TL = À
Re a À
telots, qui seuls avaient survécu, furent jetés à fond de cale, afin qu'on püt leur arracher par les tortures le secret des lieux où leurs trésors étaient enfouis. Les vainqueurs se rendirent à Liampoo (Wing-Po), où ils furent reçus avec les plus grands honneurs par les marchands portugais. Une procession splendide vint au-devant de Färia et le conduisit dans la ville, où de grands préparatifs avaient été faits pour le recevoir. Il fut répondu aux Chinois qui s’informaient des motifs pour lesquels on le traitait avec tant de distinction, « que son père ferrait les chevaux sur lesquels montait le roi de Portugal ; » et ces braves gens, croyant de bonne foi ce qu'on leur disait, s'écriaient dans des transports d’admiration, « qu'il existait réellement dans le monde de grands monarques dont les historiens de la Chine avaient omis par ignorance de faire mention. » Les réjouissances publiques dont l’arrivée de Faria fut le signal se terminèrent par une messe et un sermon quele pieux écrivain, dans un accès d'humeur plaisante, se permet de critiquer ainsi. « La messe finie, un sermon suivit, débité par Estevano Noguera, homme d'un âge très-avancé et curé de l'endroit, lequel , à dire vrai, paraissait, faute d'habitude , assez peu versé dans la science de la chaire. Quoi qu'il en soit , désirant se montrer instruit dans une solennité si remarquable, il mit au jouw les plus brillantes
fleurs de sa rhétorique, auquel effet il basa tout son sermon
sur un éloge d'Antonio de Faria, et il le fit en termes si déplacés, si étrangers à son texte, que notre capitaine en fut très-confus : quelques-uns des amis du curé s’en apercevant le tirèrent trois ou quatre fois par son surplis pour lui faire quitter la partie ; mais ceci ne fit que le piquer, et il s’écria incontinent : — Je ne m'arréterai pas, mais j'en dirai plus encore ; car je ne dirai rien qui ne soit aussi vrai que l'Évangile. Ainsi donc, laissez-moi tranquille, je vous prie. J'ai fait vœu au Seigneur de louer sans relâche ce noble capitaine qui le mérite certes plus que tout autre, puisqu'il m'a sauvé 7,000 ducats que Merim-Taborda avait à moi dans sa jonque, et qui lui avaient été pris par ce grand chien de Coja- -Acem; c’est pourquoi souhaitons tous” ‘que l'âme d'un si maudit coquin, d’un si méchant démon, puisse demeurer dans les supplices de l'enfer durant toute l'éter-
CHAP
nité, GC soit-il, »
A Lia nommé sur une:
les toml sans Con rier por server n richesse:
d'or , ne peut jug prouesse qu'un C objet di, d’après!
treprise.
pelé Bu:
climat é auteur 1 mois et et Calen prochèr un accès conséqu son exe Faria, n cher les notre à haute id
« L'ile entière vingt-si tant d'a ceau, À ce mur de fem sorte de de tour
Il,
nité,. Ce que vous lui souhaiterez tous avec moi. Ainsisoit-il, » Fer A Liampoo, Faria fit connaïssance avec un pirate chinois
nommé Similau qui lui donna ‘des renseignements absurdes sur une prétendue île appelée Calempluy dans laquelle étaient les tombes de dix-sept rois de Chine, toutes en or massif, sans compter d'immenses trésors de toute espèce. L’aventurier portugais, « naturellement curieux, » comme le fait observer notre écrivain , résolut de découvrir et d'enlever ces richesses. 11 est évident que Similau, en parlant des tombes d'or , ne faisait que répéter une tradition populaire ; ei l’on peut juger dans quelle estime étaient tenus le courage et les prouesses des Portugais, puisque une proie trop riche pour qu’un Chinois osât y aspirer leur était désignée comme un objet digne de leur ambition. Il n’est pas aisé de comprendre, d’après le récit de Pinto, la route qu'on suivit dans cette entreprise. Les Portugais arrivèrent d’abord dans un port appelé Buxipalem, situé par le 49° degré de latitude nord, où le climat était froid et la mer encombrée de monstres que notre auteur n'ose décrire. Ils étaient alors en mer depuis deux mois et demi, suivant constamment leur route au nord-est, et Calempluy néanmoins ne paraissait pas. Les Portugais reprochèrentàSimilau de gouverner à l'aventure, et Faria, dans un accès de colère, le menaça de le poignarder. Le pirate, en conséquence, n'eut rien de plus pressé que de s’enfuir, et son exemple fut suivi par trente-six des matelots chinois. Faria, n’ayant plus de guide, n'en persista p:s moins à chercher les sépultures royales, et arriva enfin à Calempluy, que notre auteur nous décrit de manière à nous donner une haute idée de son imagination.
« L'ile, dit-il, qui a environ une lieue de circuit, est tout entière environnée d’une plate-forme de jaspe élevée de vingt-six palmes environ; les pierres en sont jointes avec tant d'art que toute la muraille semble faite d'un seul morceau, À des intervalles de quarante pieds étaient rangés sur ce mur des piliers de cuivre surmontés chacun d’une figure de femme tenant une urne à la main. A l’intérieur de cette sorte de galerie se trouvaient de longues rangées d'arcades, de tours dorées, et de figures monstrueuses fondues en métal
avec trois cent soixante ermitages dédiés aux dieux de l'année, Faria descendit à terre, immédiatement, et, pénétrant dans lun de ces ermitages éommença à ramasser l'argent qui s’y trouvait mélé aux 6ssements des morts; cet. érgent provenait, à ce que lui dit l’ermite effrayé, des aumênes apportées avec les cadavres, afin de les aider à vivre dans Île monde de la lune où ils habitent durant toute l’éternité. »
» Faria, tandis qu’il mettait au pillage ce lieu sacré, avouait qu'il regardait cette action comme un grand péché, et annonçait hautement l'intention d'éxpier, à une épaque plus ou moins éloignée , un si énorme crime. Le sage Chinois répondit à ce propos « que celui qui, en toute connaissance de cause, nesait pas s'abstenir d’une mauvaise action, court un danger beaucoup plus grand que s’il péchait par ignorance. » Les voleurs portugais se retirèrent alors sur leur navire, résolus à reprendre dès la pointe du jour leur œuvre de pillage. Maïs leurs péchés, ainsi que le fait observer Pinto, ne devaient pas leur permettre de voir l’affaire se terminer heureusement.
» Ils étaient à peine remontés à bord, lorsqu'ils virent des feux allumés sur ile, et entendirent un bruit de cloches qui semblait donner l'alarme. Faria voulut retourner au rivage, bien qu’il fût nuit, et courait çà et là poussé par un désir frénétique de dérober encore quelques objets précieux ; mais il était trop tard, et le dangeridévenait tellement imminent que ses compagnons durent le forcer à fuir. Ils mirent toutes voiles dehors, etregagnèrent la pleine mer, si désappointés et si confus, qu'ils s’adressèrent à peine la parole l'un à l’autre durant tout le voyage: Après un mois environ de navigation, un ouragan furieux vint les assaillir dans le golfe de Nankin et les réduisit à une telle détresse qu’ils furent contraints d’alléger les navires par tous les moyens possibles, de couper leurs mâts, et de jeter par dessus bord leurs caisses pleines d'argent. Vers minuit, les gens qui montaient le vaisseau d'Antonio de Faria poussèrent ce cri lamentable : « Que Dieu ait pitié de nous! » Et lorsque le jour vint on s’aperçut que le navire avait disparu. L'autre bâtiment était dans un état déplorable, et l'équipage, essayant la seule chance qui lui restât, le poussa sur la côte où il se brisa aussitôt. Quatorze Portugais se sauvèrent ; le nombre des noyés, en y compre-
CHAP
nant les table dés jour d’ac nellemer
Les pi par les ( le conta gnons fu par des :
ville, ils bien qu’ Siam. Pr de leur | minels d les pouc.
de cette rigueur rencontr le chinoi teur déc Pékin, e naux. Et tiens de plus d'u:
thias Es Perez, ll années, !
de Pinto et exacte tent sur tiques, L titude encoura; pour fai habitude foule d'a témoin € gne de vingt e
nant les matelots chinois, fut de trente-six, Cet épouvantable désastre, dit notre auteur, arriva un lundi, le cinquième jour d’août, en l’année 1540 ; de quoi lé Seigneur soit‘ ‘nellement loué ! »
Les pirates naufragés furent assez froidement accueillis par les Chinois, auxquels semble déplaire particulièrement le contact de vagabond8sans foi ni loi. Pinto et ses compagnons furent jetés dans un étang où ils faillirent être dévorés par des sangsues. Toutes les fois qu'ils arrivaient dans une ville, ils étaient sûrs d’en être expulsés à coups de bâton, bien qu'ils se présentassent comme de pauvres naturels de Siam. Probablement on reconnaissait dès l'abord la fausseté de leur histoire. Enfin, ils furent envoyés avec d’autres criminels devant. un juge de Nankin qui les condamna à avoir les pouces coupés et à recevoir le-fouet. La dernière partie de cette sentence fut exécutée immédiatement et avec tant de rigueur que deux d’entre eux moururent sous les coups. Ils rencontrèrent ensuite un Russe, « qui, dit Pinto, comprenait le chinois aussi bien que nous. » De Nankin , que notre auteur décrit fort longuement , les Portugais furent envoyés à Pékin, et firent la plus grande partie de la route par des canaux, En yoyageant ainsi, ils se trouvèrent avec des chrétiens descendants de ceux des naturels qu'avait convertis, plus d’un siècle auparavant, un missionnaire hongrois , Mathias Escaudel. Ils rencontrèrent aussi une fille de Thome Perez, le malheureux-ambassadeur qui, déjà depuis quelques années, était moft dans les prisons chinoises. Les observations de Pinto relativement au peuple chinois sont à la fois vives et exactes. Il remarque le grand nombre de ceux qui habitent sur les fleuves, leur manière d'élever les oiseaux aquatiques, le bon ordre gardé par les gens du commun, l’exactitude avec laquelle leurs habitudes industrieuses ‘sont encouragées, les réglements de leurs marchés, leur méthode pour faire éclore les œufs par une chaleur artificielle, leur habitude de manger à l’aide de baguettes“pointues , et une foule d'autres particularités rapportées avec l'exactitude d’un témoin oculaire. « J'oserais dire, si mon témoignage est digne de quelque confiance, fait-il observer enfin, que durant vingt et un ans pendant lesquels , àitravers une foule de
malheurs, de fatigues et de souffrances, j'ai parcouru la plus grande partie de l'Asie, ainsi que mon récit l’a fait connaître , j'avais vu dans quelques pays une abondance merveilleuse de plusieurs espèces d'aliments et de fruits que nous ne connaissons pas en Europe; mais, sans me prononcer sur leur valeur respective, je ne crois pas que dans toute l’Europe il s’en trouve autant que la Chine seule en renferme. Et on peut en dire autant de toutes les faveurs dont le ciel a comblé ce climat, aussi bien pour ce qui concerne la douceur de la température que pour la politique, la richesse et la grandeur de cet état. Mais ce qui lui donne la plus grande supériorité sur les autres, c’est la manière équitable dont y est rendue la justice. À cet égard, ce pays est si bien gouverné qu’il a droit d’être envié par tous les autres. » Ces éloges de la justice chinoise sont d’une franchise ramarquable dans la bouche d’un homme qui avait eu si souvent à ressentir ses rigueurs. Ses compagnons et lui arrivèrent à Pékin enchainés trois par trois, « et là, pour leur bien-venue, ils reçurent au débarquement trente coups de fouet chacun. Les neuf Portugais qui avaient survécu, enchaînés ensuite tous ensemble, furent conduits devant le:tribunal supérieur, auquel ils avaient porté leur appel, afin.é' y entendre leur sentence définitive, et ils furent enchantés d'apprendre, qu'ils étaient condamnés seulement à un an de travaux forcés dans une ville appelée Quansy, que l’on réparait alors. Pinto donne des détails minutieux sur Pékin, où il résida deux mois et demi, et dont il rapporta, dit-il, en Portugal une description complète en langue chinoise. Il affirme aussi sans scrupule qu’il était en état de la lire. Les Portugais avaient déjà subi huit mois de captivité lorsque la nouvelle arriva que le roi de Tatarie, avecun campde dix-huit cent mille hommes , avait attaqué Pékin, et qu’une portion de l’armée d’invasion s’avançait contre Quansy. Cette ville fut bientôt réduite , et les esclaves portugais tombèrent au pouvoir des conquérants. Peu* après, une occasion leur fut offerte de se faire remarquer. La forteresse de Nixiamcoo avait résisté à tous les efforts des Tatires, lorsque Jorge Mendez, le plus résolu des captifs, se vanta hautement de la pouvoir prendre. Le général tatar accueillit son offre; et Mendez avec deux au-
es
CHAP
tres Por l'armée.
ment le:
honneur résolus « Lorsq Tatarie, quoi ils :
le mona de cet route. À justes st et dema dire : ci tance él beaucou dont on des terr le croy:
ble de avec lui visité pi le pape de Qua qu'ils lt les inve bles da le mont T'alapic Thibet.
ligieus( pour n partir, ques at prét à pés da pour'.le eux du ment q
® Am © © æ :
tres Portugais conduisit à l’assaut une partie considérable de l'armée. Leur courage décida la question, et depuis ce moment les Portugais reçurent au camp tatar les plus grands honneurs. Le général déclara « qu'ils étaient presque aussi résolus que des hommes du Japon. »
Lorsque nos aventuriers furent amenés devant le roi de Tatarie, il commença par leur demander d’où ils venaient ; à quoi ils répliquèrent que leur pays s'appelait le Portugal, que le monarque y était excessivement riche et puissant, et que de cet endroit à Pékin il Y avait au moins trois années de route. À cette réponse, le roi, qui n'avait pas des idées fort justes sur l'étendue du globe, “montra beaucoup de surprise, et demanda à diverses füis*: Pricau 2 Pricau? ce qui veut dire : combien ? combien? Assuré de nouveau que la distance était de trois années, il remarqua «qu’il y avait ou beaucoup d’ambition ou bien peu de justice dans le pays dont on lui parlait, puisque ses habitants venaient conquérir des terres si éloignées d'eux. » N'ayant pas réussi, comme il le croyait, dans ses efforts contre la Chine, il jugea convenable de battre en retraite, emmenant toujours les Portugais avec lui. Dans une ville appelée Quanginau, le roi tatar fut visité par le Talapicor de Lechuna, qui, au dire de Pinto, est le pape de ces contrées. Ce personnage accorda aux habitants de Quangina pour les récompenser de la brillénte réception qu'ils Jui avaient faite, tous les priviléges du sacerdoce, et il les investit du droit de délivrer des lettres de change payables dans le ciel à tous ceux qui auraient le moyen d'en payer le montant ici bas. Tout ce que notre écrivain nous dit du Talapicor semble convenir à merveille au grand Lama du Thibet. « La ville de Lechuna est, nous dit-il, la capitale religieuse des païens, et en quelque façon ce que Rome est pour nous, » Les Portugais, ayant obtenu la permission de partir, arrivèrent avec les ambassadeurs de Cochinchine jusques au bord de la mer , où ils espéraient trouver un navire prét.à faire voile pour Malacca. Ils furent néanmoins trompés dahs cette conjecture , et obligés de louer un petit navire pour. les conduire à Liampoo. Mais ils se querellèrent entre eux durant le voyage, et se conduisirent d’ailleurs si insolemment que Île capitaine du navire les abandonna sur une île