‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 38 sur 94 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

FERDINAND MENDEZ PINTO, pr

Premières aventures de Mendez Pinto. — 11 part pour l'Inde. — fl visite l'Abyssinie. Il est emmené prisonnier à Mocha, — On le vend comme esclave. — Sa:rançon payée , il part pour Goa. — On l'envoie comme ambassadeur vers les Batfas. — Merveilles dé Sumatra. — 11 se dirige vers Aaru. — Noufrage et captivité. — Ses malheurs. — 11 est racheté et se rend à Patana, — 1l est attaqué par'des pirates. — Il leur échappe. — Il devient pirate à son tour. — Enlèvement d'une flancéc. — Naufrage sur l'ile des Pirates. — Délivrance singulière. — Mort de Coja-Acem. — 11 navigue à la recherche de Calempluy.— Ses aventures durant le voyage.— Il fait naufrage. —:On:l'envoie prisonnier à Nankin, — Remarques sur les Chinois. — Il se rend à Péki:— 11 y trouve des coréligionnaires. — Il est condamné à travailler à Quansÿ. — IxWésion des Tatares. — Comment il est traité par eur. — Il arrive daus la Cochinchine. — Il s'enrôle sous les ordres d'un pirate, — On l'abandonne au Japon. — il guérit le fils du roi de Bungo. — On le renvoie. — Il fait naufrage sur le grand Lequio. — Il est condamné à mort. — Il doit son salut à la compassion des femmes. — Mission à Pegu et à Ava. — L'idole Tinagoogoo. — Pinto se fait jésuite. — Remarques sur son histoire.

Lorsque les Portugais eurent une fois établi leur empire en Orient, ils ne cherchèrent plus à s'étendre au dehors pour

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satisfaire une curiosité gratuite ou dans le but plus honorable d'augmenter les documents relatifs à la conformation du globe. La richesse du pays et la faiblesse des naturels avaient évoqué en eux les plus coupables désirs. L'avarice, e” flammée par le fanatisme religieux, devint le mobile principat de leur activité, et dès ce moment il faut moins les regarder comme des navigateurs habiles et intrépides que comme des aventuriers rapaces, marchands armés, pirates et missionnaires. Il nous reste lé récit d£ l’une des vies les plus bizarres qui se soient accomplies à cette époque remarquable, et nous y trouverons, non-seulement un relevé fidèle des connaissances géographiques des Portugais au seizième siècle, mais encore une peinture exacte et vivante de leur manière d’être.

Ferdinand Mendez Pinto , l'auteur et le héros de cette autobiographie , fut l'un des premiers Européens qui visitèrent le Japon, ct si les notions géographiques que renferme son livre sont trop souvent obscures et inintelligibles , il a contribué en revanche à jeter de vives lumières sut l’histoire de la géographie, en nous faisant connaître les habitudes et Je caractère de ceux de ses compatriotes qui parvinrent les premiers dans les régions les plus reculées de l'est.

Mendez Pinto était né de nobles parents dans la ville portugaise de Monte-mor-Ovelho ; lorsqu' il eut onze ou douze ans, un oncle à lui, désirant lui voir faire son chemin, l'äména à Lisbouue, où il Te plaça au service d’une dame d haut rang. Mais là il se rendit coupable de quelque cr ime, où, pour nous servir de ses propres expressions , « il lui arriva uñ.accident qui le mit en dangér de perdre la vie. » Réduit ”à fuir,*il s'embarqua à Pedra dans une petite barque qu'il trouva prête à se mettre en mer ; mais elle avait à peine perdu la terre de vue, lorsqu'elle fut capturée par un pirate français qui, abandonnant bientôt après cette prise pour une autre plus importante, mit à terre les malheureux captifs-ét'entre autres

Mendez Pinto, « couvert seulement des coups de fouet qu'il avait reçus la veille. » Après cette aventure , il entra au service de Francisco de Faria, qui le recommanda à un commandeur de l’ordre de St-Jacques. Mais, trouvant insuffisant l’entretien qu’on accordait aux domestiques des grandes maïsons, il quitta son maitre et résolut de faire nn voyage aux Indes,

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ce qui, pensait-il , était la voie la meilleure, la plus courte pour se débarrasser de sa misère. Au mois de mars 1527 il commença son voyage, et rejoignit à Diu une expédition sur le point de mettre à la voile dans la mer Rouge. L'anbassade qu'elle portait fut bien reçue à la cour d’Abyssinie, où Pinto visita la mère du Prêtre Jean, et satisfit la curiosité de cette femme, « en lui disant le nom de N.S. P. le Pape , et aussi combien il y avait de rois dans la chrétienté. » L'objet de cette ambassade était de former quelques alliances à l’aide eee tes, on pôt contrebalancer la formidable influence des Turcs dans la mer Rouge. Les Portus ais, à leur retour, aperçurent trois vaisseaux auxquels ils dôfiièrent immédiatement la chasse; mais le combat s'étant engagé , les Turcs se trouvèrent les plus forts, et sur cinquante-quatre Portugais, onze seulement survécurent. Les captifs furent amenés à Mocha, et on lesipromena chargés de chaînes par toute la ville. La population, excitée par les prêtres, insultait à l’envi les malheureux chrétiens. Ils furent ensuite jetés dans un cachot, où ils passèrent dix-sept jours sans autre nourriture que du gruau d'avoine et des pois secs détrempés dans de l’eau.

Les captifs furent à plusieurs reprises conduits sur la place du marché pour y être exposés en vente; mais, grâce aux commotions civiles qui agitaient là Cité, il ne se présentait jamais d'acheteur, et ils regagnaient avec joie la prison où ils se sentaient en sûreté. Enfinles troubles étant apaisés, les Portugais qui vivaient encore furent, au nombre de sept, vendus comme esclaves : Mendez Pinto, dont la fortune semblait avoir pris à tâche d’aggraver la position, échut aux mains d’un Grec renégat dont les mauvais traitements furent tels que plusieurs fois il fut sur le point de s’empoisonner. Mais ce maître tyrannique, craignant de perdre son esclave, le vendit à un Juif qui l'emmena à Ormuz, où il fut racheté par le gouverneur portugais.

A cette époque il s’embarqua sur l’expédition de Pedro Vaz-Coutinho pour revenir dans l'Inde. Repoussés dans une attaque qu’ils avaient dirigée contre une galère turque, les Portugais paraissaient disposés à se venger de leur mauvais succès sur lenr alliée la reine d'Onore ; mais elle les fit assu-

rer par son ambassadeur « qu'elle avait été aussi affligée en

apprenant leurs revers que si on l'avait obligée à manger de la chair de vache sur la porte principale du temple où son père était enterré. » L’escadre portugaise, après sa défaite, se hâta de regagner Goa, où Mendez Pinto s'engagea au service de Pedro de Faria, qui allait prendre les fonctions de gouverneur à Malacca. Aussitôt que Faria fut arrivé dans son gouvernement, les erivoyés des chefs voisins se pressèrent autour de lui pour obtenir sa faveur et sa protection. Parmi eux était l'ambassadeur du roi des Battas, nation guerrière de l'île de Sumatra, chargé de lui offrir en présent une quantité de bois précieuxgiet de lui remettre une lettre écrite sur de l'écorce de palmiéF. Il demandait en même temps l’assistance des Portugais contre les gens d'Achem. Faria lui accorda sa requête, et le renvoya après lui avoir fait cadeau &de pots à feu, de javelines et d’autres eng'ns de güerre, sur quoi il partit de la forteresse si joyeux qu'il en sait des larmes, » ? En

Lorsque l'ambassadeur des Battas dut retourner à Sumatra, on jugea convenable d'y envoyer avec lui un agent portugais, et l’on choisit Mendez Pinto pour remplir cette mission. Il reçut ordre d'observer avec soin l’état des naturels , et plus spécialement d'apprendre tout ce qu'ils savaient concernant l'île d'Or. En remontant un fleuve de Sumatra, Pinto vit un grand nombre d'animaux bizarres que, dans son respect pour sa réputation de véracité, il redoutait, dit-il, de décrire. Cette espèce d'animaux, qu'il appelle les cagucsseitans , sont probablement des casoars ; il leur attribue faussement des allures sautillantes et une espèce de vol comme celui des sauterelles. Il vit aussi des serpents ayant des têtes aussi.grosses que celle d’un veau, et on lui raconta qu'ils chassaient leur proie de la façon suivante : « Ils montent sur un arbre et, enroulant leur queue autour d’une des branches, ils laissent pendre leur tête jusqu'à terre ; puis plaçant une de leurs oreilles contre le sol , ils écoutent avec attention les moindres bruits qui troublent le silence des heures consacrées au sommeil ; vienne à passer un bœuf, un ours, où quelque autre animal, ils s'élancent aussitôt autour de lui, et l'emportant sur l'arbre ils l'y dévorent, » Il est facile de reconnaitre dans cette histoire une description quelque peu exagérée du Boa constrictor.

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Les grands babouins qui, au dire de notre-écrivain, attaquent fort souvent et mettent en déroute les nègres de ce pays ne sont autres évidemment que les formidables Pongos.

Lorsque Pinto arriva à la cour du roi des Battas , il y fut reçu avec les manifestations de la plus extrême bienveillancé, « Homme de Malacca, lui dit la vieille femme qui le conduisit en présence du monarque, ton arrivée sur la terre du roi mon maître lui est aussi agréable que l’est une pluie abondante à une moisson de riz pendant la saison des chaleurs; tu peux donc entrer hardiment et ne t’effrayer de rien. » Pinto fit au roi les plus amples promesses de la part des Portugais , s'engageant à ne le point quitter avant de l'avoir vu revenir vainqueur de tous ses ennemis. On peut juger de la sincérité toute diplomatique du nouvel ambassadeur par les remarques suivantes : « Ce pauvre roi croyait implicitement à la vérité de toutes mes paroles, surtout parce qu'elles étaient conformes à ses secrets désirs; aussi, se levant du trône où il était installé, je le vis courir et s’aller jeter à genoux&devant le squelette d’une tête de vache accroché au mur : une couronne de fleur était suspendue aux cornes dorées de cette relique singulière. » Nonobstant les encouragements que lui donnait le secours prômis des Portugais, le roi des Battas ne put tenir tête à se$ ennemis , les gens d'Achem, qui se qualifiaient eux-mêmes de « buveurs du sang épais des misérables Caffres qui sont des tyrans ayant usurpé les royaumes appartenant à autrui dans les Indes et legiles de la mer. » Tels.étaient les termes énergiques dans lesquels s’exprimait la juste haine qu’ils gardaient aux Portugais. Pinto, quittant ce théâtre de troubles, se rendit en ambassade auprès du roi d'Aaru. Mais, avant de se séparer de celui des Battas, il apprit de lui que l’île d'Or était située au-delà de la rivière du Callendor à cent soixante lieues de Sumatra par le cinquième degré de latitude sud, et environnée de plusieurs bancs de sables ainsi que de courants dangereux.

A son retour du pays d'Aaru , Pinto fit naufrage, et fut obligé de se traîner avec ses compagnons dans la fange épaisse qui entourait le rivage, exposé aux piqûres d'une miriade d'insectes, et craignant à chaque instant d'être attaqué par Les serpents ou les bêtes sauvages qui hantent les bois vois

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sins, Un de ses compatriotes mourut dans ses bras; avec les trois qui lui restaient , il parvint jusqu’à une petite rivière qu’il lui fallut traverser. Mais les deux hommes qui marchaient en avant avaient à peine atteint le milieu du courant lorsqu'ils furent saisis par des alligators et entraînés au fond de l’eau. Pinto et le dernier de ses camarades se résolurent à rester dans la mer, le seul endroit, pensaient-ils, qui leur offrit quelque sécurité. Heureusement, un petit vaisseau vint à passer près du rivage, et ils s’y embarquèrent pour revenir à Malacca. Cependant l'équipage de cette embarcation, supposant que les deux Portugais avaient enfoui leurs trésors , se mit à les battre pour les forcer à révéler l’endroi. où ces richesses étaient cachées. Voyant qu’ils n’obtenaient rien avec le fouet, ils s'imaginèrent que leurs captifs avaient avalé leur or, et en conséquence ils administrèrent au compagnon de Mendez Pinto une si forte dose d’émétique qu’il en mourut peu de jours après ; Pinto lui-même n’échappa à cet horrible traitement que par l’inutilité vérifiée de l'expérience qu'on venait de tenter. Il fut trainé à terre presque mort defaim et d’épuisement; là, comme sa faiblesse en faisait un assez mauvais esclave, on ne lui donna pas de nourriture, et, comme il le dit lui-même, « on le mit en pacage à la façon des chevaux, » Un marchand mahométan, ayant appris qu'il avait des amis à Malacca, mit enfin un terme à ses souffrances, et le racheta moyennant une somme équivalente à environ 25 francs 83 centimes, monnaie françeise.

S'étant rétabli à Malacca des suites qu’avaient eues pour lui les mauvais traitements dont il avait été victime, Pinto revint à Pan et à Patana pour y faire le commerce, espérant enfin y corriger les torts de la fortune. Il était à peine dans la première de ces deux villes, lorsqu'une émeute populaire y éclata; et la basse classe, secouant le joug de l'autorité, attaqua les entrepôts portugais dont elle enleva toutes les marchandises. En conséquence, nos aventuriers se trouvèrent fort heureux de se sauvef#"Patana, où leurs compatriotes ouvrirent une souscription pour les secourir; ils obtinrent aussi du roi la permission de s'indemniser, s'ils le pouvaient, aux dépens de la cité rebelle. Ils en profitèrent pour attaquer “bientôt après et capturer trois jonques chinoises appartenant,

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ainsi qu'ils le déclarèrent, à des négociants de Pan. 11 est fort probable qu'ils ne mirent pas à les choisir un soin bien scrupuleux. Antonio de Faria, ne pouvant trouver à vendre dans l'enceinte de Patana l’énorme quantité de marchandises qu'il s'était ainsi procurées, se laissa persuader de tenter fortune dans la ville populeuse de Lugor. Il chargea toutes ses richesses sur des navires, et Pinto partit avec elles ; mais, au moment où ils approchaient du but de leur voyage, ils furent attaqués avec fureur par des pirates et vaincus après Un combat assez court. Pinto et trois autres, dont l'un fut noyé bientôt après, avaient sauté par-dessus bord afin de s échapper à la nage: Les sl us de l'équipage fut taillé en pièces‘par les pirates qui Côlilérent bas le vaisseau portugais après en avoir au préalable enlevé la cargaison. Pinto et ses deux camarades gagnèrent le rivage auprès de l'embouchure de la rivière Lugor. Là ils se frayèrent à grand'peine un chemin dans les fanges de marais profonds, implorant en vain les bâtiments qui montaient ou déscendaient la rivière de s'approcher durivage et de leur prêter quelque assistance. Enfin un vaisseau les prit à son bord, et ils apprirent qu'ils devaient ce moyen de salut à une dame du pays que ses malheurs avaient rendue accessible à la pitié, Son père, ses fils et deux de ses frères avaient été déchirés par les éléphants du roi de Siam. Cette femme , remplie, de charité, fournit à nos aventuriers les moyens de revenir à Patana.

Lorsque Antonio de Faria apprit le sort de ses vaisseaux et la ruine de ses espérances, son désespoir alla jusqu’à la fureur. 11 lui était impossible de revenir à Malacca et de faire face à ses créanciers dans l'état de misère auquel il était réduit. Il préféra donc prendre, pour refaire sa fortune , la voie la plus courte, sinon la moins périlleuse. Il se fit pirate et, couvrant son avarice d'un semblant de sentiments honnètes, il jura de venger la mort des quatorze Portugais massacrés par les pirates indigènes. La vieille dame qui avait si humainement secouru Mendez Pinto l’informa que ceux auxquels il était échappé combattaient sous les ordres de Coja-Acem, natif de Guzerat, implacable ennemi des Portugais, sous les coups desquels étaient tombés son père et deux de ses frères. Faria rassembla facilement cinquante-

cinq bandits disposés à le suivre dans son entreprise ; Pinto, qui n'osait retourner à Malacca, où il devait 5,000 ducats, et « qui n’avait sauvé que sa misérable carcasse blessée en trois endroits par une javeline, avec son crâne félé d'un coup de pierre », se rangea forcément parmi eux.

Ces héros de nouvelle espèce eurent, dès le commencement de leur croisière, un grand nombre d'aventures firesque toutes couronnées de succès, Ils mirent des villes au pillage, capturèrent plusieurs pirates indigènes et se conduisirent enfin comme si, par droit de nation, ils étaient exempts de toute justice et de doute moralité. Un:

virent s’avancer plusieurs petits, k lavires chargés d6, musiciens , les bannières au vent, ét avec les apparences d'une fête. À bord de l’un d'eux était la’fille du gouverh eur de

Colem, fiancée à un chef du voisinage qui devait venir par mer à sa rencontre. La fiancée, prenant les vaisseaux portugais pour ceux de son futur époux, y fit passer une lettre rédigée dans le stÿle. le plus hyperbolique des métaphores orientales afin de ui teprocher sa froideur. Elle l'assurait « que si la faiblesse dé son sexe le lui permettait, elle volerait vers lui pour baiser ses pieds paresseux, comme le faucon affamé vole après le héron craintif. » Cependant les Portugais restaient cachés, ne laissant voir sur le pont que leurs matelots chinois. Le vaisseau nuptial et ceux qui l’escortaient furent capturés sans difficulté. La fiancée et ses frères, « jeunes, blancs et d’une physionomie agréable », ainsi qu’une vingtaine de matelots, furent faits prisonniers ; le surplus n'étant bon à rien fut renvoyé à terre. Le fiancé parut bientôt après avec cinq vaisseaux, et, passant auprès des Portugais, il les salua « à grand renfort de musique et de démonstrations joyeuses , » sans se douter qu’au même moment ils lui enlevaient sa femme.

Faria et ses associés ayant croisé de tous les côtés, durant sept mois et demi, sans entendre parler de Coja-Acem, résolurent d’hiverner à Siam et d'y partager le butin. Après avoir fait, à cet égard, une convention solennelle jurée et signée par toutes les parties, ils allèrent jeter l'ancre sous l'ile de Los Laürones ou des Pirates. Ils y furent surpris par une tempéte violente ; sur les deux heures de laprès-

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minuit, les vaisseaux dérivèrent l’un sur l’autre poussés vers le rivage et furent complètement brisés. Il se noya quatre cent quatre-vingts personnes, et, sur les cinquante-trois qui furent sauvées, ia moitié à peine était des Portugais. Faria une seconde fois réduit à la plus extrême misère trouva des forces dahs le désespoir. Il entreprit même, tout ü abandonnant les premiers principes de la morale, de demander des consolations aux idées religieuses. et assura ses compagnons que Dieu faisant rarement le mal autrement que pour arriver à un plus grand bien, il ne fallait pas douter qu'en échange des 500,000 ducats qu'ils avaient perdus, il ne leur en envoyât au moins le double. Un jour, tandis que nos aventuriers étaient répandus dans les bois , occupés à cueillir les fruits dont ils se nourrissaient, un petit vaisseau approcha du rivage : les Chinois auxquels il appartenait, au nombre d'une trentaine, sautèrent à terre, où, allumant du feu , ils se mirent à sécher leurs habits en se jouant comme des gens ennuyés par un long voyage et qui pensent n'avoir rien à craindre. Faria cependant, rappelant autour de lui ses compagnons, les assura que cette embarcation leur était envoyée par une faveur toute spéciale de la Providence ; et, comme la superstition est naturellement égoïste, ils crurent aisément à ut miracle fait pour eux. Leurs mesures furent bientôt prises, et, au signal donné, se précipitant tout-à-coup vers le rivage, ils s’emparèrent du navire sur lequel ils se mirent aussitôt en mer. Les Chinois, pris à l'improviste, restèrent glacés d’étonnement et d'horreur lorsqu'ils se trouvèrent tout-à-coup sans secours et abandonnés.

Cinglant vers le port de Xingran, nos héros y abordèrent à la tombée de la nuit une grosse jonque qu'ils emmenèrent en pleine mer ; peu de temps après, ils contractèrent alliance avec un pirate chinois qui feur promit de les servir fidèlement moyennant que le tiers du butin lui appartiendrait. Ce renfort arrivait fort à propos. Faria reçut des nouvelles de son mortel ennemi Coja-Acemn, à la rencontre duquel il se dirigea sur-le-champ. Le combat fut disputé avec acharnement; mais la victoire demeura aux Portugais. Coja-Acem fut haché er: morceaux et jeté par-dessus bord ; cinq de ses ma-

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