‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 46 sur 94 · LE · texte numérisé non relu

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confiérent à la vieille expérience de Barentz. Celui-ci partit plus tôt qu’il ne l'avait fait pour le voyage précédent, et, dès le {er juin, il se trouvait sous une latitude si élevée que l’intervalle des jours et des nuits ne s’y faisait plus sentir. Le 9 ils arriverent à l'ile des Ours (Bear Island), la même qu’on appelait naguère l'ile des Cerises (Cherry Island), où les Hollandais tuèrent un ours dont la peau avait douze pieds de longueur. Dix jours après, ils découvrirent la terre à l'est, et leurs observations leur prouvèrent qu'ils étaient par le 80° 41’ de latitude. Ce fut là, sans aucune espèce de doute, la première découverte du Spitzherg. Les Hollandais turent surpris de voir que cette terre septentrionale était couverte de pâturages abondants , sur lesquels*érraient des troupeaux de daims, tandis qu'à quatre degrés plus au sud , la Nouvelle-Zemble n'offrait qu'un désert aride et stérile. Ils y trouvèrent aussi une multitude d'oies rouges pareilles à celles qui visitent en hiver quelques parties de la Hollande ; comme le dit notre auteur, on n'avait jamais su auparavant où élles couvaient leurs œufs. « En sorte que quelques hommes avaient pris sur eux d'écrire que ces oiseaux se plaçaient sur des arbres d'Écosse, dont les rameaux s’étendaient au-dessus de l’eau ; que les œufs tombant dans les flots donnaient naissance à de jeunes oies, lesquelles en sortaient à la nage , tandis que les œufs tombés sur le sol se brisaient-sans rien produire. » C’est ainsi que pour la première fois l'existence fabuleuse des oïes dites barnacles se trouva complètement réfutée {1).

Du Spitzberg les deux navires firent voile au sud-est jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'ile des Ours, et là ils convinrent de se séparer ; Jan Cornelis voulant examiner les côtes est du Spitzherg, tandis que Barentz espérait trouver le passage à l’est dans une parallèle moins élevée. Aséèt il cingla vers la Nouvelle-Zemble , où , dès la prémière semaine d'août, il atteignit le 770 ‘de latitude. Mais un fort

(1) Les barnacles que l’on trouvait principalement dans l'ile de Bass , sur les côtes de l'Écosse , venaient , selon quelques-uns, sur les arbres au bord de la mer, et selon d’autres, étaient engendrées:par la pourriture du bois des vaisseaux, — Universal ets ymological englisl dictionary, by N. Bailey, London, 171,

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vent d'est s’opposant à ses progrès. il fit abligé d’attacher le navire à un immense bloc de glace qui bientôt après, avec une explosion soudaine, se brisa em mille pièces. Forcé de revenir sur ses pas, il regagna difficilement Icehaven, sous le 78° 50° de latitude. La glace quk avait entouré son navire durant le voyage se ferma autour de lui dès le 26. Le malheureux équipage était réduit alors à dix-sept personnes, qui se trouvèrent dans la nécessité de passer l'hiver sur cette terre stérile et inhospitalière. Heureusement le bois flottant sur le rivage se trouva assez abondant pour leur fournir des matériaux de chauffage et la charpente d’une petite cabane. Les Hollandais se préparèrent avec calme à surmonter les difficultés de leur situation; le journal de leurs souffrances emprunte un double intérêt à leur résignativa et à leur patience. Il est difficile de concevoir, et peut-être impossible de reproduire, à l’aide du langage humain, ce que sentireut les malheureux ainsi condamnés à un séjour obscur , désoié, glacial, où les ours et les renards animaïient seuls de leur présence une scène déserte. Le 4 novembre, les derniers ravons du soleil disparurent derrière l'horizon, et le froid qui jusqu’alors s'était accru sans cesse devint presque intolérable, Le vin et la bière complètement gelés perdirent leurs qualités spiritueuses ; ce fut à peine si à J’aide de grands feux, de pierres chaudes appliquées à leurs pieds, et en s’enveloppant dans une double peau de renard, les Hollandais purent se préserver d’être gelés. Pour aller chercher le bois flottant , il leur fallait endurer les plus vives souffrances , et braver les périls les plus imminents. IL leur arrivait souvent aussi d’être attaqués par les ours , qui montaient sans crainte à l'assaut de leur hutte de bois ; mais ils trouvéreni u:oyen de tuer quelques- uns de ces animaux dont la graisse leur servit à nourrir leurs lampes. Il est assez remarquable qu’au retour du soleil les ours disparurent, et qu'à eè moment les renards blancs se montrèrent en grandes trotipes. Ces animaux, dont on mangeait la chair, et dont les fourrures étaient le meilleur préservatif contre le froid, se prenaient facilement à l'aide de piéges tendus sur le toit de la maison.

Lorsqu'arriva le 49 décembre, nos malheureux voyageurs tirérent quelque consolation de la pensée que la saison

obscure était à moitié terminée, et que le retour du soleil leur apporterait de nouvelles ressources et des moyens de salut. Leur courage n’était pas tellement abattu qu'ils ne voulussent célébrer le jour des Rois par une distribution extraordinaire de vin et quelques jeux dont ils avaient perdu l'habitude. Le canonnier du vaisseau fut ironiquement proclamé roi de la Nouvelle-Zemble, « qui a au moins deux cents milles de longueur et qui git entre deux mers. » Enfin arriva l'heure tant désirée. Le 27 janvier, Le disque entier du soleil se montra au-dessus de l'horizon à la grande surprise de Barentz, qui ne s’attendait à le voir paraître que quatorze jours plus tard; mais ses calculs étaient sans doute erronés, et d'autre part il est difficile de s'expliquer le récit des Hollandais; car, d’après les circonstances ordinaires de la réfraction, l'apparition du soleil aurait été cette année avancée de sept à huit jours. Pour que le bord du soleil se montrât au-dessus de l'horison le 24 janvier sous le 76° de latitude nord, il faut supposer une réfraction de pres de trois degrés. Avec la lumière du soleil, les ours reparurent ; le temps sembla devenir plus orageux et plus rigoureux encore. En sorte que le mois de juin était arrivé sans que les marins hollandais eussent pu remettre leurs deux barques en état ; quant au navire, il était beaucoup trop avarié par les glaces pour que leurs faibles efforts suffissent à le réparer. Le 15 de ce mois, ils se préparèrent à quitter leur déplorable séjour ; mais auparavant Barentz écrivit, et laissa dans la maison de bois une liste de leurs noms, un récit de leurs mésaventures de mer et l’histoire détaillée de leur hivernage. Ils partirent ensuite d'Icehaven dans leurs deux petites barques ; mais Barentz, affaibli par la maladie et l'inquiétude, ue jouit pas Jlong-temps du rayon d'espérance qui avait lui à ses yeux : il mourut le 26 , vivement regretté de son équipage qui plaçait une confiance sans bornes dans ses talents ct son expérience, On a vu plusieurs exemples de voyages de long cours accomplis sur l'Océan daus des barques découvertes; mais aucun, peut être, w'a présenté des circonstances aussi extraordinures que celui-ci, durant lequel deux petites barques se risquèrent à traverser l'Océan sur uu éspace de plus de one cents milles, menacées coutinuel

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L'issue malheureuse de tous les voyages jusqu'alors cntrepris pour faire des découvertes au nord ne produisit pas le découragement qu'on en aurait Pù attendre. Leunonopole lucratif exercé par les Espagnols sur le commerce de l'Orient, et dont leurs rivaux s’exagéraient encore les bénéfices, était un sujet de tentation aussi puissant que durable. Le premier voyage des Anglais aux Indes orientales fut suivi du plus déplorable échec; mais le capitaine Lancaster affirma à son retour que le passage aux Indes se trouvait à l’ouest par le 62 30° de latitude nord. Ce renseignement , tout aussi inexact que les fabuleux récits de quelques navigateurs espagnols, fut l’occasion d’une expédition qui partit en 4602 sous les ordres du capitaine Weymouth, mais qui ne produisit aucun résultat avantageux.

Le progrès rapide de la navigation et des découvertes géographiques au seizième siècle fut favorisé par la lutte des Espagnols contre les Portugais, et par l’ardeur avec laquelle ils se disputèrent la possession de l'hémisphère que leur avait concédé la complaisance papale. Les hostilités qui éclatèrent dans le cours de ce siècle entre l'Espagne et l’Angleterre firent descendre dans l'arène un troisième antagoniste. Les Hollandais, contraints à la révolte par la tyrannie de Philippe, et encouragés d'ailleurs par l'exemple des Anglais, durent, pour obéir aux conseils de la prudence aussi bien que pour satisfaire à leur animosité, tenter d’arracher à l'Espagne une partic de son commerce oriental, Le mouvement politique qui prit ainsi sa source dans des circonstances particulières se propagea bientôt au sein des états neutres, et des nations, d'abord restées spectatrices indifférentes de la lutte, s'y jetèrent bientôt lorsqu'elles eurent compris la valeur des droits que l'on se disputait aussi avide ment, Durant les premières expéditions au nord-ouest , les [TR (4

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Danois, qui auraient dû naturellement se montrer les plus intéressés à la découverté du Groënland, parutent n'y attacher qu’une médiocre importance; il fallut que l’insistance chaleureuse des navigateurs anglais leur fit concevoir l'espérance de grands avantages commerciaux. Eu 4605, le roi de Danemarck voulut faire partir une expédition pour explorer les côtes du Groënland. Trois petits bâtiments furent placés sous les ordres de l’amiral Lindenau; mais la plupart de ses officiersssubalternes, et entre autrés James Hall, soti premier pilôte, âppartenaient à la nation anglaise.

Le vaisseau du vice-amifal, commandé .pat un Danois,

recula devant les difficultés qu'offrait la navigation parmi les glaces sur les côtes du Groënland, et demeura dans les parages du sud : mais Hall persévéra, et côtoya ce pays jusque par le 69° de latitude, découvrant plusieurs “excellents ancrages, des baies, des rivières, ét rencontrant d'énormes quantités de bois flottant, dont l'existence fut pour lui un sujet de surprise. IL voulait persiste dans sa course vers le nord, mais son équipage se montra rebelle à cette volonté; et, après avoir mis à terre deux malfaiteurs danois qui lui avaient été remis dans ce but, il cingla vers le sud et revint cf Danemarck.

L'année suivante, quatfe petits navires furent envoyés d'Elseneur pour continuer la découverte du Groënland ; Hall eut encore cette fois la direction de la flotte. L'objet de ce voyage paraît avoir été de trouver des mines d'or et d’argent plutôt que de reconquérir des colonies perdues. Car, lorsqu'ils arrivèrent à Cunningham’s Fiord, « ils abordérent tous pour voir la mine d'argent où, dit Hall , on avait décrété que nous pouvions en prendre à notre gré. » Ils virent sur les bords d’une rivière , située sous le 66° 25° de latitude, une quarantaine de maisons appartenant aux uaturels, bâties en os de baleines et recouvertes de tétre. 1ls y prirent cinq sauvages qu'ils emmenèrent avec eux en Danemarck. Cette expédition inutile fut suivie, l'année d'après, par une autre moins honorable encore pour le pays d'où elle était sortie. L'équipage s'insurgea dès que l'on fut parvenu au Groënland, et contraignit Hall à revenir sur ses pas. Ce marin expérimenté , pas-

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sant au service des négociants de Londres , fit, en 4612, une quatrième expédition au Groënland; mais il était à peine descendu sur la côte où les Danois, lors de son second voyage, avaient enlevé les ciug Esquimauxdont nous avons parlé, quand un des naturels, l'ayant reconnu, lui perça la poitrine d’un coup de flèche; Hall mourut peu après de sa blessure. Sur ce, tous rapfôrts cessérent avec les indigènes, et les vaisseaux revinrent à Londres sans pousser plus loin leurs recherches.

John Knight, qui avait accompagné Hall en sa première expédition, et qui avait probablement rapporté quelques détails avantageux sur les mines d'argent du Groënland, partit en 1606 pour découvrir un passage au nord-ouest, dans une petite barque équipée par la compagnie des négociants anglais avec la Russie (Muscoïy merchants). En approchant de la côte du Labrador, il se vit menacé par les glaces, qui venaient du nord en larges blocs, au point qu’il fut réduit à se réfugier dans une crique où il avait le projet de tirer sa barque à terre et de réparer les avaries qu’elle avait subies. Dès qu'il eut aburdé , il partit avec trois de ses compagnons pour la portion la plus élevée de l’île, afin d'y examiner le pays; mais il ne reparut point, et, comme son équipage fut bientôt après vigoureusement attaqué par les naturels, on en conclut que Knight et ses compagnons avaient été victimes de leur férocité. En conséquence, ceux qui avaient survécu, après avoir tant bien que mal réparé le navire, cinglèrent vers Terre-Neuve, d’où ils revinrent en Angleterre, non sans courir d'innombrables dangers.

Tant de revers, accablant ceux qui cherchaient à parvenir aux Indes par un passage au nord-est ou au nord-ouest , détournèrent pendant quelque temps, dans une autre direction, les spéculations des aventuriers et des géographes, Mais, malgré tout, l'espérance, un instant étouffée, devait renaître avec des promesses plus riantes que jamais. Les côtes découvertes à La suite de tant de voyages au nord n'avaient pas été relevées avec assez d'exactitude pour démontrer impossible la navigation que l'on désirait accomplir, On pouvait attribuer à des difficultés dont l'expérience triompherait un jour le mauvais succès des nombreuses expéditions jusque-là ris-

quées. Les négociants de Londres résolurent d'explorer une route nouvelle, et de chercher un passage directement à travers le pôle nord. Ils choisirent pour cette entreprise hardie Henry Hudson, marin habile et courageux. Plus savant qu’on ne l’est d'ordinaire dans sa profession, on lui attribue les premières observations faites en Angleterre sur l’inclinaison de l’aiguille magnétique (1). HudSon partit de Gravesend le 4er mai 4607, dans un petit bâtiment ayant pour tout équipage dix hommes et un mousse. Il vit terre pour la première fois près des côtes est du Groënland, par le 70° de latitude. Trois degrés plus loin’, il signala une chaîne de hautes montagnes que les neiges ne couvraient point. Sous une certaine latitude vers le pôle nord, la rigueur du froid parut diminuer considérablement ; l'air y était radouci, et la pluie tombait à larges gouttes, comme durant les orages d'été, en Angleterre.

Du Groënland , il dirigea sa course vers la Terre-Neuve (Newland-) ou Spitzberg, qu’il atteignit vers le 780 de latitude. IL y fut très-incommodé par les glaces, qui, fait-il remarquer, cbstruent d'ordinaire les mers bleues, mais dont les mers vertes sont presque toujours exemptes. Par ie 800, quelques hommes de son équipage allérent à terre, où ils aperçurent des dents de phoques, des os de baleines, des cornes de daims, et les vestiges de plusieurs autres espèces d'animaux. La terre leur paraissait s'étendre bien au-delà du 82 ; mais cette observation, principalement basée sur la couleur du ciel, est incontestablement erronée. La saison avançait, et n'ayant pas les provisions nécessairés pour prolonger son voyage, Hudson reprit dans son fréle navire la route d'Angleterre, où il arriva sain et sauf le 45 septembre.

L'année suivante, il fut pourvu d'un navire destiné à un second voyage, et cette fois son équipage, plus nombreux , compta quatorze hommes. La glace l'ayant déjà empêché de passer au nord du Spitzberg , il reçut ordre de renouveler les tentatives faites pour trouver un passage vers la Chine par le nord-est, Durant ce voyage, il fit un grand

(1) Barrow, p. 170, :

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nombre d'observations intéressantes relativement à l'aiguille inclinatoire , comme il l'appelle. Sous le 74° 30°, l'inclinaison de l'aiguille était de quatre-vingt-six degrés ; et, sous le 75° 22”, Hudson fit une observation qui, si elle était reconnue pour exacte, amènerait à conclure que l’un des pôles magnétiques est situé près de cette parallèle, quelque part entre la Nouvelle - Zemble et Cherry - Island. Dans cette partie de son voyage, « un des hommes de l'équipage, dit Hudson, regardant par - dessus bord , vit une sirène. Il appela un de ses compagnons, qui la vit comme lui : elle était en ce moment près des flancs du vaisseau, l'œil ardemment fixé sur les deux matelôts. Peu après, une lame vint la renverser. Du nombril en haut, poitrine et reins étaient, à ce qu'ils dirent, d’une femme. Sa taille était, à peu de chose près, la nôtre ; sa peau remarquablement blanche , et de longs cheveux noirs lui pendaicnt sur les épaules. Au moment où elle disparut, ils virent sa queue , assez semblable à celle d'un marsouin, et tachée comme les écailles d’un maquereau. Ceux qui furent témoins de ce phénomène s'appellent Thomas Hilles et Robert Rayner. »

‘Hudson trouva une telle quantité de glace entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble, qu'il perdit tout.espoir d’effectuer son passage dans cette direction. Il résolüt, en conséquence, de tenter fortune dans le détroit de Waigatz , où d’ailleurs il espérait se procurer une cargaison de äents de chevaux marins assez abondante pour couvri: les frais de l'expédition. 11 décrit la Nouvelle-Zemble comme une terre agréable à la vue, montueuse, et couverte en plusieurs endroits de verts pâturages. On remarquera qu'il attribue la quantité de glaces dont les mers du nord sont encombrées à l'étendue des côtes qui les environnent : il regarde, en effet, comme certain que la pleine mer ne prend jamais. Ne pou-

vant, en dépit de tous ses efforts, passer à l’est, il cingla

vers son pays, et débarqua sain et sauf à Gravesend, le 26 août. Ce navigateur entreprenant fut employé l’année suivante, par les Hollandais, à un voyage dont il est difficile de deviner l’objet. Il alla d'abord à l'est ,-et doubla le cap Nord ; mais ensuite il revint à Terre-Neuve, et, côtoyant l'A- 14,

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mérique du Nord , il découvrit une rivière sur laquelle les Hollandais, bientôt après, établirent une colonie : cette rivière porte maintenant son nom.

La réputation de Hudson, comme navigateur audacieux et habile, fut assez grande pour faire revivre les espérances de ceux qui croyaient encore à l'existence d’un passage au nordouest. Un navire de cinquante-cinq tonneaux, approvisionné pour six mois , fut placé sous ses ordres, afin qu'il pût se iivrer à la recherche de cette voie nouvelle. Dès les premières semaines de juin , Hudson arriva à l'entrée du détroit te F'0= bisher, 1l eut long-temps à lutter contre les glaces et les vents contraires ; mais, continuant avec persévérance sà conrse vers l'ouest , il arriva enfin à l'extrémité nord-ouest du Labrador, qu'il appelle cap Wolstenholm (cape H'olstenholm), et, signalant vers le nord-ouest un groupe d'îles, il nomma cap Digges (cape Digges) leur promontoire le plus voisin. La ictre, en cet endroit, lui parut incliner versle sud, etunc vaste mer s’ouvrit devant lui. Mais à cet endroit si intéressant de son voyage, la relation écrite par Hudson lui-même. est brusquement interrompue ; ce qui suit ne nous est parvenu qne par le témoignage fort suspect d'Abacuk Pricket , l'un des membres de l'équipage rebelle. Il paraît que dès lors éciatèrent les mécontentementg auxquels est due la fin tragique de l’illustre navigateur, Hudson , environné de glaces et n’espérant plus aller en avañt, établit devant son équipage qu'il avait pénétré dans le détroit cent lieues plus loin que tous ses prédécesseurs, Ensuite, revenant au sud , il entra dans une baie qui dut au jour où on la découvrit le nom de baie Saint- Michel (Michaelmas bay). Pendant trois mois, il fut comme enveloppé dans un labyrinthe d'iles et d'étroits chenaux. Mais enfin, le 4+ novembre, le vaisseau fut tiré à terre, et dix jours après les glaces se refermèrent autour d'Hudson et de ses compagnons.

Il parait que le capitaine avait charitablement pris sous sa protection spéciale un jeune homme nommé Green , d'assez honne famille, mais de mœurs très-corrompues, et il l'avait emmené avec lui en qualité de secrétaire. La disette engendra bientôt des dispositions haineuses que cet ingrat jeune homme se plut à irriter encore pour nuire à son bienfaiteur, Au

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commencement de cer: les perdrix blanches abondaient tellement, que l'on avait peu à souffrir de l'absence de toute autre provision; mais elles furent bientôt remplacées par des oies, des canards, des cygues, gibier plus difficile à surprendre. Peu à peu, enfin , l'équipage fut réduit à se nourrir de mousse et de grenouilles. Au printemps, lorsque les glaces se rompirent, on prit d’abord une assez grande quantité de poissons ; Mâis cette ressource vintencore à s’épuiser. Enfin Hudson fit sës préparatifs pour quitter la baie, et, les yeux pleins de larmes , répartit à l'équipage tont ce qui restait d'aliments. À peine y en avait-il pour quatorze jours. Le 21 juin, la conspiration éclata. Green et ses compagnons avaient résolu d'abandonner à la merci des flots le capitaine et les malades afin .de diminuer d'autant le nombre des bouches à nourrir. Chacun des conjurés dut prêter le serment suivant : — « Vous direz la vérité à Dieu, à votre prince , à votre pays. Vous ne ferez rien que pour la gloire deDieu et le bien de l’entreprise. Pas un homme ne subira de vous un mauvais traitement. » Immédiatement après, on s’empara d'Hudson, qui fut garrotté, et descendu avec les malades et les estropiés dans la grande chaloupe. On leur laissa un fusil de chasse, quelques munitions , des aliments en fort petite quantité, ct un pot de fer; ce fut tout. Le cablot de remorque fut ensuite coupé , et la barque s’éloigna parmi les glaces flottantes, dans une situation que l'esprit n’envisage pas sans horreur. Lorsqu'elle fat hor$ de vue , les mutins commencèrent à ressentir quelques craintes et à ne plus savoir ce qu'ils devaient faire. Ils redoutaient-à bon droit de retourner en Angleterre, et Green, qui bientôt fut nommé eapitaine, jura qu'il tiendrait la mer jusqu'à ce qu'il eût le sceau royal pour gage de sa sûreté. Du reste , il fut tué peu après dans une ile voisine du cap Digges, à la suite d'une querelle avec les sauvages. Ceux qui lui survécurent , poussés à cette extrémité par le désespoir, entreprirent de se diriger vers l'Irlande, Leur misérable provision de gibier s'épuisa bientôt, et, de ressources en ressources, ils arrivèrent à mangér leurs chandelles et à faire cuire la peau et les os broyés des animaux déjà dévorés. — « Ce qui, avec un peu de vinaigre, dit la relation, compose un mets assez savoureux. » Durant cette par-

tie du voyage, Robert Ivet, qui, depuis la mort de Green,

commandait les mutins, mourut it alement de faim. Ils arrivérent enfin dans la baie deGalloway , d’où ils furent ramenés à Plymouth par un bateau pêcheur (1).

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