‹ Histoire générale des voyagesChapitre 27 sur 51 · V0¥AG · texte numérisé non relu

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deux cests^ qui apportèrent de h volaille, du btë et des chevreaux* Bouckar^Sano présenta vea bœuf à Jobsoii ^ et se laissa conduire à bord^ oii tes Anglais le saluèrent de trois coups de canon. Il doana le nom de tonnerre d^ blancs à loir artillerie } et, paraissait y prendre beaucoup de plaisir^ il publia de tous côtés qu'ils tuaient tes bêtes féroces et les oîseaixx avec le tonnerre. Il s'enivra, ta première nuit, ^eau^le-vie et d'autres liqueurs; mais, s'étant trouvé fort mat le lendemain, il n'eut pas besoin d'autre leçon pour devenir plus solnre. Jobson lui montra tes marchan-^ dises qu'il avait apportées. Quand il eut vu le fer, il dit aux Anglais qu'il le reconnaissait pour l'ouvrage d'une nation voisine; ce qui les obligea de le vendre un tiers de moim qu'ils ne l'avaient vendu jusque ^lors sur la Gambie* D'ailleurs, tout le reste fiit négligé lorsqu'ils eurent fait voir le sel. On ne leur demanda plus d'autre bien. Bouckar-Sano étant descendu sur la rive, déclara aux nègres que clutcun pouvait faire son propre marché. Entre diverses sortes de marchandises, ils avaient amené des femmes pour l'esclavage; mais Jobson refusa d'en acheter, sous prétexte que les Anglais n'étaient pas dans l'usage de ce commerce. Leurs autres richesses consistaient en ivoire et en coton cru et travaillé, qu'ils donnèrent pour du sel et du fer. Les Anglais affectèrent de ne pas leur parler d'or, quoiqu'ils vissent à leurs femmes des poidants d'oreilles de ce métal^ Ils étaient résc4us d'attendre que cette ouverture vînt de Bouckar-Sano. En effet, remarquant lui'^mémeque les facteurs p<wr* tuient des épces dorées et quelques galons sur leurs

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habits, il oommwça Fentpetiç» aw cette matière, et leur protesta aussitôt que, s'il avait pu pénétrer leurs intentions, il leur aurait procuré de Tor pour la valeur de toute leur cargaison. Ses promesses furent sans bornes pour l'avenir^ En attendant, il leur fit obtenir des nègt»es a$gemblés tout ce qu'ils avaient d'or avec eux. Il y en avait tant, leur dit-il, dans le pays d'aleh-» tour, qu'ayant fait quatre fois le voyage d'une ville assez éloignée, il avait été surpris lui«même d'y voir les maisons couvertes d'or; mai$ cette ville était 3épa» rée de Tenda par des nations ennemies ; ce qui ne l'empêcha pas de s'engager à les y conduire, parce qu'il avait beaucoup de confiance à leur canon. Job-r son ayant remarqué que la lame de son épée et les bracelets de sa femme étaient aussi bien travaillés qu'ils auraient pu l'être en Angleterre , lui demanda d'où lui étaient venus ces bijoux. Il répondit qu'il les avait eus des Arabecks. Mais ce fut alors que, recommençant à parler de la ville aux toits d'or, il assura qu'il avait employé quatre mois à s'y rendre, Jobson , loin d'en prendre droit de regarder ce récit comme une fable, cherche à lui donner de la vraisemblance. Il observe qu'il n'en faut pas conclure que l'éloignef ment de cette ville fût infini, parce que les nègres ne marchent pas plus de cinq heures par jour; qu'ils suivent ordinairement leurs ânes au même pas que ces animaux, et qu'à chaque ville ils s'arrêtent pendant deux ou trois jours. Au reste, Bouckar-Sano n'ignorait pas le commerce. Il prenait lui-même le titre de joujiietto, c'est-à-dire de marchand; et dans les affaires dont il se chargea pour les Anglais , il de-

manda qu'on lui rabattît quelque chose du prix des marchandises, en considération de ses services.

Il avait dépêché deux nègres aux peuples qui habitent de l'autre côté de ïa rivière, pour leur donner avis de l'arrivée des marchands étrangers. En peu de jours on vit arriver plus de cinq cents personnes des deux sexes, qui apportèrent différentes sortes de marchandises, et qui bâtirent des cabanes de ros^ux sur la rive. Les fréquentes visites qu'ils se rendaient d'un bord de la rivière à l'autre , ne permettaient pas de douter qu'ils ne se connussent. Quoique chaque nation eut son langage différent, les personnes de distinction s^ntretenaient dans la même langue, et Jobson remarqua que c'était celle qu'on parle à l'embouchure de la rivière. Il conclut aussi, des relations qu'ils avaient entre eux, que la Gambie doit remonter beaucoup plus loin ; que le commerce y est entretenu soigneusement, et qu'elle ne manque pas de canots, puisque dans les endroits les moins profonds la crainte des crocodiles serait capable d'arrêter les nègres.

Tous ces peuples n'avaient jamais vu d'hommes blancs ; et leurs femmes en furent d'abord si effrayées , qu'à l'approche d'un. Anglais elles se cachaient derrière leurs maris ou dans leurs cabanes. Mais on trouva le secret de les apprivoiser en leur faisant présent de quelques colliers. De leur coté, elles donnèrent aux Anglais du tabac et de fort belles cannes pour servir de tuyaux. Ces femmes ont sur le dos les plus larges et les plus profondes gravures que Jobson eut jamais vues dans toutes ces contrées. Leurs pendants d'oreilles vsont d'or. Hles ont plus de douceur

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que leurs maris, qui paraissent beaucoup plus grossiers que les autres natioos de la Gambie. La plupart avaient pour unique habillement une sorte de hautsd»-chausse& de peau crue , dont la queue leur pendait au bas du dos; ce qui apprêta beaucoup à rire aux nègres que le capitaine avait amenés à son service. Il passa la rivière pour les aller voir de près dans leurs cabanes; et Bajay-dinko, leur chef, étant venu à bord, il le traita civilement. Ce prince nègre lui dit qu'il avait entendu de sa ville le bruit du canon, et que l'ayant pris pour celui du. tonnerre, qui n'est pas fort fréquent dans cette contrée, il en avait été fort effrayé. A l'égard du commerce, tous les hommes de sa suite se réduisirent à demander du sel;^ mais leurs femmes se seraient accommodées de toute» sortes de marchandises. Jobson fit quelque» échanges pour le peu de seLquiluî restait, malgré les instances des nègres de l'autre rive, qui voulaient que tout fût réservé pour eux. Les uns et les autres le pressèr^U vivement de revenir bientôt dans leur pays. .

Il reçut aussi la visite du roi de Jelicot , prince assez puissant du même canton, qui passa quatre jours ^sur la rive, et qui vint souper tous les soirs à bord avec Bouckar-Sano. Mais jamais ces chefs nègres ne proposèrent d'y amener leurs femmes. Elles demeuraient tranquillenient dans les cabanes , où Jobson leur faisait la galanterie de leur envoyer du poisson et du gibier. Il ne devait ces provisions qu'aux soins de ses gens, dont une partie était continuellementemployée à la chasse. ou à la pêche. Après le souper, on se rendait sur la rive, vis-à-vis de quelque cabane, où les sei-

gneurs nègres avaient soin de faire allumer un grand feu, et ranger des nattes. Toute leur musique s'y rassemblait. On y passait une partie de la nuit à danser ; et ces bons peuples n^ëpargnaienl rien pour amu-^ ser les Anglais.

Trois jours avimt la fin du commearce, Bouckar^ Sano fit connaître au oapitaime qu'il souhaitait d'être revêtu de la qualité d'aUÛid» ou de faetèur des blàl»cs. Cette faveur lui fut accordée avec quantité de téré^ moni^ bizaires. Jobsoa lui passa deux colliers autour du 1COU) l'un ée corail ^ «t l'autre de cristal. Il le para aussi d'une petite chaîne d'argent. Ensuite, au bruit de sa petite artillerie ^ il but à la santé de Falka^ Bouckar-Sanoty qui fiit salué «ous le même titre pai^ les cris de toute l'assemblée. Cet honneur parut le combler de joie. Il se fît conduire sur-'le^^amp au rivage, avec ordre que ses musiciens «'y trouvtassent pour le recevoir, et que ses femmes lui apportassent au mâme lieu tout ce qu'il avait de m^ix (t) dans ses cabanes. En touchant à. terre ^ il distribua généreusement cette provision à tous ceux qiii s'assem- * bfêrent autour de lui.

De là il proposa au capitiâne anglais de l'accompagner jusqu'à la cabane du foi. Us trouvèrent ce prince assis à sa porte sur une natte, avec un feu de roseaux (2) vis4-vis de lui.Boi{dkar-^»o lui présenta

(i) C'étaient apparemment des noix de kola, dont on a rapporté plusiCMit loib lesi^iroprié^.

<i) L'auteur abserve^ dans on autre lieu, que le pays a i^Bmictfup de roseaux au long de la rivière et dans les marais.

d'abord Jdbson , et te fît asseoir près de sa majesté sur la même natte , tandis qu'il se plaça lui'4néme à «quelque distance. JËnsuite, adressant le discours au roi 9 il le supplia d'accorder son amkié et sa {Mrotectioa aux Jui^Iais. La r^nse du roi fut extrêmement gradeusa: sw ^uoi JBouckar-Sano 6e jela aussitôt à genoux; et , pour tâ[noign€»r h reconnaissanoe doait il était pénétré, il fît piiéseftt à ce prince des deux coltiers qu'il :avait reçus <ie Jobson. le coi lui fit lliontteur de les accepter, et de ^ les passer au cou de ses propres mains. Il devait être feort tow^hé «le cette ^^ nérosité, pwsque, dafks le mouvement de sa reconnaiissaAoe, A déclara qu'<en fîiveur du capitaine Jobson^ et pour témoigner aon >alfection aux Aurais, il leur donnait tout h pays >oîi ils se Ërouvaient alors, comme il l'avait luinastéme reçu du grand roi. A peine eut-il cessé de ,parler, 4|ue fioudcar-Sano, ne se possédant |>lus, ae dépouilla de sa chemâse, sans ^quitter la posture où il 'était, et «'étendit coismte le visage contre tore, tandis qu^ deux marabouts , grattant la terre autoiu* de lui pour en tirer de la poiiissîère, du 99iàe -et du ^vier., Y^em couviirent depuis les pieds jusqu'à la tête. Il se releva bientôt ipour se remettre à genoux le içisage tourné vers Jk^son. Les marabouts rassmnblèrenttin p^it tas delà mêiaie poussière, autour duquel ils finent un petit cerde; et l'iun d'eux y écrivit avec le ^gt plusieurs caractères du pays. Alors BouckarrSano, rampajat sur ks pieds et sur les mains jusqu'au tas de poussière, en prit une bouchée qu'il cracha aussitôt. Il en remplit ensuite ses maixts, les deux marabouts firent la même chose; et tous

trois, se traînant jusqu'au capitaine, vidèrent leurs mains sur ses genoux.

Après cette cérémonie, qui signifiait apparemment la prise de possession , Boucluu*-Sano reçût ses habits de deux femmes , qui le frottèrent soigneusement avant que de l'en revêtir, et sortit pour retourner à sa cabane. Mais il reparut immédiatement, orné de ses meilleurs habits , et de ce qu'il avait de plus précieux, armé de son arc et de ses flèches^ à la tête de son cortège, qui était aussi armé; puis, mettant la flèche sur l'arc, il tourna trois fois autour de Jobson aveotous ses gens; après quoi se rapprochant de lui, il mit le genou droit à terre, passa la jambe gauche entre tes siennes; et, courbant le corps, comme s'il eût voulu couvrir celui de Jobson, qui était assis, il lui présenta son arc et sa flèche. Il voulait faire' entendre qu'il était prêt à combattre pour la défense des Anglais, et que dans l'occasion il n'épargnerait pas son propre corps. Enfin il s'assit près de lui , pour laisser à tous les gens de sa suite le temps de lui rendre les mêmes hommages. C'est ainsi que le pays de Ténda fut solennellement livré aux Anglais. Cette donation leur coûta quelques bouteilles de leurs meilleures Itqueoirs, quoiqu'ils comprissent assez, dit l'auteur, qu'ils n'en tireraient jamais cinq sous. A leur départ, Bouckar-Sano pressa le capitaine de donner un nom au lieu du commerce, pour servir de monument à la postérité. Il fut nommé Saint-John's mart, c'est-à-dire marché de Saint-Jean ; et Jobson prit la peine de répéter ce nom plusieurs fois j à la prière des nègres jnêines, qui craignaient de l'oublier. Bouckar-Sano

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accompagna les Anglais un mille on deux sur la rivière. Il ne prit pas congé d'eux sans avoir bu quelques verres de liqueur; et, lorsqu'il fut descendu sur la rive, il tint long-temps le bras levé' pour leur faire ses derniers adieux.

Dans leur route ils s'arrêtèrent à Batto, ville du prince Bo-John, où Sam-GuUey, jeune domestique nègre de Jobson , se fit circoncire. Il était de haute taille et fort bien fait. Il avait appris la langue an* glaise au service du capitaine Thompson ; mais quoiqu'il fût âgé de dix-sept ans , les voyages qu'il avait faits avec lui ne lui avaient pas permis de se trouver dans son pays au temps de la circoncision. Il ne pouvait différer plus long-temps à la recevoir, sans exposer sa famille et ses amis à quelque punition. Cependant, lorsqu'il avait vu passer les Anglais, l'affection qu'il avait conçue pour eux lui avait fait oublier le devoir de sa religion. 11 les avait suivis au long de la rive ; et , les ayant atteints à la seconde marée, ils Fàvaient reçu dans leur barque. Ils jugèrent du chagrin de sa mère par les efforts qu'elle fit pour le rappeler. Elle était venue après lui; et, paraissant sur le bord de la rivière, qu'elle faisait retwitir de ses cris, elle le menaça enfin de se jeter dans Tèau s'il ne se rendait pas à ses prières^ Mais il exhorta les Anglais à continuer leur route , en les assurant que sa mère se garderait bien de se noyer.

En revenant de Tejida le mois suivant, Jobson fut rappelé à Batto par quelques intérêts de commerce. Sam-Gulley étant descendu le premier sur la rive, qui est fort élevée,^ entendit le bruit des instruments et

d'autres marques de réjouissances dans la ville, quoiqu'elle soit à plus d'un mille de la rivière. Il parut transporté de joie, parce qu'on était au temps de la circoncision , et qu'il se trouvait revenu fort k propos pour la recevoir. Les Anglais entrèrent avec lui dans la ville ; et comme la nuit s'avançait, le dessein du capitaine était de l'aller passer chez Bo-John. Mai;» le marabout, qu'il avait loué dans le même lieu , l'avaiit qu'à l'occasion dé la fête la maison du prince serak remplie d'étrangers, et lui offrit de le loger chez sa mère. £n chemin , ils passèrent vis-à^vîs de la maison du jeune nègre. Son père était aveugle; mais sa mère l'ayant aperçu, accourut avec transport; et, lorsqu'elle fut près de lui , elle détourna la tête en poussant des sanglots, et prononçant plusieurs fois le nom de .son fils. Il fut obligé de s'arr^er avec die ; mais il promit au capitaine de ne se faire circoncire que le lendemain , pour lui donner le plaisir de ce spectacle*

Jobson trouva de la musique et beauiooup ide peuple ckns la maison oîi il devait loger. Cependant le respect qu'on eut pour lui £t bientôt disparaîti?e la foule. Toute la ville ressemblait aux ^àres de viUage en Angleterre. Devant diaque maison, et bous chaque arbre, on voyait des nattes étendues et des aliments préparés, avec des danses au son des taanbours et des autres instruments. Le commerce ^'y faisait aussi par des échanges continuels. On manquait d'autant moins de provisions, qu'outre celles dcmt chacun s'était fourni pour la fête, tous les n^res des villages voisins n'étaient pas venus sans en apporter.

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Entre diverses troupes , l'auteur en remarqua une qui était plus éloignée, et qui ne s'écartait pas de qudques grands arbres, environnés d'une haie de branches et de roseaux. Le bruit des tambours et des réjouissances s'y fiaiisait entendre avec plus d'éclat que dans tous les autres lieux* On fcd apprit que c'était là qu'on gardait les nouveaux circoncis jusqu'à la guérison de leur blessure. Us y étaient accompa<* gués d'une partie de leur famille, qui les félicitait de cette opération.

Jobson ayant reçu pour son souper «m papier de perdrix, de la part de Bo^ohn^ se crut obligé de lui rendre sur-le-champ sa visite. II trouva toute sa mmson remplie de danseurs; et^ pour £sâre voir aux nègres que ces amusements ne lui d^aisaient pas, il prit une jeune fiUe du pays , avec laqudle il dansa lui-même aux yeux de toute l'assemblée. Bo-John et tous ses convives applaudirent beaucoup à cette gaknterte. Il fit des «excuses au capitaine de n'avoir pu le loger diez luL Outre la multitude d'ârangers dont sa maison était aremplîe, une de ses femmes était ac^ coudiée. Jobson fut introduit dans l'appartement de cette prûicesse, qu'il trouva étoadue fort décemsnent sur une natte. Il &t présent de quel<pies bijoux à l'enfant. fio4ohn parut iregretter beaucoup <pie ce ne lut pas un garçon , parce qu'il lui aurait fait porter le nom du capitaine; mais ayant une autre femme enceinte, il promit que si elle lui donnait un fils, il serait nommé Jobson.

Le lendemain , Sam-<îulley fit avertir les Anglais qu'il fidlait se rendre diez hii, s'ils voulaient être

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témoins de sa circoncision. Ils raccompagnèrent dans un champ ouvert, entre les maisons et Tenclbs où les jeunes circoncis étaient renfermés après- l'opération. Il n'était couvert que d'un drap blanc. On le plaça sur une petite éminence^au milieu d'une foule de peuple, surtout de femmes , qui s'empressaient pour voir de près cette cérémonie. Il ne donna aucune marque de crainte; mais il pria le capitaine de lui mettre la main sur lepaule. Aussitôt i'opérateur, qui était un homme du commun, s'avança de l'air d'un boucher, en aiguisant un couteau qu'il tenait à la main. Il leva le d«ap dont le jeune homme était couvert ; et lui prenant le prépuce, qu'il tira assez fort, il y passa trois fois le couteau pour l'abattre. Cette exécution parut terrible aux Anglais, quoique Sam-Gulley l'eût soutenue avec courage. L'usage est de faire un petit présent à l'opérateur; mais Jobson ne lui donna rien, et lui reprocha même amèrement d'avoir fait l'opération trop avant. Le nègre répondit que c'était un avantage pour le jeune homme; et levant sa pagne, il fit voir qu'on ne lui en avait pas coupé moins.

Après la cérémonie, on recouvrit Sam-Gulley deson drap; et, deux nègres le soutenant pour marcher, il fut conduit lentement dans l'enclos. Jobson demanda la permission de le suivre; et, sans attendre qu'elle lui fût accordée , il se disposait à prendre le même chemin. Mais quatre vieux nègres Tarrêtèrent, et parurent fort offensés de son dessein. Ils ne voulurent pas même souffrir que le chirurgien anglais pansât le jeune homme, quoique plusieurs d'entre eux l'eussent employé pour d'autres blessures. Dans

^tiz^d^Cjqogle

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cette occasion , il est permis aux jeunes circonds , pour adoucir leur douleur, de voler quelques poules rôties, ou de dérober même un bœuf, s'ils en trouvent l'occasion sans violence, quoiqu'on tout autre temps les lois soient fort sévères contre le vol. Au reste, la circoncision se fait parmi les nègres sans aucune formalité de religion ^et l'auteur est persuadé qu'ils n'y cherchent que leurs commodités naturelles.

Cependant elle ne manque jamais d'être accompagnée des rugissements de leur diable ^ qu'ils appellent Horey. Ce bruit ressemble au son le plus bas d'une voix humaine. Il se fai|; entendre à quelque distance, et rien n'inspire tant de frayeur aux jeunes gens. Jobson l'avait entendu , la nuit même qui avait précédé la circoncision de Sam-Gulley. Dès qu'il commence, les nègres préparent des aliments pour le diable , et les lui portent sous un arbre. Tout ce qu'on lui présente est dévoré sur-le-champ , sans qu'il en reste un os. Si la provision ne lui suffit pas, il trouve le moyen d'enlever quelque jeune homme qui n'a pas encore été circoncis ; car il semble qu'il ne s'en prend jamais aux femmes , ni même aux jeunes filles. Les nègres prétendent qu'il garde sa proie dans son ventre, jusqu'à ce qu'il ait reçu plus de nourriture, et que plusieurs jeunes gens y ont passé jusqu'à dix ou douze jours. Après la rédemption même , la victime demeure muette autant de jours qu'elle ea a passé dans le ventre du diable. Jobson vit un exemple de cette prévention populaire, dans une ville des Foulés, en y . passant pour se rendre à Ferambra. Un jeune nègre * d'environ quinze ans était sorti, disait-on, du ventre

de Horvj la Bok j yfOÊTi et ton» ses efforts bcMidie pû«ir parler, qacitpnt hâ êeÊom 6ttil,qiae la Aabootde quelque» jo«*, le pM'ullilne^ealaBMpKeadesAB^akyetl des cbofes ctnag», qu'A i tmagjnafiim. EiÂi tous les demer effim de cet esprit 9ulia; et Te dehcoBfiaiice«yeclai|peDeikjA«»eatqnlkoMtcté colevesy ah^s mlés par ce tcRflile

Les Aa^ak da eooqitoir oe Hifqmm nait femé près de Settiko, s'étaient tromcs sonrent Cort effirayés^ en revenant la mot de la promenade on de la dume, par une Trâqai letn^ semblait d'abord v^ •ir de plus d'un miUe^ et qui presque an même moment se Êûsait entendre derrière eox. Ce phénomène, joint aux récits des nègres, les aTak jetés dans une tdle ^xmrante, qu'à prine s'étaient^ tenti la Corée de retoomer jusqu'au conqitoir. Cependant ils y araioit toujours été tranquilles; car jamais Horey n'avait eu la hardiesse de les troubler dans leur maison. Jobs<m , qui était homme sensé, n'eut pas de peine à juger que cette Êdble, et ces aj^iarenoes de prodige. Tenaient de rinvoition des marabouts, pour retenir leur jeunesse dans le respect. H fiit confirmé dans cette idée par l'occasion qu'il eut d'approfondir une partie de leur artifice. Berenant pendant la nuit avec * son marabout, de la maison du prince Bo-John, il oitendit les cris de U(»*ey , qui ne lui parurent poiiA

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^^ éloignés. Son fu«l, qu'il portait sous le bras, lui fit naître la pensée de s'avancer brusquemaat vers le diable. fjC marabout employa toute son adresse pour 'lui faire perdre ce dessein. 11 lui représenta que la voix qu'il entendait d*un côté, passerait tout d'un coup de l'autre, et lui causerait ainsi des fatigues inutiles, sans compter qu'il était à craindre que Horey ne l'emportât dans la rivière; mais lorsqu'il vit le capitaine sérieusement résolu de tirer, il l'arrêta par le bras , en avertissant un nègre qui n'était pas fort éloigné , de prendre garde à lui et de se jeter à terre. Jobson , qui entendait quelques mots de la langue des nègres, ne put se méprendre au sens de cet avis. Il alla droit au nègre , qui lui parut un homme vigoureux; et l'ayant fait relever, il comptait de le faire expliquer sur son rôle. Mais la crainte, autant que l'enrouement qu'il avait gagné par ses cris, ne lui permit pas de prononcer un seul mot. Le capitaine \ retourna vers le marabout , et lui dit en. riant : Voilà ' un de vos diables.

Malgré cet exemple, Jobson paraît douter si les nègres, ou du moins leurs marabouts, n'entretiennent pas quelque correspondance avec le diable. Il raconte une autre aventure qui donna lieu à son incertitude. En revenant à Pompetane y il trouva sur la rive un Portugais, nommé Jasper Consalvo, qui, le saluant, sans aucune marque de surprise, le pressa d'aller dîner chez lui, où il avait fait quelques préparatifs pour le recevoir. Jobson, ne pouvant concevoir pourquoi il était attendu , marqua là-dessus de l'étonnement et de la curiosité. Le Portugais répondit naturellement

quil avait appris le jour qu'il devait arriver, d'un * marabout qu'il lui montra, et qui l'avait su lui-même de Horey. Cet éclaircissement parut d'autant plus admirable au capitaine et à tous ses gens, qu'ils avaient ^ toujours été incertains de leur départ, et qu'en chemin ils avaient relâché dans plusieurs ports, sans. être déterminés sur le temps qu'ils y devaient passer. Ce qu'il y a de plus surprenant dans ce récit, c'est que Jobson n'ait pas considéré que le moindre nègre avait pu le devancer, et faire savoir au marabout que la barque anglaise descendait sur la rivière.

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