‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 94 · A RE MGR OT E ACER TES · texte numérisé non relu

A RE MGR OT E ACER TES

elle ne put retenir l'expression de la peine qu'elle éprouvait ni, durant quelques heures, attacher ses regards sur lui. Jamais il n’avait payé de retour, — peut-être même ne la soupçonnait-il pas, — l’ardente passion qu’il lui avait inspirée. Le roi Jacques éprouva quelque crainte des prétentions que Rolfe, du chef de sa femme, pamtrait faire valoir à la souveraineté de Virginie ; mais aftès:

vint à les dissiper, et la princess partir avec son mari. Elle mourufgi moment de retourner dans sa patrie"

Pocohontas avait été accompagnée ên Angleterre par son cousin Vitomotomakkin, chef et prêtre indien, chargé par Powhatan d'examiner en détail le pays et en..particulier de savoir au juste le nombre de ses tribus et de ses guerriers. A cet effet, un paquet de baguettes lui avait été remis afin qu'il y fit une entaille chaque fois qu’il rencontrerait un homme.

Dès le moment où il aborda à Plymouth, il procéda à ce sin-

gulier recensement, bien qu'il fût évidemment surpris de la tâche qu’on lui avait imposée. Il la continua infatigablement sur te de Plymouth à Londres ; mais, à peine entré dans Piccadilly, il jeta ses bâtons à terre avec désespoir, et dit à Powhatan, lorsqu'il le revit, que pour dénombrer le peuple anglais, il fallait être en état de compter les feuilles de toute une forêt,

Les colonies anglaises, en Virginie, comptant plutôt sur les secours étrangers que sur leur propre industrie, soutinrent à peine , pendant quelques années, leur fréle et chancelante existence. En 1609, cinq cents nouveaux colons arrivèrent sur nêuf vaisseaux. Lord Delaware fut nommé gouverneur de la colonie, mais comme il ne put, la même année , se rendre en personne dans ces établissements , il envoya trois vice-gouverneurs qui, embarqués dans le même navire, furent jetés par une tempête sur les iles Bermudes; elles étaient à cette époque inhabitées ; toutefoigles naufragés y trouvèrent une grande quantité de bois et des provisions en abondance. Les porcs que les Espagnols y avaient laissés, multipliés dans une proportion extraordinaire, devinrent d'un grand secours pour nos colons involontaires, Les Bermudes passèrent ainsi sous la domination de la couronne

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d'Angleterre, et, baptisées par sir Georges Sümmers, l’un des vice-gouverneurs, prirent le nom de Summers’ Islands. La présence de tant de personnages influents et considérés, suppléant à quelques égards à la vigueur et à l'autorité de Smith, maintint un semblant d'ordre et de prospérité parmi les colons toujours aussi prodigues , aussi négligents, aussi enclins à la révolte. Mais une société formée d'éléments aussi hétérogènes devait difficilement acquérir quelque stabilité, et lorsque lord Delaware, bientôt après, arriva dans Chésapeak-Bay, pour y prendre possession de sa charge, il trouva les colons déjà embarqués sur les navires qui devaient les ramener en Angleterre. Il les força néanmoins de renoncer à ce dessein, et leur fit comprendre que dans le Nouveau- Monde seulement îls devaient chercher l’accroissement de leurs richesses. L’heureux hasard de son arrivée préserva d'une destruction totale les colonies anglaises en Virginie. Dès 1616 on y entreprit la culture du tabac qui devait bientôt les enrichir et leur donner de l'importance. L'usage de cette plante eut beaucoup d'obstacles à vaincre pour s’introduire en Europe ; et, comme les préjugés s'aident volontiers de la bigoterie, ceux qui décriaient le tabac par pure répugnance d'imagination, ne firent pas difficulté -dévle proscrire au nom des idées religieuses. Le roi Jacques avoua ouvertement son aversion « Pour cette plante abjecte et nauséabonde » à laquelle l'Angleterre dut, plus tard, une si grande portion de ses revenus. Peu de faits historiques montrent aussi bien l'impuissance des monarques contre un entraînement national, que la rapidité avec laquelle, malgré l'opposition des plus grands souverains de l’Europe (1), le tabac est devenu un objet de consommation usuelle.

Pendant que la compagnie de Londres persévérait,avec.des succès encore indécis, à coloniser les parties méridionales de la Virginie, la Compagnie de Plymouth, créée à la même époqué < à laguelle avait été octroyée la partie nord de cette vaste Contrée , se contentait d'entretenir avec les indigènes un commerce sans importance. La violence déraisonnable avec laquelle les Indiens furent. tout d'abord traités leur avait ins-

(1) Pierre-le-Grand, Frédéric et Amurat IV,

piré contre les Anglais une haine implacable, quepar la suite ni présents ni bons procédés ne parvinrent à éteindre. Leurs continuelles hostilités effrayèrent tellement les émigrants, que, pendant bien des années, on vit échouer toutes les tentatives ayant pour objet de fonder une colonie dans le pays qui se nome aujourd'hui la Nouvelle-Angleterre (New-Englara). Enfin (1620), une secte.de puritains , appelés Brownists, espérant acquérir dans les sauvages forêts du Nouveau- Monde une liberté de conscience que leur refusaient les états civilisés, vinrent à Plymouth, dans le Massachusetts, et y jetèrentles fondements d’une colonie, la plus industrieuse, peutêtre, et la plus puissante de l'univers.

Dans leurs tentatives pour soumettre à leur empire les immenses régions de l'Amérique du nord, les Français avaient pris les devants sur leurs voisins d’outre-Manche ; mais , faute de persévérance , ils perdirent bientôt ce léger avantage. En 1534, Jacques Cartier était venu de Saint-Malo pour étudier la côte de Terre-Neuve. Il revint sain et sauf et repartit l’année suivante afin de continuer ses recherches. Un grand golfe dans lequel il pénétra reçut de lui le nom de Saint-Laurent; là il apprit des sauvages que la grande rivière Hochelega (le Saint-Laurent) , qui conduisait au Canada, s’ouvrait devant lui. Selon eux elle pénétrait si avant dans les terres qu'ils n'avaient jamais ouï dire qu'un homme eût atteint sa source. Cartier essaya de remonter le fleuve, et trouva un premier ancrage auprès de l'ile d'Orléans, à laquelle, frappé de sa végétation belle , abondante, variée, et plus particulièrement des vignes qui la couvraient, il donna le nom d'ile de Bacchus. Il remonta la rivière dans des canaux, et parvint ainsi au village de Stadacona (nommé aussi par les naturels Canada ou la ville), qu'il dépeint comme un coin de terre aussi beau qu’on en puisse rencontrer en France, entouré par de nobles arbres ,.des chênes, des ormeaux, des noyers, des érables presque touschargés de fruits. Un chef indien nommé Donnacona adressa un long discours aux Français, tandis que les femmes de sa tribu dausaient et chantaient dans l’eau pour leur plaire. Lorsque Cartier et lui conclurent un pacte d'alliance réciproque, les Indiens qui lesentonraient poussèrent le cri de guérre, trois

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horribles hurlements, qui glacèrent leurs hôtes de terreur. Les vaisseaux français furent ensuite amenés à Stadacona, et Cartier fit aussitôt ses préparatifs pour explorer le Hochelega dans ses chaloupes ; mais il apprit que ce projet déplaisait au chef indien. Les Français n’en persistérent pas moins dans leur résolution , et les Indiens alors entreprirent d'y mettre obstacle par un stratagème bien propre à donner une idée de leur superstition et de leur simplicité. Ils habil= lèrent trois hommes en démons avec des peaux de chien blanches ‘et noires, après avoir pris soin de noircir leurs visages et de fixer à leurs têtes des cornes longues d’un pied; ces émissaires montèrent dans un canot et furent confiés au fleuve dont le courant devait les entrainer auprès des vaisseaux français. Les Indiens étaient cachés dans les bois voisins, guettant ce moment solennel. Quand les prétendus diables furent à portée de la voix, l’un d’eux se dressa sur. sa barque, et fit une longue harangue après laquelle ayant: pris terre, ils se laissèrent tomber comme morts et furent secrètement emportés par leurs compatriotes. Quelques-uns de ces derniers vinrent aussitôt trouver Dartier à son bord,

sens de ce qui venait de se passer. Leü "dieu Cudruaigny,

lui dirent-ils, avait parlé dans le Hochelega, et avait envoyé ces trois démons au Français pour lui apprendre que, dans le pays où il voulait aller, la glace et la neige devaient inévitablement le faire périr. Sans se laisser troubler par leurs prédictions, Certier continua sa route vers le haut de la rivière, et fut charmé en avançant par la richesse et la majesté des sites qui s’ouvraient devant lui. Toutes les fois qu'il approcha du rivage, il reçut des naturels l’accueil le plus amical et le plus hospitalier. Son voyage sur ce grand fleuve dura neuf jours sans que rien diminuât les impressions agréables qu’il lui avait d’abord procurées. Il arriva ainsi à un grand lac formé par un développement du fleuve, ayant douze lieues de longueur sur six de large et qu'il appela le lac d'Angou« lêéme (on l'appelle aujourd’hui le lac Saint-Pierre). A partir delà les courants du fleuve et ses affluents, devenus plus nombreux, rendirent sa navigation plus diflicile ; cependant au bout de quatre jours il parvint à Hochelega, située à qua-

rante-cinq lieues au-delà du lac d’Angouléme.sLa ville - d'Hochelega, c’est ainsi qu’il appelle le hameau indien . était à environ six milles du rivage, et l’on y arrivait par une route aussi bien établie et aussi fréquentée qu'aucune route de France ; à droite et à gauche s’étendait une campagne plantée de chênes énormes au-dessous desquels le sol était jonché de beaux glands. Auprès du village indien s'élevait une colline fertile et cultivée à laquelle Cartier donna le nom de Montréal et qui devint ensuite le centre de l'une:d6s principales colonies du Canada. On peut conclure des’ déscriptions qu'il nous donne des habitations indiennes et de l’industrie rurale exercée par ces populations que leurs rapports avec les Européens ont étrangement corrompu ces races primitives. En. .parlant. de leur recherche d'habillements , Cartier rap-

q rte.une circonstance que l'on n'avait pas su tout d'abord

conte ridicule : « L’ornement, dit-il, auquel ils attachent le plus de prix est une substance qu “ls appellent essurgny ou : si blanche que de la neige,-et ils se

ue l’un d’entre eux est condamné à

prisonnier de guerre, après avoir tué leur victime, ils pratiquent de profondes ouvertures dans les flancs, dans les épaules et dans les cuisses du cadavre ; on le précipite ensuite au fond de la rivière, dans les endroits où l'on sait que l'essurgny abonde, Lorsqu'il est demeuré là pendant dix ou douze heures, on retire le corps, et l’essurgny ou cornibotz se trouve dans les blessures. Avec cette substance ils font une sorte de chapelet qu'ils portent autour de leur cou comme nous portons nos chaînes d'or ou d'argent, estimant ces bijoux comme la plus précieuse de leurs richesses. » Nous trouvons, peut-être, dans ce récit la plus ancienne allusion à cette substance narticulière que l’on appelle adipocire ou spermaceti factice dont une manufacture fut établie il y a peu d'années auprès detBristol. Cartier, ou les Indiens qui lui fournirent ces renseignements, se trompaientikéle-

ment, en ce qu'ils supposaient que ce qu’ils appelaient L'essurgny n’était pas formé par la décomposition subaqueuse de la matière animale, mais que cette substance, gisant au

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fond de l’eau, s’en détachait pour venir s’adjoindre au cadavre. Nous trouvons aussi dans le récit de Cartier la pre mière description du tabac, et une excellente.caricature” sur la manière de s’en servir. « Les Indiens, dit-il ;: pee à une certaine herbe dont ils font provision cnaque été après l'avoir séchée au soleil; les hommes seuls en font usage : ils en portent une certaine quantité dans un petit sac pendu à leur cou, et dans lequel ils ont aussi un morceau de pierre ou de bois creux assez semblable à un sifflet. Pour se servir de cette herbe ils la broient en pot udre , la mettent à une extrémité du tuyau ; puis, plaçant”stf' elle un petit charbon allumé#ils aspirent la fumée et en rémplissent leur corps jusqu’à ce qu’elle s'échappe de leur bouche et de leurs narines comme elle ferait par une cheminée de maison; ils allèguent que cette pratique est excellente pour la santé : nous essayàmes de faire comme eux, mais {a fumée, en arrivant dans notre bouche, la brülait comme du poivre. »

Dusommet de Montréal, l'œil embrassait le cours de la rivière pendant l’espace de quinze lieues, jusqu’à un point où elle se terminait parune large et brillante chute d'eau. Les naturels di-

aient.connaître trois chutes pareilles au-delà desquelles, si on ‘oyait, un homme pouvait remonter la rivière pendant sans rencontrer d’autres obstacles. Ils affirmaient

"argent se trouvaient en bandits dans les réüd ; le cuivre, au contraire, dans celles du nord.Ils laiènt aussi de trois ou quatre grands lacs, ainsi que d’une mer d'eäu douce située à l’intérieur du pays et dont on n'avait jamais défini les limites. Mais les Indiens de Hochelega formaient une tribu agricole qui ne s’éloignait jamais à de grandes distances de leurs habitations, et ils devaient la plus grande partie de leurs notions géographiques aux peuplades chasseresses de Saguenay dans le nord. Le chef d'Onacona, qui dans sa jeunesse avait beaucoup voyagé, était allé au pays de Saguenay qu'il décrivait comme riche et fertile ; il avait aussi voyagé chez les Picquemiens (probablement les Picquagamies ) habitant autour du lac Saint-Jean, à l'extrémité de la rivière Saguenay. A l’eu croire, il y avait dans ce pays des hommes blancs vêtus d’une étoffe de laine pareille à celle que portaient les Français. Ceux qui ne voudraient pas voir

us ce récit une invention du vieux chef ( et nous nous renons volontiers à leur avis } peuvent penser qué les Corte- M HN, ainsi que leurs compagnons, étaient tombés aux mains ‘des Indiens du Labrador, par lesquels ils avaient été conduits dans l’intérieur des terres.

Du mois de novembre au mois de mars, Cartier et ses compagnons hivernèrent sur le Saint-Laurent, vis-à-vis la ville indienne de Stadacona. Leurs vaisseaux étaient entourés d’une us glace qui avait deux brasses d'épaisseur, et la neige s'était Succè amoncelée à plus de qüatre pieds au-dessus du pont ; tous les ul liquides s'étaient glacés; et pour compléter les malheurs de s'écha l'équipage, le scorbut, maladie qui était tout-à-fait inconnue pre à nos voyageurs, éclata tout-ä-coup dans leurs rangs; à l'ex- aix 6 ception de trois hommes, tous en furent plus ou moins atteints. AK, refuse Céux qui moururent furent enterrés dans la neige, leurs com- M. pagnons manquant de forces pour leur creuser une autre sé- Giagas

pulture. Enfin un Indien leur. indiqua un arbre dont les pa

feuilles et l'écorce leur serVirent à faire une boisson qui les miysté rétablit en peu de jours. La glace fondit insensiblement ; Cartier se remit en mer et arriva à Saint-Malo dans le coutant de juillet 4836. Par suite des descriptions brillant Tar

le Sén — Noi

qu'il rapportait, une expédition s’organisa pour pe défricher le paÿs admirable découvert par lui. Ui ' homme, du nôm de Roberval, obtint un privilégr'è “partit en 1840 avec le projet de coloniser le Canada; mais ni reit entreprise mal dirigée ni plusieurs autres qui suivirent n'obtinrent le succès qu’on espérait d'elles. En 1608 , seulement, Quebec fut fondé , et déjà en 4629, les Anglais, dont la puissance s’étendait rapidement dans la Virginie, menacèrent l'existence de ce récent établissement. En 1609 , es Hollandais avaient fondé leur première colonie sur les bords de l’'Hudson.

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