‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 47 sur 94 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Voyage de sir Thomas Button.— 11 arrive sur le rivage occidental de la baie d'Hudson. — 1! hiverne dans'la rivière Nelson. — Ses talents comme chef d'expédition. Gibbons essaie de continuer ses découvertes. — Voyage de Bylot et de Baffin.— Talents de ce dernier comme navigateur. — Leur second voyage. — Instructions qui leur sont données. — 1ls découvrent la baie de Bafüb. — Singulière variation de la boussole. — Etendue de leur navigation, — Comfencement des pêcheries dans la mer du Nord.— Voyages de Steven Bennet.— La compagnie des négociants avec la Russie preud possession de Cherry-Island, — Commencement de la pèche aux baleines. — Voyages de James Poole. — L'ile de Mayénh cst découverte. — Observations de Baffin. — Voyages de Fox et de James. — Renseignements fournis par les chasseurs du Canada. — Premier établissement anglais dans la baie d'Hud-

‘ son.— Formation de l'Audson’s bay company.— Voyage de Wood à la Nouvelle- Zemble, — Expédition malheureuse.de Knight à la baie d'Hudson. — Voyage du capitaine Middleton.— Controverse entre Dobbs et Middleton.— Récompense pro-

posée par le gouvernement pour la découverte d'un passage au nord-ouest.

La grande mer découverte par Hen:y Hudson, à l’ouest du cap #olstenholm, était et devait être un nouveau phare allumé pour éclairer les découvertes à venir. Les négociants de Londres organisèrent, en 4612, une expédition confiée par eux au capitaine (depuis sit Thomas) Button, marin habile et qui était, à cette époque, au service du prince Henry. Pricket et Bylot, qui tous les deux avaient accompagné Henry Hudson dans son dernier et funeste voyage, bien qu’ils pussent être à bon droit soupçonnés d’avoir pris part à la rébellion criminelle que nous avons racontée plus haut, furent employés dans Fexpédition nouvelle. La connaissance qu'ils avaient des iéfs occidentales les rendait en quelque sorte nécessaires. Le nom des vaisseaux équipés se trouva étre le

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(1) A présent îles de Manéfield,

où il parvint, après un voyage de seize jours, dans l’automne de 1645. Button fut le premier qui atteignit la côte orientale de l'Amérique, à l’ouest de la baie d'Hudson. Son expédition parait avoir été conduite avec un courage et une habileté remarquables ; pourtant il n’en publia jamais le compte-rendu, et l’objet comme les: résultats de son voyage demeurèrent enveloppés d’une sorte de mystère. On sera surpris qu'un homme dont l’habileté à naviguer dans des mers inexplorées venait d’être démontrée d’une façon si éclatante, n’ait point reçu par la suite de nouvelles missions. La mortdeson patron, le prince Henry, semble avoir mis un terme aux efforts de Button. Mais le capitaine Gibbons, son parent,

qui l'avait accompagné dans son premier voyage, partit, en 4614, à la recherche de ce passage du nord ouest, dont l'existence était pour sir Thomas Button l’objet des espérances les plus positives. Toutefois Gibbons rencontra tant d'obstacles ; les brumes, les ouragans, les glaces flottantes le fatiguèrent tellement, qu’il se trouva incapable d'avancer, et revint sans avoir ajouté aucune conquête aux découvertes de ses prédécesseurs.

En dépit des désappointements nombreux qui avaient suvi les tentatives faites pour découvrir un passage au nord-ouest, les progrès évidents de la science géographique, dus à l'activité des entreprises maritimes, étaient trop grands pour qu'on se décourageât. Les aventuriers commerefaux'qui sentaient l'avantage d'élargir le champ de leur8topérations persévérérent résolument. En 1615, la Découverte fut mise.en ‘état pour un quatrième voyage au nord-ouest. Robert Bylot, qui avait fréquemment navigué dans les mers que l'on allait explorer, fut nommé capitaine, et William Ban, qui a éerit les détails du voyage , reçut l'emploi de lieutenant. L'équipage était composé de quatorze hommes et de deux enfants; telles étaient alors Les faibles ressources avec lesquelles on’ ‘engageait dans ces difficiles entreprises. Au départ, nos voÿägeurs aperçurent des montagnes de glaces dont quelques-unes s’élevaient à deux cent quarante pieds au-dessus de laÿmer, et qui, en calculant les parties sous-marines, devaient avair au moins mille six cent quatre-vingts pieds de hauteur. William Baffin avait fait partie, en 1612, de l'expédition commandée

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CHAP. Xii, VOYAGES AU NORD. 167

par James Hall, ét devenue si funeste à ce derniéf. Il en avait écrit Ja relation, remarquable surtout en ce que, la première, elle renferme une méthode pour arriver à calculer, sur mer, les degrés de longitude par la position relative des astres. Il est évident, d’après les principes sur lesquels elle est fondée, que Baffin possédait, à un très-haut degré, les théories aussi bien que la pratique de la navigation. Dans son voyage, sous les ordres de Bylot, il trouva l’occasion d'augmenter encore la masse deisés observations scientifiques; c’est ainsi qu’ayant vu près défile de la Résolution le soleil et la lune briller sut le méme horizon , il rattacha cette circonstance à ses remarques sur les degrés de longitude. A ce sujet, il indique avec beaucoup de raison « que si les observations de cegenre se faisaient en même temps dans des lieux éloignés l'ün de l’autre, comme le cap de Bonne-Espérance, Bantam, le Japon, la Nouvelle-Albion et le détroit de Magellan, on aurait une géographie plus exacte. » Nos navigateurs, remarquant que la maätée venait du nord, conçurent une pleine espérance de succès; mais, à mesure qu’ils s’engagaient dans les petits bras de mer ouverts devant eux, les bas-fonds qu'ils rencontraient dissipèrent cette illusion, et, après avoir couru de grands dangers au milieu des glaces flottantes, ils laissèrent derrière eux, au commencement d'août, l’ile de la Résolution. Ils abordèrent en Angléterre un mois après sans avoir perdu un seul homme.

Le mérite et les talents de Baffin comme navigateur étaient désormais trop en évidence pour demeurer sans emploi. Ses nombreuses observations fournirent ample matière aux spéculations de la philosophie, et compensèrent ainsi, à certains degrés , l'absence des découvertes géographiques. La même compagnie de négociants qui avait organisé l’expédition précédente équipa de nouveau le petit navire la Découverte pour un cinquième voyage à la recherche du passage au nord-ouest. Robert Bylot fut de nouveau désigné pour le commander, et William Baffin pour remplir auprès de lui Les fonctions de pilote. Les instructions qui leur furent données et.qu'on va lire furent probablement tracées sans le concours de ce dernier , qui semble n'avoir jamais beaucoup compté sur la réussite du Voyage.

« Dès le départ, vous gagnerez en toute diligence le cap de la Désolation; de là, vous, William Baffin, vcus divigerez le navire le long de la côte du Groënlanc ct au-delà du détroit de Davis, jusqu’à la hauteur du 80° de latitude, si la terre vous le permet. Ensuite, de peur de vous fermer le retour en vous engageant trop au nord, dirigezvous à l’ouest et au sud autant que vous le jugerez convenable , jusqu’à ce que vous arriviez à une latitude de soixante degrés; tâchez après cela de gagner la terre de Yeso, qui est environ à cette hauteur. On laisse.äivotre discrétion d'avancer au sud, suivant que la saison de l’année et la direction des vents vous en laisseront la faculté. Toutefois, nos désirs sont, si votre voyage est assez heureux pour que vous#ayez l'année entière devant vous, que vous avanciez assez au sud pour toucher à la partie nord du Japon ; de là ou de Yeso, supposé que vous le puissiez sans danger, nous souhaiterions que vous ramenassiez un des naturels du pays, et qu'ainsi, la bénédiction de Dieu s’étant étendue sur toute l'expédition, vous revinssiez dans votre patrie. »

La Découverte partit de Gravesend le 26 mars 1616 avec dix-sept personnes à bord. Se dirigeant au nord vers le détroit de Davis, nos voyageurs jetèrent l’ancre par les 70° 20’ de latitude. Les naturels prirent la fuite à leur aspect, laissant derrière eux leurs troupeaux de chiens. L'élévation de la marée était là seulement de huit à neuf pieds, circonstance que Baffin regarda avec raison comme un présage d’insuccès. Les habitants de cette côte étaient misérablement pauvres, n’ayant d'autre nourriture que la chair crue des veaux marins. Nos voyageurs supposérent qu'ils pratiquaient le culte du soleil parce qu’ils le montraient sans cesse du doigt, et, frappant leur poitrine, s’écriaient en même temps : Zyout ! Mais peut-être le vrai sens de ces gestes était qu'ils regardaient les Européens comme des hommes descendus de cet astre. La neige commen@ait alors à fondre, ét Baffin crut pouvoir persistér à voyager vers le nord, mais le temps devint tout-à-coup très-froid , et le jour de la Saint- Jean les voiles et les cordages se trouvèrent gelés au point de rendre la manœuvre très-pénible. Vers les 75° 40’ de latitude, la glace ayant disparu, l'aspect d'une mer ou-

CHAP. X

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verte raviva l’espoir de trouver un passage. Le temps, redevenu mauvais, poussa Baffin et-ses compagnons dans un détroit où ils trouvèrent tant de baleines (7hale) qu’ils le nommèrent #hale Sound. Un autre large bras de mer, situé au nord du 78°, reçut le nom de détroit de Sir Thomas Smith (Sir Thomas Smith’s Sound) ; et une ile voisine fut appelée l'ile Hakluyt (Hakluyt’'s Island). « Ce détroit , dit Baffin , est remarquable en ceci que la boussole y varie plus qu'en tout autre lieu du monde. A diverses reprises je l'y ai observée, variant de plus de cinq poirits à. ou de cinquante-six degrés à l'ouest. » dj Ils étaient alors au sud-ouest, dans une mer ouverte , et restèrent exposés à un vent aigu jusqu’à ce qu’ils eussent pris terre à l'entrée d’un détroit qu'ils appelèrent le détroit de l'alderman Jones (4lderman Jones’s sound). En continuant à l’ouest ils trouvèrent par le 74°:40? une autre g-.ade baie qu’ils appelèrent le détroit James Lancaster (Sir James Lancaster’s sound):#£L'espoir de trouver un passage diminuait tous les jours. Lé‘rivage était rendu ina bordable par les glaces qui semblaient épaissir à mesure qu'on approchait vers le sud. La Découverte longea néänmoins cette barrière , et descendit ainsi jusqu’au 65° 40’ de latitude auprès du détroit dé Cumberland. Là, il n’était guère plus possible de croire à l'existence d'un passage à l’ouest ; presque tous les voyageurs étaient en mauvais état de santé ; il fallut donc gagner la côte du Groënland, où, grâces à des salades de cuillérée , d’oseille et de chicotin ; l'équipage se rétablit bientôt. Baffin et ses compagnons quittèrent cette côte le 6 du mois d'août, et jetèrent l'ancre à Plymougise 45 du même mois. Ce voyage, dans lequel Baffin, s’äYançant de tant de degrés plus loin que tous les navigateurs qui l'avaient précédé, avait découvert la mer qui porte maintenant son nom, n’est point raconté par lui avec la ponctualité et l'exactitude minutieuse qui le caractérisent. Il avait si imparfaitement rédigé les documents géographiques dans le récit de cette expédition publié par ses soins, que la baie de Baffin fut pendant long-temps dessinée sur les cartes selon la fantaisie du graveur. La stérilité de son récit et l'absence de détails qui s’y fait sentir doivent à la LU 45

vésté s’imputer en partie à Purchas, qui dit : «que la carte de Baffin et les tables de son journal étaient quelque peu incommodes et coûteuses à publier (4). »

Les entreprises du commerce ne manquaient pas de s’accroitre en raison des progrès que faisait la science géographique. Les voyages dans les mers arctiques, encore qu'ils n'eussent pas amené la découverte d'un passage aux Indes, avaient créé diverses branches d’un commerce lucratif, Dés l’année 4605, Steven Bennet, naviguant sur un petit Aiéseau équipé aux frais du « digne Francis Cherie, » “#'était rendu à Coïa sur la côte nord de la Lapotiie avec des instructions pour disposer de la cargaison dans cette ville, et de là s’avancer à la découverte. Bennet dirigea son navire au nord de Cola, jusqu'à ce qu il rencontrât une fle sur laquellésil vit des renards, mais point d'habitants ; il en déiérminia la latitude au 74 50° et lui donna le nom d PGOétises (Cherry Island) , qu’elle conserve encore; t'étà “Cépendant la même que Barentz avait découverte et nommée l'ile des Ours quelques années auparavant, Bennet retourna à Cherry-Island l'année suivante; il la trouva couverte d’une quantité de volailles et de * bœufs marins. Les dents de ces animaux étaient l’objet dun commerce très-profitable , et son équipage entreprit, mais en vain, d'en faire une cargaison. Les matelots de Bennet employaient pout cela une méthode cruelle ; ils crevaient d’abord les yeux des bœufs marins avec du petit plomb pour attaquer ensuite l'animal aveugle à coups de hache. Cette chasse n'eut pas d'heureux résultats; sur un millier de morses, ils en tuërent quinze à peine. L'année suivant@egne autre expédition fut dirigée vers l'ile des Cerises pañlés mêmes propriétaires , et ils avaient fait cette fois de tels progrès dans l'art de prendre les bœufs marins que non-seulement ils se procurèrent une cargaison de dents, mais aussi plusieurs tonnes d'huile extraite de ces animaux. Ils découvriront aussi une mine de plomb et rapportèrent avec eux unc petite quantité de minerai. Ce commerce augmenta rapide-

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ment. Lorsque Bennet visita l’île en 4606, il rassembla dans une quinzaine trois bariques de dents et vingt-deux tonnes d'huile. Ses commettants vinrent avec lui à Cherry-Island en 1608 ; dans un espace de sept heures, ils tuërent près de mille morses. Üu couple de ces animaux ayant été ramené en Angleterre, l'on montra le mâle à la cour, « où le roi et plusieurs personnages honorables le contemplèrent avec admiration , son pareil n'ayant jamais été vu dans le pays. Peu de temps après il tomba malade et mourut. Cette sorte de bétes est non-seulement: d'une forme très-étrange , mais aussi d’une docilité singulière et très-propre à être enseignée, ainsi que cela fut prouvé par plusieurs expériences. » L'ile des Cerises jouit à la fin de juin d'une température aussi élevée qu’elle peut l'être en Angleterre à la même époque de l'année. Le brai coulait le long des flancs du navire et, sur le côté du mât qui faisait face au soleil, le goudron était en fusion. Ces voyages et les profits qui en résultaient ne pouvaient à la longue manquer de fixer l'attention du monopole ; en,14609 la Compagnie Moscovite prit solennellement possession de Cherry-Island. On y trouvait alors des quantités de renards ; on y tua plusieurs ours ; trois mines de plomb furent découvertes , et, ce qui.est remarquable, cinq navires s’y rencontrérent à la fois, dont les équipages réunis montaient à cent quatre-vingt-deux hommes, tons occupés à charger leurs vaisseaux de fourrures , d'huile et de dents de morses. La Compagnie Moscovite, après avoir pris possession de son nouveau domaine, fit partir en 1610 un petit navire vers le pôle nord, dans le double objet d'étendre son commerce. et: de contribuer aux découvertes. Jonas Poole, qui avait fait partie de tous les voyages précédents, reçut le commandement de ce vaisseau ; il avança au-delà du soixante-dix-hüitième degré, et il a consigné solennellement dans son récit l'observation importante déjà faite par les navigateurs qui l'avaient précédé ; à savoir que dans la mer ouverte, en se rapprochant à pôle , la température est beaucoup plus élevée que dans les latitudes inférieures. « Un passage, dit-il, peut ainsi s’opérer autant par le pôle luimême que par aucune autre route inconnue ; la raison en est que le soleil jette ici une chaleur considérable, et la glace n'y

est pas à beaucoup près aussi épaisse que celle que j'ai vue sous le 75° » Dans ce voyage, Poole n'atteignit pas au-delà du 79° 50°, se conformant du reste à la teneur de ses instructions , qui étaient conçues dans les termes suivants : « D'autant qu’il a plu au Dieu tout-puissant, par votre industrie et celle de quelques autres, de découvrir à notre nation une terre gisant par le 80° vers le pôle nord ; nous désirons, non-seulement explorer ladite terre , vers le-nord , de manière à savoir si elle est une île ou un continent, et si elle s’incline soit à l’est, soit à l’ouest du pôle, mais aussi connaître si elle est habitée et s'il y a une mer ouverte plus au nord que celle qu’on a déjà explorée, etc. (1). »

Jonas Poole fit voile de nouveau en 1611 de conserve avec le premier navire que l'on envoya d'Angleterre à la pêche des baleines : six matelots biscayens, exercés à cette besogne, avaient été ajoutés à l'équipage. Tandis que ce navire était engagé dans les opérations de la pêche, Poole, se dirigeant vers le nord, pénétra jusqu’au 80° près du Spitzberg ; puis, traversant à l’ouest, il gagna la côte orientale du Groënland, et la parcourut plus de quarante liéues vers le nord , au-delà des points déjà relevés dans les cartes. La même année, Jean Mayen, capitaine d'un baleinier hollandais , découvrit, au nord de l'Islande, l'ile qui porte encore son nom et qui, durant plusieurs années, devint, pour les Hollandais, une station de pêche où ils extrayaient l'huile de baleine, jusqu'à ce qu’enfin l'accumulation des glaces l’eût rendue inabordable. L'art de tuer les baleines avait fait de tels progrès, grâce aux connaissances spéciales des Biscayens , que le seul vaisseau de Poole n’en prit pas moins de ‘reize dans le cours de ce v : et durant l’année 4643, vingt navires appartenant à la France, à la Hollande , à l Espagne , à la Biscaye, sans compter six navires anglais, se trouvèrent réunis dans la mer du Spitzherg ; l'un de ces derniers était commandé par le célèbre navigateur Wiian Bafin. Les Anglais ayant pris possession de l'ile, mn nom de 8, M. B., défendirent aux vaisseaux des autres nations dé pécher dans ces parages. On s'attendait à quelque

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résistance de la part des pêcheurs étrangers, mais ils se sonmirent paisiblement à lautorité usurpée de l'Angleterre. Pendant ce voyage, Baflin, toujours fidèle à son système d'observations, remarqua la réfraction extraordinaire de l'atmosphère dans les latitudes septentrionales. 11 trouva qu’elle était de vingt-six minutes à l'horizon ; il ajoute philosophiquement : « Je suppose qu’elle est plus ou moins considérable selon que l'air est plus ou moins densé, ce que, du reste, je laisse discuter à de plus savants. » Se fiant à l'existence d’une mer spacieuse entre le Groënland et le Spitzberg, il ne regardait point un passage par le pôle comme entièrement impossible ; et il engagea fortement la Compagnie Moscovite à consacrer, tous Les ans, cent cinquante ou deux cents livres sterling à faire explorer les mers du nord ; une petite pinasse et un équipage de dix hommes devant, selon lui, suflire à cette tâche.

Le grand succès des pêcheries du nord réveilla l’émulation du Danemarck. En 1619, deux navires montés principalement par des marins anglais, et commandés par Jan Munk, furent équipés pour un voyage de découvertes qui devait s’accomplir sur les traces d'Hudson et de Baffin. La glace* empêcha Munk de suivre dans toute sa longueur la côte occidentale du Groënland. En conséquence, il gouverna vers le détroit d'Hudson, et, rencontrant là côte d'Amérique par le 65° 20° , il s’abrita dans un hàvre (peut-être le Chesterfield Inlet des cartes anglaises ) auquel il donna le nom de hàvre d'hiver de Mank ( Munk’s Winter Harbour); il appela Nouveau-T}:nemarek (New Denmarck) le pays qui l'environnait, Son cutrée dans ce hâvre avait eu lieu le 7 septembre ; et, comme il était évidemment impossible , dans une saison aussi avancée, de traverser la baie d'Hudsôn , il commença à cicver des huttes et à battre le pays environnant pour y chercher du gibier et des moyens de chauffage ; ses équipages se montaient, en tout, à soixaatequatre hommes. Quand la rigueur de l'hiver les empécha de prendre de l'exercice et, les réduisit à vivre de provisions salées, le scorbut se mit parmi eux. Aux approches du printemps , leur biscuit était épuisé ; un gibier abondant les entourait à la vérité , mais ils n'avaient ni le courage ni la force 45,

de le poursuivre. Leur condition devint alors tout-à-fait déplorable , et la famine ajouta ses horreurs à celles de la maladie. Long-temps dépourvus de tout bien-être, ils étaient maintenant sans espérance, et la mort faisait dans leurs rangs de rapides ravages ; Munk habitait seul une petite hutte à part des autres , et tel était son découragement , qu'il attendait la mort dansune complète apathie. La faim le contraignit néanmoins à se trainer hors de sa retraite, et à chercher ses compagnons; il n’en trouva que deux vivant encore ; les autres avaient péri. Nos trois malheureux s'encouragèrent l’un l’autre dans leurs efforts pour se procurer de la nourriture. Ils creusèrent la neige, lui disputant quelques herbes et quelques racines ; ils prirent du poisson , et , à mesure que les forces leur revenaient , des oiseaux ou d'autre gibier. A la fin, ils retrouvèrent l'énergie nécessaire pour équiper le plus petit de leurs deux vaisseaux, puis, reprenant la mer et après un passage périlleux , durant lequel le navire qui les portait fut presque abandonné à lui-même, ils arrivèrent, sains et saufs, dans un port de la Norwége. Leur retour fut regardé à bon droit comme une sorte de miracle. Il est en effet difficile de croire à un récit qui nous montre trois hommes échappés seuls sur soixantequatre, aux rigueurs d'un hiver arctique, se rétablissant sans autres ressources que les herbes et les plantes les plus grossières , rassemblant à grand’peine les provisions nécessaires à leur voyage, et regagnant leur pays malgré des obstacles de toute sorte.

L'inclémence de la température, plus peut-être que les dangers d'une mer obstruée de glaces , effraya les navigateurs et les détourna de nouvelles expéditions au nord-ouest, D'ailleurs, le voyage de Baflin, en 1616 , détruisait si complètement les conjectures favorables à l'existenge d'un passage au nord du continent américain, qu'il dut décourager les efforts tentés dans cette direction. En conséquence, plusieurs années s'écoulèrent sans qu'on songeût à reprendre ces recherches ingrates. En 4681 seulement, le capitaine Luke- Fox qui, dit-il, « avait été tourmenté de la manie des découvertes au nord, depuis l'année 1606 , où il avait vainement sollicité d'accompagner John Knight en qualité de lieutenant , » obtint du roi qu'on lui prétàt un bitiment pour le

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Fox était un homme hardi, mais trop confiant en lui-même, et ce défaut se tr tes parts dans le compte pompeux qu’il a rend Dédition. IL avertit cependant le lecteur bénin «€ ’attendre à des phrases fleuries ou à des express dtjue les ; car cet enfant de sa plume, engendré dans les fr6t# climats du nord, où les études classiques ne sont point en honneur, n’a point sucé le doux lait de la rhétorique (1). » Dans le détroit d'Hudson, Fox se trouva fort embarrassé par les glaces, dont il affirme cependant que les fragments « égalaient rarement en grosseur une grande cathédrale. » A l'ile de Salisbury, il observe que l'aiguille devient lente et presque insensible dans ses mouvements , phénomène qu’il attribue « à la vivacité de l’air qui circule entre l'aiguille et son point d'attraction. » Il donna le nom de Bienvenue de Sir Thomas Rowe (Sir Thomas Rowe's Welcome) à une île située sur la côte orientale de l'Amérique ; il y trouva le cimetière des naturels du pays, dans le tombeau desquels étaient déposés des arcs , des flèches et des javelots pour la plupart garnis de fers ; l'un d’eux l'était de cuivre. Fox en conclut que les Européens avaient déjà passé dans ces parages. Sur les bords de la rivière Nelson, il retrouva une croix qui avait été érigée en ce lieu par sir Thomas Button. Fox revint en Angleterre le dernier jour d'octobre, « n'ayant perdu , ni un homme , ni un enfant, ni aucune sorte d'ustensile, pendant six mois qu’il avait passés dehors, €e dont la gloire est à Dieu. » 1! n'était évidemment point satisfait des résultats de son voyage, et continua fermement à soutenir la probabilité d'un passage au nord-ouest, passage qu'on trouverait, disait il, dans l'ile de la Bienvenue, où il avait observé-que la marée venait du nord, et où ia présence d'une grande quantité de baleines semblait indiquer le voisinage d'une vaste mer, Pendant que Fox préparait en ce sens une nouvelle entreprise, les négociants de Bristol ,

(1) North West Fox, 1625,

résolus à disputer à ceux de Londres la palme de l’activité

maritime , firent partir le capitaine Thomas James avec les mêmes instructions et les mêmes gages de la confiance royale que Fox avait précédemment dbtebtis: Mais James était probablement beaucoup moins habile, et certainement moins heureux que son rival. Le navire qu'il montait eut beaucoup à souffrir dans la baie d'Hudson des ie flottantes et des

Son ignorance dans l’art de navigler parmi les He lui créant sans cesse de nouveaux embarras, il ne put songer à traverser la baie d'Hudson au commencement de l'hiver; il préféra demeurer sur une île située par le 52° de latitude, et qu'on appelle maintenant Charlton-Island. On y bâtit une hutte pour les malades, recouverte seulement par la grande voile. Ces infortunés eurent à souffrir les misères inséparables d'un séjour d'hiver dans les régions arctiques. Leur vin, leur vinaigre, leur huile, tous les liquides enfin qu’ils possédaient avaient pris sous la gelée la consistance du bois, de façon qu'ils étaient obligés de les couper avec la hache. Dans le courant de février , les premiers symptômes du scorbut se montrèrent parmi l'équipage, et ce fut à grand’peine qu’au m.is de juillet ils euvent mis leur navire en état pour la traversée de retour. James était évidemment un navigateur malhabile , et sinon timide, du moins fort disposé à s’exagérer les obstacles. IL prit rang parmi les rares esprits qui penchèrent dès lors à croire improbable la découverte d'un passage au nord-ouest, mais son opinion eut d'autant moins de poids qu’il avait pour antagonistes des hommes connus pour avoir déployé beaucoup plus de talent et de sagacité que lui dans des entreprises de méme nature que la sienne.

Les voyage: à la baie d'Hudson, encore qu’ils n’eussent pas démontré la non-existence d’un passage au ne:d-ouest, n'étaient pas de nature à faire concevoir par leurs résultats une espérance fondée de le trouver dans ces régions, D’ailleurs, les difficultés de la navigation et la rudesse du climat détournaient les navigateurs disposés à l'y chercher. Les Anglais avaient presque oublié la baie d'Hud-

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son, lorsqu'un accident la désigna de rechef à leurs investigations; et, au moment où elle cessait d’être un objet d'intérêt géographique , elle acquit une grande importance commerciale.

Les colons français du Canada, par suite des voyages qu’ils faisaient à l’intérieur pour y chercher des pelleteries, arrivèrent enfin sur les rivages de la baie d'Hudson. Un de ces aventuriers , nommé Grosseliez, après avoir exploré cette côte, comprit qu'elle présentait de grands avantages pour l'exploitation du commerce des fourrures. Il se rendit en France et plaça sous les yeux du gouvernement les rensei gnements qu’il avait pu recueillir. Les ministres de S. M. T.-C. ne lui offrirent aucune sorte d'encouragement, mais l’ambassadeur anglais à Paris prêta l'oreille aux récits de l’aventureux voyageur, et lui donna, pour le prince Rupert, une lettre avec laquelle il passa aussitôt en Angleterre. Un accueil favorable l'y attendait, et l’on y prépara immédiatement son départ sur un vaisseau de S. M. ; il devait non-sculement fonder un établissement dans la baie d'Hudson, mais encore tenter de rechef un passage en Chine par le nordouest. À propos de ce voyage projeté, M. Qldenburgh, premier secrétaire de la société royale, écrivait ce qui suit au célèbre M. Boyle : «:Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle joie tout le monde accueille ici la découverte d’un passage au nord-ouest opérée par deux de nos compatriotes et un Français. Ils ont dernièrement présenté leurs plans à S. M., lors de son voyage à Oxford; elle leur a répondu en leur octreyant gracieusement un vaisseau destiné à les porter dans la baie d'Hudson et de là dans la mer du sud ; ces hommes affirmant, à ce que j'ai ouï-dire, que, montés sur une barque , ils sont sortis d’un lac du Canada par-une rivière qui se décharge au nord-ouest dans la Mer du Sud, d'où üls sont revenus au nord-est dans la baie d'Hudson. »

Le capitame Zachariah Gillam fut chargé de transporter Grosseliez dans la baie d'Hudson, et de poursuivre les découvertes au nord-ouest. Il hiverna sur les bords de la rivière de Rupert (Aupert’s river), très au nord de Charlton- Island ; cependant il ne se plaignit point de l'intensité ni de

si

la durée du froid, qui avait imposé tant de souffrances à James et à ses compagnons. Ce fat là que le capitaine Gillam jeta les bases du premier établissement anglais, en élevant un petit fort de pierres auquel il donna le nom de Fort- Charles. Le roi, qui avait encouragé l’expédition, voulut favoriser encore les aventureux vayageurs , « en considération de ce qu'ils avaient, à leurs frais, organisé une expédition dans la baie d'Hudson, expédition d'où pouvaient résulter la découverte d’un nouveau passage dans la mer du Sud , et les développements d’un commerce de fourrures et de minéraux présentant pour l’avenir de grands avantages au monarque et à ses sujets. En conséquence, et pour donnér une nouvelle ardeur à leur entreprise, Sa Majesté leur octroyait exelusivement toutes les côtes et territoires de la baie d'Hudson, comme aussi le privilége d'y exercer seuls le susdit commerce et tous autres qu'ils y pourraient créer, etc. » Cette charte extraordinaire et l'énorme monopole qu’elle consacre, accor(lés en 4689 à la Compagnie de la baie d'Hudson, ont eu, sans interruption, leur effet jusqu’à nos jours. Bien que les découvertes à faire fignrassent expressément dans les clauses de cette sorte de contrat, les intérêts du monopole prévalurent, et pendant quelque temps le passage au nordouest parut voué à un oubli complet:

Sur ces entrefaites, néanmoins, les écrits de Joseph Moxon, membre de la société royale . firent revivre les espérances conçues au sujet d'un passage à la Chine par le nord-est. Outre les arguments purement spéculatifs que ce savant faisait valoir à l'appui de son opinion, il invoquait les renseignements que lui avait fournis, disait-il, le pilote d’un navire groënlandais qui avait fait voile jusqu'au pôle nord : « Sur quoi, sa relation me paraissant digne d’être examinée, ajoutait M. Moxon, j'entrai en conférence avec lui, et je feignis de mettre en question sa véracité ; mais ikme réitéra ses assuran‘es, ajoutant que le navire était alors à Amsterdam, et que le témoignage de tous les marins qui composaient son équipage viendrait corroborer ce qu'il m'avait dit. Il m'affirma de plus qu'ils avaient navigué deux degrés au-delà du pôle. Je lui demandai s'ils n'avaient trouvé aucune terre, aucune

île aux abords du pôle ? IT répondit : Non; c'était une mer

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ouverte et libre. Je lui demandai s'ils n'avaient point rencontré de grands amas de glaces? J1 me dit : Nous n'avons rien vu de semblable. Je lui demandai quelle était la température en cet endroit? 11 me dit que c'était un beau temps, chaud, tel à peu près que les étés d'Amsterdam (1). »

Une fois l'espérance ranimée , les entreprises ne devaient pas tarder à suivre. Le capitaine John Wood, marin aussi actif qu'expérimenté, et qui avait accompagné sir John Narborough dans son voyage à la mer du Sud, présenta au monarque-un mémoire où il soutenait fortement l'existence d’un passage au nord-est. Ses arguments attirèrent lattention, et deux vaisseaux, le Aapide et l’Heureux, furent équipés pour un nouveau voyage. On les approvisionna de vivres pour seize mois, et on composa leur cargaison des marchandises qui paraissaient les plus faciles à débiter sur les côtes dé la Tartarie et du Japon. Wood mit à la voile en 4616; maintenant sa course au nord, et désireux de s'éloigner de terre autant que possible ; mais, au bout d’un certain temps, trouvant devant lui une mer presque entièrement couverte de glaces, il n'eut d'autre choix que de 8é diriger vers le nordouest, ce qui l'éloignait de sa destination, ou bien de se rapprocher de terre en continuant à naviguer vers le sud-est. A la fin de juin, il vit la côte occidentale de la Nouvelle- Zemble ; mais, bientôt après, son vaisseau toucha contre un banc de rochers et fut entièrement mis en pièces. Wood et son équipage se sauvèrent dans une chaloupe ; toutefois, après un tel malheur, il fallut renoncer à poursuivre le voyage. La franchise de Wood ne tint pas contre son désespoir ; et, bien qu’il eût fait valoir à plusieurs reprises des arguments fort ingénieux pour démontrer l'existence d’un passage au nord-est, il changea tout-à-coup d'opinion après la perte de son navire , et critiqua sans bonne foi les récits des navigateurs qui l'avaient précédé.

Au commencement du dix-huitième siècle, M, Knight, directeur de la factorerie établie prar La compagnie de la baie d'Hudson sur les bords de Neson’s river, apprit, par le témoignage de quelques Indiens, qu'à une certaine distance

(4) 4 brief disvourse, by Joseph Moxon, F, R. S; 1675;

180 VOYAGES MODERNES DE DÉCOUVERTES. LIV. IV. CH vers le nord, et sur les rivages d’un fleuve navigable ou d’un 1769 bras de mer, se trouvait une abondante mine de cüivre. Esqu M. Knight demanda immédiatement à la compagnie quelques (Ma: navires pour fenter une expédition de ce côté ; sa requête fut île, négligée, et pour qu'on y fit droit, il se vit contraint de rappeler duisi aux directeurs de laCompagnie l'obligation que la charte royale mage lui imposait de tenter uue nouvelle découverte, ?i menaçait de dont plus de s'adresser à l’amirauté pour les forcer de remplir, à cet com égard, leur engagement. Après de longs délais, denx.navires que

furent préparés pour cette expédition, et le commandement lui visite en fut exclusivement confié. Il mit à la voile en 1719, « pour des A explorer, avec la permission de Dieu, le détroit d’Anian, afin enco de découvrir de l’or et d’autres denrées négociables dans les Esqu régions du mord. » Ces vaisseaux ne revinrent jamais; et mais bien des années s’écoulèrent avant que l’on eût la moindre selon nouvelle de leurs malheureux équipages. A la vérité un na- pale

vire, sous les ordres du capitaine Scroggs, partit, en 1729, par e de la rivière Churchill, dans la baie d'Hudson, à la recherche de bc de l'expédition dirigée par Kmight ; mais le compte rendu de exerc

ce voyage ne fait aucune allusion aux investigations qui devaient en être le principal objet. Scroggs rapporta néan- * moins la confirmation des renseignements qu’on avait déjà sur l'existence d’une mine de cuivre. « Deux Indiens du nord lui avaient parlé d’une abondante mine de ce métal située sur un point qui n’était pas parfaitement déterminé, au bori de la mer, presque à la surface du sol ; ces Indiens se chargeaient de diriger le sloop de façon à ce qu’il fût bord à. bord de cette mine, et qu’on pôt en extraire immédiatement une bonne cargaison. Ils avaient, du reste, apporté quelques échantillons de cuivre à Churthill, ce qui venait à l'appui de leurs assertions. Les plans du pays, qu'ils avaient grossièrement dessinés au charbon avant de quitter Churchill, se trouvèrent exacts, aussi loin du moins que l'on put les vérifier (4). »

La déplorable destinée de Knight et de ses compagnons demeura enveloppée d'un profond mystère jusqu'à l'été de

muni, de ve pour durar enco nuem marit uatur nourt deux fosse et ot regar

(1) Account of the countries adjoining Hudson's bay. By Arthur Dobbs , Lsq.

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1769. A cette époque, M. Hearne obtint le récit suivant des Esquimaux qui habitent le voisinage de l'ile de Marbre (Marble island) : « Quand les navires arrivèrent dans cette île, l'automne était déjà fort avancé, et, lorsqu'on les introduisit dans un hâvre , le plus grand se trouva fort endommagé ; cependant, leurs vaisseaux étant en sûreté, les Anglais, dont le nombre en ce moment était d'environ cinquante, commencèrent à bâtir une maison. L’été suivant (1720), dès que la fonte des glaces le permit, les Esquimaux vinrent visiter le nouvel établissement.; à cette époque, le nombre des Anglais était considérablement réduit, et ceux qui vivaient encore semblaient en très-mauvais ‘lat de santé. Suivant les Esquimaux, ces malheureux par ssaient alors fort occupés ; mais on n’a pu savoir des nat quel genre de travail : selon toute probabilité, ils essa: agrandir leur principale chaloupe, car, à peu de distance de la maison habitée par eux, on retrouve encore, en grand nombre, des fragments de bois de chêne travaillés certainement par des charpentiers exercés.

» La famine et les maladies firent de tels ravages parmi les Anglais, qu’au début du second hiver il en restait à peine vindié À celte "A ( derniers mois de 4720), quelques

fournissant quelques- unes des provisions dont ils étaient munis, de la graisse et de l'huile de baleine, ou de la chair de veau marin. Le printemps revenu, les Esquimaux partirent pour le continent , et lorsqu'ils reparurent à l'ile de Marbre, durant l’été de 1721, ils ne trouvèrent plus que cinq Anglais encore en vie; ces nisérables étaient dans un tel état de dénuement, qu’ils se jetaient avec avidité sur la chair de veau marin ou sur la graisse de baleine que leur fournissaient les uaturels, sans même prendre le temps de la faire cuire. Cette nourriture insalubre er fit mourir trois en peu de jours; les deux autres, malgré leur état de faiblesse , creusèrent une. fosse pour leurs compagnons. Ils survécurent bien des jours, et on les voyait souvent, au sommet d'un rocher voisin, regarder ardemment vers le sud et vers l’est, comme s'ils il, 16

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23 WEST MAIN STRBET WBBSTER, N.Y. 14580

attendaient quelque navire envoyé pour les secourir. Lors-

qu'ils étaient long-temps demeurés là-sans avoir rien aperçu, que ils s’asseyaient l’un près de l’autre et pleuraient amèrement, s’ase Enfin l’un des deux mourut ; les forces de l’autre étaient Rus si épuisées qu’en essayant de préparer un dernier asile pour cidé son compagnon, il tomba près du cadavre et ne se releva par | plus. Les crânes et les autres principaux ossements de ces s'ass deux hommes gisaient encore sur le sol, auprès de la maison int en ruines. Le dernier survivant était, au rapport des Esqui- mell maux, employé sans cesse à travailler le fer pour faire des etd' outils à ses camaradés; sans doute c'était l'armusier ou le Jaqu

forgeron de l'équipage (1). » reve , beth

Je pays

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