‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 94 · CONQUÊTES DES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

CONQUÊTES DES ESPAGNOLS

Le Brésil est négligé par les Portugais, — Diégo Alvarez fait naufrage sur les côtes de ce pays; il est épargné par les sauvages et devient un de leurs caciques.— Il visite l'Europe ct retourne auBrésil, — Fondation de la colonie de Janeiro, — Sébastian Cabot explore la rivière La Plata.— Il remonte le Parana.— Pedro de Mendoza fonde la ville de Buénos-Ayres. — Ayolas remonte le fieuve du Paraguay et arrive par les montagnes au Pérou.— Yrala complète sa découverie.— Norvaez entreprend la conquête de la Floride.— 11 pénètre jusqu'à Apalachen.— Sa retraite désastreuse, Aventures de son trésorier Alvaro Nunez, — Les sauvages révoltés par le cannibalisme des Espagnols. — Alvaro entreprend le commerce et la médecine chez les Indiens, — 11 voyage de la Floride à Mexico, — La Floride est accordée à Hernando de Soto. — Sa déplorable destinée, — Alvaro Nunez est fait gouverneur de La Plata. — Son voyage de la côte au Parana.— Fin misérable de son commandement. — Voyage de Marcos de Nizza jusqu'à Civola, — Expédition d'Alarchon et de Coronado à la recherche des Sept Villes. — Leur désappointement, — Prétendue invention d'un bateau à vapeur par Garay. — Déclin rapide de toute énergie politique dans les colonies espagnoles,

Par la conquête du Mexique et du Pérou les Espagnols étaient devenus m'itres de vastes territoires sur lesquels existait déjà un certain degré d'organisation sociale, et où, par

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conséquent, des relations plus ou moins intimes se trouvaient établies entre les différentes provinces. L'acquisition de pays jouissant des avantages de la communication intérieure aecrut l’activité des conquérants aussi bien que leur pouvoir. L’éloignement du centre de l'autorité, non moins que l’excitation enthousiaste produite par l’accomplissement d’entreprises romanesques, affaiblit d'ordinaire les liens de l’obéissance ; aussi les premiers aventuriers en Amérique, cà et là répandus sur d'immenses régions où les merveilleuses magnificences de la nature agissaient ayéc force sur leur imagination, oublièrent souvent qu'ils étaient encore sujets de l’Espagne, et s’y livrèrent aux plans 188 jlus étranges et les plus

ment au Pérou et au Mexique que 8e fit remarquer cet esprit Ge liberté sans frein ; il se répandit avec une égale force dans les diverses parties du Noüveau-Monde, et, s’il eût existé ('iatres empires aussi riches et aussi populeux, les héros n’eussent pas manqüé pour les soumettre. L'énergie avec laquelle quelques milliers d'Européens se répandirent en con-

:‘rants sur le continent américain peu d'années après sa découverte doit compter parmi les phénomènes les plus extraordinaires dans l’histoire de l'humanité, Mais à quoi servirait de raconter tous les détails des différentes expéditions équipées pour coloniser et étudier cette fr“tile partie du globe? Le lecteur serait bientôt lassé par la répétition des mêmes événements, de victoires faciles remportées sur les Indiens, et de cruautés sans raison commises par les Espagnols, Il suffira pour l'objet de cet ouvrage de donner brièvement quelques détails sur les hommes qui firent le mieux connaitre à l'Europe l'étendue complète du Nouveau-Monde.

Les Portugais, quoiqu'ils fissent valoir avec zèle leur droit à la souveraineté du Brésil, négligèrent néanmoins d’oceuper ce pays bien des années après qu’il leur eut été cédé. Leurs possessions orientales altiraient avec beaucoup plus de succès leurs efforts nationaux ct leurs #ntreprises privées. Des vaisseaux de toutes nations se rendarent indistinctement sur les rives du Brésil pour y couper des bois de teinture ; et nonobstant un accident rempli d'intérêt qui attira un moment l'attention vers ce pays, il sembla destiné à demeurer

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un terrain neutre où tous les marchands européens se donnaient rendez-vous #äitre égal. Un aventurier portugais nommé Diégo Alvarez, et natif de Viana, étant allé chercher une cargaison de bois de teinture sur les côtes du Brésil, vint à faire naufrage sur les bas-fonds situés au nord de la barre de Bahia. Quelques hommes de l'équipage furent noyés, les autres furent pris et dévorés par les naturels. Diégo, sachant que pour éviter le même sort il n'avait d'autre chance que de convaincre les sauvages de son utilité, s’employa de son mieux à sauver les débris du naufrage; et il sut à tel point s’attirer leur bienveillance que sa vie fut épargnée par eux. Parmi les objets qu'il eut le bonheur de ramener an riyage se trouvaient quelques barils de poudre et un mousquet. Peu de jours après il tua un oiseau en présence de quelquesuns des naturels qui, en conséquence, l'appelèrent Caramuru ou l'homme de feu. Sa réputation s'établit alors parmi les sauvages, et, comme il promettait de faire la guerre à leurs ennemis, ils marchèrent sous ses ordres contre la nation des Tapuyas. Mais la renommée de Caramuru avait pris les devants : les Tapuyas prirent la fuite, abandonnant leur pays aux alliés du marin naufragé. Une fois adopté par la tribu indienne, il y obtint bientôt le rang auquel ses talents lui donnaient des droits ; et, d’esclave, il devint souverain. Il épousa les filles de plusieurs chefs qui se montrèrent glorieux de son-alliance, et les principales familles de Bahia font encore aujourd'hui remonter leur origine à cet heureux aventurier. Après un séjour de plusieurs années, il s’embarqua sur un navire français avec Paraguazu, celle de ses femmes indiennes qu'il aumait Le mieux. Les autres furent si affligées à la pensée de le perdre qu’elles essayèrent de nager après le navire qui allait l'emporter loin d'elles ; l’une de ces malheureuses persista dans cet effort insensé , jusqu’à ce que, complètement épuisée, elle disparut à ses yeux sous les flots. Quand Diégo fat de retour en France et que l'on y connut ses sing ulières aventures , il fut très-favorablement reçu à la cour; mais on ne lui periit pas de se rendre en Portugal, ainsi qu'il en avait le projet. Il trouva cependant moyen de faire passer à son souverain, concernant le pays qu'il avait visité, tous les renseignements utiles à la formation d'une

colonie. Bien qu’elle désirât profiter exclusivement de son expérience , la cour de France ne s "gpposs pas à ce qu’il retournât au Brésil. En conséquence ; il partit pour ce pays, emportant avec lui, entre autres choses, quelques pièces d’artillerie et des munitions assez considérables sans doute pour assurer son ascendant sur les tribus indigènes. En échange des cargaisons de ses deux navires , il parvint à les frêter avec les productions du pays.

Nonobstant les heureux présages que les aventures de Diégo devaient faire naître, le gouvernement portugais ne fit aucune attention à ses possessions d'Amérique jusques en 4551, époque à laquelle la première colonie brésilienne fut fondée par Martim Alfonso de Sousa. Il ne rencontra pas d'opposition de la part des naturels, que parvint à lui concilier un matelot portugais naufragé quelque temps auparavant sur cette côte. Sousa hâtit la ville de Janeiro, ainsi appelée parce qu’il arriva ie 4<° janvier sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui ; il introduisit aussi la canne à sucre dans sa colonie, et le prompt succès qu’elle y obtint fit bien augurer de l'avenir de cette culture importante.

Les Espagnols, dont la manie âventurière était enfermée dans les limites du Nouveau-Monde, m..uaient beaucoup plus de zèle à coloniser les états dont ils prétendaient la souveraineté. La cruelle destinée de Solis empécha pendant quelque temps qu'on songeàt à former un étallissement sur le grand' fleuve auquel il avait donné son nom. Vers l’année 1526 seulement , ce projet fut agité de nouveau. Cette année même, Diégo Garcia fut envoyé avée un seul bâtiment . à la rivière de Solis; mais, comme il s’attarda aux iles Canarics qui se trouvaient sur sa route, il se laissa devancer dans ses découvertes par Sébastian Cabot. Ce célèbre navigateur était parti d'Espagne quelques mois plus tard que Garcia, avec quatre navires et des instructions qui lui enjoignaient d'arriver aux Indes orientales par le détroit de Magellan. En touchant à l'embouchure du fleuve où Solis avait perdu la vie , il y trouva deux Espagnols qui avaient déserté le drapeau de ce commandant, et quinze autres maraudeurs lissés en arriére par les expéditions postérieures. Tous ces hommes s’accordaient à représenter le pays situé vers le haut de la

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fet. Il suivit le cours de la rivière Parana jusqu'aux chutes qui se trouvent par le 27° 27° 20” de latitude ; il y passa un mois avec les Indiens Guaranis, et s'en revint ensuite après une absence d’un an. Il n’avait pas fait plus de trente lieues

en descendant le Paraguay, lorsqu'il rencontra Garcia, qui réclamait sur ces pays un droit sans partage, l'expédition de Cabot ayant bien évidemment reçu pour mission d’aller aux Indes orientales.

Cependant les deux capitaines rivaux convinrent enfin de continuer ensemble leurs découvertes. Sur ces entrefaites, Cabot avait trouvé moyen de faire parvenir à l'empereur un récit de son voyage; et ayant obtenu chez les sauvages de l'intérieur, en échange de quelques couvertures, dés ornements d'or ct d'argent . il prit avantage de cette circonstance futile pour représenter le pays comme abondant en métaux précieux ; aussi, faisant allusion à cette prétendue richesse , il donna au fleuve le non de La Plata, nom qu'il conserve encore, quoiqu'il soit bien connu maintenant que le pays environnant ne renferme aucune sorte de productions métalliques, Le roi d'Espagne se montra satisfait de la conduite de Cabot, lui ordonna de continuer ses-eonquêtes , et même lui promit assistance. Les richesses récéffifent trouvées à Mexico faisaient craindre à la cour de décourager l’ardeur des chercheurs d'aventures. Et, comme le trésor royal se trouvait à cette époque dans un état d’épuisement, la mission de conquérir et de gouverner le riche pays de la Plata fut accordée sans difficulté à Pedro de Mendoza, gentilhomme opulent, qui entreprit à ses frais tons Les préparatifs nécessaires ; en conséquence , Sébastian Cabot revint en Espagne dans le cours de l’année 1550.

Mendoza s'embarqua pour son gouvernement avec quatorze navires et une armée de deux mille cinq cents hommes. Bientôt après son arrivée dans la rivière de la Plata (4555), il fonda la ville de Buénos-Ayres. Juan de Ayolas fut envoyé à

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lamême époque pour choisir plus haut, sur le méme fleuve, ne position favorable à un établissement. Il remonta le Paraguay durant près de mille millés,jusqu'à ce qu’il se trouvâtenviron vers le vingt-unième degré de latitude ; alors, laissant ses vaisseaux sous les ordres de Doraingo Martinez de Yrala , qui reçut l’ordre d'attendre son retour pendant six mois, il se dirigea vers l’ouest, avec environ deux cents Espagnols, dans l'es-poir de parvenir à pénétrer jusqu’au Pérou. Il y réussit ; traversant le pays des Chacas et des Chiquitas , il arriva en 1537 sur les frontières du Pérou, et, après avoir reçu quelques secours du gouverneur de cette province, il reprit sa route verse Paraguay. Mais les six mois étaient expirés , et Yrala était parti. Ayolas, laissé à ses propres ressources, indisposa contre lui les nations indiennes, et, surpris par les Mbayas, il fut massacré avec tous ses compagnons. Douze ans plus tard Yrala tenta une seconde fois d'accomplir, en dépit de toutegces difficultés , le même voyage. Remontant le Paraguay jusqu’au dix-septième degré de latitude, il arriva par les montagnes à la riviere Guapay, et, après avoir enduré des fatigues incroyables , il réussit à établir une communication entre le Pérou et le gouvernement de Ja Plata, qui en dépendait. Diverses circonstances concoururent pour diriger vers le continent de l’Amérique du sud les plus nombreuses migrations d’aventuriers espagnols. Fort peu d'entre eux essayèrent de remonter au nord, et les souffrances qu'ils y subirent détournér@ut les autres d’y suivre leurs traces. Narvaez, ce même officier qne Velasquez avait envoyé pour déposséder Cortez de son autorité dans la Nouvelle-Espagne, et qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait été fait prisonnier par ce chef audacieux, désirait faire oublier, à l'aide de quelque exploit signalé, sa défaite en cette occasion. IL parvint à obtenir le titre d'Adelantado , et une commission qui lui enjoignait de soumettre à la couronne d’Espagne les vastes provinces qui s'étendent depuis le cap das Palmas jusqu’au cap Florida ; ayant rassemblé environ six cents hommes, il partit de San-Lucar au mois de juin 1527. Le trésorier de l’expédition était Alvaro Nunez, surnommé Tête de Vache (Cabeza de vaca), dont les singulières aventures donnent un vif intérét au compte-rendu de l'expédition qu'il a écrit par la

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