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lors de leur seconde entrevue, il conversa plus familièrement avec eux. « Le prince les fit venir près de sa table et leur offrit à chacun une coupe remplie de sa propre main; il prit ensuite par poignées la barbe de maitre George Killingworthes, qui descendait jusque sur la table, etla montra en souriant au métropolitain , lequel, paraissant la bénir, tit en russe : « Voilà un présent du Seigneur. » En effet, elle était à cette époque non-seulement épaisse, large et d’une belle couleur blonde, mais elle avait encore cinq pieds deux pouces de longueur à partir de ses racinés. » Le printemps suivant Chancelor partit d'Archangel, et arriva sain*et sauf en Angleterre, rapportant avec lui une lettré écrite par le ezar à Edward VI (1). Les résultats heureux du voyage de Chancelor, et la perspective de nouer des relations de commerce avec un vaste empire, compensèrent aux yeux du public les malheurs arrivés à Willoughby et l'échec qu'avait recu ans son principal objet l'expédition par lui commandée, Une nouvelle charte patente fut octroyée à la société des aventuriers marchands, et Richard Chancelor fut envoyé, ainsi que deux autres commissaires, pour stipuler avec le czar de Moscorvie les priviléges commerciaux et les immunités qu'il lui plairait d'accorder à la compagnie nouvellement constituée. Nos aventuriers reçurent ordre de ne pas se borner à la rechéfche des avantages commerciaux, mais de recueillir aussi toutes sortes de renseignements, et surtout «d'apprendre, quoi qu’il dût en coûter , comment des hommes pourraient, soit par terre, soit par mer, passer de la Russie au Cathay. »
Mais, tandis qu’on s'apprétait à faire partir une seconde fois Chantelor pour la Russie, où l’appelaient les singuliers événements de sa première expédition , la recherche d'un pas-
sage au nord-est ne fut pas tout-à-fait abandonnée. Stephen Burrow, qui avait accompagné Chancelor dans le précédent voyage , partit au mois d'avril 4556 sur un petit navire , afin d'explorer les mers du nord. Vers les derniers jours de juillet, Burrow et ses compagnons arrivèrent dans l’ile de Waigatz, où ils apprirent des Russes que la côte opposée était appelée Nova-Zembla ou la terre nouvelle, et que les peuples qui rési-
(4) Hakluyt:
CHAP
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(1) Hakluy
daient dans ces grandes îles, généralement appelés Samoïèdes, n'habitaient pas de maisons, mais bien des tentes faites de peaux de cerfs. En abordant, les Anglais trouvèrent une multitude d’idoles appartenant à ces peuples ; elles étaient grossièrement sculptées, et dans: quelques endroits souillées de sang. La force des vents d'est empécha nos aventuriers de passer outre; et, après avoir hiverné à Colmagro, ilsrevinrent en Angleterre l’année suivante, Sur cesentrefaites, Chancelor avait rempli avec succès sa mission à Archangel et à Moscow: Lorsqu'il revint en 1556, il était accompagné d'Osep- Neped, ambassadeur du czar. Mais leur voyage fut très-malheureux, et sur quatre navires qui composaient la flotte, trois naufragèrent complètement. Celui où étaient embarqués Chancelor et l'ambassadeur russe fut jeté dans la baie de Pitsligo, sur la côte orientale de l'Écosse; Chancelor et la plus grande partie de ses gens s’y noyèrent; l'ambassadeur fut sauvé à grand’ peine. On le conduisit à Londres au milieu de pompes extraordinaires ; il y fut traité avec beaucoup. d'égards et de distinction; aussi désormais les relations/commerciales des deux pays se trouvèrent établies sur une base plus solide et sur un pied d'intimité tout autrement resserrée qu'auparavant (1). Les efforts ainsi faits pour découvrir.au nord-est un passage vers les Indes , encore qu'ils n’atteignissent pas leur objet spécial , ‘amenèrent, comme presque toutes les autres luttes de l'énergie et de la volonté humaines, des avantages, qui, pour être imprévus, n’en étaient pas moins incontestables. Du reste, les bons résultats aussi biën, que les désappointements de pareils voyages étaient faits pour stimuler l'essor des découvertes dans une autre:-direction, et pour ramener les esprits vers l'idée d’un passage au nord-ouest faisant le tour de l'Amérique et conduisant vers le Cathay et les Indes orientales ; à l'appui de l'opinion qui considérait ce passage comme pratigable, on faisait valoir beaucoup d'observations justes, étayées'par dés récits, quelques-uns équivoques, la plupart évidemment fabuleux. Martin Frobisher , marin habile et expérimenté , s'était persuadé que ce voyage était non-seulement possible, mais d'une exécution facile,
(1) Hakluyt, vol, 1,
Le
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et « comme c’ét#it la seule chose au monde , parmi celles qui restaient à faire, où une âme élevée püt chercher la fortune et la gloire , » il persista durant quinze années à poursuivre les moyens d’équiper l'expédition sut laquelle reposaient toutes ses espérances.
Enfin, en 1376, grâces au patronage de Dudley, comte de Warwick , il put fréter deux petits navires, l’un de trentecinq et l’autre de trente tonneaux, ÂAu moment où nos aventuriers passèrent devant Greenwich , la reine Elizabeth leur adressa un adieu encourageant et, du haut d’un balcon, agita son mouchoir pour répondre à leur salut. Le 44 juillet, Frobisher découvrit une terre qu'il supposa être la Terre Glacée (Friezeland) de Zeno : mais ce qu'il croyait être une tle est évidemment la partie sud du Groënland®Les glaces flottantes le forcèrent à diriger sa course au sud-ouest jusqu’à ce qu'il eût atteint le Labrador, Faisant voile au nord le long de cette côte, il pénétra dans un détroit situé par le 65° 8’ de latitude, et qu'on appela depuis le bras de Lumley (Zumley's inlet). Nos voyageurs fifirent les Esquimaux qui venaient à eux dans leurs barques,-où Kataks, pour des marsouins ou quelqu'’autre espèce de paissons bigarïes. Frobisher repartit pour l’Angleterre, où il'artiva le à octobre, emmeënant un de ces « étrangers païens dont oh n'avait jamais vu, ni lu , ni appris par oui dire qu'il en existat de pateils. » Î avait « acquis l'estime de tous par sa grande et notable entreprise , et surtout par l'espoir qu'il faisait concevoir d'un prochain passage vers le Cathay.#/1l arriva qu'un de ses marins rapporta une pierre comme souvenir de son voyage dans des contrées lointaines ; mais sa fethme l'ayant jetée dans le feu, la vit tout-àcoup « se couvrir d’un filet d'or. » Cet accident fit du bruit , ‘et les affineurs de Londres, ayant été appelés pour faire l'analyse de ce caillou, affirmèrent qu'il renfermait une notable quantité dor. Ainsi, l'espoir de trouver des métaux précieux vint de nouveau se joindre aux autres motifs qui pouvaient faire entreprendre les”voyages-lointains et les recherches géographiques. La reine manifesta hautement
qu'elle se montrerait favorable à de nouvelles entreprises ; et Frobisher partit de rechef au mois de mai 1577, avec trois navires, dont l’un avait été équipé aux frais de sa majesté, Il
CHAP, X
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r turiers s ‘occupèrent’ à faire une cargaison, êt prirent à bord
us de deux cents tonneaux du minerai brillant q\’ils sup-
"posaient être de la gangue d'or. Lorsque le chargement fut
complet, ils repartirent pour leur pays, et, quoique les vaisfussent dispersés par de violents orages, ils arrivèrent sal et saufs en différents ports d'Angleterre.
La reine et les personnes quijs'étaient engagées dans leé frais de l'expédition furent enchiäitées de voir « que le minerai rapporté avait tous les caractères de l’or et faisait espérer de grands profits ; @e dernier voyage augmentait aussi beaucoup l'espoir de trouver un passage au Cathay. » La reine donna le nom de Meta incognila au pays nouvellement découvert et sur lequel il fut résolu qu'on établirait une colonie. Dans ce dessein, on appréta une flotte de quinze navires, à bord de laquelle on mit cent personnes désignées pour former cet établissement et qui devaient garder avec elles, pendant toute la première année, trois des vaisseaux. Les douze autres étaient destinés à rapporter des cargaisons de gangue d'or. Frobisher fut nommé amiral de l'expédition, et recut de la reine, en prenant congé , une chaîne d'or en récompense de sa conduite passée. La flotte mit à la voile le 54 mai 4878. Trois semaines après elle découvrit la Terre Glacée dont elle prit formellement possession ; puis elle cingla directement vers le détroit de Frobisher. Jusqu’alors le voyage avait été heureux; mais des contrariétés et des malheurs de
toute sorte vinrent s'épposer à l'établissement de la colonie. De violents orages dispcrsèrent la flotte; des bancs de glaces encombrèrent le détroit; une petite batque à bord de laquelle était la maison de bois destinée à loger les colons fut écrasée entre deux blocs de glace et disparut à l'instant sous «'eau ; des brumes épaisses, une neige abondante, des marées et des courants d’une violence extraordinaire jetérent les marins hors d'eux-mêmes, et occasionnèrent mille dés istres. Enfin, après avoir supporté les plus extrêmes sou 1e il fut résolu qu'on reviendrait en Angleterre, et qu’on différerait jusqu’à l’année suivante tous les projets relatifs à la colonie. Les tempêtes qui avaient rendu inutile cette première ex-
péditiop pourstivirent la flotte durant sa traversée de retour ; les vaisseaux furent séparés par elles , mais atrivèrent néan-
moins, avant le commencement d'octobre , sur divers poins de la côte anglaise (1).
Le bücher de Bridgewater, en revenant en Angleterre, ral
contra sud-est de la Terre Glacée et parie 37° degré et demi de latitude une grande île découverte alors pour la première fois; il navigua durant trois jours le long de la côte ; paraissait être fertile, age et presque tout entière èn
plaines ouvertes. D'aprè renseignement, l'ile fut tracée sur nos cartes, mais on ne l'a jamais revue depuis, et certainement elle n’existe pas , bien qu'onsait récemment retrouvé, à la suite d’un sondage, un banc de terre qui a ressuscité l'opinion que la terre glacée de Zeno et celle qu'avait rencontrée le bücher de Bridgewater n'était qu'une seule et même île engloutie par un tremblement de terre (2).
Après son premier voyage, qui seul avait pour objet de découvrir des pays inconnus, Erobisher parut avoir perdu toute bonne chance. Lorsque l'on vit trompées les espérances avides qu'il avait excitées, ses voyages perdirent toute leur valeur, et lui-même, pendant quelque temps, tomba dans un oubli complet. Mais en 1585, il servit sous les ordresflle sir Francis Drake , dans les Indes occidentales; tfois ans plus tard, il cCommanda un des plus gros navires de la flotte qui
nl Hakluyt, vol, 11, 2) Barrow’s chron, hist,, p, 04.
CHAP. 2
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battit l’A4rmada, et dans cette occasion périlleuse sa brillante valeur lui valut les honneurs de la chevalerie.
L’ardeur que Frobisher déploya dans la recherche d'un passage au nord-ouest fut, selon toute apparence, entretenue par la lecture des écrits, de siv Humphrey Gilbert, que ses brillants talents et son caractère romanesque rendirent célèbre à cette époque. Lorsque nous contemplons les premières découvertes des Espagnols et des Portugais, nous voyons des aventuriers nécessiteux, hommes, pour la plupart, sans réputation et sans-fortune , chercher , violemment et dans des torrents de sañg versé, un profit honteux joint à une licence sans bornes pour leurs habitudes désordonnées. Mais les navigateurs anglais qui, sous le règne d'Élisabeth, cherchèrent à faire connaître les diverses parties du monde, appartenaient en général à des classes bien plus relevées, et agissaient en verta de motifs tout autrement honorables. Ils entreprenaient les navigations les plus difficiles, sur des mers continuellement agitées par des tempêtes ou embarrassées de’glaces, et cela dans des navires d'une con ‘rvetion frêle et du tonnage le plus minime ; ils luttaient coi : toutes les difficultés, contre toutes les misères d’un clhua rigoureux , la plupart du temps avec la perspective très-éloignée ou mémé sans la moindre espérance d’un avantage pécuniaire. Sir Humphrey Gilbert était un de ces nobles esprits que l'amour de la renommée et la soif de la science engagèrent dons la carrière des découvertes. En 1578, il obtint uné patente royale l'autorisant à entreprendre des re cherches à l’ouest, et à s'emparer des terres qui n'étaient déjà possédées , ni par un prince chrétien , ni par un de ses sujéts. Cette concession était faite à perpétuité, mois d'avance déclarée uulle pour le cas où l’on n’en profiterait pas dans les six années à partir de sa date. Afin de satisfaire à cette dernière condition, sir Humphrey se prépara , en 1585, à prendre possession des parties nord de l'Amérique et de Terre-Neuve, À la même époque, la reine Élisabeth conféra au frère cadet de ce navigateur, Adrien Gilbert, le privilége de chercher un passage vers la Chine et les Moluques dans les directions du nord-ouest, du nord-est ou du nord, voulant que la compagnie dont il était le président s'assemblät désor-
146 VOYAGES MODERNES DE DÉCOUVERTES. LIV. Iv.
mais sous le nom de « Confrérie pour la découverte du passage au nord-ouest. »
La flotte de sir Humphtey consistait en cinq navires de dix à deux cents tonneaux, dans lesquels étaient embarqués environ deux cent soixante hommes, au nombre desquels se trouvaient des charpentiers de navires, des maçons, des forgerons et des menuisiers, sans compter des minéralogistes et des affineurs ; « pour amuser les matelots et séduire les peuplades sauvages, on les avait pourvus d'une grande diversité de musiciens , avec toutes sortes de colifichets, de danseurs mauresques, de chevaüt d'enfant, de verroteries, etc. » Cette petite flotte arriva le 50 juillet sur les côtes de Terre- Neuve. Dès cette époque, on remarque que « les Portugais et surtout les Français ont un notable commerce de pécherie sur le banc de Terre-Neuve, où se trouvent quelquefois réunies plus de cent voiles appartenant à ces deux nations. »
En entrant dans le Saint-John, on prit au nom de la reine possession du port et de deux cents lieues dans toutes les directions. Des portions de ce territoire furent concédées, mais l'attention du général se porta principalement sur la recherche des métaux précieux.
La colonie se trouvant ainsi établie , du moins en apparence, sir Humphrey Gilberts s'embarqua dans sa petite frégate l'Ecureuil, qui n'était, au fait, qu'une misérable bafque de dix tonneaux. Prenant ensuite avec lui deux autrés navires, il partit pour un voyage de découvertes au sud. L'un d'eux, le Plaisir, fit bientôt après naufrage au milieu des bas-fouds qui avoisinent l'ile des Martres (Sable- Island), et sur un équipage de cent hommes, douze seulement échappèrent à ce malheur. Parmi ceux qui périrent se trouvaient l'historien et le minéralogiste de l'expédition ; cette circonstance fit une impression profonde sur l'esprit de sir Humphrey, dont le caractère s'était complu en des rèves de gloire et de richesses. 11 résolut alors de revenir en Angleterre; mais, comme sa petite frégate paraissait hors d'état d'accomplir un tel voyage, on le supplia de ne pas s'y risquer et de prendre passage sur la Biche dorée. Le courageux chevalier répondit à ces sollicitations : « Qu'après avoir traversé avec son petit équipage tant d'orages et de périls, il ne voulait pas l’aban-
CHAP, XI
donner au | deux navire sir Humphr surmonta ci diatement à en arrière d s’écrier : « C mer que pa barcation, a tis par lame fin déploral regardé cor compte par!
plus chevale
Voyages de John passage au nor de William Ba vient jusqu'à marin.— Seror — Troisième ve son équipage Réfraction extr ques découvert de James Hall.
observations 8 Second voyage — Troisième v I navigue à l'o — Révolte de !°
— hetour des r
Le zèle et che d'un pas que nous l fait de mét
(1) Hakluyt,
donner au moment de revenir dans sa patrie. » Lorsque les deux navires eurent dépassé les Açores, on vit la frégate de sir Humphrey lutter avec peine contre une grosse mer. Elle surmonta cependant la première fureur des vagues ; immédiatement après , les gens de la Biche virent le général assis en arrière du grand mât, un livre à la main, et l'entendirent s’écrier : « Courage, mes enfants ! on arrive aussitôt au ciel par mer que par terre! » Quelques heures après, cette petite embarcation, ainsi que tous ceux qui la montaient, furent engloutis par la mer, et l'on n’entendit plus parler d'eux. Teile fut la fin déplorable du brave sir Humphrey Gilbert, qui peut être regardé comme le père de la colonisation occidentale, et qui compte parmi les figures les plus en relief de l’époque la plus chevaleresque de l'histoire anglaise (4).