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CHAP, Il. COL.OMB. 21
ments vagues des écrivains classiques concernant des régions océaniques dérivaient de leurs traditions. Nous avons examiné dans Je chapitre 1x du premier livre de cet ouvrage l'importante question de savoir si les Phéniciens firent effectivement de grands progrès dans les arts de la navigation, et de même que les traditions conservées par les auteurs grecs ou latins, leurs titres douteux présentent plutôt à la critique les formes générales de la mythologie et de la théorie que les traits individuels de la réalité,
La croyance de l'existence d’une terre située au-delà de l'Océan était très-répandue dans l'antiquité, et l’on n’a nulle raison d'en attribuer l’origine , soit à l'imagination de Platon , soit à des traditions contemporaines de ces révolutions physiques qui, à ce que l’on suppose, séparèrent l’ancien monde du nouveau. Bien qu'elle soit facilement reconnue par la réflexion, la forme sphérique de la terre n’est nullement apparente pour les yeux du vulgaire. Les suppositions que la terre est une plaine d’une immense étendue répugne, il est vrai, à la raison, mais elle ouvre un champ illimité à l’imagination , et doit toujours être préférée par des observateurs partiels. En même temps, comme l’idée d'un monde infini n’est pas facilement comprise, oncrut naturellement que la demeure terrestre de l'humanité était bornée par l'Océan. Toutefois, afin de fixer des limites à l'Océan, il devint de nouveau nécessaire d’avoir recours à une autre région solide. La terre et l'eau alternèrent ainsi continuellement ; la limite que la raison ne put trouver fut fixée par la superstition, et, comme dans le :ys-
tème des Hindous, un nombre sacré déterminä les bornes de
l'univers. Cette théorie était si naturelle qu'il serait surprenant que les anciens n'eussent fait aucune allusion aux régions situées au-delà de l'Océan , et il faut n'avoir jamais observé l'activité de l'esprit humain dans les premiers âges de la civilisation pour commettre l'erreur de voir danse ces allusions autre chose que les éléments d’une philosophie primitive (4).
Nous l'avons constaté dans une partie précédente de cet ou-
(1) Antonio Ribeiro dos Santos a réuni les divers passages des anciens écrivains qui se rapportent, à ce que l’on suppose, aux régions transatlantiques, dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne , tom, v, p. 101.
vragé;les nations du nord entreprirent à une époque très-reculée d’audacieuses excursions maritimes. Elles découvrirent leGroënland, et, selontouteprobabilité, ellesatteignirent aussi la côte voisine de PAmérique du nord. Malgré la ruine dé la colonie du Groënland, ces mers, déjà parcourues par un si grand nombre de navires, ne durent pas être entièrement abandonnées, et on a quelque raison de penser que les pêcheries de ‘lerre-Neuve étaient fréquentées avant l'époque de Colomb. Les Normands et les Bretons naviguèrent dans les mêmes mers dès 4504, ou douze années seulement avant le prernier voyage dé Colomb , et il n’est pas probable qu'une pécherie eût été exploitée à une si grande distance peu de temps après la découverte des bancs. Les meilleurs géographes du seizième siècle, tels que Ortelius, Mercatc”, Witfliet, Pontanus et d’autrés encore, regardaient comme un fait prouvé que les Basques du cap Breton près de Bayonne et les autres pêcheurs de morue de cette partie de la France avaient découvert Terre-Neuve avant le temps de Colomb, et ils se hasardèrent même à affirmer que ces hatdis navigateurs s'étaient avancés jusqu’au Canada, et que Colomb avait été instruit de leurs voyages par un pilote basque. Ces opinions se fondaient priteipalement sur des traditions conservées parmi les pêcheurs de la Biscaye (1).
Quoi qu'il en soit, les anciennës découvertes manquent entièrement de preuves positives et authentiques, Don M. de Navarrete, dont l'autorité suf un pareil point semble concluante, est porté à penser que les Bistayens ne découvrirent pas Terre-Neüve avant l’année 1596 , et il montre qu'ilsne fréquentèrent pas les bancs avant 1540 (2).
L'honneur de la découverte de l'Amérique à été tout récemment réclamé en faveur des habitants de Dieppe, qui furent durant les quatorzième et quinzième siècles les plus habiles et les plus hardis navigateurs de l'Europe, On rapporte qu'un Dieppois nommé Cousin , déterminé par les conjectures d’un de ses compatriotes, nommé Déchaliers, que les Normands regardèrent comnmie le fondateur de la
() Dictionnaire géographique historique de l’Esragne, par l'Académie de l'Histoire, t. 11, p. 313, art, Saint-Sébastien, (2) Navarrete, t, it, p, 179,
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science hydrographique , entreprit quelques voyages de long cours, et découvrit en 4488 l'embouchure de la rivière des Amazones , d'où il revint l'année suivante, touchant à scn retour sur les côtes de l'Afrique. On dit aussi qu'un individu nommé Pinzon , capitaine d’un petit vaisseau de l’expédition de Cousin, fut jugé à son retour et renvoyé de la ville pour avoir désobéi et résisté à son commandant. Les écrivains qui ajoutent foi à l'histoire du voyage de Cousin conjecturent que ce Pinzon était un membre de la famille du même nom qui s’embarqua avec Colomb dans le port de Palos, et peutètre lg même individu qui en 1499 équipa une expédition avec laquelle il se dirigea vers la rivière des Amazones. Cette dernière circonstance, réunie à l'identité des noms et à la ressemblance des caractères , donne à la conjecture un certain air de probabilité. Cependant, comme les archives de Dieppe ont été détruites par le feu en 1694 et qu'il n'existe actuellement aucun document original relatif au voyage de Cousin, l'histoire entière doit être qualifiée d’apocryphe, malgré l’habileté avec laquelle on a rassemblé pour la soutenir les témoignages des écrivains contemporains (1).
Ainsi donc an manque moulioue preuves suffisantes pour disputgt.à Colomb l'honneur de la découverte de l'Amérique. Que des opinions purement théoriques aient eu courgdans son temps, concernant l'existence de contrées transatlantiques, cela ne diminue guère l'originalité de son invention, et n'ôte absolument rien à la hardiesse de son entreprise.
Le nombre des individus qui osèrent suivre ses traces sur l'Océan devint bientôt considérable ; et, indépendamment du succès ou des qualités personnelles de ces hardis navigateurs, la rapidité avec laquelle ces expéditions se succéderent les unes aux autres mérite une mention spéciale dans l'histoire des découvertes maritimes.
Parmi ceux qui accompagnèrent Colomb à son second voyage, se trouvait Alonzo de Hojeda, jeune et beau cava lier, de petite taille, mais possédant une force et une activité de corps merveilleuses , et doué d’un courage capable de
"7 tenter les entreprises les plus désespérées. Alonzo de Hojeda