‹ Histoire générale des voyagesChapitre 29 sur 51 · III · texte numérisé non relu

III

Syo VOYAGE

la Gambie, et les journaux de plusieurs personnes qui avaient fait le même voyage avant lui. Mais sa carte ne pouvait être celle de Moore , puisque celle-ci n'a été publiée qu'en i^So. Le principal de ses journaux était celui de Vermuyden^ composé en 1661, ainsi qu'il le dit lui-même dans sa relation.

Le capitaine Stibbs arriva "dans l'île de James le 7 d'octobre 17^^ 3, sur un vaisseau de la compagnie, nommé la Dépêche. Ses instructions le chargeaient de s'avancer, avec des canots, le plus loin qu'il pourrait sur cette rivière , pour découvrir des mines d'or, et se procurer une parfaite connaissance du pays. En arrivant à Jamesfort, il trouva que Glynn, ancien gouverneur, était mort depuis six mois; qu'il avait eu pour successeur Willy, qui était alors à Joar avec les trois principaux Anglais du fort : Maiswain, lieutenant ; Orfen , facteur, et le docteur Hugues Cafïull , chirurgien. Il fit donner avis de son arrivée et de sa commission au gouverneur , en le priant de donner les ordres né<;essaires pour lui faire préparer des canots, et pour hâter son voyage. Le canot qu'il avait dépêché revint le 16 , mais sans aucune lettre pour Stibbs. Le 28, il écrivit efloore au gouverneur par la chaloupe de la Gambie, pour lui demander plus de diligence dans Une affoire qui commençait à devenir pt^sante^ et que la compagnie avait fort à cœur. Il lui représen-^ tait qu'il importait peu, pour l'intérêt de la compagnie, d'aller seulëiïieftt jusqu'à Barraconda , ou un peu plus loin , comme plusieurs autres l'avaient fait depuis longtemps ; et que , si on laissait passer néanmoins la fête de Noël , il serait impossible d'aller au-delà.

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Le 3i , sa Surprise fut extrême de voir arriver, dans la pinasse de la compagnie, le corps du gouverneur, qui, étant parti de Joar fort malade, avait eu le malheur de mourir en chemin. On ne fut occupé pendant quelques jours que de la cérémonie de ses obsèques. Il fut enterré sur le bastion nord, avec plusieurs autres gouverneurs, qui avaient eu le même sort dans un emploi dont la durée est ordinairement fort courte.

Cependant on avait reconnu pour son successeur, dès le premier jour de novembre, M. Orfeur, qui était demeuré à Joar avec Maiswain et Caflull. Mais on reçut un nouveau sujet d'étoiïnement , le 2 , en voyant arriver les corps morts de CafFuU et de Maiswain. Le 5, Orfeur revint en bonne santé, mais avec la triste nouvelle que le comptoir de Joar était entièrement ruiné.

Le 6 , Stibbs fut admis pour la première fois au conseil , qui ne se trouvait plus composé que de MM. Orfeur , Rogers et Hull. Après avoir lu les instructions de la compagnie, i} fut remis à l'assemblée du 8 , parce qu'Orfeur et Rogers souhaitaient de lire les journaux , qui étaient tombés entre leurs mains par la mort du dernier gouverneur. Dans le conseil diï 8 , on jugea qu'il était impossible , k cause de la mortalité, de fournir, pour l'expédition de Stibbs, le nombre d'hommes que la compagnie demandait. On remit au i*^ de décembre à délibérer sur c^ qui conviendrait alors aux circonstances. Cependant on prit la résolution de préparer , dans l'intervalle , les canots avec les provisions nécessaires, en réservant

S^a VOYAGE .

seulement le choix du jour et celui des hommes qui seraient employés au voyage. Le 1 5 , Percival , lieutenant du vaisseau de guerre le Diamant, qui était à l'embouchure de la rivière , vint s'informer de l'état du fort dans sa pinasse , et retourna le lendemain à bord. Le 17, Laughland, pilote de Stibbs, mourut après une maladie de peu de jours. Le 27 , la plupart de ses gens se virent attaqués d'une fièvre dan^gereuse. Vers la fin du mois , Stibbs trouva le temps extrêmement firoid pour le climat; et son vaisseau eut beaucoup à souffrir de la violence des vents d'est.

Enfin, le conseil se rassembla le i*' de décembre; mais , comme on n'avait pu se procurer encore un assez grand nombre de canots, on indiqua une autre assemblée pour le 7. Dans cet intervalle, le gouverneur , apprenant que d'Harriot , chef du comptoir fi:*ançais d'Albreda, s'était rendu à Tankrowal, contre le traité qui subsistait entre les deux compagnies de France et d'Angleterre, envoya Rogers et HuU, dans la chaloupe de la Gambie, pour se saisir de son canot et de sa personne, avec ordre de s'informer soigneusement si le seigneur Antonio ou d'autres Portugais avaient eu quelque commerce avec lui , et de se saisir aussi des coupables. On prit une résolution si ferme sur la déclaration même d'Harriot , qui se prétendait libre de remonter sans permission dans toutes les places de la rivière. La chaloupe rencontra, quelques jours après , le canot français ; mais d'Harriot avait trouvé le moyen de se rendre par terre à Vintain. Son canot, ayant été jugé de bonne prise, fut destiné au service de Stibbs dans son expédition.

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Le II, on résolut au conseil que le nombre de ceux qui l'accpmpagneraient serait de dix-neuf, en y comprenant l'interprète, avec un nègre portugais, et que le jour du départ ne serait pas remis au-delà, du 26. Rose, qiii fut nommé pour commander les canots, ayant fait quelques objections contre cet ordre, reçut celui de les donner par écrit. Elles furent lues le lendemain devant le conseil , qui les jugea frivoles , contraires à ses engagements , et tendant à faire doubler son salaire. Il fut condamné à demeurer sans emploi. Le 25 à midi, on vit paraître du côté de l'ouest une nuée de sauterelles , qui s'avança jusqu'à Jilfrày. Le soir du même jour, on lança le plus grand canot; il fut nonuné le Chandos, à l'honneur du duc.

Les dispositions du conseil portaient : i** que les canots partiraient le aS; 2** que la Dépêche, vaisseau de Stibbs, s'avancerait jusqu'à Ruttejar , ou plus haut, pour y demeurer sous la conduite du pilote ; 3** qu'une chaloupe, nommée l'Ile'- James, remonterait jusqu'à Barraconda, pour y commercer jusqu'au retour du capitaine Stibbs; 4^ que les cinq canots iraient audelà des premières chutes d'eau, et que, s'il était impossible aux deux grands d'aller plus loin , ils atten-. draient les trois petits, qui continueraient leur course; 5** qu'on n'épargnerait rien avec les trois petits canots pour aller aussi loin qu'il était possible , à moins que la découverte des mines ne se fît plus tdt.

Stibbs regretta beaucoup de n'être pas parti plus tôt d'un mois. Tous les habitants s'accordèrent à lui reprocher d'être venu trop tard; car, malgré le dessein qu'on avait eu de tenir cette entreprise secrète,

374 yOTACMB

il trouva qu'elle avait été publiée dans le pays longtemps avant son voyage, et qu'il était regardé èe toutes parts comme le député de la compagnie pour la découverte de Tor.

Nombre des canots , et de leurs gens.

Longueur. Largeur. Profondeur. Hommec

I Le Chandoi . . . 4aP'«*- 6po"e- ôP»»»*- 4pottc. 4piedfc q pouç. ^^

a Le Royal Afrique. 97 lo 5 4 3 7 10

3 L'Expîditioii. . . 39 7 3 II 3 a 9

4 La Gambra. ... 34 o 4 3 4 4 10

5 La Découyerte . .33 o S 3 3 4 10

Total .... 5i

De plus, la chaloupe Tlle-James, qui devait s'arrêter à Barraconda, était commandée par le capitaine Trevisa,*avec cinq gromettes, deux matelots anglais, et un balafeu, e'est-à-dire un musicien du pays, accompagné de sa femme et d'un valet. Ainsi le nombre total montait à soixante-quatre.

Le îi6 de décembre, jour fixé par le conseil, Stibbs leva l'ancre, sur la Dépêche, et l'alla jeter une lieue au-dessus du fort, pour att^otdre les cancîts, qui n'étaient point encore prêts. L'après-midi du même jour, la nuée de sauterelles qu'on avait vue la veille, et qui s'était arrêtée aux environs de Jilfray, partit après y avoir dévoré toute la verdure, et prit son vol à l'est, en remontant la rivière. Elle s'étendait l'espace de quatre milles, avec tant d'épaisseur qu'e|le obscurcissait l'air. Enfin , le gouverneur ayant amené

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les Canots le "2 8, Stibbs mit à la voile vers six heures du matin, passa la pointe de Seaca (chique de d' Anville) avec un vent nord-est, et mouilla vers minuit à une Ueue de Tankrowal. Le lendemain, en passant devant cette ville, il salua le seigneur Antonio Voss (i) de cinq coups de canon. Ce négociant portugais lui marqua sa reconnaissance par un présent de dieux veaux gras. Le 3 1, la flotte alla jeter l'ancre, à deux heures après midi , vis-à-vis de Drum-Hill. Voss et Je gouverneur de Jamesfort, qui avaient accompagné Stibbs, dînèrent avec lui, et retournèrent le soir à Tankrowal.

On convint ici, entre les officiers de la flotte, que le capitaine Stibbs se chargerait de la composition du journal ; que Drummond aurait le soin des comptes ; que Hùll descendrait sur les rives pour observer les apparences de mines et de végétaux , et que, s'assemblant tous trois à sept heures. du soir, ils conféreraient ensemble sur leurs opérations. Ils allèrent jeter l'ancre, à trois heures après minuit, près de Tendebar.

Le i®^ de janvier 1724, ils eurent à combattre des vents fort contraires. Le lendemain ils mouillèrent le soir contre l'île de l'Éléphant. Leur navigation n'étant réglée que par les marées, ils eurent beaucoup de peine à gagner la pointe de cette île, qui a six milles de longueur^ pour y passer la nuit. Le 3, ils allèrent jeter l'ancre à l'embouchure de la rivière Damasensa. Cette rivière est fort large à quelque distance de sa jonction avec la Gambie; mais elle est

(i) Moore, p. »49.

rétrécie tout d'un coup par ie grand nombre d'arbres qui s'avancent sur ses bords. Elle est remplie de crocodiles, que les nègres appellent bumbos. Stibbs la remonta l'espace de cinq milles, jusqu'à la ville du même nom, qui est composée d'environ vingt maisons. Il n'y trouva qu'un blanc, Français de nation; mais il eut le plaisir de voir sur les bords de la ri^ vière une grande variété d'oiseaux, tels que des pélicans, des flamants, des pigeons, et surtout un. petit oiseau nommé cubalos , qui fait son nid à l'extrémité des branches qui pendent sur l'eau. Pendant la première lieue, on n'aperçoit aucun arbre sur les bords de la Damasensa. La perspective ne présente des deux côtés que de beaux marais , où l'herbe et les roseaux ( i ) sont d'une grande hauteur. C'est dans ces lieux que ' les chevaux marins, qui devraient prendre ici le nom de chevaux de rivière (2), prennent plaisir à chwcher leur pâture. Stibbs aperçut dans plusieurs endroits leurs lits et leurs traces ; mais il ne vit aucun de ces incommodes animaux.

Étant rentré dans le canal de la Gambie à trois heures après midi, il jeta l'ancre à huit heures contre l'île du Qieval marin, à l'ouest. La longueur de cette île est d'environ un mille et demi. Elle est basse et couverte d'arbres. Il n'y a que le canal de l'ouest qui soit navigable , et sa largeur est d'un mille. On avait passé dans le cours de l'après-midi deux riyières, la

(f ) Moore suppose que ces roseaux sont la même chose que le papyrus des bord» du NU.

(a) C'est aussi le nom qu'on leur donne, hippojiotames.

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SanjalU à gauche, et l'India (i) à droite. Le pays est bas des deux côtés, et les rives bordées de grands arbres.

Le 4 de janvier, à huit heures du matin, on jeta l'ancre à Joar, où Stibbs trouva le Rubis, vaisseau anglais d'interlope, commandé par le capitaine Craigne, qui faisait le commerce des esclaves. Il le chargea de donner avis à la compagnie royale d'Afrique , du lieu et de la disposition oîi il l'avait trouvé. A Joar^ HuU commença tout d'un coup à découvrir de hautes montagnes dans l'intérieur . du pays, presque sans arbres, et d'une terre rougeâtre. Il vit quantité' de singes sauvages, et de grandes troupes d'oiseaux couronnés, qui faisaient des cris aussi désagréables que ceux des ânes. La rivière est ici moins large que la Tamise à Gravesend , et les arbres y sont moins gros que sur les rives inférieures. Stibbs envoya d'avance deux canots à Duboconda (2), pour s'assurer d'une provision de blé.

Le 9 de janvier il quitta Joar , après y avoir engagé Tangrud Sanea pour lui servir d'interprète jusqu'à Barraconda, et loué un musicien (3) pour le divertissement des nègres. Vers midi, il jeta l'ancre un mille au-dessous de la rivière Yarine (4); et, remettant à la voile à cinq heures, il alla passer la nuit

(i) Rivière d'Indea sur la carte de d'An ville.

(2) Ce lieu est au sud de Bruko, dans le royaume de Jemarrou.

(3) Ces musiciens se nomment Balafos. C'est aussi le nom de leur instrument.

(4) Moore observe, dans une note, qu'elle est connue sous le nom d-Eropina, et qu'il y a une autre rivière nommée Nani Jarr, dont Stibbs

^us les îles de Deer (i), où le canal sud n'a pas œnt toises de largeur. Celui du nord est plus large, mais il n'est pas navigable pour les grands vaisseaux. Depuis Joar jusqu'à ces îles, on n^aperçoit des deux côtes de la rivière que de beaux marais sans arbres. Lai chaîne de montagnes qui commence près de Joar s'étend vers l'est, à deux ou trois lieues de la rivière. En avançant, on la trouve plus couverte de bois; mais le fond ne cesse pas de paraître d'une terre rougéâtre. Les marais sont remplis d'éléphants et de dievaux marins. Le 6, on partit de grand matin , et l'on jeta l'ancre vers midi devant Yanimarreu, où la flotte célébrai la fête anniversaire du duc de Chandos. Le soir Stibbs descendit au rivage pour visiter le roi de Cassan, qiii fait sa résidence dans cette ville; et lui faire présent d'un flacon d'eau-de-vie. Il retourna aussitôt à bord; et, paitant vers minuit, il s'avança dans Pobscurité vers une île fort basse qui est située au milieu de la rivière, où il passa le reste de la nuit. Le jour lui fit apercevoir qu'elle n'a qu'un quart de mille de longueur. Mais il observa qu'elle n'était pas marquée dans la carte qu'il avait reçue d^ la compagnie; ce qui lui fit juger qu'elle s'était formée, depuis, des terres qui sont quelquefois emportées dans le temps des inondations. Elle est une lieue au-dessous de l'île Pird, île des Oiseaux de d'An ville, et fort différente de

ne parle pas. Celle-ci est au nord, vis-à-Tis Eropina, qui est du coté du sud.

(i) Ce nom est ainsi écrit dans Moore, p. 253. D'Anville écrit Dear, ce qui produit en anglab le même son à la prononciation ; mais ces deux mots ont une signification différente.

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celle qui esta l'embouchure delà Gambie, çt q\xe les Français nortiment île des Chiens. Yanimarréu est un lieu (i) où les Anglais se proposàienlt alors de former lin comptoir, si le roi de Bursalli ne leur accordait pas la liberté de s'établir à Joar. Le pays ofire une perspective charmante, et les habitants paraissaient bien disposés pour la nation anglaise. Stibbs observa près de ce port trois piliers , élevés dans la forme d'une potence , avec une calebasse suspendue. Il apprit que c'était une sorte d'enseigne, qui devait servir, dansl'opinion des habitanb, à leur attirer des blancs pour le commerce. Les terres du canton forment de belles campagnes , qui paraissent valoir beaucoup mieux que celles de Joar.

Le 7 de janvier au matin, la flotte passa du côté du sud, au long de l'île Bird, que Stibbs jugea longue d'environ deux milles. EUie est couverte de grands arbres, et toutes les apparences présentent une fort belle île. Sa situation est très près de la rive du nord. Un peu au-delà, on découvre un mont rouge, sans aucune sorte d'arbres. Il se nomme Jerupk. Les nègres assurent qu'il était rempli d'or, mais que le diable irrité enleva tout dans Tespace d'une nuit. Stibbs trouva dans un de ses journaux qu'il avait été visité par quelques Anglais , mais sans aucune explication sur le succès de leur recherche.

Le vent et la marée étant favorables, on passa devant Cassan sans s'y arrêter. Stibbs ne vit point d'arbres sur le bord de la rivière au-delà de cette

(i) Stibbs observe ailleurs que cette ville est plus saine et mieux située que Joar.

38o VOYAGE

ville. Jusqu'alors le vent n'avait pas cessé d'être à l'est; et lorsqu'il s'écartait du même point , on était sûr du calme. Le pays, des deux cotés, est généralement marécageux dans la largeur d'un demi-mille, couvert d'herbe fort haute, et de grands roseaux, au milieu desquels on apercevait les traces des hippopotames. Les Mandingues nomment ces animaux malleys. Stibbs en vit ici pour la première fois un grand nombre, qui ne montraient que la tête hors de l'eau, dont ils lançaient quelquefois une grande quantité parles narines, avec une sorte de hennissement fort hideux. Au-delà de ces marais le pays s'élève en belles campagnes, naturellement ornées de grands arbres. Stibbs tua le soir un gros oiseau , de la longueur de six pieds entre le bec et la queue. Les Portugais le nomment gosreal , et les Mandingues gabon. Le 8 au soir, on prit par le canal du sud au long des îles Sappoues (i), et l'ancre fut jetée à la pointe de ces îles. Elles ont aux deux extrémités une barre qui bouche presque entièrement la rivière. Des deux cotés le passage n'a pas plus de deux toises et demie de largeur (2). Le vent, qui était toujours d'est, devint si fort le lendemain, qu'il fut impossible de passer la. barre jusqu'à minuit. Les îles Sappo divisant la rivière en trois ou quatre canaux , il n'est pas surprenant que l'eau y soit si basse. On fut obligé de se faire tirer à force de bras l'espace d'un mille, et l'on mouilla dans un endroit où la moitié de la rivière est remplie de rocs , pour y attendre le jour.

(i) Iles de Sappo, sur la carte de d'An ville.

(2) Voyez les Voyages de Moore^ p. aSo et suiv.

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* Le vent ne cessant pas d'être contraire, Stibbs prit le parti de tourner vers Germi (i) à six heures du soir. Dans cette route, il vil quarante ou cinquante daims, et quantité d'oiseaux à couronne, de canards^ d'oies, de flamants, de pintades, de pêcheurs du roi , de pigeons , etc. Le 1 1 , étant parti à une heure du matin, il se fit traîner par ses nègres, et l'on avança plus que pendant le jour. Le vent fut extrêmement chaud le lendemain. C'est le temps où les nègres brûlent leur paille , après avoir mis tous leurs grains à couvert. Le feu gagnant les grande^ herbes,- qui sont alors fort sèches, se répand jusque dans les bois, où il s'attache à l'écorce des arbres, et consume quelquefois le tronc même. Les Anglais en eurent plus de facilité à tirer les pintades , qui se rassemblaient en fort grand nombre. Le même jour à deux heures après midi, ils levèrent l'ancre aVec la marée et les voiles. £n passant par Lemain ils achetèrent une vache pour une barre de fer.

(2) A six heures , le temps étant fort calme , ils se firent tirer au passage de Foley, où les rocs resserrent tellement la rivière, qu'il n'y a de place absolument que pour un vaisseau ; encore essuie-t-il des deux côtés le frottement des branches. On jeta l'ancre un mille au-dessus de Bruko. Le 12, on se rendit dans l'espace de quatre heures à Duboconda, pour y prendre du riz et du blé. On en partit à quatre heures

(i) C'est Jaramey sur la carte de d'AnvilIe : ce lieu n'est pas sur le^ bords, mais à deux lieues dans les terres, et au nord du fleuve.

(a) L'auteur fait remarquer que les détails sont ici d'une importance extrême pour la connaissance de la rivière.

du matin pour aller mouiller, deux lieues plus loin , à Preef (i), c{ui était autrefois une ville, mais que les nègres ont abandonnée. Le 1 3 on avança p^su, parce que le vent était si fort qu'on tira peu de secours de la marée. On s'arrêta quelque temps au pied d'une montagne, qu'on a nommée le mont du Diable (a), où la rivière est fort étroite, et les rives escarpées. Le 149 on jeta l'ancre à Kuttejar; et Stibbs salua le comptoir, qui se présente sur la rive du nord, de cinq coups de canon. La rivière n'a pas moins ici de trois ou quatre brasses de profondeur dans toutes ses parties. La marée l'élève encore de quatre pieds; et sa direction , comme à l'île de Jame$ , est nord et sud. Stibbs observe que, dans la dernière inondation, l'eau ^'étaît élevée de quatorze pieds au-dessus de la hauteur qu'elle avait alors dans les plus fottes marges; d'où l'on peut conclure quels avaient été ses débordements, quoique les terres fussent alors raffermies. En portant ses observations jusque dans les bois, HuU découvrit ici quantité de bois propre à la teinture (3). Les habitants le nomment bautey; mais il ne vit point d'autre arbre, ni même de plante qui inéritat la moindre remarque. Il reconnut aussi que le pays est entièrement dépourvu de bois. propre à la charpente. On n'y voit que de$ calebasses, et des co^ toAniers (4), qui forment un ombrage agréable, et

(i) D*AnTille en a marqué la situation sur sa carte.

(a) G*est le Arse-Hill, ou Mont-du-Gul de la carte de d'AnviUe,

(3) Stibbs parle ensuite d*une grande quantité du même bois, proche deDamasensa.

(4) Moore observe que Stibbs et Hull ne s'écartaient pas bien loin des

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SOUS lesquels les nègres se rassemblent pour boire leur vin de palmier. Le 1 5 , Stibbs reçut la yisite du roi de Cateba (i), dans les états duquel le comptoir anglais est situé. Ce prince ayant eu la curiosité de visiter le vaisseau, y fîit salué de cinq coups de canon. C'était un vieillard maigre et fort noir, mais de fort belle taille. Il était venu à cheval , précédé de deux tambours, avec un cortège de vingt hommes armés de fusils, d'épées, de flèches et d'arcs, et de sagaies. Il avait laissé le reste de sa suite à Samy.

-Le 20 de janvier, Stibbs laissa son vaisseau à Ruttejar , sous la conduite de son pilote , et remonta sur la Gambie dans la chaloupe l'Ile-James , accompagné de cinq canots. Avant son départ, il avait envoyé une lettre au conseil de Jamesfort, pour lui rendre compte de ses progrès. Il lui écrivait que son espérance était de convaincre les incrédules; que plus on avance dans l'intérieur du pays, plus on trouve le climat sain et tempéré ; que le Slatti Defouté (2) avait pillé une seconde fois Barraconda ; et qu'ayant subjugué le pays de Woolli , il étaitallé prendre de nouvelles troupes dans ses états pour tourner d'un autre côté ses con-

rives, sans quoi ils auraient vu des bois, et de très-grands arbres , entre Jamesfort et Kuttejar, surtout dans les environs de Bruko, dont les troncs ont jusqu'à douze et quatorze pieds de circonférence, qui sont très-durs et très-propres à la charpente. U n'y a presque pas de ville mandingue qui n'en ait , et à qui la superstition ne les fasse conserver soigneusement pour y danser avec beaucoup de respect et d'admiration.

(i) Moore croit que c'était un des rois de Yani, qui se nommait Cateba ; car on ne connaît pas de royaume de Cateba. Kuttejar est situé dans le bas Tani. L'éditeur remarque que la géographie et l'histoire ont beaucoup souffert par des inexactitudes de cette nature.

(a) L'auteur n'explique pas mieux ce nom.

quêtes; que deux ou trois caravanes d'esclaves étaient en chemin pour se rendre aux lieux du commerce^ Tune de cinq cents esclaves , sous la conduite du Slatti Sane-Conte-Madebaugh, qui n'était pas venu à Kuttejar depuis le dernier établissement que la compagnie avait formé sur la rivière ; qu'il venait dans l'intention d'observer quels avantages il avait à se promettre du commerce avec les Anglais; et que le peu de soin qu'on avait apporté à fournir le comptoir de marchandises, avait été pernicieux jusqu'alors à la nation. Stibbs ajoutait qu'il avait trouvé le comptoir très-agréablement situé , la vue agréable et l'air excellent; enfin, que cet établissement méritait plus d'estime qu'on n'en marquait à Jamesfort.

Le 27, à quatre heures du matin, on jeta l'ancre un mille au-dessus d'Ârse-Hill, qui porte dans le journal le nom de Maiden's Breast (i), deux lieues audessus de Kuttejar. Stibbs étant monté au sommet avec Hull , trouva , suivant les remarques du journal ^ que ce mont est composé de pierre noire comme la plupart des hautes terres qu'il avait observées, mais qu'il y avait peu d'apparence qu'il contînt de l'or ou de l'argent (2). Ce mont tire son nom d'une coutume superstitieuse des nègres , qui ne passent jamais à sa vue «ans lui tourner le derrière, en dansant, chantant, et frappant dçs mains, dans la persuasion que

(i) U parle apparemment du journal de Vermuyden. Maiden's Breast veut dire sein de vierge. J^ vilain nom de Arse-Hill, ou Mont-du-Cul, a prévalu, et se trouve sur la carte de d'Anville et sur celle de Leach.

(a) Stibbs dit qu'il remit à Texaminer à son retour ; mais on ne voit pas ensuite (ju'il y ait pensé.

DE STIBBS (17^4).. * / 585

s'ils manquaient à cette cérëmonie, ils mourraient bientôt; et lorsqu'ils voient les blancs y manquer, ils la remplissent pour eux. On passa la* rivière de Samey , qui était alors le terme du commerce des Portugais. Cette rivière, qui est fort grande, tombe dans la Gambie au nord, et vient d'une ville nommée Médina (i), oîi la compagnie avait autrefois un comptoir dont INédifice subsiste encore(2). Stibbs y fit acheter «ne vache , et leva l'ancre vers minuit. Le I2 , à cinq heures du matin , il la jeta une lieue au-dessous de Crow (3) , près d'une colline de terre rougeâtre. À . deux heures après midi, il se servit d'une marée assez faible, pour faire dix milles jusqu'à sept heures du soir. Le pays continue d'être assez uni, avec «quelques collines par intervalles. Le terroir en est riche, et n'a guère d'autres habitants que les Foulés, peuple décent, propre, industrieux, et d'une affabilité qui surpasse beaucoup celle des Mandingues. Le 23 , à deux heures du matin , Stibbs partit , en se faisant précéder de deux canots; car, quoiqu'on avançât beaucoup plus la nuit que le jour, la faiblesse de la marée, le vent qui était toujours contraire, et la multitude des écueils, exposaient sans cesse la chaloupe à quelques dangers. Le courant n'étant pas plus fort que celui des rivières d'Angleterre au milieu de l'été , Stibbs douta que les pluies eussent été fort

(i) Cest Madkana dans la carte.

(2) Dans nn lieu nommé Vally , dont on a déjà parlé. Voyez la carte et Moore, p. xi5.

(3) Ce lieu est écrit Kron sur la carte de d^Anville et sur celle de Leach.

ni. a 5

"abondâmes dans la dernière saison (i). Il n aurait pas mis tant de temps à gagner les chutes d'eau si la li-

' vière eut été moins basse; mauvais augure pour des parties de sa navigation beaucoup plus éloignées. Le

* mêmç matin , à huit heures , il jeta l'ancre à Yamyama-Conda (2), port au sud de la rivière ; mais les guerres ont fait transporter de l'autre côté la ville du

* même nom. Un peu au-dessous du port , on trouve ■une chaîne de rocs^ qui, partant de la même rive,

occupe un tiers du canal de la Gambie, et qui n'est

' ^couverte que de quatre pieds d'eau. Stibbs s'arrêta ici

un jour entier, pour satisfaire aux demandes du roi

de Tomani, qui fait sa résidence à Sutamore (3), ville

. éloignée d'une lieue de Yàmyama-Conda. On convint avec lui de lui faire un présent de vingt barres, à

-condition qu'à l'avenir il n'exigeât plus aucun droit des vaisseaux et des agents de la compagnie.

.Le 24 > à trois heures du matin, on quitta le port d'Yamyama-Conda , et le soir on arriva devant Canubi (4)9 qui est un port au sud, dont les guerres ont fait transporter aussi la ville sur la rive opposée. Les Anglais furent amusés par la vue d'une infinité de singes sauvages qui aboient comme des chiens. Nos voyageurs tuèrent un canard et deux oies sauvages, beaucoup plus grosses que celles d'Angleterre, armées, à la join-

(i) Gela parait contraire à ce qu'on a vu dans la page précédente. (a) Camiama-Conda de d*AnviUe.

(3) Sutema sur la carte de d'Anville et sur celle de Leach.

(4) Danuba, sur la carte de d'Anville et sur celle de Leach, insérée dans l'ouvrage même de Moore. On voit par-là que le défaut d'accord que Ton remarque dans presque tous les voyageurs entre leurs cartes et leurs textes est bien ancien.

DE STIBBS (1724).* 387

turc des ailes, d'éperons aussi longs que ceux de nos coqs, et qui les rendent capables de battre un chien. Le canard était aussi d'une espèce particulière. Il -avait presque le même plumage et la même grosseur que les oies , les jambes , les pieds fit le bec noir , avec une excrescence de chair au bec, de la longueur d'A pouce et demi. Ces deux sortes d'animaux font une nourriture délicieuse. Le même soir on avança trois heues au-dessus de Canubi.

Après être parti de fort bonne heure le 2 5, on arriva vers onze heures du matin au port deBassy(i), . sur la rive sud. Le soir on jeta l'ancre dans un autre port, nommé Nackaway , qui est au nord, et qui a, deux milles plus loin , une. ville de même nom , presque uniquement habitée par des mahométans (2). A un demi-mille du port, sur la même rive, on aperçoit une montagne de trente toises de hauteur, qui présente un cap rouge du côté de la rivière.

Le 26, on continua d'avancer fort leatement avec le même vent d'est. On se trouva , le soir, six lieues au-dessus de Nackaway , devant une ville nommée Cassanconda (3) , après avoir vu dans la route quantité de singes, de daims, d'oiseaux à couronne, de canards, d'oies, de pintades, de perdrix, etc.

Le 28 à midi, on jeta l'ancre à Fatatenda (4), port

(i) Bassey sur nos cai*tes.

(a) L'auteur entend toujours par-là les Mandiiigues.

(3) D'Anville, ni Leach, ne donnent pas, sur leur carte, la position de ce lieu, facile à placer cependant, d'après Vindicatton de Stibbs.

(4) Les Anglais y établirent, en 1733, un comptoir qui fut abandonné en 1735.

sans maisons,^ comme un ^grand nombre <f autres, qui appartiennent à quelque ville voisine, et qui ne servOTt qu'au débarquement. Celui de Fatatenda dépend de Settiko, ville qui en est à trois lieues. Le roi

' de Woolliou Wooljijjr fait sa résidence à Gussana(i)iy v#le éloignée de trente milles au nord. Stibbs n'eut pas plus tôt jeté l'ancre , qu'il tira cinq coups de canon ^ signal dont il était convenu avec le slatti Mamadu, qui lui avait promis de le joindre dans ce lieu, et de lui procurer un pilote pour le conduire aux chûtes d'eau. Mais, de peur que le bruit du canon ne fût pas entendu, il envoya son interprète à Settiko, pour informer Mamadu de son arrivée. Ce slatti ou sleti ou chef, vint le soir à bord sans amener le pilote, qu'il avait laissé malade à la ville. Il confirma la nouvelle du pillage et de la destruction de Barraconda ; ce qui ne fit pas perdre à Stibbs le dessein d'y laisser sa chaloupé pour le commerce.

Dans toutes ces informations il ne trouva personne qui connût des villes ou des ports au-dessus de Barraconda. Les uns prenaient ce lieu pour le bout du monde; d'autres ne se figuraient, au-delà , que de vastes déstfts, habités par des betes farouches. Enfin, d'autres croyaient ^ue le pays appartenait à des nations barbares, dont il était fort dangereux d'appro-

* cha:, et conseillaient aux Anglais de ne pas aller plus loin. Mamadu même , qui avait une partie de ses parents dans cette contrée, ne savait ni dans quels

(t) GassiNoa des voyageurs moâenies. Cest le Kaunkade dés cartes de ' d*Anvflle et de Leaeh ; mais StibLs est plus exact qu'eux dans la déuomi- «ation de ce Ueu.

DE STIBBS (171:^4). * V 589 "^ ■

lieux ils vivaient , ni à quelle dîstai|,ce de Barrdbotidà; et tous s'accordaient à déclarer à Stibbs qu'il ne fal- ^ lait point espérer de trouver des. provisions sûr la route. Il se détermina, dans cette crainte, à faire apporter du riz de Piye (i), où il eS à fort bon marché. Ce fut à Fatatenda qu'il vit 1$ paô de sangue , ou bois de sang, que les Mandingues nomment eano, et dont ^ ils fpnt leur balafeu^ instrument de musique. U est assQz commun au long de la rivière, mais il n'a nulle. * part, tant de grosseur qu'à Fatatenda. Il croît généralement sur un sol pierreux et sur le sommet des <^ol- . Unes. Le bois en est fort dur et d'un beaii grain. Il se polit parfaitement : on assure que la vermine n'en ,.^ approche jamais (a)é

Le ag , à une heure du matin , Stibbs se rendit dans ^espace de cinq^ heures à Prye, pour y prendre luimême le riz qu'il avait demandé. Quoique tout la monde l'assurât qu'il ne fallait compter sur aucune provision au-dessus de Barraconda , ces discours lui étaient d'autant plus suspects, qu'à chaque port on s'était efforcé de Feffrayer par de vaines craintes, et de l'arrêter pour le commerce. Le poi* de Prye est situé à trois lieues, de Fatatenda, sur la rive sud de la rivière dCî CantoiJi IL n'a pas.de maisons qui n'en soient éloignée3 de trois. lieues; mais un petit ruisseau , qui en est fort proche ^ fournit quantité de petits poissons. qui ressiemblent à l'éperlan. Stibbs envoya un canot pour examiner le sable. Les troncs" d'arbres

(l) Prej sur la carte de d'AiiTille et sur celle de Leach. n

(a) Cest Tarbre qui donne la^mme sang-dragon.

et d'autres embarras ne permirent pas d y pénétrer fort loin.

Le 3i , après avoir diargé une médiocre provisîcMi de riz, on alla jeter l'ancre huit milles au-dessus de Prye. Le lendemain , on arriva dans Te^iace de cinq heures à Samatenda ( i), sur la rive du sud. Cest eocore un port sans maisons, avec un petit canot pour y traverser la rivière. Quoiqu'elle y soit assez large, son cours est embarrassé par un grand nombre Marbres qui y tombent insensiblement de ses bords. La .terre est basse du coté du sud; elle s'élève au contraire sur Tautre rive , et deux ou trois milles au-delà du port, elle forme une colline qui règne environ deax lieues au long de la rivière. A huit heures du soir, on mouilla huit lieues au-dessus de Samatenda; et, pendant toute la nuit , on n'entendit que les cris afiteux des éléphants, des hippopotames et des crocodiles.

Le 12 de février, on avança depuis trois heures du matin jusqu'à sept, qu'on jeta l'ancre au-dessus du port de Coussar (2), qui est encore sans ville et sans maisons. Là , Stibbs observe que, faute de canots, les nègres passent la rivière sur un radeau composé de cannes et d'écorce d'arbre. Il vit tout à la fois quatre hommes sur une de ces machines. Quatre milles audessous de G>ussar, on trouve une basse, qui , partant de la rive du sud , occupe presque entièrement la rivière , et qui n'a pas plus de quatre ou cinq pieds

(i) Sama sur la carte de d'AnviUe et sur celle de Leach. (2) Cetle place n'est pas sur la carte de d^AnvilIe, ni sur celle de Lfach.

Î)E STIBBS (1724). ' 39I:

d'eau. On se remit en mouvement raprès-midi , avec peu de secours de la part de la marëè, quoiqu'elle se^ fût élevée de deux pieds au long des rives. Une lieue au-dessus de Coussar, on passa devant un autre port nommé Yaboutenda(i). La rive 4u sud, entre ces deux ports, est une montagne continuelle, qui s'ëlève per-. pendiculairement de la rivière. Du côté du nord , on découvre une belle plaine et un grand lac au mi-; lieu (a). * 4

Après avoir fait huit milles, Stibbs jeta l'ancre, à huit heures du soir , sur onze pieds d'eau, au-dessus d'une basse qui occupe les trois quarts du canal,, et * qui n'a que cinq ou six pieds d'eau. Le reste de la rivière, du côté du sud, est rempli de rocs, entre lesquels on trouve jusqu'à dix pieds d'eau, mais trois ou quatre seulement au-dessus.

Le 3 , on arriva , vers huit heures du matin , une lieue au-dessus du port de Barraconda , sur deux . brasses et demie d'eau , et dans l'après-midi on n'eut besoin que d'une heure pour se rendre devant cette ville. Stibbs ayant comn(iencé par mesurer la rivière^ lui trouva cent trente toises de largeur , sur deux ou trois brasses de profondeur. La hauteur des rives était d'environ vingt-cinq pieds. Barraconda ne s'était pas* relevé de ses ruines. Les Anglais auraient eu peine à distinguer le lieu où la ville avait existé, si le pilote nègre ne leur en avait fait apercevoir quelques traces. Stibbs étant descendu au rivage, y découvrit »

(i) Jabo sur la carte de d'Anville et sur celle de Leach.

(a) La carte no le marque pas. Voyez les Foyages de Moorc, p. 226.

•Sya - • VOYAGE

des vestiges d'éléphants et d'autres bêtes faroucbes; Il vit aussi tes restes de quelque festin des nègres , c est-à-dire des crânes et des os d'hippopotames et de crocodiles. L'herbe, aux environs deBarraconda, n'avait pas moins d^ douze ou treize pieds de hauteur ; mais elle était aussi sèche que du foin.

Stibbs monta sur un arbre, d'où il découvrit un éléphant sauvage , qui marchait lentement à deux ou trois cents pas de lui. Dans l'espace de quatre eu cinq milles le pays n'pfirait pas la moindre colline; mais il s'élève insensiblement, et borne l'horizon à cette distance , sans cesser de paraître une belle plaine. Stibbs s'étant proposé de laisser ici la chaloupe tsous le capitaine Trevisa, pour l'exercice dti commerce, tira plusieurs coups de canon, qui devaient servir de signal à l'alkade et aux habitants. La nuit suivante, il fut impossible aux Anglais de prendre le moindre repos , au milieu des cris d'une infinité de crocodiles , de chevaux marins , de loups , et d'autres bêtes sauvages. L'interprète fttt envoyé te tendemain avec quelques gromettes , pour chercher l'alkade qui ne s'était point encore présenté. Us Ramenèrent dans le cours de l'après-midi. Stibbs apprit de lui qu'il était arrivé à Jab (i) plusieurs marchands avec de l'or, des esclaves et de l'ivoire* La ville de Jab , où FaK

(i) Jab n'est pas sur la carte dé (TAnvilte, et devrait s'y trouver, * d'après rknportance du Jieu et l'indication exacte de Stibbs. En général , bn s'aperçoit que d'Anville, ou n'a pas connu Fexcellent journal de ce voyageur, ou n'en a pas assez tiré parti, et qu'entre Eropina et Barraconda, il s'est presque contenté^de copier la carte que Leacluavait dressée eu 1732.

DE STIBBS (1724). 393

kade faisait sa résidence, est à neuf milles de la rivière au nord, et s'était fortifiée des ruines de Barraconda.

Le même jour, à midi , tous les nègres à gages , qui se nomment gromettes , vinrent déclarer en corps >au capitaine Stibbs, qu'ils ne voulaient pas avancer plus loin sur la rivière, parce que personne n'avait jamais remonté plus haut , et qu'on était sans doute au bout du monde. Le plus sensé représenta au capitaine que s'il y avait quelque pays au-delà, il ne pouvait être habité que par des nations barbares; et comme il n'ignorait pas que les Anglais allaient à la découverte de l'or, il parut craindre qu'ils ne le forçassent de s'engager trop loin dans les terres avec ses, compagnons. Après quantité de raisonnements , Stibbs obtint d'eux qu'ils iraient aussi loin que lui par eau, et leur promit dç ne Ijes jeter dans aucun péril qu'il ne partageât sans cesse avec eux. Le traité fut ratifié avec quelques bouteilles d'eau-de-vie, qui produisent toujours l'effet de la persuasion sur les nègres. Le 5 après-midi , on vit arriver sur le bord de la rivière les marchands de Jab. Stibbs , après une longue dispute, fîit obligé de contracter pour dix esclaves, à vingt-trois barres par tête, pour engager les marchands à vendre leur or et leur ivoire. Son principal motif, dans un marché si désavantageux , était l'offre qu'un marchand nègre, nommé G^e, lui faisait à cette condition, de le conduire jusqu'à Tenda, où il avait sa demeure et sa famille.

Le lendemain, Stibbs ayant appris qu'il y avait, à quatre milles au sud, une ville du royaume de Can-

tor, envoya faire son compliment, accompagné d'un flacon d'eau-de-vie, à l'alkade de ce lieu. Mais, dans l'intervalle , il s'éleva des difficultés au sujet de ses marchandises que les nègres ne trouvèrent pas bien assorties , et pour lesquelles ils ne voulurent donner que trois esclaves. Ce contre-temps fit prendre aux Anglais le guide qui devait les conduire à Tenda.

Enfin Stibbs partit avec ses cinq canots, et laissa la chaloupe à Barraconda. Dans l'espace de trois heures, il fit deux lieues sans trouver aucun obstacle dans le canal. Le 7 au matin, il Qontinua d'avancer avec la même confiance ; mais , une demi-heure après , il heurta rudement contre un banc de sable au milieu de la rivière. Cependant il se dégagea aussitôt , en prenant au sud, où il trouva sept pieds d'eau. Une lieue plus loin, il arriva à la vue de la cataracte ou de la chute d'eau, qui traverse entièrement la rivière. On eut besoin de tout le reste du jour pour faire monter les canots. Cette chute, qui n'est qu'à trois lieues de Barraconda, est la première qu'on rencontre dans le voyage de Tenda. Elle est composée de rocs, dont Stibbs fait la description suivante (i).

Il sort de la rive du nord une couche de rocs dont la superficie est égale et polie ; ces rocs occupent le tiers de la largeur du lit de la rivière , et avaient alors environ dix pieds de hauteur au-dessus de la surface de l'eau. Leur extrémité étant perpendiculaire devient la rive même, du côté du nord. De l'autre côté il

(1) Moore, p. SS74.

DE STIBBS (1724)., 395

parait une autre couche de rocs unis , qui s'avance aussi jusqu'au tiers du canal qui forme la Gambie; sur ce banc de roche il passe environ dix pouces d'eau. Entre ces deux masses , le lit de la rivière est bouché par quantité de gros rocs séparés, qui ne sont couverts que d'un pied d'eau, et qui sont mêlés avec tant de confusion, que malgré la profondeur des intervalles, qui est de dix, onze et douze pieds, le passage est véritablement impossible. Les courants étant d'ailleurs fort rapides, il fallut attendre la marée (i), qui sert sinon à repousser, du moins à rompre leur force, et qui, dans le temps où l'on était alors , rendait l'eau comme dormante , et donna beaucoup de facilité à faire passer les canots sur les rocs. Stibbs est persuadé que dans un autre temps l'entreprise surpasserait les forces humaines. D'ailleurs le passage, contre la couche de rocs qui vient de la rive du nord, est si étroit, que le plus large des cinq canots touchait des deux côtés. La rivière dans cet endroit n'a pas moins de cent soixante toises de largeur entre ses bords naturels. Au-dessous de la cataracte, la profondeur de l'eau était de trois et quatre brasses. Au-dessus , Stibbs fut surpris de ne trouver qu'une brasse et demie. Il semblait que la rivière étant contrainte dans son cours , y devait être plus profonde.

Après avoir passé cette fameuse barrière , il trouva, une demi-lieue au-dessus, un grand roc, couvert d'huîtres dont le goût était fade et insipide. A huit heures du soir, il arriva près d'une basse, ou d'un

(i) Moore admire beaucoup que la marée remonte si loin dans la Gambra, et ne connaît pas, dit-il , d'autre rivière où ïi même chose arrive.

- guë de sable, qui na pas plus de quatre piècU dVaa^ A neuf heures y il jeta Tancre sur neuf pieds d'eau, pour y passer la nuit ; mais son rq)os fut continuellement trouble par le bruit des hippopotames, dont la^ hardiesse allait si loin que, peur les effrayer, on fut* réduit à tirer plusieurs coups d6 mousquet. B y eir* avait de si grands que , ne pouvant passer scms les^ canots, ils frappaient le fond #un coup de dent, et* les mettaient chaque fois en danger d'être renverses^ On continua d'avancer le lendemain; mais on trouvabientôt l'eau si basse, qu'on dése^ra de pouvoir pousser U navigation pendant la nuit. On rencontra le même jour deux gués, dont le premier n'avait quetrois pieds et demi d^eau^ dans sa plus grande profondeur. Le second, qui est une lieue plus Ibiny barre la rivière- d'un bord à Fautre, et se montre h découvert dans plusieurs endroits. Après dfes efforts inutiles pour le passer, Stibbs monta sur ki rive, qui a dans cet endroit quarante pieds de hauteur; et promenant sa vue sur le canal, il remarqua que cet écueil durait l'espace d'un demi-mille. Il est à six lieues de Barraconda. La largeur de la rivière augmentant à mesure que sa profondeur diminue , elle n'a pas, dans cet endroit, moins de cent soixantedix toises. Pendant la nuit les Anglais furent extrêmement incommodés par les mouches, qu'ils nomment musquitos, ou mosquites; le jour ils en avaient à redouter une autre espèce, beaucoup plus grande, qu'ils appellent éléphants, ou mouches de Jalofs.

Le 9, Stibbs entreprit avec de nouveaux efforts de passer la basse. Ses gens sondèrent de tous côtés

DE subbs (17^4)7 397

avefe leurs avirons; mais, loin 4.'y trouver plus de facilité, ils s'aperçurent que l'eau baissait à mesure qu'ils trouvaient le moyen d'avancer. Elle n'avait plus que vingt-six pouces.. Dans cette extrémité, Stibbs prit la résolution d'abandonner ses deux grands canots, et de continuer, s'il était possible, sa navigation avec les petits. Le ip, il tenta de trouver un passage avec le canot nommé la Gambie, qui ne tirait que seize pouces d'eau; mais il en perdit bientôt l'espérance.

Le lendemain , il fît décharger le canot nommé la Découverte. C'était le plus petit ; et lorsqu'il fiit absolument vide, il ne tirait que douze pouces d'eau* L'espérance du capitaine était de le faire passer à force de bras , et de s'occuper de l'autre côté de la basse à faire quelques découvertes , en attendant que les autres canots pussent découvrir un passage^ Hulï et Drummont, secondés de tous les gromettes, car Stibbs se trouva fort incommodé , parvinrent enfin au-delà des basses avec la Découverte; et, s'avançant jusqu'à la montagne de Matlok Tar(i) (c'est ainsi qu'ils la trouvèrent nommée dans leur journal), ils commencèrent à retrouver six pieds d'eau. Ces apparences se soutinrent si heureusement, qu'ils tombèrent ensuite sur dix-huit pieds; et la rivière se resserrant jusqu'à soixante toises, ils se promirent beaucoup de l'avenir.

Le même jour , à quatre heures ^après midi , ils

(i) La carte de d*Anvil1e et celle de Leach n*allant pas au-delà de Barracondji , ii*ont par conséquent pas cette position.

3y8 *" VOYAGE

passèrent Matlok Tar; et, s'étant avancés une lieue plus loin , ils rencontrèrent non-seulement une autre basse, mais encore une seconde chute d'eau. Après quelques essais inutiles , la nuit les obligea d'attendre jusqu'au lendemain; et, dès la pointe du jour, le premier effort fut accompagné de tant de bonheur , que, passant sans toudier au sable ni aux rocs, ils se retrouvèrent au milieu du canal sur quatre ou cinq pieds d'eau. Cependant quelques habitants , qui se présentèrent sur les rives, leur annoncèrent d'autres rocs qui leur boucheraient bientôt le passage. Ils arrivèrent auparavant à quelcpies bancs de sable , deux lieues au-delà de Matlok Tar; mais le milieu du canal leur donnant toujours trois pieds d'eau , leur principale crainte vint du grand nombre d'éléphants qu'ils aperçurent sur le bord de la rivière.

Stibbs , qui était demeuré derrière avec les autres canots , reçut avis de Trevisa , commandant de la chaloupe , que le commerce languissait à Barraconda , et qu'on y manquait de provisions. Le i4, un autre messager, parti de Kuttejar, lui apprit que l'équipage de son vaisseau était afHigé de diverses maladies. Ces fâcheuses nouvelles furent compensées par des événements plus heureux. La lune ayant changé , il observa que, dès le jour précédent, la marée avait fait monter l'eau de six pouces. Cette nouvelle lui fît espérer de pouvoir rejoindre le canot qui l'avait devancé. Le i5 , il vit revenir HuU et Drummond, qui, après s'être avancés l'espace de six lieues, s'empressaient pour lui venir raconter qu'ils avaient trouvé autant d'eau qu'ils en pouvaient souhaiter. Sur ce

DE STIBBS (1724)' ^99

récit , il résolut de mettre à profit dès le lendemain la faveur des marées , qui avaient alors toute leur force. Sa santé s'était rétablie. Il entreprit de faire passer le canot nommé le Royal-Afrique, en le déchargeant, à l'exemple du premier, et de s'avancer accompagné de deux autres , ne laissant ainsi que le Chandos après lui. Mais, cette entreprise ne luiayant pas réussi , il rechargea le Royal- Afrique , et se réduisit à passer avec le canot nommé la Gambie, pour suivre la Découverte. Il s'y mit avec HuU , deux autres Anglais, dix gromettes, une femme et deux garçons de service. Drummond fut renvoyé à Barraconda, pour y conduire les trois autres canots, avec l'interprète et le reste des nègres qui avaient absolument refusé d'aller plus loin. Il avait ordre de les congédier en y arrivant.

Dès le même jour à midi , Stibbs, se trouvant avancé d'une lieue, relâcha sur la rive du sud, pouf laisser passer la grande chaleur du jour. Ensuite il continua de s'avancer heureusement jusqu'à la seconde chute, où il fut arrêté quelques moments par le banc de sable qui est au-delà de Matlok Tar , sur lequel il ne se trouvait alors que deux pieds d'eau. Il y vit un radeau d'écorce, qui servait aux habitants pour se rendre de la rive du nord dans une ville du royaume de Cantor , nommée Curbambey , qui est à trois milles de la rivière, derrière la montagne de Matlok Tar. Ayant passé la chute d'-eau à quatre heures après midi , il fit dix milles jusqu'à neuf heures du soir , qu'il jeta l'ancre au milieu du canal , sur cinq pieds d'eau ; mais ce ne fut pas sans avoir rencontré plu-'

4oo iroYAGË

sieurs basses , qui n'avaient que deux ou trois piëds d'eau* Ainsi l'on peut dire que la rivière est guéable dans toute cette étendue; ce qui fait comprendre pourquoi les nègres n'y ont pas de canots. La mison que l'interprète et les autres gromettes avaient donnée pour justifier leur retour à Barraconda, était la crainte d'être taillés en pièces par les habitants du pays ; et Stibbs les ayant envoyés de divers côtés pour acheter de la volaille et des œufs , ils prétendaient que cette menace leur avait été répétée plusieurs fois. Mais, au contraire, les Anglais ne trouvèrent que de la dou-* ceur dans tous ces peuples ; ce qui leur fit juger que leurs nègres , rebutés des fatigues du voyage , avaient eu recours aux fictions pour déguiser leur paresse et leur lâcheté. Cependant, lorsqu'ils relâdiaient sur l'une ou l'autre rive , la prudence les faisait toujours demeurer sur leurs gardes.

' Le i8 , à six heures du matin , ils passèrent devant une montagne fort escarpée, du côté du sud. La perspective du pays leur parut charmante. Un mille audessus de la montagne et du même côté , ils virent un port avec un radeau d'écorce pour passer à Tendiconda, ville à deux ou trois milles de la rivière. Ensuite le canal se rétrécit si fort , que Stibbs ne l'avait point encore vu si étroit. A peine avait-il quarantedeux toises de largeur. Mais il avait partout sept pieds d'eau ; et la distance entre les bords naturels était d'environ cent trente-trois toises, dont la plus grande partie était remplie de sables secs. Plus loin, cinq gros éléphants passèrent à gué fort près des canots, sur une basse, qui n'avait dans quelques endroits que

DE STUBS (l7îi4)- 4"f

seize potuôes d'eau. On n'avait fait que deux lieues ;mais Stibbs fit relâcher à onze heures pour se garantir d'une chaleur excessive. Deux nègres, passant la rivière à gué , lui apportèrent quelques poules.

A cinq heures après midi , il avança une lieue plu8> loin, jusqu'au pied d'un mont escarpé qui se présente sur la rive du sud. Ici la rivière tourne tout d'un coup à l'est. Les Anglais trouvèrent dans ce lieu quantité de tourterelles, de l'espèce qu'on nomme heccatey (i) en Amérique, et qui habite ordinairement les bords des lacs et des rivières. La chair en est excellente. On jeta l'ancre à neuf heures du sôir^ après avoir 'fait huit milles dans le cours de l'aprèsmidi. Le 19, à six heures du matin, on côtoya quantité de basses, à la vue d'une haute montagne qui borJè la rive du nord. Stibbs observa ici quantité de saules au lotig des bords. Il vît aussi du tabac que les nègres cultivent , et qui n'est pas sauvage comme Vermuyden (2) l'assure dans son journal. Les saules servent de retraite à des troupeaux entiers de gix)s canards d'une espèce singulière, qui prennent plus de plaisir à courir au long des rives entre ces arbres, qu'à voler ou à plonger dans la rivière. Il en sortait quelquefois trente ou quarante ensemble; et leur course était si prompte , qu'elle surpassait la vites&e

(i) Moore obserre qtie ces soiftes de toartereites nmkiplient près doa laes d'eau fraîche, d'où il conclut qu'il y a quelque lac près de oe lieu.

(2) Cest ici la première fois que Stibbs nomme Yermuydeu. On voit par là que c*était le principal guide de sa route, surtout pour la déôouverV? des mines d'or, et que «'est toujours Vermaydett qu'il kut etnéâdrèj. lorsqu'il parle du journal.

des rameurs. Stibbs , s^étant arrêté à neuf heures , mesura cti un endroit ëtrok le canal de la rivière auquel il ne trouva que cinquante-huit toises de largeur. La profondeur de Feau y était de six pieds. C'est à cet endroit qu'on a donné le nom de troisième cataracte, quoique le passage soit libre au milieu. Mais le câté du nord est occupé par un grand roc qui s'avance presqu'à la moitié de la rm, et qui s'élevait ^ors de neuf pieds au-dessus de l'eau. Le coté du sud n'offre qu'un sable aride. Stibbs vit de grands troupeaux de singes. On fit une lieue dans l'après-midi, et l'on fut obligé de retourner de quelques toises, à l'entrée de la nuit, pour, jeter l'ancre en assez grande eau. Cétait de nouvelles basses qui formaient l'obstacle , et qu'on eut le lendemain beaucoup de peine à passer. Elles n'avaient, dans les endroits les plus profonds, que treize ou quatorze pouces d'eau. Une lieue plus haut, on gagna la rive pour s'y rafraîchir sous une haute montagne qui bordait la rivière au sud. Les habitants continuèrent de se présenter avec dés aliments, et passaient le gué pour suivre les canots , à mesure qu'îb les voyaient changer de rive. Mais ils n'avaient point d'ivoire ni d'esclaves pour le commerce.

A quatre heures après midi, après avoir fait une lieue, on fut arrêté par de nouvelles basses, qui causèrent beaucoup d'embarras jusqu'au lendemain. Elles ont , du côté du nord , une haute montagne qui s'avance jusqu'à la rivière, et , du côté du sud, une grande plaine. Le 2 1 , Stibbs fut occupé à chercher un canal au milieu de toutes ces basses. Il fit descendre sur la rive John Hodges, son serrurier, accompagné d'un

DE STIBBS (1724). 4o5

nègre , avec ordre de s'avancer par terre pour découvrir l'embouchure de la rivière d'York, qui, suivant le journal (i) de 1661, devait être à dix-sept lieues de Barraconda, quoique, suivant son propre calcul, Stibbs crût n'en avoir pas fait moins de vingt-quatre. Tous les efforts qu'il fit jusqu'à midi pour passer les basses, réussirent d'autant moins que, le sable étant fort mobile, il était impossible d'y fixer le pied pour aider au mouvement des canots. Ces basses, qui mettent un obstacle invincible aux découvertes, sont à cinquante-neuf milles de Barraconda, près d'un lieu oîi la rivière tourne tout d'un coup au sud. Du côté du nord, elle a pour rive une haute montagne, et de grandes plaines au long du bord opposé. Stibbs se réduisit à faire des observations sur les monts voisins et sur le sable des petits courants, comme il avait fait sans cesse dans toute sa route : mais il ne nous apprend pas quel en fut le succès.

Les habitants, qui ne se lassaient pas de lui apporter des vivres , l'assurèrent qu'il n'était qu'à une petite journée de Tenda par terre ; mais , quand il aurait pu vaincre les difficultés qui l'arrêtaient ils lui déclarèrent qu'il en restait de plus insurmontables, et qu'il ne fallait pas espérer d'aller par eau jusqu'à Tenda dans cette saison. Ils lui offrirent de l'y accompagner, s'il voulait revenir après les premières pluies, et s'établir parmi eux. Dans cette supposition, ils lui promirent de tuer des éléphants, et de préparer d'autres marchandises pour le commerce.

(t) Cest celui de Vermuyden, comme on s'en assurera bientôt par une circonstance qui a rapport à celle-ci.

4o4 VOYAGE

Il lui restait Tespërance que Hodges aurait décou-* vert la rivière d^ork , sur quelques récits mal ordonnés que les nègres lui faisaient d'une rivière ^l'ils npmniaient Cabong. Mais, après avoir suivi la rive l'espace de quatre ou cinq lieues, Hodges revint le soir, et déclara qu'il n'avait rencontré, de l'un et de l'autre cote de la Gambie, aucune rivière qui ne fèt sèche, comme on en avait déjà vu plusieurs. Il confirma aussi le témoignage des nègres sur l'état présent de la Gambie. Il en avait sondé les gués dans divers endroits; et Stibbs, qui avait pris la peine de s'avancer lui-même à pied, avait observé que les basses croissaient de plus en plus. La largeur de la rivière était d'environ cent soixante toises; et le peu d'eau qu'elle avait se trouvant répandue dans un si grand canal, il était impossible qu'il lui restât beaucoup de profondeur. Stibbs ne parle plus ici de marée; et l'on doit avoir été surpris qu'il en ait parlé depuis Barraconda, après avoir lu tant de fois, dans Jes relations précédentes, qu'elle ne remonte pas au-delà de cette ville (i).

Le pays, du coté de Cantor, c'est-à-dire au sud, lui parut bien peuplé, avec de petits villages répan^ dus à certaines distances ; mais il ne vit aucune habitation à moins d'une lieue de la rivière. Du côté du nord, on n'aperçoit point de villes ni d'habitations jusqu'à Tenda. Les Anglais trouvèrent ici quantité de gibier, et surtout un grand nombre de perdrix des

(i) Pour expliquer cette contradiction, il faut supposer, comme on l'a lu ici plusieurs fois , qu'elle est trop faible pour aider an mouvement des barques.

DE STIBBS (17^4)- 4^5

rocher$, mouchetées et d'une couleur obscure, qui • ont sur Festomac une tache ronde, couleur de tabac , lie la grandeur d'un petit écu. Leur chair est exceU lente, mais elles sont fort difficiles à tirer.

Stibbs observe qu'à mesure qu'on remonte U ri^vière on trouve les chevaux marins en plus grand nombre, et beaucoup plus hardis, particulièrement dans les intervalles des basses, où l'eau étant plus profonde, ils peuvent plonger tout d*un coup lorsqu'ils sont surpris sur le sable. Il en blessa souvent de plu^ sieurs coups de fiisil , jusqu'à voir l'eau teinte de leur sang; ce qui ne les empêchait pas de s'élanœr dans là rivière, et de reparaître à quelque distance en poussant de l'eau par les narines, en grinçant les dents, ^t faisant entendre leurs hennissements avec beau^ coup de fureur.

Une autre remarque de Stibbs, c'est qu'il trouva six montagnes entre Barraconda et la rivière d'York (i), deux au nord et quatre au sud, quoique l'auteur du journal de 1661 n'eu marque que deux, et qu'il les mette toutes du coté du sud.

Lie 22 , après les nouvelles tentatives, qui ne firent trouver que dix pouces d'eau dads les endroits les plus profonds, Stibbs prit, malgré lui, la résolution de retourner sur ses traces. Ayant levé l'ancre à midi, il fît dix milles jusqu'au soir, et l'obscurité le força de s'arrêter près de quelques basses qu'on ne peut pas-

(i) Moore, p> a88, Ufauteroireque Stibbs applique, par conjecture, ce nom de rivière d'York , d'après Tindication de Vennuyden , à une des rivières dont le lit était à sec ; car il dit lui-même plus haut, p. a85 de Moore, que Hodges et lui n'ont pu découvrir cette rivière.

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ser que pendant le jour. II les passa le ieadeiftûli et, tombant à Fembouchure de la rivière de Siznaffiëtenda, il alla jeter l'ancre vis-à-vis d'un petit mont rdug^tre, qui se présente du côté du nord. Il avait fait six lieues dans le jour. Le 24, il fit ses recherches et ses observations dans la montagne, d'où il rapporta quelques essais de minéral. Cette montagne n'est qu'à dix lieues de Barracpnda. Vers le midi il arriva au mont de Matlok Tar, et ce ne fut pas sans diflSculté qu'il passa les basses. Uancre fut jetée le soir immédiatement au-dessus de la grande cataracte, à trois lieues de Barraconda, pour y attendre le jour et la marée. Stibbs ne trouva pas que le bruit fut jJus grand que celui de la Tamise au pont de Londres. On avait fait environ six lieues, et Stibbs avait tué en chemin un gouana long de cinq pieds.

lîe 2^, à la pointe du jour, on passa la cataracte, et l'on arriva vers neuf heures à Barraconda. Stibbs y trouva sa chaloupe et ses trois canots en bon ordre. Il y reçut des nouvelles de Robert Plunquet, nouveau gouverneur de Jamesfort, et de plusieurs changements qui s'étaient faits dans le conseil. Trevisa, capitaine de la chaloupe, n'avait acheté dans son absence que cinq esclaves, avec une petite quantité d'or et d'ivoire. On se détermina bientôt à retourner directement à Jamesfort. Le départ ne fut pas rejeté plus loin qu'au jour suivant; mais à peine euton levé l'ancre, que la chaloupe llle-James heurta rudement contre le fond. On fut obligé de la soulager d'une partie de son poids en attendant la marée, quoiqu'elle ne tirât pas plus de quatre pieds et demi

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(¥eau. L'obstacle étant levé à trois heures après midi , on arriva vers minuit à une lieue au-dessous de Cussone (i), 011 l'on s'arrêta jusqu'au jour.

Il aurait été dangereux d y passer dans les ténèbres. On y trouva une basse, formée par des sables qui partent de la rive du nord , et qui occupent les trois quarts de la rivière. A peine avait-elle quatre pieds d'eau. Le reste du canal est rempli de grands rocs, dispersés sous l'eau sans aucun ordre, à deux pieds de la surface ; de sorte qu'il ne s'y offrait point de passage, quoiqu'il n'y ait pas moins de huit ou neuf pieds d'eau entre les rocs. Comme on n'avait pas remarqué tet écueil en remontant , Stibbs jugea combien la rivière devait avoir baissé depuis son passage. Il profita du retardement pour dépêcher par terre un messager à Ruttejar, avec des lettres pour Jamesfort, en réponse à celles qu'il avait reçues à Barraconda. Il y rendait compte des événements de son voyage, des difficultés qui l'avaient forcé de retourner, et des apparences de métal qu'il avait trouvées dans les montagnes, sans oser décider si elles annonçaient de l'or, parce qu'il n'avait pas eu les ingrédients nécessaires pour mettre le minéral à l'épreuve (2).

Le 27, ayant voulu forcer le passage, la chaloupe heurta encore; et Stibbs , impatient d'une navigation si lente, laissa un canot pour la secourir, et se hâta de gagner Kuttejar. A midi , il passa devant Samatenda. Le soir il jeta l'ancre à Fatatenda. Le 28, étant arrivé

(i) Ce lieu n'est pas sur nos cartes.

(a) Dans sa lettre , Stibbs dit nettement que Tauteui' du journal de i66i est Vermuyden.

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à Nackaway, il entreprit de faire«es reclierches ordinaires sur la montagne. Il ne rend aucua compte de ses observations métalliques; mais, étant monté fort haut, il découvrit près du sommet là: retraite d'un lion. Cette remarque fut confirmée aussitôt par un rugissement de l'animal même, qu'il entendit à fort peu de distance. Le lieu était solitaire, trois quarts de mille au-dessus de la plaine , sur un côté de la montagne qui pendait en précipice. L'espace ne laissait pas. d'être assez grand, et la situation du terrain fort commode; mais l'accès en était difficile. Stibbsetses gens observèrent les traces du lion, ses pas, ses excréments, et quelques-uns de ses crins. Ces animaux sont communs dans le canton ; mais Stibbs n'en avait découvert aucun dans les bois, quoiqu'il y eût vu souvent de très-grands loups. Le soir, il alla mouiller un peu au-dessous d'Yamyama-Conda.

Il arriva le ^ de mans à Kuttejar, oîi il retrouva son vaisseau et son pilote. Mais la plupart de ses matelots étaient malades, et la mort en avait enlevé un. Le 4ï il vit paraître la chaloupe l'IleJames, qui avait évité fort heureusement ce danger. Rien ne l'arrêtant à Kuttejar, il en partit le 8. Le soir il passa devant Dubottenda;iljeta l'ancre, vers minuit, à un mille de Bruko; et le 9, ayant traversé le pas ou le passage des Foulés, il arriva aux îles Sappo. Le 10 au matin, il fît quelques essais sur le mont de Cassan. Le i3 à midi, il jeta l'ancre au port de Joar, où il retrouva Craigne et Perry, deux capitaines d'interlope, qui avaient acheté un assez grand nombre d'esclaves, mais qui en avaient perdu dix-sept, quelques jours aupara-

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vant, dans une révolte où leur propre vie avait été fort en danger. Trois lieues au-dessus de Joar, il avait vu un troupeau de deux ou trois cents éléphants, qui venaient boire sur la rive, et qui formaient une nuée de poussière que l'auteur compare à la fumée d'une verrerie. En quittant Joar, le i5, il vit une autre troupe de ces monstrueux animaux qui traversaient la rivière à la nage, un quart de mille au-dessous du vaisseau. Enfin, le 22 , il jeta l'ancre à Jamesfort, après avoir employé deux mois et vingt-trois jours dans son voyage. Il n'avait pas perdu un seul homme de ceux qui l'avaient accompagné pendant toute la route; et ceux qui étaient partis malades retournèrent en bonne santé. Il joint à sa relation le nombre des esclaves qui furent achetés sur la rivière de Gambie dans l'espace de quatre ou cinq mois. Les chaloupes de l'île de James en amenèrent trois cent vingt-six à Jamesfort, de Joar et de Ruttejar, pour le compte de la compagnie royale d'Afrique, dans les mois d'octobre, novembre, décembre 1723, et de mars 1724.

Stibbs combat avec raison l'opinion que le Niger, c est-à-dire le Sénégal , et la Gambie , proviennent de la même source.

Moore, cherchant à réfuter l'opinion de Stibbs, dit qu'il sait par ses propres informations que les Mandingues n'appellent la Gambie que Batto (i), c'est-à-dire la rivière par excellence, et que le nom de Gambie ou de Gambia , dont il croit que l'origine

(i) Jobson u'entendit pas d'autre nom, pai'mi les iiègies, que celui de gée, ou ji, qui signifie eau dans leur langue.

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n'est pas plus ancienne que la première découverte des Portugais, et n'est en usage que parmi les nègres qui sont en commerce avec les Européens. Mais c'est précisément ce qui est en doute; car Marmol assure que les habitants appellent cette rivière Gambu.

L'ouvrage de Moore parut à Londres en 1738, in-8®, orné de douze planches et d'une carte; il est intitulé : Trai^els into the inland parts ofAJrica , etc.; bjr Francis Moore, factor sèmerai jrears to the royal African company ofEngland. London 1 738, m-8**.

La lettre du savant éditeur, qui forme l'introduction, a treize pages.

Nous allons nous occuper dans le chapitre suivant de cette importante relation.

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