‹ Histoire générale des voyagesChapitre 25 sur 51 · DE THOMPSON · texte numérisé non relu

DE THOMPSON

son vaisseau. Mais il se hâta de donner avis de cette disgrâce à la compagnie , pour en obtenir promptement quelque renfort. Ses demandes furent écoutées. On lui envoya le Saint-Jean , de cinquante tonneaux , avec une garnison propre à ses vues, et le plein pouvoir de revenir en Europe, ou de soutenir son entreprise, suivant les facilités qu'il y trouverait. Ce secours arriva malheureusement dans la mauvaise saison. Les maladies ou l'intempérance de l'équipage en ayant fait périr la plus grande partie, Thompson renvoya ce vaisseau, avec des lettres pour solliciter de nouveaux secours, et la promesse de remonter plus loin sur la rivière , quoiqu'il ne lui restât pas plus de huit hommes.

Cependant la compagnie de Londres ne se rebutant pas de cette seconde disgrâce, fit partir au mois d'octobre suivant, qui était la saison la plus favorable, un vaisseau nommé le Sion, d'environ deux cents tonneaux, et la pinasse le Saint Jean, de cinquante tonneaux, sous le commandement de l'auteur. En arrivant dans la Gambie, Jobson apprit la malheureuse mort de Thompson, qui avait été tué dès le mois de mars. Cet ardent voyageur avait rempli trop fidèlement ses promesses. Il s'était mis dan$ sa petite chaloupe avec deux de ses gens et quelques habitants du pays. Sa hardiesse et son industrie , sur laquelle il faisait plus de fond que sur ses forces , l'avaient conduit jusqu'à Tenda, c'est-à-dire vingt-cinq ou trente lieues au-dessus de Barraconda, dans le dessein de conférer avec Bouckor-Sano , marchand nègre, dont le nom reviendra ici plusieurs fois. A

3a6 VOYAGE DE "^OMPSON (1618).

force d'informations, il avait appris qu'il était passé plu^urs caravanes pour aller faire leur provision de sel dans les états du Bur-Salum , et que le principal négociant de cette contrée était ce même Bouckor-Sano, qui entretenait trois cents ânes pour son commerce. C'était sur ce fondement qu'il avait entrepris le voyage de Tenda. Mais il s'y arrêta peu, parce qu'à son arrivée il trouva que Bouckor-Sano était allé beaucmip plus loin pour &ire l'emploi de son se). Cependant il se crut assez payé de ses peines par le bonheur qu'il avait eu de découvrir les traces des Maures de Barbarie, et d'être venu si près des lieux qu'ils fréquentaient. 11 ne parla plus que de former des établissements et de fortifier la rivière , pour en éloigner les autres nations. Il paraît que , s'étant oublié dans cette occasion , il voulut prendre sur ses gens un air d'empire et de fierté qui les révolta contre lui. Enfin il eut le malheur d'être -tué dans une querelle; et sa mort fit perdre avec lui toutes ses découvertes, parce qu'ayant voulu s'en réserver tout le fruit, il n'avait rien ponfié au papier. Son destin semblait inévitable (i) ; car, peu de temps après sa mort, les Portugais ayant excité le roi de Nani (2)3 &ire marcher quelques troupe de cavalerie pour le tuer avec tout son cortège , il n'avait dû son salut qu'à la protection du tourambra(3), qui avait armé ses peuples pour le défendre.

(i) Jobson's Golden trade, p. 7.

(a) C'est appareniffleiit Yaui, ou Gniatû, suivant ia carte de Labat.

(3) C'est le troisième litre d'honneur des pays au long de la Gawbie.

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