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taquer les ruches. La rivière de Ghinghin est divisée en deux bras, par une île longue et étroite^ au-dessous de laquelle ils se réunissent pour entrer dans la Casamansa. lies Feloupes rendent le plus grand de ces deux canaux fort dangereux. Un capitaine français , qui s'y était engagé dans une chaloupe bien armée, avec vingt-cinq hommes, pour retourner à Ghinghin par cette voie, découvrit une embuscade de cent Feloupes qui Fattendaient au passage. Avec toute la diligence qu'il fit pour avancer , il ne put éviter d'être poursuivi par ces barbares , les uns à la nage , d'autres dans leurs canots. Ils attaquèrent la chaloupe avec une extrême furie , et les Français ne se virent libres qu'après les avoir tués presque tous à coups de fusil.
Ces deux bras de la rivière sont bordés d'une espèce singulière de citronniers , dont le fruit est toutà-fait rond, et la peau aussi fine que du parchemin. Il est rempli de jus, mais il ne porte aucune sorte de p'épin ou de semence. Une lieue au-dessous de l'endroit oïl 1^ deux bras réunis se jettent dans la rivière de San-Domingo , on trouve la ville de Cacheo.
Brùe s'était attendu de trouver à Ghinghin une pinasse dont il s'était fait précéder; et n'en apprenant aucune nouvelle , il envoya dans un canot un de ses facteurs avec un iûterprète, pour se procurer des informations. Ils rencontrèrent un vaisseau anglais, arrivé nouvellement de Lisbonne, et chargé de fruits et de vins, dont le capitaine envoya aussitôt sa chaloupe au général, pour le délivrer d'inquiétude. En effet, dans la jore qu'il eut d'apprendre que sa pinasse était à l'ancre près àe Cacheo , il se rendit immédia-
tement sur le vaisseau anglais, où il fut reçu avec toute la distinction due à son caractère. Il y passa même la nuit. Le lendemain on lui fit voir un essaim d'abeilles qui s'étaient établies à bord et qui y faisaient leur travail.
Le capitaine anglais conduisit Brùe à Gacheo. Ils rencontrèrent la pinasse française, qui attendait les ordres de son général ; et le soir du même jour ils arrivèrent à la ville , oit Brùe prit son logement chez dom Manuel Perère, officier portugais. Le jour suivant il envoya complimenter le gouverneur par un de ses officiers, et dans le cours de l'après-midi il reçut sa visite. Ce gentilhomme portugais, qui se nommait dom Antonio de Barros , était né à Madère. Il offint sa maison au général , et lui fit porter quantité de rafraîchissements. Après avoir passé quelques jours à Cacheo, Brùe monta sur la pinasse qu'il avait fait partir avant lui dans ce dessein , et retourna directement dans la rivière de Gambie.
Cacheo est une ville et une colonie portugaise , située sitr la rive sud de rio San-Domingo , à vingt . lieues de son embouchure. C'est le principal établissement que les Portugais aient dans ce pays, quoique les habitants, qui sont distingués par le nom de nègres papels, leur portent une haine mortelle. Aussi n'ontils rien négligé pour se fortifier du côté de la terre. Ils y ont un rempart bien palissade, avec une bonne artillerie. La ville consiste en deux longues rues, traversées de plusieurs autres. Elle est environnée de marais, avec quelques petits cantons de terre labourable, où l'on recueille un peu de maïs et de riz, mais
en si petite quantité qu'il ne peut fournir à Tentre* tien des habitants (i). Comme il ne se trouve aux environs ni fermes, ni prairies, les bœufs et les vaches y sont aussi chers que rares. On y voit quelques chèvres, mais sans porcs et sans moutons.
Les maisons de la ville sont de terre glaise, blanchies dedans et dehors. Elles sont fort grandes, mais kur hauteur n'est que d'un étage. Pendant ia saison des pluies, elles sont couvertes de feuilles de lataniers ; mais dans les temps secs on ne les couvre que d'une simple toile, qui suffit pour les garantir du soleil et de la rosée. Le climat est sujet à des rosées fort abondantes, surtout près d'une si grande rivière et dans un canton si marécageux. Il y a dans la ville une église paroissiale et un <x)uvent de capucins. La paroisse est desservie par un curé et deux prêtres d'une ignorance égale à leur pauvreté. En 1700, le couvent* des capucins n'en contenait que deux , qui étaient entretenus par le roi de Portugal. Ils sont soumis à Tévêque de SaintJago.
La garnison est composée de trente hommes, sous un capitaine-major, qui prend le titre de gouverneur . et qui a sous lui un lieutenant, un alfères ou un enseigne, et un aide -major. Dom Antonio de Barros occupait (2) ce poste depuis long-temps. L'usaçe est de changer la garnison tous les trois ans, terme qu'elle attend toujours avec impatience; car elle «st si mal
(x) L*auteur anonyme, qui est à la^ de Le Maire, n'en fait monter . le nombre qu*à deux ou trois cents, page laS.
(a) U revint en Europe avec le capitaine Roberts.
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payée, que la plupart des soldats ne font pas scrupule de voler pendant la nuit. Pour officiers civils, le roi (i) de Portugal a dans Cacheo un intendant , qui se nomme sindycante , un receveur des droits , un notaire et quelques commis. Le droit d'entrée pour les vaisseaux est de dix pour cent (2).
La ville est défendue à Touest par un fort triangulaire, qui se nomme Casaforte. Un de .ses bastions fait face à la rivière ; mais , n'ayant qu'une palissade sans fossé, sans glacis et sans chemin couvert, étant même très-mal pourvu de munitions, il est peu capable de défense. La rivière a plus d'un quart de lieue de largeur devant la ville. Elle est assez profonde pour recevoir des bâtiments de la première grandeur, si les dangers de la barre ne les; arrêtaient à l'embouchure. Les deux riws sont couvertes. d'arbres; mais ceux de la rive du nord sont les plus beaux de toute l'Afrique (3) , autant par l'excellence du bois que par leur hauteur et leur grosseur. On ferait de leur tronc un canot d'une seule pièce , capable de recevoir le poids de dix tonneaux, et de porter vingt-cinq ou trente hommes. La marée remonte au-dessus de Cacheo. Il y pleut avec abondance. Sa situation, selon Labat, serait à onze degrés de latitude nord; selon les cartes, €lle est à douze degrés trois minutes.
L'indolence des Portugais: est extrême à Cacheo. Quoique les vivres y soient chers, ils ne veulent pas prendre la peine d'élever de la volaille. Ils sont obli-
(i) Lahat, t. v, p. 57.
(a) L*auteur anonyme, dans Le Maire, p. laS.
(î) Les PortugiMs aj^lleult cette rive Matta-Formosa (Belle- Forêt),
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gés pour leurs moindres besoins , jusqu'à celui de l'eau, de sortir de leurs remparts avec une garde, sans quoi ils seraient exposés aux insultes des Papels , leurs mortels ennemis. Cependant quelques-uns de ces barbares se sont familiarisés avec eux , et demeurent même dans la ville , dont ils composent environ la cinquième partie. Cette raison a fait donner à leur quartier le nom de Villa-Quinta. Ils sont idolâtres; mais, pour le fond des mœurs , ils ont pris la plupart des usages portugais, comme les Portugais ont adopté quelques-uns des leurs , surtout leurs débauches avec les femmes, que les deux nations poussent à l'excès. Ils ne mangent de la chair qu'une fois par jour j au repas qu'ils appellent jantar , ou dîner. Leur raçâo , ou leur souper, est toujours maigre; et la rivière, quoique remplie de lézards et de crocodiles , leur fournit du poisson en abondance. Tous leurs repas commencent par les fruits, dont le canton produit différentes sortes sans culture et sans soins, tels que des goyaves , des oranges , des citrons , des ignames , des patates, des courbarils, etc.
Quoiqu'on ne puisse sortir pendant la nuit à Cacheo sans courir quelque danger, et qu'on ait soin de s'armer lorsque l'on est appelé dans la ville par quelque affaire pressante , il s'y trouve une espèce de gens qui s'en font comme un métier. L'équipage de ces aventuriers nocturnes est fort remarquable. Ils poilent sur leurs habits un petit tablier de cuir avec une bavette qui couvre une cuirasse ou une cotte de mailles. Ce tablier, qui ne passe la ceinture que de quelques doigts , est plein de trous , auxquels sont
attaches deux ou trois paires de pistolets de poche et plusieurs poignards. Le bras gauche est chargé d'un petit bouclier. Au-dessous pend une longue épëe dont le fourreau s'ouvre tout d'un coup par le moyen d'un ressort, pour épargner la peine et le temps de la tirer. Lorsqu'ils sortent sans dessein formé et seulement pour se réjouir, ils sont couverts, par-dessus toute cette parure, d'un manteau noir qui leur pend jusqu'aux mollets. Mais , s'ils se proposent quelque aventure, c'est-à-dire un duel à la portugaise, ils ajoutent à leurs armes une courte carabine chargée de vingt ou trente petites balles et d'un quarteron de poudre, avec un bâton fourchu pour la poser dessus en tirant. £nfin , pour achever une si étrange panu*e , ils ont sur le nez une grande paire de lunettes, qui est attachée des deux cotés à l'oreille. En arrivant au lieu de l'exécution, le brave commence par planter sa carabine, rejette son manteau sur le bras gauche, prend son épée de la main droite , et , dans cette posture , attend courageusement l'homme qu'il veut tuer et qui ne pense point à se défendre. Aussitôt qu'il le voit, il fait feu en lui disant de prendre garde à lui. Il lui serait fort difficile de le manquer ; car cette espèce d'arme à feu écarte tellement les balles , qu'elle en couvrirait la plus grande porte. Si l'infortuné qui reçoit le coup n'est pas tout-à-fait mort, le meurtrier s'approche en l'exhortant à dire Jésus, Maria, et l'achève à terre de quelques coups d'épée ou de poignard. 11 arrive quelquefois que ces perfides assassins trouvent la partie égale, et qu'ils sont arrêtés par ceux dont ils menacent la vie. Mais ils se tirent d'embarras en pro-
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testant qu'ils se sont trompés , et qu'une autre fois ils sauront, mieux distinguer leur ennemi. Enfin, il est toujours très-dangereux à Cacheo de sortir la nuit; et Fauteur ajoute qu'il n'y a pas beaucoup plus de sûreté dans toutes les autres colonies portugaises. Cependant le gouverneur fait marcher dans les ténèbres une patrouille de quelques soldats, pour arrêter les vols et les. autres désordres. Ce soin pourrait être de quelque secours au public, si les gardes n'étaient eux-mêmes des voleurs d'autant plus redoutables qu'ils sont en grand nombre et comme privilégiés. Les maisons ne sont guère plus sûres que les rues , parce qu'étant fort légères , il est aisé d'en forcer l'entrée. Aussi ne manque- 1 -on pas d'y tenir des lanternes allumées pendant toute la nuit, et d'y avoir des chiens de l'Europe pour avertir par leur aboiement. Ceux du pays n'aboient presque point. On fait veiller aussi les domestiques , avec ordre de tirer sur tout ce qui paraît autour de la maison.
Il y a peu de Ëunilles portugaises à Cacheo qui méritent véritablement ce nom. La plupart sont de race mêlée, et même si noires, qu'à peine les distingue-ton des nègres. Ces Portugais sont blancs ou basanés , mulâtres ou noirs, ont des femmes légitimes, et les tiennent fort resserrées dans leurs maisons. Celles qui sont blanches n'en sortent jamais pendant le jour, pas même pour aller à l'église. L'usage des personnes de distinction est d'avofr des chapelles domestiques pour les exercices delà religion. Cependant les dames d'une autre couleur, c'est-à-dire noires ou mulâtres, ont la liberté de sortir voilées. Les mantes qui les
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couvrent ne laissent voir de toute leur figure qu'un œil et les pieds. La jalousie des maris passe pour une marque d'estime et de tendresse. Dans les visites qu'on rend aux Portugais, on se garde bien de demander à voir leurs femmes, ou même de s'informer de leur santé. Ce serait assez pour s'exposer à quelque duel de la nature de ceux qu'on vient d'expliquer , ou pour exposer une femme au poignard ou au poison. Les filles des Papels et les esclaves sortent librement, sans autre habit qu'une pièce d'étoffe de la longueur d'un pied, et de six ou sept pouces de largeur, pour cacher leur principale nudité , mais ornées néanmoins de bracelets, de pendants d^oreilles, et de ceintures de grains de verre, lliorsqu'elles sont mariées, elles portent la pagne.
Les Portugais de Cacheo voudraient se réserver tout le commerce; mais comme le Portugal ne leur fournit point assez de marchandises pour les enrichir, ils ont la prudence d*entrer en composition sur cet article. En sauvant un peu les apparences, les étrangers sont sûrs d'êti'e bien reçus, et les officiers mêmes de la ville se prêtent facilement à ces petits artifices. Ainsi l'on y trouve toujours quelque vaisseau français, anglais, ou hollandais, qui feint de manquer d'eau ou d'avoir besoin de quelque autre secours.