille écus de rançon , et ne laissèrent pas d'enlever deux cent cinquante esclaves avec une grosse quantité de marchandises (2). La Roque fut tué dans cette attaque.
En 1709, les Français firent une troisième entreprise avec quatre frégates, sous M. Parent, qui prit encore une fois le fort , et qui se saisit d'un vaisseau chargé d'esclaves (3). Ensuite l'île James fut pillée deux fois par des pirates anglais, qui infestèrent en 1720 la côte de Guinée. On trouve les circonstances de ces deux actions dans l'histoire des pirates. La première fut exécutée par Howel Davis, qui, s'étant embarqué à Bristol sur le Cadogan Snow, commandé par le capitaine Skinner , avait été pris par le pirate England, près de Sierra -Leone. Mais ce brigand, après avoir assassiné le capitaine Skinnei*, avait fait présent du vaisseau à Davis, dans l'espérance de
(i) Voyez le livre anglais intitulé : AcqidsUions des Anglais en Guinée, I«ge 9.
(a) Gazettg de Paris, ii avril 1703.
(3) Description de la Guinée y par Barbot, p. 427 , et Gazette de Paris, 9 novembre 1709.
3 1 8 ET ABUSSEHEVTS
ïûuodet à ses entreprises. Cependant Da^is, ne trouvant pas son équipage di^osé ii suivre les jurâtes, s'était rendu à la Barbade, où, sur les infiMmations des matdots, sa cargaison avait été conBsquée, et lui-m&ne jeté dans une prison. H y avait été sévèrement examiné sani pouvoir être convaincu de piraterie. Enfin « ayant cditenu la liberté, il avait été employé , par le capitaine Woods Roger, pour commander un petit bâtiment de commerce, dont tous les matelots s'étaient trouvé tant de penchant à la piraterie, qu'ayant résolu de concert d'embrasser cette in£une profession, ils l'avaient dioisi pour leur chef. H n'avait pas manqué de bonheur dans la plupart de ses «itreprises. On nomme celle de Saint-Jago, capitale June des îles du cap Yert , oii il pénétra pendant la nuit dans le fort; et, quoiqu'il ne pût se saisir du gouverneur, qui fît une vigoureuse résistance dans sa maison, il ne se retira pas sans avoir causé beaucoup de mal aun Portugais. Ce fîit de là qu'il se r^dit dans la rivière de Gambie, pour surprendre Jamesfort, où il avait promis à ses gens de leur faire trouver beaucoup d'or et d'autres ridiesses. Les circonstances de cette oitreprise sont si singulières, qu'elles méritent de n'être pas oubliées. Davis , jugeant qu'il n'avait rien à se promettre de là force, avait formé le plan d'un artifice encore plus téméraire. A la vue de l'île, il cacha tous ses gens sous le pont, à la réserve de cinq ou six qui paraissaient employés à la manœuvre avec l'habit ordinaire des matelots. Dans cet état, qui ne pouvait causer de défiance à la gamiâon, il s'approcha sous le pavillon anglais; et , se mettant dans sa chaloupe avec
DES ANGLAIS SUR LA GAMBIE. SlQ
son pilote et son chirurgien , qui étaient vêtus comme lui assez honnêtement , il se présenta au rivage. Il y fut reçu par une file de mousquetaires, qui le conduisirent dans le fort. Aux interrogations du gouverneur, il répondit qu'il était de liverpool ; qu'ayant fait voile au Sénégal pour se procuret* de Tivôireet de la gomme, il avait été poursuivi par deux vaisseaux français , et que sa cargaison consistait en fer et en étain. Le gouverneur lui fit donner la valeur de sa cargaison en (esclaves. Ensuite, lui ayant demandé s'il avait à bord des liqueurs de l'Europe, Davis répondit qu'il n'avait que ce qui était nécessaire à son bâtiment; ce qui n'empêchait pas qu'il ne pût eu donner quelques flacons à d'honnêtes gens qui en étaient dépourvus. Le gouverneur lui offrit à dîner avec ses deux officiers. Il accepta cette invitation; et, pendant qu'on se préparait à le bien traiter , il retourna sur son bord pour en apporter de l'eau-de-vie, avec la précaution de laisser ses deux officiers à terre. Il revint bientôt dans sa chaloupe , accompagné de six ou sept de ses brigandis les plus résolus, qui portaient des armes cachées. On ne leur demanda pas d'explication lorsqu'on les vit chargés de verres et de bouteilles. Gomme Davis n'était retourné à bord qu'après avoir fait ses observations, il avait donné ordre à ses ^ens de s'arrêter dans la chambre de garde avec le^ soldats, et de se tenir prêts à s'assurer des armes lorsqu'ils lui entendraient tirer un coup de pistolet. 11 rentra dans la chambre du gouverneur, qu'il trouva occupé des préparatifs du dîner. Il prit avec ses deux compagnons un moment favorable pour l'arrêter ; et , tirant son
320 ^ABLISSEMENTS
coup, rëtonnement des gardes autant que la hardiesse de ses brigands le rendit maître des armes de la garnison. Ensuite le pavillon de la compagnie , qu'il fît mettre sur le fort, servit, comme il en était convenu avec les gens du vaisseau , à lui faire envoyer sur-lechamp un renfort , qui lui assura la possession de nie sans répandre une goutte de sang. Plusieurs soldats de la compagnie entrèrent volontairement à son service , et ceux qui refusèrent de se joindre à lui furent mis en sûreté sur une grande barque qui se trouvait dans la rivière. Il eut toute la liberté qu'il désirait pour piller le fort. Les richesses que les facteurs y avaient rassemblées montaient à 2,000 livrçs sterling en lingots d'or, avec quantité de précieuses marchandises. Après avoir transporté le butin à bord, il fit démolir les fortifications de l'île (1).
La compagnie royale, ayant reçu cette fâcheuse nouvelle, envoya l'année suivante un vaisseau nommé Gambie-Castle, sous le commandement du capitaine Russel , avec une compagnie de soldats , commandée par le major Massey, pour rétablir et garder le fort. Ils arrivèrent dans la Gambie au mois de mai. Massey prit terre dans l'île de James avec sa compagnie. Le colonel Whitney , qui en avait été nommé gouverneur, y était arrivé aussi depuis peu de jours. Ces deux officiers furent peu satisfaits de l'accueil qu'ils reçurent des marchands. Massey ayant fait retentir particulièrement ses plaintes, Georges Lowther, second pilote du Gambie-Castle, qui avait quelque sujet de ressen-
(i) Histoire des Pirates, par Jonston, p. i3o et suiv.
DES ANGLAIS SUR LA GAMBIE. 3a i
liment contre Russel, son capitaine , poussa l'équipage du vaisseau à prehdi'e parti pour Massey. Ils n'eurent pas de peine ensemble à se rendre les maîtres. Toutes les provisions qui avaient été débarquées rentrèrent à bord. Le canon du fort fut démonté ; et Massey avec Lowther et leurs partisans remirent immédiatement à la voile. Le parti qu'ils prirent ensuite fut d'exercer la piraterie. Mais, cette vie ayant bientôt paru ennuyeuse à Massey, il retourna dans sa patrie, où il fut pendu sur son propre témoignage (i).
Jamesfort s'est rétabli par degrés, et forme le
(i) Il y a quelque chose de si étrange dans la conduite de Massey, qu*on ne peut se dispenser d'en toucher ici quelques circonstances. Après }ifts \iolences qu'il avait commises à Jamesfort, il exerça la piraterie avec Lowther; et, dans un voyage qu'ils firent à la Barbade, ils prirent plusieurs vaisseaux; Cependant Massey, prenant bientôt cette vie eu horreur, quitta son associé, et se rendit à la Jamaïque, où il se remit à la discrétion du chevalier Nicolas Laws, qui le reçut bien, lui donna un certificat pour' le mettre à couvert des poursuites, et lui prêta même de l'argent. En arrivant ensuite à Londres , il écrivit une lettre aux directeurs de la compagnie royale d'Afrique, dans laquelle il confessait toutes ses fautes, qu'il attribuait» à la vérité, aux injustices qu'on lui avait fait essuyer ; mais il confessait qu'il avait mérité la mort, en se remettant à la merci de la compagnie, et demandant que, si on fe condamnait au supplice, ce fût d'une manière digue d'un soldat. La réponse qu'il reçut à cette lettre fiit qu'il avait mérité d'être pendu. Cependant, loin de se cacher, il prit un logement au milieu de Londres, et, le jour suivant, il s'adressa, aux officiers de la justice pour s'informer s'ils n'avaient pas donné des ordres contre le capitaine Massey, pour crime de piraterie. Les officiers ayant répondu qu'ils ignoraient cette affaire^ il déclara qu'il était l'homme dont il parlait , et leur apprit même le lieu de sa demeure. Deux ou trois jours après, il fut arrêté sur sa propre information, et conduit devant les magistrats, qui n^eurent pas d'autres preuves contre lui que sa lettre et ses propres aveux. Là-dessus, néanmoins, il fut rois en prisou, et le capitaine Russel i^ant été cité pour témoin avec le fils du colonel Whitney, il fut condamné à la mort, et bientôt exécuté. ^
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3îia VOYAGE
principal siège de la compagnie royale d'Afrique sur la Gambie. Nous conclurons cet article par l'idée qu'on nous donne de sa situation présente, dans un mémoire de la compagnie au comité du commerce et des colonies, daté le 26 de mars 1736. « Jamesfort et son a ile, dans la rivière de Gambie, sur la côte du nord. (c Cette île est environnée de fortifications et de grosse a artillerie, bien fournie de petites armes et de mua nitions. Elle avait autrefois quatre-vingt-dix pièces « de canon. Elle n'en a aujourd'hui que trente et une, « avec des magasins, des logements pour le gouver- « neur, les facteurs, les écrivains, les officiers, les « soldats, les artisans, et les esclaves du fort. Elle a a pour les nègres du commerce une maison qui en « contient deux cents. »