CHAPITRE X
Voyages de Sébastian Cabot, — Première découverte de Terre-Neuve, — Les Corteréals, — Voyages des Françuis.— Le Canada. — Premières expéditions des Anglais. — Essais pour trouver uno passage ou nord-est.— Destinée de sir Hugh Willoughby. — Richord Chancelor se rend à Moscow. — Sa réception. — Stephen Burrow parvient au détroit de Waigatz. — Frobisher cherche sur mer le passage au nordouest. — La terre de glace. — 11 ramène en Augleterre quelques Esquimäux. — Prétendu minerai d'or, — Son second voyage.— Ses vaisseaux chargés de minerai, Il repart une troisième fois pour fonder une colonie. — 11 échoue, — Voyage de sir Humphrey Gilbert. — Les vaisseaux pourvus de divertissements, — 11 établit une colonie à Terre-Neuve, — 11 continue ses découvertes et meurt,
Les conquêtes des Espagnols et des Portugais dans le Nouveau-Monde et dans l'est@ffrent une si brillante suite d'exploits et de découvertes qu'elles tiendront toujours la première place dans un résumé historique des travaux de la géographie. Mais, tandis qu'elles s'accomplissaient , d'autres nations surveillaient ces mouvements et caleulaient tons les avantages qui pouvaient résulter de ces accroissements dans la connaissance du globe. Celles cine procédèrent pas, il est
vrai, dans leurs recherches par élans aussi hardis, mais la patience et la longanimité de leurs efforts devaient en définitive conduire plus sûrement à des succès profitables. L’Angleterre en particulier ne tarda point à se distinguer comme une école d'intrépides et habiles marins.
Jean Gavotta, ou Cabot, Vénitien de naissance, arriva en Angleterre et s'établit à Bristol sous le règne de Henri VIE. Ce monarque, qui n’espérait plus pouvoir former un engagement avec Colomb, accorda volontiers sa protection à l’aventurier Vénitien, dont la réputation comme pilote était de fort peu inférieure à celle du célèbre Génois. Par une charte patente, datée du 5 mars 4496, il octroya à Cabot et à ses trois fils, Louis, Sébastian et Sancius, la permission d'aller à la recherche des terres inconnues, de les conquérir et d’y établir des colonies. Dans les récitsqui nous sont restés des voyages entrepris en vertu de cette concession royale, on trouve d’inconciliables contradictions. Sébastian Cabot, lui seul , nous fournit quelques renseignements certains. Dans son rapport adressé au légat du pape en Espagne (1) on lui fait dire que « comprenant, d'après la conformation de la sphère, que s’il naviguait au nord-ouest il arriverait nécessairement à l’Inde par un chemin plus court, il fit passer son plan sous les yeux du monarque, par les ordres duquel deux caravelles furent aussitot pourvues de toutes choses nécessaires au voyage qui commença, s'ils'en souvenait bien, dans les premiers jours de l'été, en l’année 1496. Il débuta en conséquence par naviguer vers lenord-ouest, ne croyant pas rencontrer d’autre terre que celle du Cathay , et pensant de là cingler vers l’Inde , mais, après quelques jours, il s’apercut que la terre continuait au nord, ce qui lui fut un grand déplaisir, Neanmoins, naviguant le long de la côte pour voir s’il trouverait quelque golfe au moyen duquel il pût tourner le continent, il vérifia que la terre se prolongeait jusqu'au 56° degré sous le pôle arctique. Et voyant qu’en cet endroit la côte tournait vers l’est, ce qui le fit désespérer de trouver un passage, il revint sur ses pas et descendit les côtes de ce continent jusque vers l'équateur (toujours avec l'intention de découvrir un passage vers l'Inde), de façon
(1) Ramusio et Hakluyt,
CHAP. X qu'il parv Mmainienan manquer, le peuple € Écosse , ce
Il est pi lors de cet quelle ils « ramenèren « CES SaUY:
mangeaien sonne ne] manière d' temps aprè 67° degré € par un aut: tribus ind dance (2).
un voyage :
il conduisi signalée pl étant sur | d'Édward ° Pilote-Che 500 marcs | récompens Cabot fut meïce, et par sa vasté à difiger gleterre s’ maintenant
Les déco
Espagnols de se voir guère dou
(1) Haklu (2) Peter (3) Voir la
qu'il parvint à cette portion de terre ferme qu'on appelle maintenant la Floride. Là, les subsistances venant à lui manquer, il partit pour revenir en Angleterre, où il trouva le peuple en grande émotion, se préparant à guerroyer en Écosse , ce qui fit notablement négliger son voyage. »
Il est probable que Jean Cabot et son fils découvrirent lors de cette première expédition, l’île de Terre-Neuve, à laquelle ile donnèrent le nom de Prima vista. Il parait qu'ils ramenèrent avec eux en Angleterre trois des indigènes ; « ces sauvages , est-il dit , étaient vêtus de peaux de-bêtes, mangeaient de la chair crue, et parlaient une langue que personne ne pouvait comprendre ; semblables d'ailleurs par leur manière d’être à des bêtes brutes que le roi reçut quelque temps après. (1) » Ramusio rapporte que Cabot navigua jusqu’au 67° degré et demi de latitude nord, et l’on trouve mentionné par un autre écrivain contemporäin, qu'il avait rencontré des tribus indiennes chez lesqüelléshle cuivre était en abon-
dance (2). Sébastian Cabot fitten 1316, avec sir John Pert,
un voyage à Porto-Rico, et ensuite il revint éh Espagne, d'où il conduisit à Rio de la Plata cette expédition que noÿs avons signalée plus haut (3). Mais dans l'année 1548, Henri VIIL étant sur le trône, il revint en Angleterre , et à l'accession d'Édward VI au trône, il fut par le jeune monarque créé Pilote-Chef , recevant en outre de lui une pension à vie de 300 marcs, ou de 166 livres 13 shellings 4 deniers par an, récompense magnifique pour l’époque, et certes bien méritée. Cabot fut placé à la téte de la Société des Aventuriers de commerce, et par son zèle , la maturité de son jugement , comme par sa vaste expérience, contribua beaucoup à faire naître et à difiger cet esprit d'entreprises maritimes par lequel l’Angleterre s’est élevée à la supériorité navale qu'elle possède maintenant.
Les découvertes de Cabot attirèrent bientôt l'attention des Espagnols et des Portugais , qui ne craignaient rien tant que de se voir disputer l'empire des mers. Du reste, on ne peut guère douter qu'un navigateur portugais n'eùt dégouvert
(1) Hakluyt.
(2) Peter Martyr.
(3) Voir la page 84,
LL
de PRIS Æ—-
= = = = BEN re Le D eg > “ o re - " D Ga Lo EL M M D le REP TE UT D NT DT. Left ES D NC de rene PR g $ ? mn RE. ANS Die F nat a
Terre-Neuve long-temps avant Cabot. Jean Vaz Costa Corteréal , gentilhomme de la maison royale , avait exploré les mers du nord, par ordre d’Alphonse V, vers l’année 1465, et avait découvert la terre de Baccalhaos (Terra de Baccalhaos) ou Terre de la Morue, dans la suite appelée Terre-Neuve (1). On a même quelque raison de cruire que non-seulement les Portugais avaient l'habitude de pécher sur les célèbres banes, mais qu'ils y avaient aussi formé quelques établissements vers la fin du quinzième siècle. Gaspar, fils de Jean Corteréal, partit de Lisbonne dans l’année 1500, et, cinglant des Açores vers le nord, découvrit sous le 60° degré une terre à laquelle il donna le nom de Terra Verde, en anglais Greenland. D'après son propre récit, il parait qu'ayant employé près d’un an à ce voyage , il avait découvert entre l’ouest et le nord-ouest un continent jusqu'alors inconnu au reste du monde; qu’il en parcourut la côlE sur une étendue de huit cents milles ; que selon ses conjectures cettesterréavoisinait une région dont les Vénitiens s'étaient déjà rapprochés (2) et située presque sous le pôle nord ; qu'enfin il ne put avancer plus loin, arrêté par les grandes montagnes de glace qui encombraient la mer, èt par les neiges amoncelées. Le grand pays découvert par Corteréal est évidemment celui que l’on connaît à présent sous le nom de Labrador et auquel les écrivains géographes du seizième siècle donnèrent souvent le nom de Corterealis.
Gaspar Corteréal, eñhardi par ses découvertes et se tenant pour certain de découvrir au nord-ouest un passage Vers l'Inde, obtint aisément du roi la permission d'entreprendre un second voyage ; il partit de Lisbonne au mois de mai 1501, et pour ne plus revenir. Sa route, dit-on , fut heureusequsqu'au Groënland, mais là un orage sépara les vaisseaux*$"son compagnon parvint à regagner le Portugal; quant à Corteréal on n'en eut plus de nouvelles.
Son frère Michael Corteréal partit à sa recherche , l’année suivante, avec trois vaisseaux. Lorsqu'ils arrivèrent sur la côte de la terre nouvellement découverte, côte coupée par un grand ffombre de bras de mer et de rivières , les navires se
(1) Barrow’s Chronological History of Voyages in the Arctic Regions, | (2) Allusion aux voyages des Zéni ; voir le vol. 1, p. 221,
CHAP, 2
séparèren rendez-vo d'août. D tion faite, jamais su grand-ma d’avoir air éclaircir le qui avait d voulut sau le détermi nierramea Ces voy n'en famil navigation rent pas !
cette dires les Portug à la fois r portgüle V par Îles e Corteréals un sceptre La natic temps in gloire qui découvert prisaient 1 sans perd En 1508, rendit à pays, lcq cette ave nous n'en qu'en 153 fleuve Sai aucun do
(1) Barro
LS
D. © OÙ > pv ue
séparèrent, afin de l’examiner plus en détail, après s'être donné rendez-vous sur un point déterminé nour le 20 du mois d'août. Deux des vaisseaux s'y trouvèrent suivant la convention faite, mais Michael Corteréal ne reparut pas, et l’on n’a jamais su quel avait été son destin. Vasco Eanes Corteréal ,
grand-maitre de la maison du roi, ne pouvant se consoler d’avoir ainsi perdu ses frères, résolut de partir lui-même pour éclaircir le mystère qui enveloppait ainsi leur sort. Mais le roi, quiavait déjà perdu en eux deux de ses plus précieux serviteurs, voulut sauver le troisième. , et aucunes supplications ne purent le déterminer à laisser s’exposer aux dangers délamer le dernierrameau d’une famille à laquelle il étaitsincèrement attaché.
Ces voyages, si malheureux pour ceux qui les dirigeaient, n'en familiarisèrent pas moins les marins portugais avec la navigation sur l'Océan septentrional, et par là ne contribuèrent pas médiocrement aux progrès des découvertes dans cette direction. D’abondantes pêcheries furent établies par les Portugais sur les bancs de Terre-Neuve, où se trouvèrent à la fois réunis jusqu'à trois cents navires venus des seuls porte Viana et Aveiro. Cette source de prospérités ouverte par les efforts et, l'on peut dire, par le dévouement des Corteréals, ne fut tarie qu'après la soumission du Portugal à un sceptre étranger (1).
La nation française elle seule parait être demeurée longtemps indifférente à cette curiosité ou à cet amour de la gloire qui poussait les autres nations dans la carrière des découvertes géographiques. Les Français néanmoins ne méprisaient nullement les bénéfices commerciaux, et profitaient sans perdre de temps des découvertes faites par leurs voisins. En 1508, un-matin de Dieppe nommé Aubert ou Hubert, se rendit à L'etré- \ ve , d'où il ramena un des naturels de ce pays, lequel fut montré à Paris devant toute la cour. Mais cette aventure ne füt pas suivie d'entreprises nouvelles, et nous n'entendons signaler aucune déconverte francaise jusqu'en 4534, époque à laquelle Jacques Cartier explora le fleuve Saint- Laurent ; encore y avait-il été précédé sans aucun doute par Corteréal et par le navigateur espagnol
(1) Barrow.
Brin
di
D ie UE à