‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 94 · CHAI · texte numérisé non relu

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venir, et, satisfaits de leur voyage, ils retournèrent"èn Angleterre vers lé mois de septembre. Là , ils représentérent le pays récemment découvert comme un véritable paradis, réunissant la beauté des sites à une fertilité sans égale. La reine, charmée de leur récit, voulut, par allusion à sa chasteté prétendue, que l’on appelât 7’irginia ce pays enchanté : sous ce nom furent comprises, à cette époque, presque tous les points de l'Amérique du nord auxquels les Anglais étendirent leurs prétentiôfis.

L'année suivante (1585), sir Walter Raleigh fit partir une seconde expédition, commandée par sir Richard Greenville, gentilhomme d’une bravoure et d’un désintéressement chevaleresques. 11 descendit à terre cent huit hommes, à Rôë: noke, vis-à-vis l’île de Wokoken; et, capturant à son retour un bâtiment ennemi, il doubla, par l’heureuse issue de son voyage, les espérances de ses commettants. Dans l'intervalle, les colons qu'il avait lais£és sur le continent américain s’efforcèrent, suivant les instructions de Raleigh, d'examiner la côte : ils la suivirent à quatre-vingts milles au sud et à cent trente au nord, sans y découvrir un hâvre de quelque impor-

tance. Durant ces excursions, ils s’aventurèrent quelquefois trop loin sur le bord des rivières, s’exposant ainsi aux em-

buscades des sauvages. Un grand nombre d’entre eux payèrent de leur vie cette conduite imprudente. Ils négligèrent aussi, dans leur ignorance du climat, de réunir à temps les provisions que le pays pouvait leur fourhir. L'année suivante, aucünes ressources ne leur parvinrent d'Angleterre ; la famine leur fit sentir ses horreurs , et les avait presque entièrement réduits au désespoir lorsqu’ enfin une flotte leur fut signalée :

c'était celle de sir Francis Drake, qui revenait alors en triomphe de son expédition aux Indes occidentales. Ils sollicitèrent, ils obtinrent la permission de s'embarquer à bord de ces vaisseaux, et, quittant à la hâte leurs établissements, ils revinrent en Angleterre. Raleigh, pourtant, ne les avait point abandonnés, bien que des obstacles insurmontables l'eussent empêché de leur envoyer des secours opportuns. Sir Richaïd Greenville arrivait à Roenoke quelques jours après le départ de la colonie. Surpris et affligé de l'abandon où il trouva les

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lieux qu ’elle avait habités, il ne renonça pas à ses plans d'occupation ; en conséquence, il laissa derrière lui cinquante hommes munis de provisions pour deux ans. Cette nouvelle colonie périt également par défaut de précautions. En 1587, on trouva ses bâtiments au niveau du sol, et le squelette d’un homme étendu sur l'herbe fut le seul vestige qui indiqua le sort de ses malheureux compagnons. Le capitaine White, qui, cette année, s'était chargé de visiter Roenoke, fit une troisième tentative pour y fonder un établissert dit; mais les colons se montrèrent si peu industrieux, si uñ qu èment préoccupés de s’enrichir à la hâte, et leurs habitudes dissolues les rendaient si rebelles à toute bonne direction, qu'ils furent bientôt en proie à la détresse la plus alarmante ; White se vit

éftraint de serendre en Angleterre pour se procurer des provisions. Mais à cette époque le peuple anglais, terrifié par les projets d’invasion espagnole, ne pouvait accorder d’attention à d’autres objets, et deux ans s’écoulèrent avant que White fût à même de repartir. Enfin, en 4589, il mit à la voile avec trois vaisseaux. En arrivant à Roenoke, il ne retrouva aucune trace des habitations qu’il y avait laissées ; seulement, sur. l'écorce des arbres il lut le mot : Croutan, gravé en grandes lettres, d’où il conclut que les colons s'étaient transportés dans une île ainsi nommée, et située à quelques lieuës au sud de Roenoke. El se dirigea immédiatement vers cette île ; mais une violente tempête le détourna malgré lui de sa route, et le força à revenir en Angleterre sans avoir porté le moindre secours à ses infortunés compatriotes. Ainsi périt le troisième établissement.

Sir Walter Raleigh avait en peu d'années équipé sept expéditions, et dépensé plus de 40,000 livres sterling, le plus clair de sa fortune, sans obtenir un seul résultat ; mais son humeur aventureuse n’était pas de celles que le mauvais succès décourage ; et, comme il vivait à la.cour mélé à toutes sortes d'intrigues, il lui fallait de brillants exploits au dehors pour compenser et dissimuler les mortifications qu’il avait à es- ;suyer journellement. L'amoindrissement de sa fortune sem- “lait accroitre l'essor de son imagination, le désespoir laissant peut-être moins de prise sur lui aux conseils de la froide raison ; il consacra la fin de sa vie à poursuivre de chiméri-

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ques entreprises qui ne l’avaient point séduit à l'époque où sa fortune presque sans bornes le mettait à même d'accomplir tout ce qu’il projetait.

Il est difficile de déterminer d'une manière précise l'époque et les circonstances qui firent naître l’idée qu’il existait une terre dorée, un El-Dorado, daus l’intérieur de l'Amérique du sud ;'terre où le gouvernement des Incas avait repris, disait-on, son ancienne splendeur, et où les métaux précieux existaient en telle quantité que le toit même des temple: était en or massif. Ces bruits circulaient déjà en 41554, \ quéOrdaca entreprit sa malheureuse expédition aux bouches de l'Orinoco et voulut remonter ce fleuve. Gonzalez Pizarro, faisant route vers les sources du Maragnon, recueillit des renseignements qui semblaient confirmer ce fabuleux récit; ainsi fit Orellana en re nt ce grand fleuve. Mais il n’est pas surprenant ne cherchaient que de l'orrét ornassent abondamment dé’ songes dont ils berçaient leu alei:

connaissait toutes les merveilleuses traditions qu'ils avaient rassemblées ; et, tout en les employant pour agir sur l'opinion

#du public, il leur laissa prendre surses convictions personnelles un empire funeste. Il mit en projet la conquête de la Guyane et la découverte de l’El-Dorado ou pays de l'or, où les indigènes, suivant un écrivain espagnol ;‘éfiduisant leurs corps d'une gomme balsamique , se roulaient ensuite dans de la æoussière d'or, de façon à être dorés de la tête aux pieds ; cette toilette, à la vérité, ne se faisait que les jours de grande cérém pnie. Les plans de sir Walter Raleigh furent bien ac-

par les ministres , et, en 1595, il fit voile vers la

é avec cinq vaisseaux sous ses ordres. L'ile de la Tri-

nité fut sa première conquête; ayant réuni les naturels, il

leur expliqua, au moyen d’un interprète amené d'Angleterre,

« qu’il était le serviteur d'une reine, la plus grande cacique

du nord, d'une vierge aux ordres de laquelle obéissaient plus de caciques qu'il n’y avait d'arbres dans toute leur île; qu'elle était l’ennemie des Espagnols à cause de leur tyrannie oppressive ; qu'après avoir délivré de leur servitudétoutes les côtes du monde septentrional, elle avait envoyé Raleigh pour

les délivrer à leur tour , et pour défendre la Guyane contre l'invasion de ce peuple barbare. » Ensuite il fit ses préparatifs pour descendre sur le continent. Un officier espagnol nommé Berreo, qui jadis avait vainement tenté de s'introduire dans la Guyane, voulut dissuader Raleigh d'exécuter ses plans avec autant de précipitation ; il lui reprèsenta qu'il serait nécessaire d'emporter des provisions pour um! voyage d’aussi longue durée; que la navigation des rivières était entravée par des battures et des courants nombreux ; que juseut. à l’époque de l’année où il comptait les remonter, ces ès grossissaient et devenaient autant d'impétueux vs rents. Mais toutes ces raisons parfaiteraent fondées nef envisagées par l’aventurier anglais que comme les du tions d’un rival désireux de contrecarrer ses plans et d’empécher leur exécuti leigh essaya donc de pénétrer avec ses vaisseaux dans inoco ; mais, trouvant impossible de leur faire fra parre; il dut se résoudre à entre- | : és chaloupes découvertes. Une taine eurs armes, et des provisions pour en furent entassés dans trois petites barques, sans défense contre les intempéries de la saison et les dangers d’un climat malsain. Ils avaient à peine commencé à remonter fleuve, lorsqu'ils se trouvèrent perdus dans un labyrinthe d canaux d'où ils ne purent sortir qu'avec des travaux excessifs et des craintes au moins égales. Par bonheur ils surprirent un vieil Indien dan$sa barque ; et, traité par eux avec bonté,

il consentit à leur servir de pilote. Les Indiens qui habitaient

l'embouchure de l'Orinoco passaient l’été ou la saison sèche dans des maisons ; mais durant les moisd'hiver, quand le pays était inondé , ils construisaient de petites huttes à la‘értme arbrés, où ils montaient au moyen d’échelles. Quelquésvas rumeurs concernant les Espagnols et la terre dorée furent avidement recueillies par nos aventuriers, et firent partager aux soldats de Raleigh l’ardeur qui animait leur chef. Lorsque ce dernier eut remonté je fleuve à près de trois cents milles, il eut une entrevue avec Tapiowary, chef indien, âgé de plus de cent dix ans, et qui lui donna d’amples renseignements sur la situation politique et les productions naturelles du pays.

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